‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 10 sur 75 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ON Y EXPLIQUE EN QUOI CONSISTE LE SENS DU COUT ET COMMENT IL s'allie a la GOURMANDISE; DE COMBIEN DE MANIÈRES CE VICK NUIS FAIT TUMBEH DANS LE PÉCHÉ ET PAR CONSÉQUENT BETARDK LA PERFECTION.

68. Par le sens du goût on distingue la saveur des aliments et de kl boisson, et, selon la remarque d'Aristote, le goût nous lait repousser ce qui est nuisible et rechercher ce qui est salutaire. Gusliis salutarem cibinn a pestijero ita discemit , ut insuave et inf/raftnn jtigint ; sahdare graUtrnque appetat. {Lib. sens.). Ainsi, toute riiiclinatiou du goùl se dirige vers le plaisir que procurent la nourriture et la boisson ; c est un attrait tout animal, puisqu'il nous est commun avec les êtres prives de raison. Ce sens, comme le ilit Aiistole, a son siège sur la langue, et eu quelques animaux privés de langue le goût ié.-'ale en quelque organe propre à cette sensation. Organum gustus, five ipsius instniiiicntm/i "st lingua, mit quidqnid linguœ ,)rono)tione respondens in /lis qui lingua carent. Il s'ensuit que, quoique le sens du goût ne soit pas pr()[)reaient le vice de la gourmandise, celuici doit exister dans lappetit scnsiti*. Quoi qu'il en soii, le goût est intimement lié av^r ce vice, le . miente, ie nourrit, et se trouve ainsi l'unique but de ses inclin;i ' ions déréglées ei de ses

mouvements désorrlonné? , puisque, comme dit saint Thomas, le vice de h. gourmandise consiste dans ime convoitise immodérée pour le plaisir que procurent la nourriture et la boisson, et ce plaisir est le seul objet que le sens du goût considère comme sa fin. (iula proprie consista circa immoderatam delectationem quœ est in cibis, et potibvs. (2, 2, Quœst. 188, art. 6). Puis donc que le sens du goût est ce plaisir matériel qui alimente deux sensations animales , savoir : Une qui est interne, en d'autres termes la gourmandise; et une autre externe, c'està-dire le goût , on arrive à mortifier l'une de ces sensations en lui soustrayant la nourriture, et, par me conséquence nécessaire, on mortifie l'autre en même temps. On satisfait donc aux eJgences de l'une en lui concédant k s aliments qui la flattent, en même temps qii'on tavorise les inclinations del'autre. Nous pouvons donc conclure de ces principes posés qu'il y a toute raison de les considérer séparément comme deux ennemis ligués contre l'œuvre de notre periection et celle de notre salut éternel, s'ils exercent une trop despotique tyrannie par leurs instincts pervers contre la raison qu'ils veulent subjuguer.

69. — Saint Grégoire nous dit que le vice de la gourmandise nous lait la guerre de cinq manières , et que, par le même nombre d'attaques, il met obstacle aux progrès de notre periection. {Moral., lib. xxx, cap. 13). Quinque nos modis gnlœ vitium tentât. Aliquando namque indigentiœ tempora vrœvenit. Âliquando vero tcmnus non prœvenit, sed cibos lautiores qnœrit, Aliqiiondo quœ/ibet , quœ mmenda sint, vrœparari accuratius eœpetit. Aliquando autem et qualitati ciborum et tempiori cori' çruit ; sed in iosa quantitate sumendi mensuram moderatae refsctionis excedit. ISonnunquam vero et abjectius est, quod desiderat; et tamen ipso œstu imwensi desiderii deterius peccat. Le viee de la gourmandise nous fait la guerre, dit le Saint, quand pour la siitisraire nous devançons le temps destiné à notre réloclion corporelle; ou bien, lorsqu'en ne devançant pas ce temps, nous reclierchons des mets délicats qui puissent flatter notre sensualité. L "autres lois, c'est quand, sans rechercher des viandes exquises, nous voulons que les mets ordinaires soient assaisonnés avec une délicatesse recherchée , afin de satisiaire notre goût. Quelquefois quand, sans pxcéder la recherche de la qualité et même de la délicatesse de l'assaisonnement, nous

excf^dons snr la quantité en mangeant des mets communs an delà «lu nécessaire; ou bien encore quand, en prenant «les aliments très-communs, ou même grossiers, nous les mangeons avec trop d'avidité. Ce dernier défaut est pire que tous les autres, car il est la preuve d'une inclination plus déclarée à satisfaire le goût dont le palais est le siège.

70. — Le saint Docteur, après avoir éuTiméré les cinq inclinatinns dt^ l'homme à satisfaire le sens du goût, et que saint Thomas noniinc les cinq espèces du vice de la gourmandise (2, 2. QuŒst. 118, art. -i), jjasse à la preuve do leur ridpabilité respective, en (citant des exemples puisés dans nos livres saints. Pour ce qui regarde l'anticipation du temps destiné à prendre des aliments, il cite la faute que commit Jonathas qui, en goûtant seulement un peu de miel sauvage avant que le jour n'eut fini de s'écouler, malgré la sévère défense qui avait été faite de ne prendre avant ce temps aucune nourriture, mérita d'entendre sortir de la bouche de son père une sentence de mort : Mortis (piippe spvtPvtUim patris ore Jonafhas vieruit , (juia in gustu wellis constilutum edendi tempiis anteccssit. Contre la délicatesse des aliments, il cite la sensualité des Hébreux qui , dégoûtés de la manne, se mirent à regretter la nourriture de l'Egypte, parce qu'ils la regardaient comme plus exquise, et c'est pour les \)\\n\v (pie Dieu en fit un si cruel massacre. Et ex £(/ypto populus eductus in eremo occubuit; quia dcsprcfn jnanna^ cibos carnium pctiit, quos lautiores putavit. En ce qui touch» la superQuité des apprêts alimentaires, saint Grégoire rapporte l'exemple de la gloutonnerie des enfants du graud-prètre Héli, qui voulaient se saisir des viandes des sacrifices avant qu'elles n'eussent été cuites, en violant ainsi l'ancienne coutume, j>our avoir la faculté de les faire cuire et de les apprêter avec recherche. C'est ce qui leur attira de sévères châtiments de la pari de Dieu, ainsi qu'à leur père. Et prima filiorum Ihliculpa suborta est, quod ex corum voto sacerdotis puer, non antique more codas vellrt de sacrificio carnes accipere; sed crudas qum reret, qnas arcuratius exhiberet. Contre l'intempérance qui se commet par l'excès de la nourriture, il nous met sous les yeux ce que nous dit le prophète Ézéchiel, qui nous fait suffisamment entendre que la ruine de Sodome eut pour principale cause l'abandon à la gloutonnerie excessive dont se rendirent coupables les habitants. Et cum ad Hierusalem dicitur : hœcfuit

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