Un bon guide qui veut conduire en toute sûreté le
voyageur qui se confie à lui, doit , avant tout, bien connaître le terme auquel il veut aboutir, parce que c'est vers ce but qu'il doit diriger tous ses pas. Il doit avoir une juste connaissance des chemins les plus droits qui conduisent à ce terme. Il doit connaître les dangers de cette roule, afin de les éviter. Il doit en outre aviser à ce que le voyageur soit bien muni de provisions pour son voyage. Sans cela il ne sera point un guide sûr et fidèle; ce ne sera qu'un conducteur aveugle, qui ne fera point arriver son voyageur au but proposé, mais rjui le conduira, icomme dit Jésus-Christ, à un précipice. Dans ce Guide ascé-
tiqm, j'ai voulu servir de conJucteur aux piètres qui dirigent les âmes, afiu qu'ils puissent à Itur tour couduire eu toute sûreté les âmes qu'ils Twidrout, parleurs enseiguemeut:^ , laiie arriver à la perfection. Dans le quatrième Traité, je leur ai moatré le terme de la pcrrecliou chrétienne, qui est la ckarité parfaite envers Dieu et envers le prochain. Dans le troisième Traité, je leur ai, pour ainsi dire, fait toucher du doigt les sentiers étroits et sûrs par lesquels on arrive à cet heure\ix terme, et ce sont les vertus morales d'une àme déjà purifiée. Dans le seconct Traité, je leur ai montré les obstacles que nous rencontrons en. nous-mêmes et hors de nous, afin de pouvoir marcher promp^ tement et sans embarras dans la voie des vertus morales. Eufia, dans le premier Traité, j'ai exposé les moyens dont ils doivent montrer Temploî à leurs péuitents, poiu* surmonter ces obstacles, pour courir sans pierre d'achoppement dans le chemin des susdite.* vertus, et pour arriver à la possession du divir: amour, qui est le suc et la substance de la perfection.
389. — Si donc le directeur veut faire parvenir à la perfectionson disciple, il doit, du commencement à la fin, avoir l'œil sur le terme auquel il veut le conduire, de la même manière qu'un voyageur avant de se mettre en route, à moins qu'il n'ait perdu le bon sens, détermine le but de son voyage. C'est là, comme nous l'avons déjà dit et prouvé plusieurs fois, la charité parfaite. J'ai dit l'a charité parfaite , parce que le pénitent se trouvera déjà en possession de cette vertu à quelque degré inférieur; car je suppose qu'il aura la conscience pure de toute faute mortelle^ autrement, il devrait songer à s'établir plutôt dans la substance de la chai'ité, que dans la perfection de la loi chrétienne. Or^. dans cette supposition, le pénitent est muni de la grâce sanctifiante, et avec elle il possède l'habitude de la charité. Mais cette dernière vertu peut s'accroître et se perfectionner à l'infini , et avant d'être parvenu à un tel degré de perfection qu'on puisse l'appeler parfait, le pénitent devra faire de très-grands efibrts. E devra faire tant de progrès^ dans la pratique des vertus, morales^ qu'il puisse exercer avec promptitude et sans aucune répugnance^ sHl s'élevait encore dans le foyer de la concupiscence, qui ne s'éteint jamais tant que nous sommes dans cette misérable terreet sous une enveloppe charnelle, s'il s'élevait, dis-je, encore quelque légère répugnance, ilfaudi^a tâcher de la surmonter et ds;
Ib vaincre avec facilité. Qnaud la personne qui tend à la per- ^ciion sera parvenue à ce point de facilité et de promptitude , ^daas l'exercice de la vertu, elle sera prochainement disposée à -pratiquer avec la même facilité et une égale promptitude toute ^saïa'te d'actes de charité envers Dieu et envers le prochain. Cet «cercice sera même accompagné d'un zèle tout particulier et ^\me ferveur spéciale , et en cet état où consiste la perfectioD «fe ia charité, cette personne sera conséquemment parvenue à la f^erfection chrétienne,
390. — Mais pour arriver à l'acquisition de ces vertus mo- ; aa!es que l'on pratique avec promptitude et facilité, il est de la \ plïis indispensable nécessité d'abattre par des mortifications ' aiœessantes toutes les n^bcllions qui naissent de la chair, toutes les répugnances que font surgir les objets du dehors et les passions intérieures, ainsi que les habitudes vicieuses que l'on ^■orrait contractées. Il faut en un mot écarter tous les [obstacles ^pâ. viendraient entraver les pas du pénitent dans le chemin de la perfection. C'est ce dont doit s'occuper d'abord le directeur, •^ quand il veut faire parvenir une âme à la perfection , il doit -rfîaîtacher dès le commencement, à ce que son disciple réprime
penchants déréglés , qu'il mortifie ses passions rebelles, qu'il îttc un frein à sa sensualité , qu'il se détache des objets extéjâeairs , parents , richesses et dignités , afin qu'après avoir fait ^[:^araltre tous ces obstacles qui éloignent de la vertu, le «liseipîe puisse s'exercer successivement avec facilité à la pra- 4Sqiie du bien.
391 . — Le directeur doit bien pourtant se préserver de certeines erreurs. Il rencontrera des commençants qui lui semblesoiit déjà parvenus au sommet de la perfection, lorsqu'ils ne isont encore qu'au premier degré. 11 verra ces personnes se IHrer avec ardeur aux mortifications, animées d'un esprit de ;|»éaitence, promptes à l'obéissance, faciles à accepter les humiliations et portées à pratiquer toutes les vertus. Il pourrait croire que ces personnes sont arrivées déjà à l'état de purgation, «t <ju'à peine entrées dans le chemin de la perfection, elles sont parvenues au terme. Mais il n'y a encore dans elles réellement aucune soUde vertu , parce que la grande facilité qu'elles trouvent à pratiquer des actes vertueux ne vient pas en elles '.ie l'habitude des vertus qu'elles n'ont pas encore acquises
et n'ont pas pu acquérir ou si peu de temps. Cette facilité leur vient d'une grâce sensible, pleine de charmes, qui endort leiu's passions, et qui les stimule, les pousse intérieurement et les rend promptes et expéditives pour taire le bien. La vertu est une aptitude, une îacilité qui se produit dans l'àme par des actes fréquemment répétés de cette même vertu, et surtout des actes, par le moyen desipielson triomphe des résistances et des répugnances que notre fiigile nature éprouve quand il s'agit de faire le bien. Or, cette Iacilité ne saurait exister dans des commençants qui n'ont pas encore remporté de nombreuses victoires, qui ne se sont pas encore suffisamment mortifiés, et n'ont pas pu s'habituer aux pratiques solidement vertueuses.
392. — Les directeurs spirituels devront donc employer les moyens dont nous parlons dans le premier Traité, pour laoiliter à leurs pénitents la victoire sur leurs passions, pour leur faire mortifier leurs sens et les détacher des objets extérieurs qui sont autant d'obstacles à la perfection. Ces persqnnes qui se dévouent à la spiritualité, devront bien se garder d'imiter la conduite de certaines autres personnes pieuses qui passent de longues heures en oraison , fréquentent les sacrements , pratiquent quelques dévotions spéciales en l'honneur de la sainte Vierge, Usent des livres pieux, suivent exactement un règlement de vie et s'attachent à une direction spirituelle sans en changer à tout propos, mais qui, dans tout cela, ne cherchent qu'un certain aUment à leur dévotion, une certaine sensibilité pieuse, e^ quand elles en sont arrivées à ce point, se figurent que cela suffit, ou bien si elles n'y arrivent pas, s'imaginent n'avoir absolument rien fait. Ces personnes se trompent, parce que les moyens, pour en mériter à juste titre le nom , ces moyens par nous indiqués , doivent se proposer une fin , et que la fin consiste à surmonter les empêchements qui sont dans nous, autour de nous et hors de nous, afin de mener une vie soUdement vertueuse, de vaincre ces obstacles , de pratiquer avec facilité et promptitude les vertus morales , et finalement , quand on est en possession de cette facilité , se dévouer avec ardeur à la conquête d'une charité parfaite.
393. — Le Directeur doit donc s'appliquer à ce que les commençants se déterminent dans leurs méditations , par des propos efficaces, à surmonter leurs penchants désordonnés et à se détacher des choses de la terre sans aucune exception. C'est
dans cette fin qu'ils doivent adresser à Dieu leurs prières, en lui demandant continuellement cette grâce. C'est à ce but que doivent tendre leur fréquentation des sacrements, leiirs lectures (Spirituelles , leur dévotion envers les Saints et envers la vierge Marie , reine de tous les Saints , leur soumission à leurs directeurs et tous les autres moyens. Mais il faut procéder régulièrement pour obtenir ce triomphe sur tous les obstacles qui s'opposent à la perfection. Il faut commencer par détruire les empêchements les plus faciles à vaincre, et lorsqu'on commence il faut s'attacher d'une manière tout-à-fait particulière à la mortification des sens extérieurs , des yeux , de la langue , de l*ou'îe, du tact et de la sensualité dans le boire et dans le manger. Puis il faut s'occuper de se détacher de l'amour des biens d'icibas, de celui des dignités et des autres objets qui flattent notre amour-propre. Ensuite le directeur fait appliquer son disciple plus sérieusement à la lutte contre ses passions et contre tous les mouvements peu réguliers de son âme. Quand il verra que son disciple a vaincu plusieurs de ces obstacles , il lui fera mettre en œuvre ces mêmes pratiques de méditations , de prières et de lectures, qui sont les moyens plus haut ludiques, ainsi que la fréquentation des sacrements , pour qu'il puisse exercer avec une prompte facilité les actes de vertu qu'il n'exerçait auparavant qu'avec difficulté et avec les entraves que lui opposaient les répugnances de la nature. S'il découvre enfin que son disciple a acquis beaucoup de facilité dans la pratique de toutes les vertus morales, il doit s'appliquer à lui faire employer tous ces moyens pour exercer tous les actes de charité envers Dieu et envers le prochain, dont ndus avons déjà parlé. Quand le disciple est parvenu à cet état, il aura fait l'acquisition de la perfection chrétienne, autant qu'il est possible d'y parvenir en ce bas monde. Enfin il lui sera possible d'avancer encore de plus en plus dans cette voie salutaii*e et d'y faire continuellement de nouveaux progrès.
394. — Je fais observer itérativement que toutes ces choses, successivement développées dans le présent Guide ascétique, s'opèrent toutes en un seul temps et à la fois dans mie âme. Ainsi doue, en môme temps que la personne spirituelle met en œuvre les moyens, en même temps aussi disparaïs(sj(^t les obstacles qui s'opposent à la perfection , s'accroît la facilité
pratiquer les vertus morales , et s'enflamme de plus en plua la saiiitc charité. Et plus ou applique les remèdes, et plus Oû 8'eflbrct d'écarter les empêchements; et plus on s'aionne à ^exercice des vertus morales, plus en même temps la charité acquiert de nouvelles ardeurs, et plus l'homme fait des progrôa dans la perlection.
inr Dv 4* ST sERNiEB TBATTÉ SU sxnsB asgéhqui.
SYNTHÈSE TARÉNÉTIQUE
1IE§ 4^1IATRE TRAITÉS
VOUl DEDX ÀSîfiZS DE SERMONS DES DIMANGUES ET DE DITEBSEi FÊTES DE l'année.