SU
iniquitas Sodomœ sororis tuœ, svperbio, safurifas pavis et abuth dantia, aperle oslenditvr, quod idcirco salutem peulidit, quia cum svperbiœ vitio mensuram vioderaiœ refectionis excessif. Quant à l'avidité de manger des aliments, même vils et grossiers, il rapporte le trait d'Ésaù, dont Tenvie gloutonne de manger un plat de lentilles pour aussi copieux qu'il était, lui attira le reproche bien clairement formulé d'avoir vendu son droit d'aînesse pour une nourriture si commune. Les regrets dont cette avidité furent pour lui la source, le prouvent incontestablement et sont connus de tout le monde. Et primo(/enitO' rum gloriam Esaû amisit, quia mayno œstu desi'derii vilem cibutn , scilicet lenticulam conciipivit, quam dum venditis etiam primogenitis prœfulit, quo in illam appetitu anhelaret, indicaviL 71. — On doit, à ce sujet, observer attentivement que toute la sensualité animale de ces cinq vices de la gourmandise se réduit en somme à la recherche des voluptés qui flattent le sentiment du goût dont nous parlons en ce moment, et au désir de se procurer des délectations dont il est le toyer. Le lecteui doit réfléchir sur chacune de ces espèces du vice capitf»! de la gourmandise, s'il veut se convaincre de la vérité. Pourquoi y a-t-il Tme imperfection à prévenir l'heure des repas quotidiens? Cela ne peut naître que de l'impatience de satistaire le sens du goût. Pourquoi y a-t-il quelque chose de vicieux à rechercher des viandes délicates et des assaisonnements exquis? Ce ne peut être que pour causer à la langue une délectation. Pourqui-'i est-ce un mal de manger avec avidité? Ce ne saurait être que pour satisfaire le sens du goût. Cela est aussi certain que si l'on disait le contraire, c'est-à-dire que manger et boire avec satitHé et pour le seul plaisir n'est pas un péché. Une opinion de ce genre exposerait à reconnaître comme légitime la proposition condamnée par le Pape Innocent XI et à encourir i'anothème que ce pontife lança contre quiconqiie oserait y odhérer. Comederc, et bibereiisque ad saiietatemob solamvoluftatcm, non est peccatian , modo non obsit valetiidini ; quia licite jioirst appelitus naturalis suis actibus //ui. {Propos. S. inter damn. ab Innocentio XI) La proposition condamnée dans les termes de son exposition est celle-ci : INIanger et boire à satiété pour satistaire uniquement le goût n'est point un péché, pourMi qu'on ne nuise pas à la santé, parce que l'appétit naturel peut se satisfaire dans les actes qui lui sont propres.
— PO- TS. — Qu'on veuille bien observer que ie n'enitends pas dire qn'il y ait quelque péché à goùt°r un plaisir dans les aliments, parre qu'en mangeant il n'est pas possible que la langue n'éprouve j as du plaisir, ne goûte pas une délectation proportionnée à la qualité de la nourriture. Je me borne à dire que c'est chose aiauvaise et singulièrement nuisible à la pehection de prendre des aliments dans l'unique but d'y trouver du plaisir, comme tont les animaux qui mangent parce qu'ils trouvent leur plaisir à manger sans se proposer aucune fin honnête et raisonnable. Saint Grégoire démontre ce que je viens de dire par un raisonnement très-solide. Quelquefois, dit-il, nous mangeons des mets exquis sans commettre aucune faute, et quelquefois nous mangeons des mets grossiers en péchant par gourmandise; parce que dans les premiers, bien que délicats nous ne cherchons pas notre goût, tandis que dans les seconds, quoique moins exquis, nous recherchons la sensualité. C'est ainsi qu'Esaû perdit le droit d'aînesse en mangeant un mets grossier, et Elie n'éprouva aucun dommage en mangeant de la viande dans le désert, parce que celui-ci mangea sans aucune sensualité, tandis que l'autre rechercha dans ses lentilles im plaisir sensuel. Neque enim cibus, sed appetUus in vitio est:unde lautiores cibos vlerumque sine culpn sumimus, et abjectiores non sine reatu conscientiœ degustamus. Hic quippe, quem diximus, Esau primatum per lenticulam perdidit ; et Helias in eremovirtutem spiritus edcndo carnes servavit {loco supra rif.) Le saint Docteur confirme cela en disant que le démon, sachant très-bien que chez plusieurs personnes ce n'est pas la nourriture mais l'attrait sensuel pour la nourriture qui cause la damnation, ne tenta pas Adam le premier homme, ni le Rédempteur qui fut le second homme, en leur mettant sous les yeux et sous l'odorat des yiandes fumantes, mais qu'il tenta le premier homme par l'attrait d'une simple pomme, et le second par celui d'un simple pain. Inde et antiquus hostis quia non cibum, sed cibi concu- Xnscentiam esse causam damnationis intelligit; et primuin sibi hominem non carne, sed porno subdidit, et secundum non came, sed pane tentnvit. Nous devons donc conclure que le vice de la gourmandise sp réduit à un penchant déréglé de l'homme à flatter lo sentiment du goût et à rechercher la délectation qu'il éprouve dans le boire et »laus le manger. Cette condescendance à satislairc le sens du coût oppose à notre perfection un obsiaclfl
tellement sérieux qu'il nous est impo?sible d'y faire quelque progrès en se montrant facile à en écouter les pernicieuses inspirations. Il laut donc se refuser des plaisirs de cette nature, les tempérer, ou bien se les accorder quand les circonstances le veulent, mais ne le faire qu'en rectifiant ses intentions, et faire en sorte qu'il n'en résulte aucun dommage spirituel, comme nous le verrons dans la suite du présent article.
73. Nous allons voir succinctement les graves dommages que cause à l'âme cette inclination déréglée à satisfaire le sens animal du goût, et combien elle est peu agréable aux yeux du Seigneur. Pour le moment^ je vais me contenter de le prouver par certains laits que cite saint Grégoire {Dial. C. 1). Car ayant invoqué l'autorité de ce grand Docteur pour baser solidement ce que j'expose dans le présent chapitre, je veux terminer er m'appuyant sur la même autorité. Une religieuse ayant été se promener dans le jardin de son monastère aperçut une belle laitue et emportée par le désir de satistaire sa gourmandise elle la cueillit et la mangea avec avidité. Lactucmn conspiciens coneî//)2t"î7. Mais cet aliment lui fat bien funeste, car un démon était caché dar»s cette plante et aussitôt l'esprit infernal la iet:i par terre et se mit à la tourmenter de mille manières. Les compagnes de cette reUgieuse. effrayées de ses convulsions, de ses hurlements, de ses cris, et des contorsions horribles où elle se débattait, appelèrent su»" le champ le saint abbé Equitius afin qu'il réfrériât par son autorité les violences de l'esprit infernal qui to"t'^rait si cruellement cette pauvre victime. Le saint homme accourut, et dès qu'il eut mis le pied dans le jardiii le démon se mit à dire par la bouche de la rehgieuse : Ego quid feci ? Ego quid feci ? Sedebam super lactucnm, venit illa, et momordit me. Qu'ed-je donc fait? Qu'ai-je donc fait ? J'étais assis SU" une laitue quand cette religieuse étant arrivée auprès d^ moi n'a mangé, et moi je m'en suis empa^-é. Cèpe idant ^a serviteur de Dieu commanda au démon de partir sur le champ, et pa^' ^a verti. de son co rmandement il le chassa d'une manière teller.^ent ef^cace qu'il ^e molesta plus cette infortunée. Pour une bouchée de laitue mangée pour satisfaire la gourmandise nue personne consacrée à Dieu tomba en la possession du démon Je conjure le lecteur de réfléchir sur l'énormité de ce châtiment et puis de bien se convaincre combien déplaît à Dieu toute satisfaction déréglée que l'oc «r-corde au sens du goût, spécia-
lement chez les personnes spirituelles et dévotes qui marchent dans les voies de la perfeeliou.
74. — Mais plus terrible encore fut le châtiment infligé à cet autre religieux, selon ce qu'en rapporte le même docteur, puisque le dragon inlernal n'en fit pas sa proie seulement pendant quelques instants, mais à tout jamais. Ce moine vivait dans un monastère de la province de Licaonie et jouissait auprès des autres religieux d'une très-haute estime et d'une grande vénération à cause de ses éminentes vertus et de sa scrupuleuse exactitude dans l'accomplissement de tous ses devoirs. Mais ce malheureux était subjugué par le vice de la gourmandise. Pendant que les autres jeûnaient, il mangeait, lui, eu cachette. Sur ces entreiaites, il tomba dans une grave maladie qui l'eut bientôt réduit à l'extrémité. Lorsque l'heure de son trépas approchait, tous les moines s'étaient réunis autour de sou ht, persuadés que la mort a'un homme si saint ne pouvait manquer d'être pour eux un grand sujet d'édification et d'encouragement à la persévérunce. Ils n'eurent à entendre que ces paroles : Mes chers irères, lorsque vous vous livriez au jeûne, je mangeai? à votre insu, c'est pourquoi j'ai été réduit sous la possession du dragon infernal qui a déjà étreint mes jambes de sa queue et en a pareillement enchainé mes genoux; il place déjà sa tète •lans ma bouche et m'arrache l'àme. Après avoir dit ces mots, il tomba en eflet dans les mains du diable. Ecce ad devorandum draconi datas su7n, qui caudasuagenua jnea pedesquecolligavit. Caput vero suu7n intraos meum mittons, spiriium meuin ebibens abstrahit. Quibus dictis, statim defunctus est {Dial. lib. iv, Cap. 38). Les personnes pieuses et celles qui vivent en communauté et qui ont déjà surmonté les obstacles qu'opposent à leur salut et à leur perfection le monde, leur l'aniille et le démon, doivent apprendre par cet exemple ce que c'est que la sensualité, si elles n'ont pas su encore surmonter le sens du goût et de la gourmandise; car eu recherchant des mets délicats, bien assaisonnés, eu désirant s'en repailre avec avidité, elles y mettent toute leur attention, se plaignent si les apprêts de ces mets ne leur conviennent pas et font preuve d'une excessive voracité en s'en nourrissant. Que ces personnes apprennent , dis - je , combien déplaît au Seigneur ce péché qu'elles ne craignent pas de commettre, puisque, dès ici -bas même. Dieu montre combien une telle conduite est diy;ue de sa réprobation.