CHAPITRE II
ON T ENTRE DANS LES DÉTAILS ET ON HÉMONTRE LE DOMMAGE QDB PEUT ÉI>ROi;\£H U.>E AME E> PRÊTANT VOLONTIERS LORtlLLE A LA MÉDISANCE,
166. — La médisance, dit saint Jérôme, est un vice tellement répandu parmi les chrétiens qu'on parviendrait difllcilemcut i
trouver une personne qui nt^i lui pas souillée. Vous rencontrerez des personnes consacrées à Dieu qui sont douées d'une inviolable chasteté , qui ont le cœur entièrement détaché de ramour des richesses et de toute autre affection coupable, qui ne se permettent jamais une parole tant soit peu indécente, qui mortifient leur sensuaUté par des jeûnes , qui macèrent leur chair par des cilices , qui en un mot sont ornées de toutes les vertus. Mais vous trouverez chfïîcilement des personnes spirituelles qui ne se rendent pas coupables de quelque médisance et qui ne censurent pas les actions d'autrui; parce que c'est ici le dernier piège que le démon tend aux âmes et que presque toutes s'y laissent prendre. Pauci admodum sunt qui huic vitio {Scilicet detractionis) renuncient , raroque inventes , qui ita vitam suam irreprehensibilem exhibere velint, ut non libenter reprehendant alienum ; tantaque hujus modi libido mentes hominum invasit , ut etiani qui procul ab aliis vitiis recesserunt in illud tamen, tanquam in extremum diaboli laqueum, incidant. [Epist. ad Celanc.) Le lecteur doit juger d'après cela combien il est nécessaire de parler de ce vice qui est à une si grande distance de la perfection chrétienne, et cependant si ordmaire dans les personnes qui en iout profession. ^lais puisque entre celui qui écoute une médisance et celui qui s'en rend coupable il y a une relation, car il n'est pas possible que l'un entende ce que l'autre ne dit pas, c'est pour cette raison qu'avant de montrer le mal qui se commet en écoutant volontiers médire du prochain , ce qui est précisément ce dont nous voulons parler en ce moment , il est nécessaire de traiter brièvement du grand mal que commet celui qui profère des paroles de médisance sur le compte du prochain, poi;r nuire à sa réputation.
167. — Saint Bernard en parlant de la médisance dit que la langue du détracteur est une vipère qui infecte de son venin trois personnes par une seule morsure, que c'est aussi une lance qui perce d'un seul coup trois personnes, que c'est une épée qui d'un seul coup de son tranchant ou de sa pointe immole trois victimes. ISumquid non est vipera lingua detractoris? Ferocissima sans, nimirum quœ lethaliter très inficit rnorsu suo. ISumquid non lancea est ista lingua ? Projecto et aeutissima , quœ très ^pénétrât ictusuo. Lingua, inquit, eorum gladius acutus. Gladius quidem anceps, immo triceps est lingua detractoris. {De triplici custod. manus, linguœ, et cordis). Expliquons ensuite ces trois
blessures que la lan(*ue nuidisun te iait inr ?es détrarHonc. Le saint Docteur nous dit que le premier coup s'adresse à la personne dont on dit du mal en la perçant au plus vif de son honneur et de sa réputation. Le second coup est porté aux oreilles de celui qui écoute en le scandalisant par ces paroles et lui donnant occasion de pécher. Le troisième coup est le plus cruel de tous, et c'est sur lui-même qu'il le dirige , en frappant son âme par un crime si laid qui le rend odieux et abominable aux yeux de Dieu, comme dit VAi^àtre : Detractores Deoodibiles. (ad Roman, cap. 1, 30).
168. — n ne sert à rien de dire, ajoute saint Bernard, qu'estce après tout qu'une parole lé,i,^ère qui va frapper Tair et qu'emporte le vent? Eh ! sans don.te, la parole du médisant a un vol rapide et léger, mais elle blesse gravement; elle passe comme un éclair, mais elle brûle vivement. Dicimus : levis res srmo, tenera , mollis et exigua caro lingua hominis ; qui^ sapiens magni pendati Levis quidem res sermo , quia leviter volai , sed graviter vulnerat ; leviter transit , sed graviter urit.
469. — Mais si l'on désire comiaitre encore mieux avec quelle pénétration le saint Docteur illuminé des clartés surnaturelles nous révèle la difformité de ce péché de médisance, si Ton désire savoir combien il l 'avait en horrem*, on n'a qu'à Ure son troisième sermon sur la dédicac*; de lÉglise, et on y verra qu'il va jusqu'à donner le nom de traîtres aux moines qui osent introduire dans un monastère un vice si abominable, et il les traite de complices du démon ; car ils se joignent à lui pour iermenter des scandales et pour semer la discorde par leurs détractions et les murmures dont ils se rendent coupables. Il leur reproche de vouloir changer la maison de Dieu en une caverne de démons. Que le lecteur se p(';nètre des paroles de saint Bernard. (Serm. m, m Dedic. Eccks.) Proditoressuntqvicumquein hoc Domini castrum inivticos ejusintroduccre moliuntur , quales sunt vit qne drtr adores Deo odibiles , qvi discordtas seminant, mttriuDt scandala inter f rat res. Sicut enitn in pace factus est locus Domini, sic in discordia locum ficri diabolo, manifcstutn est. ?>on miramini, Fratrcs, si durius loqui videor, quia veritas nemine m palpât. Omnino proditorcm se noverit ; si quis forte, çuod absit , v^itia qucrlibet j« hanc domum conatur induccre , et domum Dei speluncam facure dœmoniorum. Paroles pleines de seus, zèle admirable, prulonde horreur poui* la médisance, pour un vice d"uue auisi ellio^uble laideur l
170. — Que le lecteur n'aille pas croire que saint Bernard soit le seul qui ait parlé de la médisance en termes si expressifs. Il y a d'autres saints et d'autres docteurs qui en ont aussi parlé de manière à inspirer une grande horreur pour ce vice. Le Pape saint Clément dans une de ses lettres que reproduit Gratien {depœnit. dist. i) iait ressortir un enseignement qu'il tenait du prince des Apôtres. Il dit que l'on peut commettre trois sortes d'homicides. Le premier a lieu quand on ôte la vie à son prochain, le second quand on a pour lui une haine mortelle, le troisième quand on attaque sa réputation ; et il dit que Dieu frappe d'une même peine chacun de ces trois homicides qui sont également criminels à ses yeux. Homicidarum tria gemra esse dicebat B. Petrus et pœnam eorum parilem esse dicehat ; sicut enim homicidas interfectores fratrmn, ita detractores quoque eorum, eosque odientes homicidas esse manifestabat. Saint Jérôme regarde comme coupable du même homicide quiconque médit, et il s'appuie sur l'autorité de l'apôtre saint Jean et de Salomon, puis il ajoute que la médisance est digne de porter le nom de grande scélératesse. Grande scelus est cum detrahofratri meo ; lingua mea fratrem interficio. Qui enimodit fratrem siium homicida est. fidete quid dicat Salomon : in manu linçîiœ mors et vita. Personne ne doit regarder comme étrange ou mal fondée cette manière de parler, parce qu'enfin, si la médisance ne fait pas jaillir le sang des veines de celui qui en est la victime, elle fait couler un sang moins vil, un sang beaucoup plus noble tel que celui de la réputation. Le médisant sans doute n'ôte pas la vie du corps qui est moins précieuse, mais il ravit celle de membre de la société qui est bien plus estimable. En effet, le malheureux que la langue médisante a frappé, ne vit plus comme auparavant, entouré de la bonne opinion qu'on avait conçue de lui.
471. — Il est au moins certain que le péché delà médisance est plus grave que celui du vol et de l'injustice faite au prochain, parce que, comme dit le sage, melius est bonum nomen, quam divitiœ multœ [Proverb. cap. 22 , 1 ). Une bonne réputation est mi bien qui est supérieur à toutes les richesses du monde et mérite par conséquent qu'on y attache un plus grand prix. Il est bien hors de doute qu'on ne rencontrerait pas un liomme nidicieux qui, pour reconquérir sa réputaiion perdue, ne crût pas faire un très-bon emploi de ses facultés pécuniaires, de
SCS revpniis, de ses possessions, en un mot de toute sa fortune. Il tant donc convenir sans hésiter, que le médisant porte un préjudice plus considérable à son prochain et se rend coupable d'un péché plus grict en le privant de l'estime dont il jouissait, qu'en lui enlevant son ar;;îfnt, ses propriiHés et tous les autres biens temporels. Et maintenant réfléchissons un instant sur l'aveuglement d'un si grand nombre de chrétiens. Si l'on se reconnaissait coupable de vingt ou trente larcins commis durant le cours de sa vie, on aurait certainement honte de soi-même et la pt'usée de s'être livré à de pareilles bassesses nous ferait rougir de vivre encore dans la société. Et pourtant lorsqu'on sait à ne pouvoir en douter que vingt fois, trente fois ou a attenté à la réputation du prochain, ce qui est un crime plus grave, on n'en éprouve aucun remords, on n'en ressent au lond du cœur aucime amertume, et l'on vit dans le calme ! Oh quelle errreur fatale! oh quel aveuglement! oh quelle fascination déplorable de notre esprit !
172. — Toutefois, pour qu'il ne semble pasqiie je venxexr.gérer l'énormité de ce vice et le dépeindre plus laid qu'il n'est eu réalité, je veux me servir d'une mesure qui ne saurait être sujette à erreur pour sonder le fond de malice d'un péché de cette nature. Je prends cette mesure dans la sévérité avec laquelle Dieu punit autrefois ce vice capital. Examinons combien fut atroce le châtiment qui lui lut appliqué et nous pourrons comprendre en nous tenant dans les bornes d'une proportion juste et miaillible quelle en est la gravité. Nous lisons dans le livre des Nombres (cap. 12. 10) , que Marie sœur de Moise fut couverte des pieds à la tête d'une horrible lèpre, pour avoir proféré une médisance sur la conduite de son frère. Et ce qui doit encore surprendre davantage c'est que Moïse priant pour la guérison de sa sœur (comme le remarque saint Basile) ne fut point exaucé, quoiqu'il fût lui-même l'objet de cette grave faute, tant le Seigneur était irrité. Dans le même livre des Nombres {Cap. 16. 21, 24) nous lisons que Coré, Dathan et Abiron, en punition de ce qu'ils avaient murmuré contre Moise, lurent engloutis vivants dans la terre avec tout ce qu'ils possédaient. On y lit encore que deux cent cinquante chefs du peuple et puis quatorze mille el sept cents personnes d'Israël furent victimes d'un teu miraculeux que Dieu fit pleuvoir du ciel en punition des murmures qu'on s'était permis contre ce grand prophète. Puis encoie, qu'une
autre fois Dieu envoya des serpents de feu qui firent périr un grand nombre de ces coupaliles murmurateurs et qu'enfin tout le peuple fut l'objet d'un anathème g-méral en punition de leurs murmures nombreux et multipliés^ qu'ils furent condamnés à périr dans les sables du désert de l'Arabie où ils étaient en marche, sans qu'il leur fût permis de jouir des délices de la terre promise, de cette terre après laquelle ils avaient tant soupiré et pour la conquête de laquelle ils avaient souffert tant de fatigues. Il est constant qu'on ne lit nulle part que Dieu ait envoyé d'aussi terribles fléaux pour punir d'autres crimes dont ce peuple s'était rendu coupable ; qu'il ait envoyé des fléaux tels qu'une pluie de feu, la terre entr'ouvrant ses abîmes pour engloutir des coupables, des serpents de feu dont la morsure cause la mort, des lèpres, des morts violentes, des massacres de tout un peuple. Combien donc devons-nous convenir que ce péché est d'une énorme gravité, puisque Dieu dans sa souveraine justice et malgré la miséricorde dont il use dans ses vengeances l'a puni d'une manière si terrible.
473. — Si ensuite nous passons de l'Écriture Sainte aux histoires ecclésiastiques nous trouverons encore ici la médisance punie de Dieu par les plus redoutables châtiments. Sur un grand nombre de faits que je pourrais citer ie me borne à trois, où la colère de Dieu s'est manifestée d'une manière plus éclatante, et je vais les raconter en peu de mots. Le premier est celui dont Thomas de Gantipré ou Gantimpré , déclare avoir été luimême témoin oculaire, au sujet d'un prêtre indigne d'un tel nom et d'un si honorable caractère. 11 était dans l'habitude de déclih'er par sa mauvaise langue la réputation de son prochain, et de répandre sans aucun égard pour qui que ce fût, pour ainsi dire, le sang et la réputation d'autrui, {Spargere... il sanr/tœ deU'altrui réputazione) . Quand il fut à l'article de la mort, il tomba dans une telle frénésie qu'il se déchirait la langue avec les dents, et ce qui paraît le phis extraordinaire, c'est que quand il ouvrait la bouche il en sortait une puanteur insupportable. Dieu voulait justifier dans ce malheureux la prophétie de Da\àd, où il est dit que la langue du détracteur est une langue d'aspic et que son gosier est un sépulcre infect, comme le fait observer l'auteur précité ; Quod quia linxjua sua dolose egerat, et venenum aspidum sub labiis ejus, quasi sepulchrum patens guttur illius fœtorem teterrimum exhalavit, utper quœpeccaverat, p)er eadem torqueretur, [Apum cap. 37).
il A. — Les deux autres exemples de châtiments sont rapportés par Baronius {Tom. 3. ann. 397. num. 34). L'un de ces exemples regarde un prêtre uommé Douât et l'autre un évèque nommé Maurau, et tous les deux eurent une fin également funeste. L'un d'eux se livrait au péché de la médisance dans un festin sur le compte de saint Ambroise d'heureuse et sainte mémoire, et l'autre dans une circonstance pareille sur les illustres actions du grand saint Augustin, en présence même d'un frère de celui-ci. Tous les deux reçurent un coup mortt-l d'une main invisible et rougirent de leur sang la table à laquelle ils étaient assis. Transportés par les convives sur un ht, ces malheureux y rendirent le dernier soupir. C'est ainsi, dit l'auteur eu terminant, c'est ainsi que Dieu punit la langue des détracteiu-s. Is finis viroruîn detrahentium (ait : quod videntes, qui tune adcrant, admirati sunt.
175. — Mais les médisances que je commets, me dira peutêtre quelqu'un, ne sont pas susceptibles de pareilles réprobations et de si terribles châtiments, i>arce qu'elles sont de trèsfaible importance; elles peuvent bien jeter quelque ombre sur la réputation du prochain, mais elles ne sauraient la dénigrer entièrement. Si à de tels prétextes saint Bernard avait à répondre,lui qui était l'ennemi déclaré des langues médisantes, il dirait qr.e dans la détraction il ne connaît aucune faute légère. Forte aliqui levé peccatum œstimant munnurare] sed non hic {nemj.e aposlolus ad Philippensrs 2 , 14) qui ante omne monet caveiidum. Puto autem ne illum quidem levé putasse, qui murmurantibus aiebat ; non contra nos est munnur vestrum, sed contra Dominum ; nos enim quid sumus ? Sed ne illum quoque qui dixit : non murmuraveriiis, sicut quidam murmuraverunt et perierunt ab exterminatore : illo nimirum exterminatore , qui positus est in hoc ipsum, ut a terminis beatœ illius civitatis arceat murmuraioreSy et longe juciat a finibus ejus. (In sententiis). Telle est la réponse du Saint. Peut-être encore quelqu'un nous dira-t-il que la médisance est une faute sans gravité ; mais l'Aixitre n'est pas de cet avis, puisqu'il nous avertit de nous garautir de ce péché plus que de tout autre, iloise n'était pas non plus de cet avis quand il disait au peuple que leurs murmures ne l'avaient point Irapjié lui-même, mais qu'ils avaient atteint le cœur de Dieu. Tel n'était pas davantage le jugement qu'en portait le même grand Apôtre qui avertit les Corinthiens de ne pas se
livrer à ce défaut, afin qu'ils ne fussent pas jugés dignes d'extermination comme tant d'autres qui furent expulsés de la patrie céleste et condamnés à un exil lointain, à un éloignement sans bornes de ce port à l'éternelle béatitude.
476. — Pourtant comme on ne saurait nier que dans la détraction, ainsi que dans d'autres péchés, il peut y avoir matière légère, on doit interpréter les paroles des Saints en ce sens que dans certains cas, bien qu'il puisse se rencontrer quelque légèreté dans les paroles médisantes, il n'y a pas en cette matière de mal léger, et voici les raisons qu'il en donne. Premièrement, parce qu'on ne peut pas considérer comme im mal léger celui que l'on cause à la réputation du prochain que l'on blesse dans le vif. L'honneur lui est aussi cher que la prunelle de ses yeux. Or, comme le coup le plus léger qu'on porte à un endroit aussi sensible et aussi délicat tel que la prunelle de l'œil cause toujours une vive douleur, de même chaque coup de langue porté à notre honneur, nous est toujours singulièrement fâcheux et l'on ne doit pas le considérer comme une atteinte de faible gravité. Secondement, parce que la médisance toute légère qu'elle puisse être en elle-même , a néanmoins un caractère de difformité qui doit la faire regarder comme im grand mal. Cela 8*expHque par une comparaison avec le vol auquel la médisance ressemble beaucoup. Il est certain que la soustraction furtive d'un objet peu important n'est pas un larcin qui aille jusqu'à la malice d'un crime grief, et pourtant une personne d'honnête condition serait plus honteuse de la découverte de cette légère indélicatesse, que de celle d'une faute considérable qu'elle aurait commise, telle qu'un péché d'impureté, de vengeance ou autre. / D*où vient cela? cela provient de ce que le vol est une action f qui déshonore et que malgré l'objet insignifiant dont on a pu s'emparer par ce larcin, il eu résulte ime laideur et une honte qui couvrent d'infamie le coupable, et souillent l'honneur de celui qui a commis une pareille faiblesse. Or, pourquoi n'en jugeraiton pas de même au sujet de la détraction qui est un vol réel et ce qui est bien plus sérieux, le vol d'une chose de grand prix telle que l'honneur et l'estime dont jouit une personne dans l'opinion du monde? Que la médisance soit légère, qu'elle soit très -peu considérable, elle est toujours par ses résultats un grand mal, puisqu'elle ravit toujours au prochain ce qu'il a de plus cher, le frappe toujours à l'endroit le plus sensible et lui
can?e tonionrs une vive douleur. Que la médisance soit d'une minime importance, elle ne laisse pas d'être un vol infâme , d'être une action indigne d'un chrétien et surtout d'une personne pieuse ou engagée dans un état religieux, parce que celte personne doit par-dessus tout se montrer sévère dans la pratique exacte de la vertu de charité.
177. — Mais j'ai déjà parcouru tant de chemin que me voici arrivé au terme, parce {|u'en démontrant clairement combien le vice de la médisance a de laideur j'ai en même temps prouvé combien est digne de réprobation le péché que l'on commet en prêtant volontiers loreille à celui qui s'en rend coupable ; car les SS. Pères nous apprennent que la médisance et le plaisir qu'on goûte à l'entendre constituent un péché de mahce analogue. Et cela est d'autant mieux fondé que pour la plupart ceux qui écoutent font l'office de provocateurs auprès du médisant, se plaisent à le questionner, montrent combien ses paroles sont accueillies avec plaisir, ou du moms ne le reprennent pas ou ne l'interrompent pas dans ses détractions, surtout quand leur position leur en impose le devoir. Il est digne d'être soigneusement retenu ce mot de saint Bernard: Dell ahere aut detrahentem audire, quid liorum damnabilius sit, non jacile dixerim. [De confid, lib. II). Je ne sais pas, dit le Saint, quel est celui des deux qui est plus coupable ou celui qui médit , ou celui qui écoute de plein gré la médisance; parce que, comme il l'assure lui-même, l'un des deux a le diable sur la langue et que l'esprit impur lui suggère le mal qu'il dit, taudis que l'autre a le diable dans ses oreilles et que là il l'excite à écouter attentivement. Saint Basile demande quel est le châtiment qu'il laudrait infliger à un moine qui se rend coupable de médisance et quel est celui dont on devrait punir celui qui écoute , et il décide que l'un et l'autre doivent être chassés de la compagnie des autres religieux, parce que tous les deux sont également coupables. Le saint Docteur le prouve par ces paroles de la sainte Écriture. Extenninandi a sûcietale rcliquonnn amho. Detrahentem enim proximo sno hune perscqiiebar. Et alibi dietum est : Detrahentem noli libenler audire, ne sustollaris. {In Regul. breviori. Reyul. 20).
178. — La raison île tout ce qui vient d'être dit nous est fournie par saint Jérôme, qiuuul il nous dit que ceux qui écoutent la médisance sont les conipliees du mal (pi'on dit du prochain, à cause du plaisir qu'ils goûtent à entendre ces délraclious.
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Supposons le cas, dit ce Saint, que personne n'ajoutât foi ni ne p. êtàt l'oreille aux médisants, ceux-ci n'auraient garde à coup sûr de lancer leurs paroles au vent, et la honte les loicerait de garder le sUeuce. S'il y a donc des médisants on doit en faire rc^cr toute la faute sur ceux qui les écoutent comme étant la première cause de ces propos malicieux. Quod si hœc in nobis esset diligentia, nec passim detradoribus crederemus, jam omnes detrahere timerent. Sed hoc ideo malum célèbre est, idcirco in miiliis fervet hoc viiium , quia vene ab omnibus audiuntur. {Epist. adCeL). C'est pourquoi le même saint Docteur, écrivant à Démétriade, lui défend de médire et d'écouter ceux qui médisent, afin de se préserver de toute complicité par un assentiment tacite, avec le péché dont se rendent coupables les détracteurs. n lui recommande expressément de ne pas leur prêter Toreille pour ne pas fomenter cette mauvaise disposition, mais bien plutôt de mettre en pratique ce sage conseil de l'Esprit saint, qui nous invite à placer autour de nos oreilles une haie d'épines pour que les paroles médisantes ne puissent pas y pénétrer. Tu vero hoc malum ita fuge , ut non modo ipsa non detrahas, sed ne alii quidem deirahenti aliqtiandn credas ; nec detradoribus audoritatem de consensu tribuas , nec eorum vitium nutrias annuendo. Noli, inquit script ura , consentaneus esse cum derogantibus acU versus vroxiynum suum ; et ne accipias super ipsum veccatum. Et alibi : Sepi aures tuas spinis, et noli audire lingiiam nequam. Le saint Docteur continue eu disant que la première pensée d'une personne qui veut entrer dans les voies de la spiritualité doit être celle de se prémunir contre ces langues mordantes, car il n'est rien qui soit dans le cas de troubler davantage une âme dévote que de prêter l'oreille à ces discours médisants. Ces discours réveillent les haines, les passions , les disputes , les discordes,, elles jettent l'àme dans un lâcheux état d'inconstance. Au contraire , le soin qu'on a de ne pas écouter des paroles qui l)Iessent la charité, produit en nous une honnêteté de mœurs dont la sérénité de l'àme tire son précieux aliment. Est sane taie hoc vitium, quodvel in primis extingui debeat , et ab eis, gui se sande instiluere volunt, jjrorsus exclvii. Nihilenim tayn inquiétât animam, nihil est, quod ita rnobilem, et levem faciat, quam facile totum credere, et obtrectalorum verba temerario mentis assensu sequi. Hinc enim crebrœ dissensiones , hinc odia injusta nascuniur. Hinc est quod sœpe de amicissimis etiam inimiCQS
T. lU -10
^nclt i mm concordes quidem , et credulas animas multiloquia Imgua dissolvat. At contra magna quies animi, magnaq'ue morum gravitas , non temere de quoquam sinistre quid audire Le saint Docteur conclut par ces belles paroles : Bcatusqne est, qui ita se conlra hoc vitium armavit , ut apud eum nemo detror hère audeat. Heureux , dit-il, celui qui s'est prémuni contre ce vice de telle manière que personne n'ose jamais dire du mal de son prochain en sa présence. Saiute Thérèse eut le bonheur de se procurer cet avantage, car tantôt en changeant de conversation d'une manière adroite , tantôt en reprenant avec douceur les personnes qui médisaient au sein de sa communauté, elle parvint au point qu'aucune de ses rehgieuses ne s'exposait en sa présence à lâcher le moindre mot contraire à la charité. Aussi disait-on habituellement dans son couvent que, partout ou «e trouvait Thérèse, toutes les rehgieuses étaient assurées d'être à l'abri des coups de langue ; c'est ce qu'elle raconte eUe-méme dans l'histoire de sa vie.
179. — Après avoir bien établi toutes ces vérités, je dis que si toute personne spirituelle veut se garantir de toute imperfection en ce qui regarde le sens de l'ouïe en ne participant aucunement aux détractions qui oflensent le prochain, elle devra suivre exactement la règle que je vais lui tracer : Elle consiste à fuir la société de quiconque se plaît à censurer les actions de son prochain, à seconiormer au précepte que lui impose l'Esprit saint : Cum detractorihvs non commiscearis. Et puis encore : Remove a te os pravum , detraheniia labiasint procul a te{Prov, c. 24, 21 et cap. A, 24). Eloignez de vous les langues médisantes et ayez soin de tenir loin de vous les détracteurs. S'il vous arrive pourtant d'enteudie quelque grave médisance, gardez-vous de faire comprendre que vous y prenez du plaisir et y donnez votre assentiment, pour ne pas coopérer, comme dit saiut Jérôme, à la détractiou contre votre prochain, et pour ne pas vous faire complice des péchés d'autrui.
180. — Alais ce n'est pas encore assez. La personne spirituelle doit, en outre, fouler aux pieds tout respect humain, et sans aucune espèce de considération méticuleuse, elle doit reprendre ces langues médisantes (si néaumoins certains égards, qui sont justement dus à celui qui médit, n'y apportent aucun obstacle), elle doit les avertir du dommage que cause au prochain cette démangeaison de le critiqiu r. La perstiine spirituelle doit suivre
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le conseil que saint Chrysosloaie adicsseaux habitants d'Anlioclie sur la luuiiière dont ils doivent se compoj'ter dans de semblables circonstouces : Dicproximo detralienti : ilabes aliquem yuetn Lavr des, et commendes\ aures aperio, ut unguenta suscipiam. Si vero maliun velis dicere, obturo aures ; non enim stercus et cœaum sustinebo{ilomU. 3). Dites sans gène à celui qui médit : Si vous voulez dire du bien sur le compLe de votre prochain et m'en apprendi-e quelque chose de louable, me voici tout prêt à vous écouter. Si ensuite il vous plait de m'en dire du mal eu découvrant ses défauts et en censurant sa conduite, je vais boucher mes oreilles pour ne pas vous entendre. Mes oreilles se plaisent à recevoir le baume des paroles bienveillantes, et ne s'ouvient pas pour y laisser pénétrer les ordures et la fange de la médisance. C'est ainsi que parle ce saint Docteur. Si cependant la qualité du médisant hii donne sur vous l'avantage de la position et de l'autorité, et qu'il ne vous soit pas permis de le reprendre aussi sévèrement et de lui adi'esser une réprimande si dure, détournez au moins la conversation, et avec adresse tâchez de la iaire rouler sur des matières d'un autre gem^e, dont la chaj'ité chrétiemie puisse plus facilement s'accommoder. Que, si l'on ne peut même réussir dans ce dessein, on doit au moins baisser les yeux, composer sa physionomie en prenant un air sérieux et grave, et en faisant ainsi comprendre ce qu'on ne peut exprimer verbalement. On doit enfin donner à entendre,' par cet air sérieux et troid, que de semblables discours sont inconvenants et qu'ils ne nous causent aucun plaisir. En se comportant de la sorte, vous ferez au médisant une correction silencieuse, mais qui ne sera pas sans profit pour Im ; car, nous dit le sage, de même que le vent du nord dissipe les nuages qui obscurcissent l'atmosphère, de même un visage sérieux ^t compcjé fait disparaître les médisances de la bouche de ceux qui les commettent. Ventus aquilo dissipât pluvias , et faciès tristis linguam detrahentem. {Prov., cap. 25, 23). Gassien i apporte [Inslit., lib. V, caj:). 29) qu'un certain moine nommé Machète , avait reçu de Dieu la singuhère grâce de rester constamment éveillé, de nuit comme de jour, dans les conférences spirituelles ; mais lorsqu'on se mettait à tenir une conversation contraire à la charité, il tombait dans un protond sommeil. Vous ne pouvez pas, moyennant un sommeil suruatiu-el, prouver à ceux qui médisent en votre présence le déplaisir que cela vous
cause et improuver de cette manière leur conversation fontrairc à la charité; au moins il est possible de faire connaître combien ces détractions vous répugnent, en gardant le silence et en prenant un air sérieux, quand vous n'avez pu parvenir à faire changer de conversation et qu'il ne vous est point permis de reprendre celui qui se livre à la détraction. Jusqu'à ce moment j'ai parlé du dommage que cause à l'àme l'attention que l'on prête aux discours médisants, je me suis étendu un peu longuement sur cette matière, parce que c'est un défaut dans lequel tombent iréquemmont beaucoup de personnes. Il ne laut pas, cependant , en conclure que tout homme qui marche dans la voie de la perfection, n'est pas obligé d'exercer une exacte vigilance sur le sens de l'ouïe lorsqu'on tient des propos qui, si l'on y prête volontiers l'oreille, peuvent être préjudiciables à l'âme et causer même sa porte. Qui ne voit qu'on doit être circonspect quand on entend des discours ou des paroles déshonnêtes qui, non-seulement, prouvent la corruption des mœurs l/ans ceux qui les tiennent, mais aboutissent à corrompre en même temps celles des auditeurs? Corrumpunt bonos mores collogiiia mal a. J'en dis de même pour ce qui est des paroles de tendresse passionnée, spécialement si elles sont proférées par des personnes d'un sexe diflérent, car ces paroles pénètrent par leur perfide suavité dans le cœur, et y versent le poison enchanteur des affections charnelles, y éteignent toute ferveur de piété et vont même jusqu'à faire perdre complètement toute crainte de Dieu. Qui ne voit combien il importe aux personnes dont je parle de lermer leurs oreilles à ces maximes fausses qui pervertissent l'âme, à ces excitations mauvaises qui séduisent le cœur, à ces éloges qui enflent et enorgueillissent, à ces flatteuses douceurs qui illusionnent Hs imprudents, à ces discoiura mondains pleins de vanité et de tutilité qui éloignent une âme des saintes pensées et dissipent le cœur pur des affections terrestres? En somme, il faut ne jamais oublier que l'ouïe est im sens que rien ne protège, qui est exposé à tous les propos, à toutes les paroles qui sortent de la bouche de tous ceux qui nous environnent et dont il ne lui est point, par lui-même, possible de se préserver. 11 appartient donc, à quiconque en comprend la nécessité, de préserver l'ouïe de tout ce qui peut la blesser.
— i49 — CHAPITRE m.
•N T EiPOSE LES DOMMAGES QUE PEUT CAUSER A L'oEUVRE DE LA PERFECTION LE SENS DE L'ODORAT.
181. — De tous les sens, celui qui peut nuire le moins et qui peut porter à l'œuvre de notre perfection Tobstacle le moins îérieux, est bien celui de l'odorat, parce qu'il est le plus faible le tous et possède moins de puissance pour nuire. Les corbeaux, les abeilles, les vautours sont doués d'un odorat beaucoup plus subtil que le nôtre, parce qu'ils sentent de iort loin l'odeur qu'exhalent les corps en état de corruption. Les chiens ont aussi l'odorat plus fin que nous, car il leur suffit de l'empreinte des pas, sur le sol, de leur maître ou des animaux sauvages, pour les suivre à la piste. Gela vient, dit Alberl-le-Grand {Tract. de odor.), de ce que l'organe de l'odorat, dans l'homme, a une intime liaison avec le cerveau qui, en nous, a une plus grande capacité, et qui par ses humeurs empêche que le sens de l'odorat ne remplisse pariaitement ses ionctions. Mais, quelle qu'en soit la raison, il est certain que Dieu a disposé toutes choses avec mie admirable prévoyance, caries animaux ont un grand besoin de ce sens pour discerner dans leurs aliments quels sont ceux qui peuvent leur être utiles ou nuisibles, et parmi les divers objets quels ^nt ceux qui conviennent à leur organisation et ceux qui ne s'y accommodent pas : c'est pourquoi dans les animaux il iallait que ce sens eût toute la periection qui lui coi:vient; tandis que l'homme, doué d'intelligence et déraison, distingue d'une manière plus parlaite toutes choses.
182. — Cependant, le sens de l'odorat peut encore être nuisible à la sanctification de l'âme, si la personne pieuse recherche avec empressement les odeurs , si elle se procure avec sensualité des fleurs odorantes, l'ambre, les tablettes de senteur; si eUe en porte sur ses vêtements, si eUe en parfume sa demeure et court après les délectations que ces odeurs fout éprouver au sens qui leur est propre. Il est bien évident, en efi'et, que tout plaisir sensible dont nous flattons notre corps par un motif de sensuaUté , ne saurait être exempt de péché. De pareilles délicatesses ne sont pas innocentes dans les gens du monde, et s'ils se permettent à cet égard des excès, cela déplaît
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tellr>ir)ont à Dieu, qu'il a fait couuaitre quelquefois, par des ^•fu'itimeijts exemplaires, combien cela lui déplait. Jugez maintenirt combien cela doit lui être odieux dans les personnes spirituelles qui se sont consacrf^cs à sou service. On n'iguoie pas un exemple de châtiment qui, à ce sujet, est rapporté par saint Pierre Damien sur une certaine dame, épouse d'un doge de Venise. {Epist. ad Blancam comitiss., cap. II). Outre plusieurs autres sensualités rccbercliées dont cette dame flattait son corps, elle voulait que sa cbambre lut continuellement parfumée de tant d'odeurs délicieuses, que le Saint a bonté d'en faire la minutieuse description et craint de ne pas obtenir la croyance de ses lecteurs. Ejus vej-o cubiculum tôt thtjmiamatum, aroma' tumqiie generibus redolebat, ut et vobis narrare dedecus /uteor, et aiiditor forte non credat. Mais Dieu ne tarda pas à manifester comljien lui déplaisait l'excessive délicatesse {morbidezza) de cette dame; il la frappa de la tète aux pieds d'un ulcère des plus hideux : ses chairs tombaient eu pourriture, et de cette afireuse corruption de ses membres sortait une puanteur insupportable, à un tel point que l'accès de sa cbambre était non-seulemeut impossible aux personnes de sa iamille, mais encore à ses serviteurs. Une seule femme de chambre, qui tenait soigneusement autour de ses narines les plus imites senteurs, pouvait s'approcher d'elle pour lui donner rapidement les soins indispensables, et s'empressait d'en sortir promplement. Cette dame, réduite ainsi à l'état de cadavre infect avant sa mort, finit misérablement par rendre le dernier soupir. Cette mort ne lut pleurée de personne et la défunte ne laissa aucun regret. Tous en furent au contraire ravis, car elle était devenue insupportable à tous, à cause de l'iufection qu'elle répandait autour d'elle. Dieu voulut ainsi que l'on vit dans ce cada^Te animé^ que notre corps, si vu par lui-mème, ne mérite pas d'être parfumé de déhcieuses odeurs. Le Saint termine son récit par ces paroles ; Quid cnim sit carOy docet ipsa caro; quodque perhibet mortua, iestatur viva.
483. — Les personnes vouées à la spirituaUté ne doivent pas 5C borner à priver leur odorat de la variété des senteurs exquises, mais si elles aiment à mortifier leur sens, et c'est bien là une vertu propre aux Saints, elles doivent chercher à morti- Êcr leur sensualité par des odeurs désagréables, souûi-ir volontiers ce qui peut leur être peu flatteur à cet égard, quand
il y a nécessité et que la posiliou locale l'exige; ou bien encorei quand cette incommodité provient des personnes avec lesQuelles on habite, et princi[)alement quand la charité chrétienne en fait un devoir, tel que celui de servir des malades dans un hôpital ou dans sa propre maison. On marche ainsi sur les traces des Saints qui, animés par un esprit de charité et de morlifîcatiou, goûtaient autant de plaisir à respirer Tair malsain qui règne ordinairement autour des malades, que s'ils s'étaient trouvés au milieu de jardins fleuris et d'allées embaumées de roses.
ibi. — Elle était assurément héroïque la mortification que faisait subir à son odorat le saint Abbé Arsène, comme on peut le hre dans la vie des Pères du désert (§ 36). H avait dans sa petite cellule un vase d'eau dans lequel il mettait les feuilles de palmier poiu" les assouplir et les rendre propres à la conlection des corbeilles qui était l'occupation habituelle de ces moines. A lorce d'employer pendant longtemps la même eau elle se corrompait et répandait une odeur intolérable. Mais le saint abbé ne voulait pas qu'on mît dans ce vase une nouvelle eau , et ne permettait pas qu'on fît disparaître de sa cellule cette odeur infci. Les moines qui le visitaient dans l'occasion ne manquaieni: pas de lui dire : Père Arsène, permettez qu'on vide ce vase, car enfin il n'est pas possible d'entrer dans votre cellule à cause de cette puanteur. Non, répondait le saint abbé, je fais par ce moyen un échange des plaisirs dont j'ai flatté mon od jrat , des parioms et de l'ambre dont je l'ai enivré , quand je vivais dans les pompes du siècle ; il est bien juste que e le mortifie à présent par cette odeur fétide , et que j'expie devant Dieu mon ancienne déhcatesse, pour qu'il ne la châtie pas dans l'autre vie par des tourments incomparablement plus atroces. Cet exemple doit apprendre à la personne dévote comment elle doit mortifier ce sens , surtout si antécédemiaeut elle a péché par un excès de délectations en ce genre.
CHAPlTliL: IV.
AVÉKTISSESIENTS PRATIQt'ES AU DIRECTEIR SLR LE PfÉSENT AnTICLE.
185. — Premier avertissesiem. Le Directeur a déjà compris, et je pense même que sa propre expérience l'en avait déjà instruit, que chez les jeunes personnes des deux sexes la malice entre d'ordinaire dans leur cœur et dans leur esprit par l'organe de l'ouïe. Comme ces jeunes personnes ne peuvent pas fermer leurs oreilles, afin que leur innocence ne reçoive aucune atteinte des paroles, des facéties, des discours pervers, il ne reste d'autre ressource que celle de les éloigner de la société d'une jeunesse folâtre et évaporée pour ce (jui regarde les adolescents, et d'en user de même à l'égard des ieunes vierges qu'on doit tenir séparées de celle des hommes débauchés, autant qu'il sera possible. Sans cela leur perte est certaine et irréparable. Je ne veux ici en ce moment que recueillir les divers enseignements qu'un grand maître spirituel nous a tournis sur ce point, et l'on ne pourra s'emiircher de les accepter en toute confiance. Ce grand maître n*est autre que l'illustre docteur de l'Église, saint Jérôme.
186. — Ce Saint écrivant à Lse.ta lui indique la manière dont elle doit élever saintement sa jeune fille et lui prescrit pour première instruction de ne lui jamais permettre d'entendre des paroles drshonnètes et des chansons proianes : Turpia vcrba non intelligat, cantica mundi ignoret. En écivant à Démétriade il lui recommande de se bien garder d'écouter des discours indécents qui sont comme des piè;4Ps qu'une jeunesse eflréuée tend à la pudeur des jeunes filles. JSunqiiam verbum inhonestum audias. Perditœ mentis homines uno fréquenter levique sermons tentant claustra ]}udicitiœ. Mais pour que les oreilles de celte ieune personne ne soient point frappées de ces parole> empoisonnées qui menacent de corrompre son cœur, voici les conseils qu'il domie : Nunquam absquc le prodeat in publicum; nec basilicas marlyrum, et ecelesias sine maire adeat. ?iulluset juvenis , nullus cincinnalus assideat. Mgiliarumdics, el solcmnes pernoctationes sic virguncula nostra celebret, ut ne transversum quidem unyuem a matre disccdat. Tenez toujours à vos côtés, dit le Saint à Laila, votre jeune fille , et ne lui permettez jamais de sortir sans vous de la maison. Ne la laissez jamais en compagnie de
jeunes gens velus avec recherche et éveutés. Dans l'église, pendant les vigiles nocturnes, ne lui permettez pas de s'éloigner de vous de l'épaisseur d'un doigt. Puis il continue en disant que si la mère doit aller à la campagne elle ne doit pas laisser sa fille à la maison, pour le même mo!ii qui doit l'engager à ne pas laisser approcher d'elle aucun perfide aspic , qui souflQe à ses oreilles quelques flatteries séductrices. Enfin il dit à cette mère que sa ËUe doit trouver, un refuge tellement indispensable auprès d'elle qu'elle ne sache ni ne puisse vivre sans sa mère, que loin d'elle tout Teflraie et l'intimide. Si quando ad mburbana pergis, domifiliam non relinquas; nesciat sine te, nec possit vivere, et si sola fucrit, pertimescat . Saint Jérôme lait les mêmes recommandations à Démétriade et lui dit de fuir couame une peste, comme un poison mortel les jeunes gens qui se bouclent les cheveux et se parfument d'odeurs suaves ; parce que, dit-il,rodeur qui s'exhale de leur âme n'est pas du tout pareille à celle de leur corps et de leurs habits. Cincinnatos pueros et calamistratos , et pcregriiii mûris olentes pelliculas , de quibus illud arbitri est : Non bene olet qui bene semper olet ; quasi quasdam nestes, et venenapudiciiiœ devita. Il lui impose l'expresse obligation de ne pas lier amitié et de ne pas se iamiliariser ave^* des personnes mariées, parce qu'encore là il y a du danger à entendre des propos qui empoisonnent l'innocence du cœur ; car il arrive trop souvent que ces personnes n'usent d'aucune précaution pour s'entretenir de choses qu'il ne convient pas à une ieune fille d'entendre. Matronarum , maritis et sœculo inservientium , tibi consortia declinentur ; ne sollicitetur animus, et audiat quid maritus nxori, vel uxor locuta est vira. Venenatœ sunt hiijus modi confabulationes.
187. — A ces sages conseils j'en ajouterai un, c'est que les vierges, et j'ea dis autant des ieunes adolescents, doivent se tenir soigneusement à l'écart des jeunes personnes de mauvaise conduite, parce qu'il suffît d'en fréquenter une seule pour que celle-ci porte la corruption dans le cœur de plusieurs autres par ses propos immodestes, et l'expérience nous le démontre journellement. Tels sont les bons principes dont doivent se pénétrer également les pères de famille, afin qu'ils sachent eux aussi, préserver leurs garçons d'entendre ces propos pervers, parce que par leurs oreilles entrent pareillement dans leur cœur et mieux que par toute autre issue, des affections déréglées qui
tuent l'inuoccnoe cle leur àme. .Mais il est impossible, me dirat-on, de tenir, dans le temps présent, la jeunesse en un tel état de séquestration et de surveillance qu'il n'y ait pas pour elle queLiuefois à courir le dangi.'r de faire ou d'entendre ce quelle ne devrait ni entendre ni faire ; donc, et je me plais à le répéter, il ne sera pas possible de maintenir ces adolescents dans une innocence sans tache, et beaucoup moins encore de les conduire dans le chemin de la perfection chrétienne ; car s'il n'y a pas moyen de fermer la porte à ces voleurs de l'innocence, il ne sera pas possible de la consers'er dans toute sa candeur et sa pureté.
188. — Deuxième aveutisse-autst. J'ai dit dans h chapitre précédent qu'il ne suffit pas de se tenir à l'écart des langues médisantes, mais qu'on doit exercer la correction loJ*"vju'on entend des paroles qui dénigrent injustement la réputation du prochain. Mais *e conviens que cette doctrine produit ordinairement, chez les personnes d'une conscience timide et délicate, des scrapules et des inquiétudes; parce que d'un côté, lorsqu'elles se rencontrent au miheu d'une société où l'on se livre à des discom's médisants elles voudi^aient bien remphr leur devoir, mais d'un autre coté dominées par une certaine appréhension et par mi sentiment de modestie, elles n'osent faire eutendi-e une improbaliou^ et leui* trouble ne fait que s'accroitre dans la crainte où elles sont d'avoir failli à leui- devoir. Pour déhvrer doue ces âmes timorées de leurs anxiétés, je leur donnerai un conseil que les maîtres spirituels ont coutume de donner, afin qu'on ne puisse pas s'exposer à mal faire dans ces occuriencis, et parce moyen 'e vais exphquer plus nettement la doctrine que j*ai plus haut exposée. Ou la personne médisante est supérieure, ou égale, ou inférieure. Si c'est mie persoime qui occupe un rang supérieur, le péuitent ne sera pas obhgé de lui ailresser une correction patente, afin de ne pas manquer à la déférence qu'on lui doit ; pourtant plus d'une fois cela lui sera permis. En ce cas le pénitent dont nous parlons sera tenu de s'abstenir de toute marque d'approbation par son air joyeux et par certahis signes d'assentiment qu'exprimerait son maintien, par-dessus tout il se gardera d'exciter ces médisances par des questions qui en prolongeraient le cours, afin qu'en aucune maniàre il ne paraisse pas être complice do ces détraclions. Il doit compose» Ba ligLue en prenant un aii- sévère et fi'oid. Saint Jérôme fait, à
ce snjet, une comparaison très-juste. Uue flèche lancée avec lorcc, dit-il, retourne vers celui qui Ta décochée, quand elle va frapper un roc ou tout autre corps dur. Il en est de même de la médisance si elle va irapper uue physionomie grave et sérieuse où se manifestent le déplaisir et Fimprobation ; elle retourne en arrière sur le détracteur, lui coupe la parole, le coulasionne, le fait pâlir, et dessèche sa langue. Sicut enim sagitta, si mit' taiur contra durant materiam, non nunquam in mittentem rêver' titur, et vulneratvul)ierantem,itadetracior, cum tristemfaciem viderit audimtis , immo non audientis , sed obturantis aures suas , ne audiat judlcium sanguinis ,• illico conticescit, p^llet vultuSj hœrent labia, saliva siccatur. (Epist. A). Tout cela doit s'exécuter eu toute circonstance où il n'est pas possible de s'opposer autrement à la médisance. On peut encore prendre la déiense de la personne dont on médit et l'excuser, comme fit J Jsus-fJirist en prenant la déiense de la Madeleine contre les murmures malveillants des Juifs. Quid molesti estis huic mulieri? bjiium opus operata est in me. {Matth cap. 26, 10). Mais cette réphque n'est pas toujours susceptible d'être mise en œuvre, parce que le médisant quelquefois s'obstine à maintenir ce qu'il a dit, et au heu de reculer il ne fait qu'aggraver de plus eu plus le mal qu'il dit de son prochain. On ne doit donc employer ce dernier moyen que quand on a heu d'attendre un bon résultat de la défense dont on se charge.
189. — Ensuite, quand le médisant est l'égal de celui auquel il parle, si le pénitent estime qu'il n'est pas opportun de lui faire une douce et charitf^ble correction que le coupable n'accepteraH pas, il doit cependant tâcher de détourner la conversation, comme je l'ai insinué dans le chapitre précédent, et substituer à ces mauvais propos quelque sujet moins contraire à la sainte charité. C'est ainsi qu'agissait Thomas Morus, ce iio1)le chevalier, cet illustre chauceher, ce généreux martyr d'Angleterre. L'historien de sa vie nous apprend que ce grand homme, chaque fois qu'il était dans une société où l'on parlait mal du prochain, passait subitement à im autre sujet cl'entretien. Il disait, par exemple : Dicat quisque quod volet, ego dico domum hanc pulcherrlme exstructam, eumque qui fecit, excellentem esse in sua arte magistnim, atque architectum. {Th. Stapleton, in ejus vit a). Sans aucun exorde ni préambule, Morus disait tout de suite : Chacun parlera comme il lui plaira, pour
moi ie dis que cette maison est tiès-l)ien construite et qu'elle est l'ouvrage d'un bon architecte, d'un excellent maître dans son art. Le médisant s'apercevant alors que ces paroles n'avaient aucun rapport à l'entretien qu'il avait engagé, s'apercevait de son erreur, n'achevait pas ce qu'il avait commencé, et gardait le silence. Pourtant, lorsqu'on peut détourner la conversation sur un autre sujet, sans laire une brusque transition, cela est préférable. Ces interruptions viennent à propos quand il ne se présente pas à l'esprit quelque autre moyen adroit, pour laire cesser la médisance.
190. — Si enfin la personne qui médit est inférieure, comme par exemple un fils, un serviteur, une épouse, uu écolier, on lui imposera silence. On ne devra pas chercher le moindre détour, il faudra taire la correction par devoir de position et par office de charité. Je dirai en ce cas ce que disait saint Jean Chrysostôme au peuple d'Antioche : Fugiamus, dilecti, fugia' mus detractores , docti qiiod est totum satanicum barathrum insidianim "jus hœc incessio. Ut enim nostra negligatnus , et graviores vobis reatus constituamus, in hanc nos consuctudinem diaholus ducit. {Eomil. 3 : ad popul. Antiochen.). C'est ainsi qu'il parlait dans un cas semblable. Fuyons, mes chers enfants, luyons la médisance qui est un vice diabolique. Le démon vous incite à parler ainsi afin de charger votre conscience du péché de détraction. Telles sont les règles qu'un directeur doit prescrire à scù- disciples, pour que les médisances qui s'introduiraient dans leurs oreilles ne puissent jamais souiller l'intérieur de leur âme.
191. — Troisième avertissement. Le directeur doit soigneusement avertir ses pénitents qu'ils ne doivent jamais prêter l'oreille à certaines médisances qui prennent le dehors du zèle et qui sont les plus malicieuses de toutes. Je veux employer les mémos paroles que saint Bernard sur ce sujet. {Serm. iî4, in Cantic). Alii autem simulatœ quodaiii verecundiœ Juco concepiam malitiam, quam retinere non possunt, adumbrare conantur. Vidcas prœiiùlli ulta suspiria, sicque cutn quadam gravitatif et tarditate, nursto vultu, demissis snperciliis et voce plangcnti egredi maledictioncm ; et quidem tanto persuasiorem, quanto crcdunt, nb his qui audiunf, corde invita, et magis condohiiUs affictUy quam mulitiose proferri. Dolco, inqiiit, vehemenlcr pro
so quod eum diligo satis, rt nunquam potui de hac reconigere eum. Et alhis : Mihi quidem ait, bene comj)ertiun furrat istud de illo ; sedper menunquaminnoluisset.Sed quoniamper alterum patefacta res est, veritatem nega'ne non possum; dolens dico, rêvera ita est. Et addit grande dammim ; nam alias quidem in pluribus valet; ceterum in hac parie, utverum fateamiir, excusari minime potest. Certains, dit le Docteur célèbre, ne pouvant dissimuler la méchaûceté qui règne dans leur cœur, médisent des actions des autres, mais ils couvrent leur malice sous le manteau d^me fausse modestie et d'une retenue apparente. Vous les verrez, avant de lâcher le poison de leur médisance, pousser des soupirs affectés, et puis avec un air affligé, les yeux baissés, un visage mouillé de larmes, avec un ton solennel et à mots entrecoupés, lancer les tr.:\its de la médisance : ce sont là les dé tractions les plus offensives, car celui qui entend se figure qu'on ne lui parle pas avec des intentions mauvaises, et avec passion, mais avec un sentiment de compassion et à regret. Ensuite le saint Docteur reproduit les paroles dont se servent ces hypocrites détracteurs, pour cacher le venin de leur discours. Je suis navré jusqu'au iond de l'âme, disent-ils, qu'un tel ait commis telle faute, car après tout je ne lui veux que du bien, mais jamais je n'ai pu parvenir à le corriger, comme je l'aurais voulu. Un autre dit : Je savais très-bien qu'un tel était tombé dans une telle faute, et on ne l'aurait jamais appris par ma bouche, mais voilà que tout est découvert, et je ne puis pas dire que cela soit faux. Je le dis les larmes aux yeux, en réahté la chose était comme on la raconte. Et puis il ajoute : Il est bien certain que sous plusieurs rapports cette personne est trèsdigne d'éloges, mais ici, puisqu'il faut dire la vérité, j'avoue qu'on ne pourrait pas l'excuser.
492. — Il en est d'autres, dit saint Jean Ghrysostôme, qui mettent en jeu un autre genre d'hypocrisie pour médire sans que cela paraisse. Ils découvrent à d'autres quelques défauts secrets du prochain et puis ils imposent aux dépositaires de leur révélation un secret absolu, en leur recommandant bien de ne Jamais parler à personne de ce qu'on vient de leur confier. Ils veulent en agissant de la sorte, se montrer jaloux de la bonne réputation de leur prochain tout en le déchirant par leurs injustes détractions. Mais ne voyez-vous pas, dit le Saint, que par ce fait même, ils reconnaissent qu'ils ont fait une chose
inrligne et qu'ils méritent un blâme sévère? La raison en est que si vous no permettez pas à votre coufident de révélera une autre personne le mal que vous lui avez dit du prochain, il vous sera bisn moins permis à vous-même d'en parler le premier. Hoc vere magis ridiculum est, quod cum aliquid arcanurn dixe" rint, rogant audientcm, et adjurant ne cuiquani alleri amplius dicat ; hinc déclarantes, qitod rem reprehensione dignam commiserunt. Si enim illum, ut nomini dicat, rogas ; multo magis te priorem huic dicere non oporlebat. ( Homil. 3 ad pop. An* tiochen. ).
193. — Toutes ces vérités étant solidement établies, et le directeur sachant maintenant comment il doit corriger ces hypocrites détracteurs, s'ils viennent se jeter à ses pieds, il doit leur l'aire bien comprendre que les médisances les plus coupal)les, et les plus nuisibles au prochain sont celles qui se couvrent du voile de la piété, sous le manteau d'une tendre commise ration et d'un zèle sincère, parce qu'ils trouvent ainsi dans ceux qui les écoutent des esprits mieux disposés à les croire, comme dit saint Bernard. Il doit en même temps avertir les personnes simples et timorées de se tenir en garde contre les insinuations de ces détracteurs qui prennent le masque du zèle, et les engager à n'ajouter aucune foi dans leurs paroles ; si pourtant il n'arrivait pas quelquefois, qu'un véritable et iuste motii d'utilité pour le prochain et d'intérêt pour la gloire de Dieu, ne les déterminât à parler ainsi, car avant tout, les détracteurs en génornl ne sont que des loups qui se revêtent de la peau des agneaux pour porter préjudice à leur prochain. La charité chrétienne nous apprend à garder le silence et à ne jamais parler des défauts dont nous sommes témoins et qui se révèlent de toute autre manière. On lit dans la xio. des Pères u désert, qu'un certain moine alla trouver l'abbé qui se nommait Pasteur, et hii dit résolument qu'il était décidé à quitter c«tte soUtude et à chercher cdlleurs ime retraite, parce qu'il avait entendu un moine se hvrer à des propos de très-mauvaise édification. L'nnbé lui répondit qu'il ne fallait pas ajouter foi à de tels rapports, qui, souvent induisent en erreur. Le moine répliqua qu'il avait appris cela d'une personne vertueuse et digne de toute confiance. Eh bien ! dit le Saint, si cette personne eût-été si estimable que vous le dites, elle ne vous aurait pas fait une confidence de cette uatui'e. Voilà un excellent principe qui doit non»
engager à ne pas prêter l'oreille, sous prétexte de zèle, à toute personne qui censure la conduite de son prochain.
d9-4. — Quatrième avertissement. Si le Directeur a sous sa conduite des personnes qui désirent «érieusement avancer dans les voies de la perfection, il doit veiller à ce qu'elles ne se livrent qu'à des conversations spirituelles , parce que l'on évite ainsi Deaucoup d'entretiens oiseux et futiles, qui nuisent à l'avancement spirituel, et qu'ensuite par de tels discours on s'embrase mutuellement de saintes flammes, comme on voit des charbons amoncelés qui, en se communiquant leur ardeur réciproque , produisent un feu violent. Le directeur de\Ta leur interdire ensuite deux choses : la première, de ne point se taire part l'une à l'autre des instructions et des conseils qui leur sont donnés parleurs con- Itisseurs respectifs ; parce que ces confidences , surtout danh les lemmes, font naître des jalousies, des chuchottements, des défiances, des propos peu charitables sur le directeur, sont enfin la source des mille inconvénients. La seconde , de ne pas se révéler réciproquement les faveurs et les grâces sphituelles, si elles ont le bonheur d'en recevoir dans les oraisons ; elles doivent observer la même retenue en ce qui concerne les bonnes œuvres qu'elles pratiquent, parce que cela inspire trop souvent des complaisances , des retours d'amour-propre , surtout dans les perscmnes du sexe.