‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 28 sur 75 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

MOYENS POUB RÉPRIMER LA LA.'VGUE.

201. — Le premier moyen de réprimer la langue est bien, sans contredit, d'en demander à Dieu la grâce, et de la soUiciter

pers6v(^ramracnt. C'est de dire loiijotir-: avec le prophète royal: Po7ie, Domine, custodium ori mro, et osfium circumstantkr Inbiit meis. {Ps. 14f», 3). Seigneur, gardez ma langue, mettez à mes lèvres une porte de soigneuse circonspection, afin qu'elles ne s'ouvrent pas au hasard et sans réflexion, et qu'elles ne puissent point prolérer une seule parole qui vous déplaise. Saint Augustin cherche à nous convaincre avec beaucoup de proiondeur et de subtilité, qualités propres de son génie, combien nous de\ ons laire usage de ce moyen pour dompter notre langue. Intelligamus, carissimi, si linguam nullus homlnum domare votest, ad Deum conjagiendum est, qui domet linguam nostram. Si enim cum domare volueris, non potes, quia home es: linguam nullus hominum domare potest. Attende similitudinem ab ipsis bestiis, quas domamus. Equus non se domat. Camelus non se domat. Elephantus non se domat. Aspis non se dotnat. Léo non se domaty sic et homo non se domat : scd ut equus dometur , bos, camelus, elephantus, leo , aspis ^quœritur homo. Ergo, Deus quœratur, ut dometur homo. Ergo, Domine, refugium tu factus esnobis. {De Verbis Dow. Serm. 4, cap. 2). Nul homme, dit le saint Docteur, s'appuyant sur les paroles de saint Jacques, ne peut dompter sa langue. Donc vous ne pouvez pas dompter la vôtre , puisque vous êtes un homme. Donc vous êtes lorcé de recourir à Dieu pour qu'il la dompte. Le saint Docteur expUque cela par diverses comparaisons, afin de faire ressortir manilestement cette vérité. Le cheval, dit-il , ne se dompte pas lui-même, le chameau ne se dompte pas lui-même , l'aspic ne se dompte pas Immême, le bon ne se dompte pas lui-même; ahisi l'homme ne se dompte pas lui-même. Or, de même que pour dompter le cheval, le chameau, l'eléphaut, l'aspic et le lion, il faut nécessairement l'industrie de l'homme, de même pour dompter l'homme et sa langue sujette à iaillir, il laut recourir à l'aide, à la gràci.* particulière de Dieu. Ayez donc toujours recours à Dieu, recommandez-vous continuellement à lui , si vous désirez mettre uu frein à votre langue. Saint Augustin ne pouvait s'exprimer mieux qu'il ne l'a iait. Je n'ai donc rien à ajouter, si ce n'est que la personne spirituelle doit particulièrement demander à Dieu la grâce de se corriger de ce défaut dans lequel elle tombe le plus souvent par un abus de la parole, et dont, niali^ré tous ses soins, elle n'a pas pu obtenir encore de s'amender. L'n malade ne se coulenle pas de demander eu géuéial uu remède à sou medi>

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cin contre le mal qui l'afflit^e. mais il lui expose en détail la douleur qui le tourmente, et il réclame de son expérience un remède spécial et propre à le guérir, afin qu'il voie quelle est la nature de sa maladie. C'est ainsi que nous devons nous conduire auprès de Dieu .

2t>2. — Deuxième moyen. Après nous être recommandés à Dieu, nous devons nous aider nous-mêmes et faire, non pas seulement une lois, mais à plusieurs reprises , la résolution de réprimer notre langue. Nous devons aussi considérer attentivement et souvent combien sont grands les maux qui résultent d'ime langue qu'on n'a pas soin de retenir et de captiver, afin que cette considération bien approfondie et vivement sentie excite notre volonté à une détermination inébranlable de lui imposer im frein. La langue, dit saint Jacques, est un petit membre q\ii produit de grands maux. Lingua quidem modicum memhrum est, et magna exaltât. {Cap. 3, 5). Vous voyez, dit ce grand Apôtre, quelle petite chose est une étincelle, et pourtant elle est capable de produire un grand leu et de réduire en cendres une vaste iorêt. De la même manière, de ce membre de très-petite dimension, tel que la langue, peuvent résulter des incendies de colère, de haine, de vengeance, de malveillance, de dissension et d'autres grands maux. On peut dire de la langue, qu'elle est un loyer d'où rayonnent toutes sortes d'iniquités. Ecce quantus ignis quam magnam sylvam incendit, et lingua ignis est, universitas iniquitatis. Conformément à ces paroles de l'apôtre saint Jacques , saint Grégoire de Nazianze s'exprime ainsi , en parlant de la langue : {De s tient io Quadrages. sui JpjunU) : Quis autem, quot mala ex ea oriantur , ratione consequi possit ? Domum cum domo, si ita voluerit, urbem cum urbe, principem ciim populo, populum rursus cum principe statim acsine ullo negotio committit : non aliter atque igniculus stipulœ admotus in magnum incendium cto excrescens. Qui pourra iamais, dit-il, énumérer tous les maux que peut produire notre langue? Elle seule, si cela lui plaît, est capable de soulever une maison contre une auti'e, une cité contre une cité , les suiets contre leurs princes, et exaspérer les princes contre les sujets ; et c'est ainsi qu'une étincelle ietée sur la paille peut allumer un vaste et horrible incendie.

203. — Lingua , continue l'apôtre déjà cité, constituitur in Tj.embris noslris, quœ maculât iotum corpus. La langue, qui

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n'est qu'un de nos membres, a une qualit<^ si f^n^i^rement mauvaise, qu'elle souille tout l'homme. Saint Bernard explique for^ à propos comment cela arrive. {De triplici custode ynanits , lin- (/uœ , et cordi.s). Quis sune nuttifret , quantas wodicnm linrjuœ' membrum contrahat sordes ? (Jui pourra, dit-il, compter le» souillures qui naissent de ce membre si petit ? Est lingua dissa luta in sermonibvs otiosis, est lirxjna irnjruâiea, est magniloquaj qiiarum prima lasciviœ , sequens arrogantiœ famuintur. La langue est immodérée dans les paroles vaines et oiseuses, La langue est lascive dans les paroles déshonnétes. La langue est orgueilleuse dans les paroles de iactance ; l'une est esclave de l'impudicité, et l'autre de l'arrogance. £'5^ etiam lingua dofosa, et lingua maledica, guarum alfera in fahiloqiiam, et adufaforiam dividilur ; altéra vero nunc in facie contumelias irrogat , 7\une detrahit in occulto. La langue est fallacieuse, car elle trompe tantôt par le mensonge, tantôt par les flatteries. La langue est médisante , car tantôt elle pique ouvertement par des paroles injurieuses et mordantes, tantôt en cachette par de perfides détractions. Le Saint finit par conclure ainsi : S'il est vrai qu'on devra rendre compte à Dieu des paroles inutiles, qu'il sera terrible , celui qui nous sera demandé , surtout de paroles menteuses, emportées, mordantes, injurieuses, vaines, arrogantes, impures, adulatrices, préjudiciables à la réputation «lu prochain? Quod si de omni vei otioso vcrbo , quodcunque lucuti fus- Tint liohiines, Deo reddituri sunt rationcm in die judicii: quanto districlius de verbo mendaci, mordaci, et injurioso , de elato, de lascivo, de adulatorio, dedetraclorio judicabuntur. Et tout cela ne suflit pas pour déterminer tout chrétien, s'il désire surtout se livrer à quelque exercice de pcrlection , à prendre une résolution forte, généreuse et énergique de réfréner ce membre indocile et rebelle, et de le retenir dans de justes bornes, au prix même de son sang et de sa vie. Ou doit y veiller avec d'autant plus de soin que la langue est un membre traître, insolent, i^ui ne veut s'assujettira personne, qu'on soit pécheur ou jiistc; imparfait ou vertueux, séculier ou religieux. La langue sait se soustraire à tout frein, comme ou dit, et nous fait tomber dans une multitude de jiéchés.

:2()i. — Le démon apparut à saint Dominique pendant une nuit qu'il avait passée à l'Église dans rexcrcice de l'oraison

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