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pvgnabif, fontesque voluptaium venfris, et impudicitiœ fomilum inde mananiium , a principio castitatis studio, et ardore siccabit... Ventre enfin distento rpulia , necesse est ea quœ sub ipso snnt wembra, ex humoris redundantia, ad propria, et naturalia officia moveri [De vca Virginilate). Cassien affirme qu'il n'est pas possible qii'nnc personne qui s'est repue d'aliments jusqu'à satiété, se garantisse des révoltes de la chair. Impossibile est satiiriim ventrem pngnas intrrioris hominis non experiri. [Justit. lib. IX, cap. 13). Cassien conclut dans le chapitre suivant, que si l'intempérant ne sait pas mettre un frein à sa gourmandise, il sera bien moins capable de reprimer les excitations de la chair, qui sont bien plus violentes,
83. — Tels sont donc les cinq cfTets pernicieux qui , selon I« Docteur angéliqne , naissent de la complaisance qu'on a pour les inclinations du sens du goût, en se livrant à la gourmandise. En employant les paroles de saint Grégoire, nous les résumons, et voici les termes du saint Docteur : De ventris ingluvie inepta lœtitia, imnninditia, multiloqjiimn , hebrtudo mentis circa intelligentiam propagantur. De la gourmandise naissent les ténèbres de l'esprit à l'égard de l'intelligence des choses divines, l'hilarité peu sensée, la scurrilité, la loquacité et l'impudicité. Ce dernier effet est cependant le plus déplorable de tous, et quand même les autres effets vicieux n'en ressortiraientpas, il devrait suffire pour déterminer tout disciple de Jésus-Christ à combattre sans pitié la gourmandise et le sens du goût; car il ne peut pas ignorer que ces deux ennemis sont ligués avec l'impudicité, non-seulement pour le faire descendre d'un degré quelconque de la perfection , mais encore pour l'écarter de la voie du salut éternel, puisqu'il n'y a pas de vice qui entraine avec plus de violence les âmes dans l'abime de la perdition.
84. — Le lecteur ne doit donc pas s'étonner, si en lisant les écrits des Saints, il reconnaît qu'ils exhortent les personnes pieuses qui se proposent de parvenir à la perfection , comme principale maxime de spiritualité, à combattre le sens du goût, à déraciner les basses inclinations de la gourmandise, à contenir dans de justes bornes ce sens pervers, car il n'est point possible , comme on voit, de s'occuper de perfection quand on s'abandonne à des manquements si grossiers , si matériels , si honteux, tels que ceux dont la source est dans ce vice brutai. Mais peut-être les lecteurs n'ont jamais eu dans les u^aàus les
ouvrages des Saints, où ce vice est flagellé vigoureusement; en ce cas, je leur citerai ces paroles de saint Grégoire, à cet égard : Negue ad conflictum spiritualis agonis assumitur si non priut mtra nosmetipsos hostis positus, gulœ videlicet appetiius edome» tur. {Moral, lih. m, cap. 13). Il ne saurait songer à entrer dans la carrière de la vie spirituelle , celui qui n'aurait pas encore dompté le mortel ennemi qu'il recèle dans lui-même, je veux dire l'attrait de la gourmandise. Et puis encore il se remet à dire que celui-là ne saurait espérer de remporter la victoire dans les combats spirituels et parvenir par ce triomphe à la perfection, celui qui, d'abord, par la mortification |de ce sens qui nous invite à la gourmandise , n'aurait pas surmonté les perverses inclinations de la chair. Nullus palmam spiritualis certaminis appréhenda, qui non in semetipso prius, per afflictant ventris concupiscentiam, carnis incentiva devicerit {ibid, cap. 26).
85. — Cassien nous présente un nouvel argument en favenr de la doctrine que nous exposons , quand il dit qu'on n'est pas en état de combattre les vices capitaux, quand on n'a pas pu vaincre des défauts moins graves. Nunquam robustioribus œmulis colluctari posse confidas eum , quem in leviori conflictu conspexeris ab inferioribus y parvisque superari. {Instit. lib. vr, cap. 11 ). Quiconque a été vaincu par un pygmée, ne pourra certainement pas vaincre un géant, et celui qu'une femme faible a renversé ne peut pas se flatter de jeter à terre un vaillant guerrier. De même on ne peut pas espérer de surmonter de grands vices et des passions violentes dont notre cœur est l'esclave, et s'élever à la gloire de la perfection , quand on n'a pas su triompher des inclinations de la nature vers le plaisir du goût de la gourmandise, qui est un vice bien moindre et bien plus facile à surmonter. Je pourrais corroborer cette vérité par un grand nombre de faits, mais je me contenterai d'en rapporter un seul , qui se Ut dans l'histoire de l'ordre de Citeaux et. dont saint Bernard fut témoin.
86. — Un jour saint Bernard, comme un pasteur plein de solhcitude , visita ses novices, selon sa coutume, à laquelle il était fréquemment fidèle , car le saint abbé veillait avec som sur les brebis de son cher troupeau. Après leur avoir procuré de douces consolations par ses exiiortations merveilleusement adaptées à leurs besoins spirituels, il appela en particuher Acard
et deux antres novices , puis indiquant du doigt un autre n(^ vice qui était avec les premiers, il dit à ceux-ci que ce malheureux s'enfuirait furtivement du monastère dans le courant de cette iournée. Puis il leur ordonna de tenir l'œil sur lui, de le poursuivre et de l'arrêter dans sa luite. Acard resta sur pied toute la nuit, pour observer attentivement, et attendant avw. anxiété que la prédiction du saint abbé se réalisât. Au moment où il allait donner le signal du lever, pour se rendre au chœur, il vit entrer dans la cellule deux hommes d'une taille gigantesque, et dont l'aspect était horrible et le regard aUreux. Ils étaient vêtus d'un habit brun , et l'un d'eux portait piquée , à la pointe d'une sorte de lance , une poule rôtie , autour de laquelle s'enroulait un effroyable serpent. Celui-ci s'approcha du lit de l'infortuné novice et lui mit sous le nez ce mets fumant. Il revint plusieurs fois à cette manœuvre pour l'allécher par l'odeur de cette viande savoureuse. Le lecteur comprend déjà que Dieu, par cette vision, voulait faire entendre que le démon tentait ce malheureux par l'attrait de la gourmandise et la sa* veur des mets. Le novice , cependant, s'éveilla , et s'étant habillé promptement, non sans regarder attentivement autour de lui, dans la crainte d'être épié dans ses mouvements, il se glissa promptement vers la porte du monastère, comme emporté par la Irénésie, pour s'enfuir, ainsi (juc l'avait prédit saint Bernard. Aussitôt Acard, qui avait obst-rvé avec attention ce qui se passait, appela ses compagnons pour le? prévenir et les lancer à la poursuite du fugitif. Tous ensemble coururent après lui et enfin le joignirent et l'arrêtèrent. Toutefois ce fut en vain, car ce malheureux, dominé par le vice de la gourmandise, n'eut égard ni aux raisons, ni aux prières, ni aux menaces. Il persista résolument et partit même avec une insigne impudence, sans avoir pris congé du saint abbé. Rentré dans le monde, il y finit misérablement sa vie. Ce jeune homme était entré plein de ferveur dans la voie de la periection , et ce qui est encore plus digne de remarque c'est qu'il y avait fait les premiers pas dans le monastère le plus édifiant qu'il y eût alors au monde, je veux dire dans celui de Clairvaux, et sous le maître le mieux expérimenté qu'il fût possible de rencontrer sur la terre, le grand saint Bernard. A quoi lui servit celte généreuse entreprise? Hélas ! le pauvre jeune homme n'en retira aucun tr.ùl, parce qu'il ne sut pas modérer son penchant naturel au goût
des mets recherchés. Tant il est vrai que les premiers pas que doit faire nue àme dans la voie de la perfection, doivent se diriger vers la mortification du sens du goût, qu'elle doit triompher du vice de la gourmandise, qui n'a d'autre sollicitude que celle de satisfaire son penchant en recherchant l'abondance, la quahté, lassaisounement et Tapprètdes aliments pour lesquels il est passionné.