‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 23 sur 75 · T. II · texte numérisé non relu

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dit saint Grégoire, de cette tète qui n'était jamais en repos, de ce balancement des épaules, de cette démarche incerlaiiif, de «e regard impertinent, de ces pieds toujours en mouvement, de j)e nez qui ne semblait souffler que le dédain et l'aflront ; de ^es traits ridicules qni contractaient son visage et qui étaient Kmage de son caractère ; de ces rires bruyants et immodérés ; de ces gestes brusques; de ces paroles entrecoupées; de ces questions insensées et hasardées; de ces réponses u'appées au aaème coin de folie et de déraison. Or d'après cet extérieur si peu mesuré, de cette attitude habituelle, le Saint avait conclu ■que ce personnage ne serait qii'uji être malfaisant et un impie, tel qu'il le iut en toute réalité. Talent ante opéra suapicatus sum, qualem in opeiibus vostea co'jnovi. 11 termine par ces paroles ; Si quelques-uns de ceux qui étaient alors avec moi et qui ont entendu mes paroles étaient encore ici en ce moment, ils me rendraientce témoignage qu'à peine j'eus été témoin de ces manières désordonnées qui signalaient tout l'extérieur de Julien, ie m'écriai : Oh ! quel monstre afîreux Rome nourrit dans son sein ! et que j'ajoutai en même temps : Dieu vcnlle que ie ne sois qu'un iaux prophète. Quod si quidam ex Us, qui tune mecum erant, quidquid dixerim audierunt , mine mihi prœsto essent kavd œyre ieslarcniur, quibux, ut hœc conspieuiy statim pioloetUus sum ; Quale monstimm Romanorum terra nutrit? prœfatus iieet hœc, mihi, ut falsus essem vales, deprecaiu-s. Tant il est TTai qu'il n'y a rien (pii fasse connaître le peu de consistance et d« maturité qui caractérise une âme comme le manque deretenue dans les sens extérieurs et dans l'attitude habituelle du corps^ Je ne pense pas qu'on puisse trouver un motix plus solidement fondé que celui-là pour s'attacher à la vertu de modestie dans toute personne honnête qui désire répandre autour d'elle nne bonne odeur, et qui ne veut pas être d'un mauvais exemple pour le prochain en donnant d'elle-même une opinion défavorable.

141. — Pour entrer maintenant dans quelques détails 'c dirai, comme je l'ai fait en commençant, que la modestie doit se pratiquer en ce qui concerne le sens de la vue, par une attention constante à tenir ordinairement les yeux baissés, poiu" uepas s'exposer à tomber dans certaines messéances dont i'ai déjà parlé. Je dis que les yeux doivent être ordinairement iMusscs; car je ne prétends pas qu'une personne qui maiche dans

(es voies de la spiritualité ne doive jamais lever les yeux, ne jamais se permettre un regard motivé par une raison honnête, ainsi que l'ont pratiqué les Saints dont nous avons admiré la rare modestie dans les chapitres précédents. Il me suffit que la plupart du tamps on tienne les yeux baissés, parce que c'est là un signe indubitable du recueillement intérieur, surtout dans les lieux publics, vu que là se rencontrent des objets dangereux, en grand nombre, et que nous tr juvant là exposés aux regards de tout le monde, l'édification exige beaucoup plus de circonspection et une plus grande vigilance sur le sens de la vue. Mais principalement lorsqu'on a à converser avec des personnes d'un sexe différent, il ne faut pas les fixer au visage, mais bien arrêter ses regards sous la figure, ou les porter ailleurs sans afl;ectation et comme par un mouvement naturel, parce que dans des occurences de cette nature le danger est plus grave et l'on s'y exposerait d'ailleurs à faire naitre sur soi-même des soup<jons si l'on ne modérait pas la liberté des yeux. On ne doit pas surtout oublier que l'œil est le miroir de l'àme, spéculum sunt lumitia cordis, et qu'on y lit les affections du cœur. 11 n'est rien qui reproduise avec plus de fidélité et d'une manière plus nette les objets extérieurs que ne le fait un miroir. De même il n'est rien qui dépeigne mieux au vif les bonnes ou mauvaises qualités d'ime âme que la modestie plus ou moins grande qui règle le sens de la vue.

142. — On doit pratiquer la modestie dans les conversations. St Ambroiseen donne les règles : Ne modumprogrediaris loquendi [Lib. I. Of[ic. c. 18). Il est décent de se modérer dans les entretiens en se gardant bien de parler trop, d'interrompre les autres^ d'accumuler un si grand nombre de paroles sans en arrêter le flux, qu'il ne soit point possible aux autres de placer leur mot. Ainsi faisant on devient importun à ses amis, parce que c'est ime marque de présomption qui prouve qu'on prétend en savoir plus que les antres. Ne quid indecorum sermo resonet tuus. Gardez-vous, dit le saint Docteur, de proférer des paroles indécentes, car vous donneriez justement à penser que votre cœur est souillé de ces affections déshonnètes. Ipsum vocis sonum libret modestia , ne ciijusquam offendat aurem vox fortior. En parlant n'élevez pas trop la voix, pour ne pas blesser les oreilles de ceux qui vous entendent. Il faut donc que la modestie règle le ton de notre voix, afin qu'elle sorte de notre poitrine avec douceur.

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et ceci est d'autant plus cligne d'être mis en pratique que c'est le signe d'un caractère facile, liiimble et /noilérô.

143. — La modestie doit s'observer d.ui? le rire et ici nous en puisons la règle dans saint Basile : Illud etiam non mediocriler cavenduw est ab Us, (jui cohvdœ pie/a fi stndent ne in risum pi celer ntoduin e/fusi sint, quia inleioperanliam non abesse a se signi/icat is qui profuso niviis , pelulanlique risu tenelur, et unimi moins nequaquam sedalos déclarât (In Hegui. fus. explic. Quœst. 17). Quiconque, dit lu Saint, fait cas de la piété, doit se préserver de rire aux éclats , parce que c'est dans une personne l'indice de son défaut de modération, et que ses mouvements intérieurs ne sont nullement réglés. Néanmoins, continue- t-il, un rire modéré ne saurait pécher contre la décence, parce qu'on s'y livre pour donner aux assistants une preuve de l'hilarité qui règne dans le cœur. At tnodicum risum deducere, eoque animi sui hilarilatem signiftcare non esse contra decorem. Ce qui blesse la modestie ce sont les rires bruyants, ces rires sans retenue, ces rires convulsifs qui choquent ceux qui en sont témoins.

144. — On doit pratiquer la modestie dans son attitude et dans sa manière de marcher. Saint Basile vient encore nous fournir les règles selon lesquelles nous devons régler nos pas. /ncessuseslo non segnis ne animum dissolutum declaret, nec cursus vehetnens insolenterque incitatus, ne consternatos animi impctus significel. {Epist. ad Greg. Theol). Que notre démarche, dit-il, ne soit pas trop lente et n'accuse pas chez nous un esprit paresseux et qu'elle ne soit pas, d'autre part, précipitée et rapide, car cela indique un esprit bouillant et impétueux. Ainsi la démarche, pour être modeste, devra être grave sans qu'il y ait pourtant de raffectation. Il faut par dessus tout se garder de branler la tète et le corps par des gestes et des mouvements brusques, mais marcher posément. Il faut éviter les balancements des bras, les gesticulations des mains, et employer ces membres à soutenir les vêtements qui nous couvrent ou les objets que l'on porte, comme c'est d'usage chez les personnes d'une certaine condition. 11 faut encore éviter toute indécence dans les habits et tout ce qui s'y écarte des règles de la convenance, parce que, dit l'I-Aclésiastique, non-senliMueut nos allures, mais encore nos vêtements, inditiuont ks qualités de notre iulerieur. Amictus corporis,et risus dentium, et ingressus liorutnii

enunUat âeiUo. [C. 19. 27). En un mot, on doit, en marchant, éviter de ne donner lieu à aucune chose qui indique ime légèreté de caractère, afin que ne puisse point se réaliser ce que disait saint Amhroise au sujet des deux hommes dont il nous a déjà parlé : Relucebat in eorum incessu bnago levitatis. Si ensuite quelqu'un me disait que la plupart de ces immodesties dont je fais mention sont plutôt des défauts qui tiennent à la nature et ne procèdent pas d'une mauvaise volonté, ce qui fait qu'on les corrige difficilement, je lui répondrais avec saint Ambroise: Si guid sane in natura vitii est, industria emendet. {Lib. 1, Offic. cap. 18). On peut corriger par le soin qu'on se donne ces déiauts qui pro^aenrlent d'une nature vicieuse, et c'oet un devoir de s'occuper de cet amendement.

145. — Le lecteur doit cependant observer que ces divers actes de modestie et de sage retenue ne doivent pas être mis en pratique par vanité, par ostentation et par hypocrisie, en un mot par le désir qu'on aurait de paraître homme de bien aux yeux d'autrui. Avec de telles dispositions, ces actes n'auraient rien de vertueux, ils seraient, au contraire, indignes de récompense et ne mériteraient qu'une juste réprobation. Ces actes doivent provenir de la vertu intérieure de modestie qui, comme on l'a dit, imposant ses règles à certaines petites passions de l'âme, dirige et modère les actions extérieures, pour qu'il n'y ait en elle rien d'inconvenant. Par exemple, la modestie surmontant certaine curiosité, tient sous le joug la liberté du regard; en réprimant certaines joies vaines et excessives, elle met une bairière à certains rir(2s immodérés ; en réfrénant un certain désir de surpasser les autres dans les conversations, elle rend le discours moins prolixe et verbeux , fait parler à voix basse, emp«jclie les entretiens de se changer en disputes. Il en Bst de même de tous les autres actes qui appartiennent à cette vertu. Quiconque veut donc que ses actions extérieures soient empreintes d'un caractère «le vertu, doit s'Imposer à lui-même une règle sévère que lui dictera la modestie.

— iKS — CHAPITRE rV.

ON Y EXPOSE DEUX MODÈLES DE MODESTIE ÇII »Ei:VEMT ÉTBE D" r\ F. G n AN DE UTILITÉ POUR EXCITEI» A L" ACQUISITION DE CETTi: VERTU.

146. — Ces deux modèles de modestie auxquels je désire qae vous conformiez toutes vos actions extérieures, sout d'une trèsliaute autorité, caries personnages qui nous les présentent sont les plus élevés qui aient jamais paru sur cette terre. L'un est notre si aimable Rédempteur , l'autre est sa très-douce Mère, qui eat aussi la nôtre. L'apôtre saint Paul parle de la modestie de notre Rédempteur en ces termes digues de toute notre attention : Ijjse autem ego Paulus obsecro vus per mtiuuetiidinem et modcstiamChristi. {il, Ad Corinth. Cap. 10, i). Ici l'Apôtre place la modestie de Jésus-Christ au même rang que la mansuétude qui fut sa vertu propre etcaractéristique,lorsque sans exprimer la moindre diflérence il conjure les Corinthiens par l'une et l'autre de ces deux éminentes vertus de Jésus-Clirist.Il est donc permis de conclure que la modestie fut aussi cclniantedans notre di\'in Sauveur que la mansuétude elle-même. Ou s'en convaincra plus facilement en considérant les actes qui, dans Jésus-Christ, eurent pour mobile cette vertu.

147. — Saint Jean, en rappelant la manière dont Jésus- Christ parlait, dit qu'elle était si [sleme d'a-propos et de douceur, q;ie iiersonne au monde ne parlait comme il le faisait. ISunquam sic locutus est homo, sicvt hic hoino. {Cap. 7. 4C). Saint Luc nous dit que les habitants de Nazareth étaient émorveillés de la gr;:ee avec laquelle ses paroles coulaient de sa bouche divine comme un délicieux nectar. Mirabantur in verbis f/rafiœ, quœ proce- (Jebant de orr ejus. {Cap. 4, 22.). Saint Mathieu nous assure qu6 dans Jésus-Christ, la grà«« de ses paroles s'unissait à une aiinaole supériorité qu'on n'avait jamais rencontrée chez 'ies Pharisiens et les Scribes. Etat docens eos, sind potestatein habens, et non sicut Scribœct Pharisœi. {Cap. 7. 20). Pour ce qui •jst du rire, surtout bruyant et immodéré, saint Basile nous dit que pour aussi exactement qu'on lasse des recherches dans la sainte Ecriture, on ne ptnit découvrir que cela soit jamais arrivé à Jésus-Christ, à cause de sa pai'iaite modestie, et que

malgré son assujettissement volontaire à toutes les faiblessesauxquelles notre nature humaine est soumise de toute nécessité ; il ne voulut pas cependant s'assujettir à celle du rire, bien que, fréquemment, l'homme ne puisse s'en affranchir. //oc ipmra ita easB Continus osiendit, qui susceptis cœteris, quœ necessari» corpus sequuntur, affeclionibm . . . risu, quantum ex Evangeliorum historia dignosci potest, usus nunguam fuit. ( In lieguL fusius expl. Qu. 17). De la physionomie du divin Sauveur, dit saint Jean-Chrysostôme, rayonnait une majesté si douce que les cœurs ne pouvaient se dérober à ses attraits, tant ce regartî était puissant et agissait comme l'ambre sur un fétu de paille, et l'aimant sur le fer. Certe fulgoripse, eimajestas diviniiatis oc^ cultœ, quœ etiam in humana Christi facie relucebat, ex prima ad se videntes trahere paierai asp^ectu. Si enim in magnete la-' pide, et succinis hœc esse vis dicitu-, ut annulas, et siipulam et festucas sibi copulet : quanta magis Dominus omnium créaturarum ad se trahere poterat, quos volebat.[Haniil., in cap. 9, }latt}i.).Vo\xv ce qui est des yeux du Rédempteur, le même saint Docteur affirme, dans un autre endroit, qu'ils brillaient comme deux étoiles, en sorte que de sa figure s'échappait quelque chose ili' divin. Igneum qidddam, atqne sidereum radiabat inoculis ejus , diviniiatis majestas lucebat in facie. {Eomil.,in cap .21, Matth .) .Sa circonspection à traiter et à parler avec les personnes d'un sexe différent, était ensuite si grande, que des apôtres, l'ayant un jour vu parler tète-à-tête avec une femme auprès du puits de Samarie, froncèrent les sourcils à cause de la surprise que cela leur causait. Mirabantur, quia cum muliere loquebatur. {Joan., cap. 4,27). Que toute personne spirituelle se remette devant les yeux ce divin modèle, et que se conformant à ce parfait exemple de modestie, elle y règle toutes ses actions extérieures; qu'elle se figure cette douce et attrayante majesté qui reluisait dans toute la personne du divin Rédempteur; cette autorité, pleine de charmes, qui éclatait dans ses paroles; cette démarche si grave, mais non affectée; cette douce sérénité de sa figure, une circonspection sans rudesse dans ses regards et dans ses entretiens ; qu'elle se représente cette sérénité si calme dont son visage était empreint, et qui faisait marcher à sa suite les populations entières des villes et des hameaux qu'il conduisait dans les forêts, dans les déserts, sur les rivages de la mer, avec un tel abandon et un si grand enthou--

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çiasme, qne ces populations n'avaifut aucun «ouoi fie leurnourriturf, de leur boisson, des affaires de leur maison; que la personne spirituelle s'efforce d'imiter une conduite aussi pleine de modestie et de décence, et travaille, autant qu'il est eu elle, à devenir semjjlable à ce modèle si parfait.

i 48. — Après s'être emparé de la cité de Sichem, le roi Abimèlech voulut aussi se rendre maiire de la citadelle, et résolut d'employer pour cela le feu. Mais, comme pour réussir dans son entreprise, il fallait entasser au pied du fort, muni de solides murailles, une énorme quantité de bois, il conduisit son armée sur la montagne de Sehnon, où se trouvait une forêt considérable; et là, s'étant armé d'une coignée, il coupa une grosse brandie, se la plaça sur les épaules, et, se dirigeant vers la ville de Sichem, il disait à ses soldats : Quod me videtis facerr, cito facile. {Judicum, cap 9, 48) : Faites ce que je fais. A ini exemple donné de si liant, vcjus eussiez vu les capitaines, les colonels, les généraux se saisir pareillement d'une cognée, couper les arbres et les branches, les charger sur leurs épaules et mesurant leur gloire relative sur la pesanteur de leur charge; et c'est ainsi qu'en peu de temps la forêt de Selmon passa des sommets de cette montagne au pied des murs de Sichem. De même, après vous être représenté notre divin Maître sous c^s traits si aimables de modestie dans le maintien et dans tout .<ou extérieur, figurez-vous qu'il s'adresse à tous ceux qui doivent marcher à sa sr\*e : Quod me videtis facere, cito facile. Faites, en ce qui appartient à votre position, ce que j'ai fait mui-inème; agissez avec celte modeste retenue, cette modération, cette décence, cette circonspection, mtie rectitude, cette douceur qui dirigeait rua conduite. En vous remettant fréquemment devant les yeux, dans vos oraisons et même partout ailleurs, cet admirable modèle, j'espère que vous parviendrez à bien régler tous vos actes et à vous rendre, on quelque manière, conforme^ au modèle que vous offre le divin Maître.

1-40. — I.e second modèle que je vous propose d'imiter, c \ la sainte Vierge, dont saint Ambroise nous fait uu tableau .<; noble en nous dépeignant sa modestie et en lapr(q)osant coinir.iun exemple (jui doit être suivi par les chrétiens. {De Virginibu^, lib. II, posl inilium) : SU vobi.'! m imagine dcscripta virgiiiildS viluque Mariœ. Voici comment il nous retrace ce portrait : Corde humilis, verbis gravis, tmiini prudcns, lu^j^aendi ^lurciur,

legenâi stmliosior, intenta operi, verecimda sermone, arbîtrum mentis solita non howinon, scd Deum quœrere ; nullum lœdere, benevelle omnibus, assurgerc majoribiis natu...quando istavei vultn lœsit parentes? quando discessit a projnnqnis? quanao fastidivit humilem? quando derisit debilem? quando vitavit inopem ? Nihil torvum in oculis, nihil in verbis procax, nikil tn, actu inverecundum; non geslus fractior, non incessns solutiory nonvox petulantior, ut ipsa corporis species simulacnim fuerit mentis, figura probitatis. Tel est le portrait de Marie , peint par ce grand Docteur. Marie fut humble de cœur, grave dans ses paroles, prudente dans ses déterminations, retenue dans ses paroles, assidue à la lecture, attentive à ses occupations, modeste dans ses discours, ne causant nulle peine à personne, bienveillante envers tout le monde, pleine de déférence pour ses parents et les personnes plus âgées. Jamais de ses yeux ne s'échappa un regard malveillant, jamais de sa bouche ne sortit un mot déplacé, jamais elle ne commit une action qui ne fût parfaitement décente, jamais, chez elle, un geste tant soit peu libre, jamais une démarche tant soit peu répréhensible, jamais un ton de vois impérieux. Choqua-t-elle jamais les auteurs de ses jours par un regard impertinent? S'éloigna-t-elle jamais de ses proches? Montra-t-elle jamais quelque dédain pour les personnes d'une basse condition? Usa-t-elle jamais de la moindre dérision sur les personnes infirmes? Eut-elle jamais quelque honte de parler à des indigents? Enfin, tout son extérieur était une vive image de son recueillement intérieur, c'était une reproduction fidèle de son admirable sainteté. Saint Ambroise termine ainsi les éloges qu'il donne à Marie.

150. — n me parait évident que ces couleurs, toutes vives qu'elles sont, ne peuvent cependant représenter, avec la dernière exactitude, la modestie plus qu'angélique de la vierge ^larie, c'est pourquoi je veux reproduire ce que raconte Denys-le- Cnartreux, au sujet de Denys ï'Aréopagite. {In capite 3, de Divin, nomin.). Il nous dit que saint Denys rAréopagite, étant pax'ti de la Grèce pour la Judée, voulut visiter cette auguste Vierge qui avait donné naissance au Rédempteur du monde. Ce Saint, étant arrivé en présence de la Vierge, fut tellement saisi d'admiration en voyant sa rare modestie s'unir avec une certaine majesté pleine de douceur et une beauté surnaturelle, qu'il tomba le visage contre terre, et si la raison et la foi ne ïmx

avaient appris qri'il n'y a qu'un seul Dieu, il l'aurait adorée comme une déesse. Voilà sous quel aspect je Toudrais que tout le monde, et surtout les vierges, se représentassent l'auguste Mère de Dieu, afin qu'il nous lût possible, comme le dit saint Ambroise dans le passage que nous en avons cité, d'imiter cet extérieur si parfaitement empreint de modestie , de reproduire dans tous nos actes ce qui excitait l'admiration dans ses démarches, dans ses regards, dans ses paroles, dans ses entretiens, et de tâcher de nous y conformer. Si les reines de nos contrées terrestres se revêtent de quelque atour que la mode a récemment inventé, si elles ornent leurs tètes , leurs poitrines, leurs bras de quelque joyau rare, toutes les dames de ce royaume se font une gloire de l'imiter en se revêtant des mêmes parures et de ces vanités de toilette. Pourquoi donc ne mettrions-nous pas notre gloire à imiter dans tout notre extérieur la reine du eielî

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