CHAPITRE III
ON T FAIT COMPRENDRE COMBIEN LA FOI EST NÉCESSAIRE AU SALUT El A LA PERFECTION DU CnRÉTIEN.
27. — Les saintes Écritures parlent d'une manière si expresse de la nécessité de la loi pour opérer le salut, et principalement pour arriver à la pertection, qu'il est impossible d'en douter à moins qu'on ne possède pas cette vertu. Qui crediderit , et bnptizatvs fuerit, salvus erit ; qui vero non crediderit, condemnabitur. {Marci. 16, 16). Quiconque croira, dit Notre Seigneur, et unira à sa croyance le saint baptême, sera sauvé; mais quiconque ne croira pas, qu'il soit baptisé ou ne le soit pas, sera éternellement réprouvé. Sine fide autem impossibile est placere Deo. Credere autem oportet accedentem ad Deum, quia est , et inquirentibus se remuneratorsit. {Ad Eebr. 1 1, 6). Il est impossible sans la foi, d'être agréable au Seigneur et de trouver grâce à ses yeux; car quiconque veut s'approcher de lui, doit nécessairement croire àsouêtre incréé, indépendant, infaillible, incompréhensible ; et il doit croire encore aux biens immenses par lesquels il récompense ceux qui le servent fidèlement. C'est ce qu'enseigne l'Apôtre des nations.
28. — Saint Augustin conclut avec raison de ces paroles, que la foi est le premier priucipe de notre salut. F ides est humanœ salutisinitium. {De temp. sermone 38). Il en donne cette raison : c'est que personne sans la foi ne peut parvenir à être fils de Dieu le Père, nul ne peut sans elle recevoir la grâce sanclifiante en cette vie, ni le bonheur éternel dans l'autre. Sine hue ne/no ad filiorum Dei consortium, potest pervenire , quia sine ipsa nec in hoe seculo quisquarn justificalionis cunsequitur (jraiiam, nec in juLura vita possidebit œternam. On déduit de ces paroles que si la loi est le principe de notre salut éternel , elle doit eu être aussi le fondement et comme la racine d'où germent tous les fiuils de nos bonnes œuvres. C'est encore ici le scnlimenl de saint Augustin qui s'exprime ainsi : Il ne saurait exister de grande œuvre fjui ne prenne pas de la loi sa première origine. Je vois une
belle étlifieution d'œuvrcs spinluollos, mais j'y vois aussi la fol qui leur sert de foudemeul. Je cuiilouiple les superbes fruits de ces bonnes œuvres, mais je vois daus leur intérieur la racine de la foi de laquelle sortent ces germes fructifiants. Magnum opus, }ed ex fide. Laudo superœdi/icationcm operis, scd video fundamentum fidei. Laudo fructum boni operis, sed in fide cognosco radicem. {In Prccf. Psalm. 31).
29. — Ou peut objecter à ceci ce que j'ai dit avec le même saint Augustin et d'autres SS. Pères dans le deuxième Traité du dernier chapitre de l'article onzième, que l'humilité est le premier fondement de la vie spirituelle. Comment donc le même Saint peut-il dire maintenant que la foi est ce premier fomlementî Le Docteur angélique répond très-à-propos à cette objection. L'édlEce de la vie chrétienne n'est pas comme le bâtiment matériel de nos demeures qui repose sur un fondement unique. Ce saint édifice peut avoir plusieurs fondements, et chacun d'eux peut être le premier, mais dans un sens différent. Dans l'édifice de la vie spirituelle on peut donner le nom de pierre fondamentale à la vertu qui écarte les obstacles qui nous empêchent d'aller à Dieu. En ce sens l'humilité est cette première pierre luudamentale en tant qu'elle expulse de nos âmes l'orgueil dont Dieu est l'ennemi déclaré, plus que la lumière n'est opposée aux ténèbres, et le jour à la nuit. Dicendum, quod sicut ordiiiata virtutum congregatio per quamdam similiiudinem œdificio comparor tur y itaetiam illud quod est primum in acquisitione virtuium, fandamento comparetur , quod primo in œdificio conjicitur. Vif' tûtes autem vere infunduntur a Deo. Verum primum in acquisi' tione virtutum potest accipi dupliciter. Uno modo per modutn removentis prohibens , et sic humilitas primum locinn tenet , in quantum scilicet expellit super biam , cui Deus resistit. (2. 2. Quœst. 161. ar?. 6. ad. 2). On peut encore appeler première pierre de cet édifice spirituel la vertu par laquelle nous nous approchons de Dieu, et eu ce sens, le premier fondement est la loi, puisque c'est elle qui, selon saint Paul, nous donne le premier accès auprès de Dieu. C'est pourquoi, dans un sens plus noble, la foi s'appelle plutôt que l'humilité le premier fondement, puisque c'est par cette dernière que nous allons à Dieu, après avoir écarté les obstacles , mais c'est par le moyen de la foi que nous faisons notre premier pas et sans intermédiaire vers notre souverain bien. Alio tnodo est aliquid primum in vir
tutiàus directe, per quod scilicet primum ad Deum acceditufa. Primiis autem accessus ad Deum est per fidem , secundum illud ad Hebr. 11. : Âccedentem ad Deum, oportet credere, etsecuri' dwn hoc (ides ponitur fundamentum nobiliori modo , quam humilitas.
30. — Toute personne donc qui veut entrer dans la vie spirituelle, doit bien se garder d'une telle entreprise si elle n'est pas bien affermie dans la foi, car elle agirait comme celui qai voudrait édifier un somptueux palais sans avoir, premièrement, jeté de solides fondements. Lorsqu'ensuite elle a heureusement conduit à la perfection la plus haute son édifice spirituel, elle doit se raffermir de plus en plus sur ce fondement de la foi, sans cela tout s'écroulerait et toute son œuvre de spiritualité subirait une épouvantable ruine. C'est ce qui arriva à Origène, non moins célèbre par sou savoir que par sa chute. Qui fut plus saint, qui fut plus savant que lui ? Fils d'un père martyr, père spirituel de martyrs, lui-même si avide du martyre, que sa mère fut plus d'une fois obligée de lui dérober ses vètementa et de les cacher, afin qu'il n'allât point se mettre entre le» mains des tyrans et se jeter au milieu des glaives des bcMJiN» reaux pour être égorgé comme un chrétien plein de zèle pour la sainte foi, si pur, si intègre de mœurs qu'il ressemblait à ua ange dans un corps mortel, si adonné à la contemplation qu'il paraissait un, solitaire sorti des déserts de la Thébaide, si ploiik de zèle apostolique qu'il propagea la loi de Jésus-Christ dans, plusieurs provinces, si plein de sagesse céleste que plusieurs écrivams ne pouvaient parvenir à transcrire, quand il dictait, «es conceptions si élevées et qui semblaient inspirées. Et pourtant après avoir élevé à une si grande hauteur l'édifice de sa perfection, il fit un chute si subite, que peut-être son salut éternel en fut totalement compromis, et cela,, parce que le fondement de sa foi n'était pas solide. Et c'est pour cela que saint Augustin dfVjà cité, a dit avec raison : Doinus Dei credendo fandatur, sjjerando ertyilur , diligendo yerficitur. ( Yerb. A/Jost. Serm. 20. cap. 1). La maison qu'habite le Seigneur au fond de notre âme se base sur la foi, s'élève sur l'espérance, et se per» fectionne par l'amour. C'est pourquoi si la foi vient à manquer, tout tombe en ruine.
31. — Il avait donc graurli^mcnt raison, l'abbé AgaUion, de. 4(Btester avec mifi howem: si pr'd'uude tout ce qui ressew'->iait ^
rincrMulité, étant d'ailleurs habitué à souffrir patiemment toute autre imputation calonmieuse. (Exlib. sentent. PP. cap, fO). Ou ht dans les vies des Pèn s du désert, que la renommé» de la grande humilité de cet anachorète s'étant répa,tidue dans les diverses parties de ces vastes solitudes, les autres cénobites voulaient le mettre à l'épreuve pour s'assurer de la vérité. Ils allèrent donc lui rendre visite et l'accablèrent de toutes sorte» d'injures et de blâme. Quel est ce genre de vie que vouj, meneZ;, Agatbou? On s'entretient partout de l'orgueil insupportable qui vous fait mépriser tout le monde et vous empêcha d'accorder votre estime à qui que ce soit. Qui plus est même, vous dites du mal tantôt de l'un tantôt de l'autre. Le bruit le plus répandu, est que votre vie est celle d'un fornicateur, d'un impudique et que vous déchirez tous les autres pour dissimuler ce que vous êtes en effet. Pendant qu'on l'outrageait par toutes ces calomnieuses invectives, Agathon se contentait de dire : C''est vrai, mes chers frères, je suis plein de défauts et d'iniquités, et se mettant à genoux à leurs pieds il conjurait ses accusateurs de prier pour lui, afin qu'il pût obtenir le pardon de tous ses crimes. Les moines, voyant que tous leurs efforts pour ébranler son humilité et pour la ruiner étaient complètement insuffisants, s'a\asèrent de l'attaquer d'un autre côté. Le bruit s'est lépandu, lui dirent-ils, que vous n'avez plus la foi, que vous êtes devenu hérétique. En entendant ses accusateurs, Agathon se relève en disant d'un ton assuré : Pour ceci il n'y a rien de vrai, je n'ai pas commis ce crime. Dieu me préserve d'un si énorme péché. Les moines, frappés d'étonnement, lui demandèrent pourquoi ayant souffert qu'on lui imputât les autres défauts si graves, il s'était si vivement ému quand on l'avait accusé d'avoir perdu la foi et d'être tombé dans l'hérésie. Agathon répondit : C'est parce que le manque de foi sépare une àme de son Dieu et que lui enlevant le fondement de sa croyance il la met dans l'impossibilité de retourner à lui, tandis que les autres péchés ne lui enlèvent pas tout espoir de retour. C'est pourquoi je ne puis pas supporter qu'on se figure que je me suis rendu coupable d'un crime aussi énorme.
32. — Mais si sans la foi ou ne peut parvenir à sauver son âme, on le pourra bien moins sil'ouaspii'eàla perfection; parce que dans le chemin de laperfection on rencontre à chaque pas de trèsfraudes difficultés qu'on ne peut surmonter que par une comiais»
sance bien exacte et bien profonde de la bonté de Dieu et de ses attributs , qui le rendent si digne de nos hommages et de notre service, difficulté dont onnepeutêtreenmême temps victorieux sans une terme foi aux biens éternels, sans un goût intelligent qui nous fait savourer ce qu'il y a d'aimable et de beau dans les vertus chrétiennes. D'autre part, ces connaissances efficaces en spéculation et en pratique, qui ont pour objet les biens surnaturels. De se puisent que dans une loi vive, comme le dit Isaïe, selon la version des Septante : Nisicredideritis, nonintelligetis{Is. 7, 9). Si vous n'avez pas la foi, vous n'arriverez jamais à comprendre les choses divines, parce que la foi est comme l'œil qui procure à notre âme une pénétrante intelligence des vérités célestes, ainsi que l'explique en cet endroit saint Cyrille de Jérusalem {Catech. 5). Oculus illuminans omnem conscientiam est fèdes et intelligentiam efficiens : dixit enim propheta : Nisi credideritis, non intel lige fis. Ceci s'accorde avec ce que dit saint Augustin : Intelleclui fides viam ajjerit, infidelitas claudit. {In Sententiis, sentent. 128). La foi ouvre l'intelligence aux choses surnaturelles, et le manque de foi la lui dérobe. Il faut donc pour obtenir ces lumières intellectuelles si nécessaires pour aplanir les obstaclei qui se rencontrent chaque jour dans la voie de la perfection, il faut, dis-je, que notre esprit soit enrichi du trésor d'une foi vive et ardente.
33. — Dans son exposition du symbole, Rufm s'efiPorce de démontrer par des raisons naturelles cette importante vérité, en disant qu'on n'arrive à l'intelligence des choses divines que par le moyen d'une forte croyance et d'une vive foi. Il prouve par une comparaison très-juste qu'on n'entreprend iamais quelque chose sans une persuasion quelconque qu'une telL; entreprise sera accompagnée de succès. Il en déduit (jue sans une croyance bien assise on pourra beaucoup moins arriver à la connaissance de Dieu et de ses perfections infinies, lit intelligentiœ tibi adifvs patescat, recte priyno cmmimn te credere profiteris. Qitia neque navim qids ingrcditur, et liquida ne vrO' fvvrlo vitam committit elemento, nisi pmis se credat î)osse salvari. Nec agricola scmina -sulcis obniit et pro friKjibns spargit in terra, nisi crediderit venluros imbres, n/fnlurum qitoque solis iemrem , quibus terra confota segetem nutriat : nihil denique est quod in vita geri possit si non crcdnlitas ante prœceiserit» Venique ideo et matrimouia conirahuntur , quia crcditur secU'
tura vosferitas ; et -meri disrrndis artibus traâuntur, quia tnagist'urum in discinulos (raiis/iindmda credilur disciplina, finperii quoque insicjnia unus suscipit , dum crédit sibi urbrs , et populos, armatum eliam exercitiwi pariturum. Quod si hœc sinyula nisi prias credidcrit futiira, nullus aggreditur ; quomodo non multo viagis ad aynitioncm Dei crcdendo veniatur? Pour q\ie votre esprit, dit-il, s'ouvre à rintelligence des choses divines, il iaut d'abord bien vous établir dans la foi ; car le marinier ne confie pas son existence aux eaux perfides de l'océan, s'il n'a un certain espoir d'en sortir sain et sauf et d'échapper à ces mers orageuses. Le cultivateur ne répand point la semence sur les sillons arrosés de ses sueurs , s'il ne croit que ce grain, fécondé par l'humidité de la terre et la chaleur du soleil, doit germer, et qu'une abondante moisson doit flotter au gré des vents favorables dans ses champs. Personne n'entreprend rien ici-bas dont inie croyance de réussite ne viennent relever Tespérance. Contracte-t-on le mariage sans compter qu'il en naîtra une postérité , et que des héritiers directs recueilleront la suce, ssion paternelle ? Place-t-on un enfant sous la conduite d'un instituteur, sans être persuadé que celui-ci lui inculquera ses connaissances ? Quel est celui qui se revêt des insignes de la puissanc3 royale, s'il n'est convaincu que les villes et les peuples se soumettront à son autorité, et qu'il aura une armée pour défendre son royaume ? Si donc on n'entreprend rien saus avoir la conviction d'un succès, comment donc, sans la foi qui nous stimule, pourrions-nous faire des progrès dans la connaisso nce de Dieu et de tout ce qui se réfère à son service ?
34. — Si donc notre avancement spirituel doit prcndu; .';on origine dans les connaissances surnaturelles et divines i i £o:tifient la volonté dans ses œuvres, il faut bien dire qui. n'est pas possible de faire des progrès dans la perfection, si l'ou n'est point animé d'une vive foi, puisqu'elle en est la nourricière en ce qui concerne ces connaissances et par la même raison on devra convenir que celui qui possède cette foi à un degré élevé, avancera rapidement dans cette voie spirituelle. Ce que nous disons se trouve confirmé et mis en plus grande évidence par deux laits, dont le premier est raconté par Pallade. [Hist. Lausic. Sect. 44, cap, 54). Certaines populations qui habitaient une vaste campagne étaient vivement affligées de ce qu'enseniençant leurs terres, elles trouvaient dans l'épi un insecte (j[iiî
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en rongeait le grain. Ou eut recours à un prêtre nommé Copcs, et à d'autres solitaires qui habitaient le voisinage et on les pria de les délivrer de ce fléau parleurs prières. Les anachorètes répondirent que Dieu leur accorderait cette grâce si la foi s'unissait à leur demande. Alors ces habitants apportèrent aux soli-. tair^îs une certaine quantité de ce terrain sablonneux et le leur présentèrent afin qu'ils voulussent bien y répandre leurs bénédictions. Leur foi ne fut pas trompée ; car il n'y eut plus désor-i mais d'insectes ni de sauterelles pour dévorer leurs moissons ; elles devinrent si abondantes que les campagnes les plus fertiles de l'Egj'pte ne présentaient point une pareille fécondité. Le second fait a rapport à certains peuples qui étaient placés sous la domination des rois des îles Moluques. {In litteris Molucen. anno 1566). Lorsqu'à l'instigation de leur souverain, ces peuples eurent abandonné la vraie foi pour embrasser une secte impie, leurs campagnes furent aussitôt frappées de stérilité à un tel point que la terre ne produisait aucun épi, et les arbres aucun fruit. La famine qui s'ensuivit les obligea de se nourrir de la chair d'animaux immondes , tels que les chats, les chiens, les taupes et d'autres viandes dégoûtantes. Remarquons ici que les •champs des premiers recouvrèrent leur fécondité ancienne par le moyen de la foi véritable qui produisait dans le peuple les fruits de toutes les vertus ; car la foi produit dans nos âmes les connaissances div.""-^,es qui les rendent fécondes. Les âmes de ces derniers peuples des Moluques n'avaient pas la foi, ou du moins n'en avaient qu'une très-faible et très-languissante, et ici nous voyons ces campagnes stériles où ne saïu-ait croître un fruit de véritable vertu, ou si quelquefois il vient à en éclore quelqu'un, il s'étiole tout aussitôt et finit par périr ; car ce défaut de foi est plein de ténèbres et d'obscurité. Concluons doi:^ avec saint Jean Chrysostôme : Fides est origo justitiœ , sanciitatis caput, devotionis principium, reliyionis fiindamentum. Nullus unqiiam sine hac Dominum promeruU , mdlus sine illa fastigium mblimitatis ascendit. [Serm. de fi.de, spe et caritate). Lsi foi est la source de tout bien et de toute sainteté , le principe de la dévotion, le fondement de notre religion; sans la foi on ne peut mériter de s'unir à Dieu , nul sans la foi ne peut arriver au sommet de la perfection. C'est ainsi que s'exprime le saint Docteur. Quiconque donc est désireux de sauver ion âme doit avoir une foi ferme ; quiconque aspire à U peiv
fectiou doit avoir nue foi vive qiu , avec les lumières de «»« connaissances, leslimnlo à agir avec ardi'ur en jualiquant tontes les vi lins et en se dévouant au service de Dieu par toute sort© de boiuies œuvres.