CHAPITRE IV
•n Y EXPOSE LES MOYENS PROPRES A L'ACQUISUION d'CNE FOI PARFAITE QUI EST SI NÉCESSAIRE POUR FAIRE DES PROGRÈS DANS LECUEMIN BiE LA PERFECTION.
35. — Le premier moyen c'est de la demander à Dieu par d'instantes et continuelles prières. Ceci est un moyen indispensable pour acquérir toute sorte de vertus , mais comme dans chaque vertu il y a quelque motif particulier de le mettre en pratique , il nous semble opportun d'y revenir pour eu bien laire comprendre la nécessité. La foi est un don de Dieu, puisqu'elle émane d'une lumière divine qui éclaire Tàme pour se pénétrer des choses surnaturelles. Elle dépend aussi d'une pieuse afiection que Dieu met dans la volonté et qui la i'açoune, pour ainsi dire, aussi bien que l'intellect, à la croyance dont la foi est l'objet. Or, cette illumination surhumaine, et cette sainte afiection si nécesssaire pour les actes que produit la loi, ne nous sont pas dues par justice, mais elles sont uniquement un don de la grâce ; il faut donc solliciter cette laveur. Si nous envisageons ensuite la foi dans un ordre plus élevé, celle-ci dépend de quatre dons de l'Esprit-Saint, qui sontrintelligcnce, la sagesse , la science et le conseil. Par le don d'intelligtiuce, l'âme pénètre prolondément dans les perfections divines. Par le don de sagesse, elle les connaît avec un goût plein de suavité. Par le don de science, l'âme juge avec une sagacité surnaturelle les choses d'ici-bas et les fait servir de moyens propres à atteindre sa fin dernière. Par le don de conseil, l'âme applujue son jugement spéculatif à la pratique et comprend ce qui <ioi^ être fait, au moment actuel, pour agir saintement. Mais pour que ces dons produisent en nous de si précieux efiets , il faut que l'Esprit-Saint en soit le moteur, parce que ces dons n'opèrent pas toujours leur efiet dans notre âme, bien qu'ils y résiliant d'une manière permanente, lorsqu'elle est eu état de j^iace.
Afin donc que le Saint-Esprit nous gratifie de ces impulsions si utiles à notre salut, que devons-nous faire ? Le voici, prier, demander, importuner saintement par nos supplications réitérées. Réglons-nous sur l'exemple des Apôtres, qui certes ne manquaient pas de foi , et qui pourtant ne cessaient de demander l'augmentation de leur foi. Et dixerunt apostoli Domino'. Adauge nobis fidem. {Lucœ, 17, 5). Suivons l'exemple de ce bon père de famille qui, étant interrrogé par le divin Sauveur s'il avait la foi, répondit affirmativement. Mais, comme il reconnaissait que sa foi n'était pas encore parfaite , il se mit à conjurer le Seigneur, les larmes aux yeux, de lui prêter son secours , afin que sa foi pût parvenir à la perfection requise : Et continua exclamans pater pueri, ciim lachrymis aiebat : Credo, 'Domine, adjuva incredulitatem meam. {Marci, 9, 24). Quant à nous, grâces à Dieu, nous sommes fidèles et nous ne manquons pas de la substance de la foi ; mais comme notre foi est peut-être tiède , froide et trop obscure, prions le Seigneur en nous unissant à ce bon père de famille : Credo, Domine, adjuva incredulitatem meam. Oui, mon Dieu , je crois, mais daignez joindre à cette foi cette lumière, cette vigueur dont j'ai besoin pour vous servir d'une manière parfaite.
36. — Le second moyen consiste à s'exercer aux actes de foi. Toutes les vertus s'acquièrent par la pratique. Par des actes renouvelés de patience, on devient résigné dans l'adversité. En s'habituant aux actes d'humilité, on se rend capable de supporter les injures et les aflronts. J'en dis de même pour ce qui est des autres vertus. Les arts libéraux et mécaniques ne s'acquièrent pas autrement que par une longue pratique. C'est ainsi que se forment les peintres célèbres, et les sculpteurs qui excellent dans leur art. La pratique assidue forme à son tour des ouvriers habiles en bois, en fer et en toute autre matière. De même, en faisant souvent des actes de loi, on acquiert cette vertu , et c'est par ce moyen qu'un chrétien arrive à la perfection qui est propre à la loi. Celui-là donc qui est dcsireus de posséder cette vertu, doit s'apphqucr à peser les preuves de crédibilité que nous avons plus haut exposées, afin que par elles il puisse reconnaître que les vérités proposées par la sainte Église ont été révélées de Dieu. C'est ainsi que son intelligence se disposera à leur donner son assentiment. Et alors le commandement de la volontii venant y prêter son concours ea
ordonnant à la première de ses iacultés de se soumettre à dos révt'lalii)iis iiilaiUiblos, eu raisou de la suuveraiue sagesse et de la vtiracité de Uieu qui les propose, il eu résultera un assentiment résolu, et parlais même, plein d'ardeur et d'éuergie à des dogmes aussi dignes de sa croyance. Si l'on continue de faire très-lréquemment de pareils actes , toutes les iacultés s'accorderont à produire une panaite adhésion à ces proionds mystères, et par ce moyen on se iortifiera dans cette vertu de loi. Nous devons spécialement nous exercer iréquemment à la foi sur les mystères qui surpassent la faible portée de notre esprit, parce qu'étant plus dignes de la grandeur de Dieu, quand on y attache une ferme croyance, il en ressort pour l'auteur de notre être une plus grande gloire. Voici ce que dit à ce sujet saint Grégoire (Homil. 26, in EvarigeL). Sciendum quod divina operatio, si ratione comprehcnditur non est admirabilis. Les œuvres divines n'ont rien d'admirable, si elles peuvent être comprises par les efîorts naturels de notre esprit. Au contraire, elles provoquent davantage notre admiration et notre étonnement quand elles dépassent notre intelhgence, parce qu'alors elles sont beaucoup mieux à la hauteur de la magnificence d'un Dieu incompréhensible dans sou essence et dans ses opérations. C'est pour cela que sainte Thérèse avait coutume de dire, que ces vérités surnaturelles où la raison naturelle s'égare étaient pour elle ronjet d'une croyance plus ferme, plus pieuse, et plus capable de la calmer, parce qu'elle découvrait dans ces profondeurs le propre caractère de la maiesté divine. Nous devons donc à notre tour nous exercer souvent dans la croyance de ces mystères les plus subhmes, par une foi humble et soumise, pour rendre à Dieu une plus grande gloire et pour donner à notre foi une plus forte énergie.
37. — Saint Ambroise exhorte à réciter chaque matin attentivement et dévotement le symbole des Apôtres où sont contenues les premières vérités fondamentales de notre sainte religion. Saint Augustin {Ad Cathec, cap. 1) invita les catéchumènes à réciter tous les jours, avec une semblable attention, le même symbole et à se maintenir ainsi constamment dans l'exercice de la foi. Pourtant cela est encore peu de chose, car nous devons pratiquer plus souvent les actes de cette même vertu, selon l'exigence des occasions qui se présentent, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.
38. — Qn'fm n'aille pas s'imaginer que cet exercice de foi convient uniquement à des personnes simples et à quelques femmes dévotes. C'est une maxime de la vie spirituelle qui doit être suivie ponctuellement et sans interruption par toute personne quand même elle serait très-avancée dans la voie de la perfection, parce qu'en réalité cette maxime est le londement de cette perfection, et l'on doit d'autant plus profondément s'en pénétrer qu'on est plus désireux de iaire des progrès dans les voies spituelles. Je me sens vivement ému quand je lis ce que rapporte saint Athanase du grand saint Antoine et dont Baronius fait également mention dans ses annales. {Tom. 3. anno Dont. 318, ex S. Athanas. in vita S. Ant&nii). Ce saint abbé étant sur le point de rendre le dernier soupir à 1 âge de cent cinq ans, plusieurs de ses disciples se réunirent dans sa cellule pour assister à cet heureux trépas. Or, pendant qu'ils entouraient ce misérable grabat en versant des larmes, le saint Abbé leur donnait d'une voix faible et mourante ses derniers avis. INIais sur quoi pensez-vous qu'ils roulaient ? Peut-être leur indiquait-il un nouveau moyen de s'élever à la contemplation ou quelqu'autre route jusqu'à ce moment ignorée pour avancer dans la voie spirituelle? Rien de tout cela. L'avis que le saint vieillard moribond donna aux cénobites, ses disciples, fut de se tenir dans la fo?- en Jésus-Christ et aux vérités catholiques contenues dans les livres saints et que la tradition apostohque nous a transmis. Custodienda est pia fides in Christum, et patrum religiosa traditia , quant ex scripturarum leciione , et crebro meœ parvilatis audisHs admonitu. Or, si à de saints Anachorètes qui menaient une vi«5 toute céleste il parut pécessaire de recommander avec tant d'instance et à raie époque si mémorable de se raffermir de plus en plus dans la foi, qu'on ne peut pas acquérir par d'autres moyens qu'en s'exerçant à ses actes , à plus forte raison il sera indispensable pour nous de s'exercer dans les mêmes actes pour rester fermes , stables et inébranlables dans cette vertu d'une 8i hante iny-oortance.
39. — Le troisième moyen c'est de pratiquer de bonnes œuvres et de vaquer à des exercices pieux ; car c'est ainsi que la foi se ranime, tandis que sans cela elle s'éteint. Saint Jacques nous l'enseigne en disant : Siciit enim corpus sine spiritu mortuum est, Ita et fides sine operibus mortua est. De même (ju'un corps est privé de vie et tombe dans un état de mort quand
Vhme est absente, de mftme la lui, dit cet apAtro, si elle n'c?t pas accompagnée de bonnes œuvres, languit et meurt. Deux autres apôtres partagent le même sentiment. Saint Joan nomme menteur et imposteur cclni qui orf^tend connaître Dieu par les lumières de la loi, mais qui n'associe pas à sa croyance l'observation des préceptes divins. Qui dicit se nosse Deum , et mandata ejus non scrvat , mevdax est. (i Joann. % A). C'est (orame si l'on disait qu'une telle personne n'a pas la loi. Saint Paul nous dit de son côté que si l'on n'unit pas les œuvres à la loi, c'est confesser Dieu de bouche et le nier par les actes. Qui confîtentur se nosse Deum, factis autem negant. {Ad Tîtum i , 16). Saint Grégoire eu déduit une conséquence d'après laquelle, si nous réfléchissons sur notre conduite, nous pourrons comprendre quelle est la quaUté de notre foi, c'est-à-dire que ceux-là, selon les paroles de ces deux apôtres, pourront se dire vraiment fidèles qui, en professant de bouiîhe , pratiquent en même temps par les œuvres : Quod cum ita sit, dit le Saint, après avoir rappelé les paroles précitées de saint Jean et de saint Paul, fidei nostrœ veritatem in vitœ nostrœ consideratione dehemut cognoscere. Tune enim veraciter fidèles sumus, si quod verbis promittimus, operibus impl^mns- [In Evang. Homil. 29).
40. — Cependant les deux .loôtres et le saint Docteur ne prétendent pas que l'absence des bonnes œuvres et même que les œu\Tes positivement défectueuses ruinent l'habitude de la toi, car celle-ci peut subsister sans l'habitude de la grâce et de la charité. C'est ce que dit le même saint Grégoire dans la parabole où l'on voit une personne invitée se rendre au festin, mais sans être revêtue de la robe nuptiale. Intrat enim ad nuptias^ ted cum veste nuptiali non intrat , qui in sancta Eccîesia assis» tens, fidem habet , sed caritatem non habet. {In Evangtl. Hom. 26). Celui qui entre dans la saUe du festin, mais sans être revêtu de la robe nuptiale, est le chrétien qui, en restant dans le giron de l'Église, conserve l'habitude de la foi, mais n'a point l'habir tnde de la charité. Ce que veulent dire les saints dont nous avons cité les paroles, c'est que la loi sans les bonnes œuvres est languissante, ne produit aucun fruit, et par conséquent n'est pas d'une grande utilité pour le salut éternel, et est tout-à-fait inutile pour arriver à la perfection.
41. Au contraire, les bonnes œuvres si elles sont fréquentes raniment la loi, la tahormissent , l'enflamment et la rendent
parfaite, parce que ces œuvres nous fout obtenir de Dieu Je plu» vives lumières, une ardeur plus grande et une assurance plus ferme dans la loi , et par de tels moyens celle-ci s'augmeute, s'accroît et acquiert une plus grande vigueur. Dans la ville de Césarée eu Palestine , était un centurion de la légion italique nommé Corneille, auquel, malgré sa naissance païenne, ne manquaient pas la connaissance, la loi et la crainte du vrai Dieu, et qui n'était point privé de la grâce et de l'amitié du Seigneur, comme nous l'apprend le texte sacré. Vir quidam erat in Cœsarea, nomine Cornélius, centurio cohortis, quœ diciiur Italica, religiO' sus , ac timens Deum. {Act. Apost. 10, 1 , 2). Il lui manquait seulement la foi en Jésus-Christ et aux vérités qu'il était venu révéler sur terre au genre humain; il était donc encore par conséquent privé de la grâce du baptême. Un jour ce centurion vit se présenter à lui , au milieu d'mie éclatante lumière , im ange sous la iorme humaine qui lui dit de chercher le prince des apôtres Simon Pierre. Il lui indiqua la ville et la maison qu'habitait cet apôtre et lui ordonna de suivre les ordres qu'il en recevrait. Ce fut là une bien grande laveur dont il fut gratifié de préférence à tant d'autres gentils qui vivaient avec lui, et cette laveur lui lut accordée d'uue manière bien extraordinaire par l'entremise d'un messager céiesie I Mais comment Corneille avait-il mérité que cette loi envers Dieu s'étendit jusqu'à la foi en Jésus-Christ, jusqu'à ses révélation?, et jusqu'à la réception du saint baptême ? C'étaient des choses qui, ayant déjà été promulguées dans la Palestine, commençaient à devenir obligatoires pour les habitants de la contrée. Voici comment les faveurs lui lurent accordées, c'est que journellement ce centurion faisait des œuvres de piété : Orationes tuœ , et eleemosijnœ tuœ ascenderunt in memoriam in conspectu Dei, et nunc mitte viros in Joppen. {Eod. cap. 4). Vos nombreuses aumônes, lui dit l'auge, et vos Iréquentes prières sont montées comme un parlum d'agréable odeur jusqu'au trône de Dieu et l'ont porté à m'envoyer vers vous pour que je vous enseigne la voie qui conduit à la foi chrétienne, qui est la seule chose qui vous manque et à l'assurance de votre salut éternel , comme l'explique si bien Corneille Je la Pioire. Ideoque eas digno j^rcemio ?-etnunerari volens mittil me ad te , ut ostendam tibi viatn ad fidem , et salutem. [In textu eitato).
"42. — iiiuis s'il est vrai ijue sans les bonnes œuvres la foi cet
morte et q\ie les bonnes œuvres la rendent vivante, lui donnent de la vigueur, de raccroissement, la dilatent, la développent, <mi doit donc s'occuper avec zèle de taire beaui'OU[» d'œuvres de chaiiti.^, de pénitence, d'hiunilité, de dévotion si Ton a le désir de posséder une loi élevée, robuste, qui nous lasse marcher rapidement dans le chemin de la perlectiou et eu atteindre les degrés les plus hauts.