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iiienfaîe. C'est de saint Autonin que nous tenons ce fait. (3. part. Hisior. Ht. '23, cap, 4, § 6). Le Saint ne montra aucune frayeur de cette apparition; au contraire, il la mit à profit pour connaître les ruses que mettait en jeu le démon à l'égard de ses religieux dont il voulait faire sa proie. Le Saint interrogea donc le démon sur quelles choses il tentait ses frères quand ils se réunissaient dans le chœur pour y chanter les louanges de Dieu. Le démon répondit : Je les fais arriver tard et ie les fais partir le plus tôt possible de l'Église. Alors le Saint conduisit le démon dans le dortoir et lui dit : Sur quoi tentes-tu mes religieux dans cet endroit ? Il répondit qu'il tâchait de les faire dormir le plus longtemps qu'il pouvait, afin qu'ils se levassent tard et n'arrivassent pas à temps pour l'office. Je m'attache aussi, dit-il, à troubler leur esprit par des pensées indécentes. Saint Dominique conduisit ensuite le démon au réfectoire ; ici, lui dit-il, quelle est la nature des tentations que tu suggères à mes religieux? Ici, dit le démon, je les fais tomber dans l'intempérance par un excès de manger, pour leur enlever leurs forces et les rendre impropres à soutenir le poids de leur règle. Enfin, le Saint le conduisit au parloir où les religieux avaient coutume de se livrer pendant quelque temps à d'honnêtes entretiens. En cet endroit, lui dit le Saint, sur quoi roulent les tentations que tu suggères à ces serviteurs de Dieu ? A cette question le démon se mit à tirer la langue hors des lèvres et des dents et au lieu de paroles il ne poussa qu'une espèce de hurlement. Le Saint conçut quelques soupçons sur cette manière de s'exprimer et le contraignit de parler clairement. Le démon répondit alors : hic locus totus meus est. Ce Heu m'appartient tout entier et c'est ici que je lais très-bien mes afiaires. 11 voulait dire en parlant ainsi que des discours prolongés il nait toujours quelques fautes et qu'il n'y en a pas qui soient entièrement innocents, malgré toute la vertu dont peuvent être doués ceux qui conversent. Si donc la langue est la cause de tant de maux dont personne ne peut se préserver, il est parfaitement rationnel que tout le monde , et surtout les personnes qui sont jalouses de leur avancement spirituel, forment une résolution ferme et inébranlable de la réfréner, quoiqu'il puisse leur en coûter.
203. — Troisièjtî: moyen. Pour que de telles résolutions soient efficaces, il faut veiller soigneusement sur soi-même et user d'une grande circousDection dans ses paroles. On doit exa-
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miner d'avance et peser ce qu'on va dire, en «e gardant bion d'imiler certaines personnes qui ouvrent la bouche et lâchent leurs paroles sans aucune réfli'xion ; car c'est là une manière de parler qui expose à beauroup de péchés et d'imperlections. C<- n'était point ce que pratiquait le samt roi David, comme il ]'• dit de lui-même : Dixi : custod'mm vias meas, ut non dr/inq nm in lingua mea. [Psalm. 38. 2). Ce saint prophète disait q l'il veillait sursalangueafinde ne pas permettreàcet organe de Irinch-r la ligne du devoir. Saint Augnslinen commentan'. ces piroles, dit que notre langue nage dans un milieu liquide qui la rend glissante et que le prophète royal instruit de cette tacilité, et d'autre part, voyant qu'il éfaifindispr'nsabb' d'employer cet organe pour faire connaître ce qu'on pensp, résolut au fond de son cœur de s'en servir avec tant de précaution qu'il ne lui fût pas facile de laisser échapper des paroles dont il eût ensuite à se repentir. C'est ainsi que vous devez agir, poursuit saint Augustin, réfléchissez bien sur ce que vous devez dire, sur vos pensées, sur vos mouvements intérieurs, pesez-les avec attention, et puis adressez vous à celui qui vous écoute. Dixi, cuslodiam vias meas ut non delinquam in lingua mea. l\on enim lingua frustra in udo est, nisi quia facile labitur. Videns ergo quam essct di/ficilc, ut necessitatem, loquendi haberet home, et in loquendo non aliquid diceret, quod se dixisse nollei. . . statuerai non loqui, ne aliquid dieeret, quod loeutuyn se esse pœniferrf... Custodi ergo vias tuas, et noli delinquere in lingua tua ; ier')ende q>tod dicturus es: examina, consule interiorem veritatem) et sic profer ad exteriorem auditorem. {In cit. Psalm).
20G. — Saint Ambroise, commentant ces mêmes paroles du psalmiste, dit : Alice siint vice, qitas debemus sequi ; aliœ, quas custodire; sequi vias Doniini, custodire nostras. Potes autcm custodire, si non cito loquaris. Il y a des voies, dit-il, que nous devons suivre, et d'autres que nous devons surveiller. Ain^i donc, nous devons suivre les voies du Seigneur et surveiller les nôtres. Vous surveillerez vos voies qui sont celles de votre progrès d-ms le chemin de la perfection, quand vous ne serez pas imprudent et précipité dans vos paroles, mais quaud vous parlerez gravement et avec beaucoup de circonspection. On peut le faire compreiuke par celte comparaison. Quaud ou doit traverser une rivière dangereuse on ne se lance pas tout de suite dui.s l'eau^ on va douecuient, on soude le gué. De même quaud
on est sur le point de parlei" cl qu'où va se t-^ouver dans un si grand danger de commettre quelque imprudeuce, il ne faut pas entrer brusquement dans le propos, mais avec lenteur et réflexion. Tout ceci est en parlaite conformité à ce que nous répète l'apôtre saint Jacques déjà cité, quand il nous re^-ommaiide la lenteur et la réflexion dans nos paroles. SU auLm onrnis homo veloxad audiendum, tardusad loquejidum. {Cop. 1 IV)).
207. — Deux moines, selon ce qu'on lit dans les vies des Pères (De mortifie. prop.sens.).,enivbvQ\\\ dans une barque, pour se transporter dans la solitude qu'babitait le saint abbé Antoine, afin d'en recevoir quelque avis salutaire. Durant leur trcjetsur l'eau, ils rencontrèrent un vénérable vieillard qui était abbé de son monastère et qui allait comme eux visiter l'illustre anachorète. Pendant le voyage, les deux moines ne firent autre chose que converser. Le vieillard, sans dire un seul mot, garda le silence le plus absolu. Enfin, les moines en continuant leur iutarissable conversation, et le vieillard en ne proférant pas une seule parole, arrivèrent au monastère qu'habitait saint Antoine. A l'instant même de leur entrée, saint Antoine accourut et avec des manières atïables il dit aux deux moines : Je suis enchanté avec vous de l'aimable compagnie que vous avez eue dans ce saint vieillard. Et puis se tournant vers le vieillard, il lui dit : Je me lélicite avec vous, mon révérend abbé, d'avoir eu dans ces deux moines une compagnie bien agréable. Certainement, reprit le vieillard, ces deux moines sont très-estimables, mais ils tiennent toujours leur por!e ouverte. Il voulait dire que leur bouche était constamment ouverte et qu'il en sortait sans aucune réflexion et prudence tout ce qui leur passait dans l'esprit et dans le cœur. Hoc autem dicebat, quia quodcumque aS" cendebat in corda ipsorum, hoc loquebantur.U. est vraisemblable que ces moines en ne tenant aucun compte de ce défaut n'étaient nullement propres à faire de grands progrès dans la perfection. La personne spirituelle doit donc se préserver de tenir aussi la porte ouverte à toutes les pensées qui se présentent pour sortir, mais elle doit veiller sur elles, semblable à un portier vigilant qui se tient sans cesse attentif à la garde de l'intérieur, elle doit réfléchir sur les paroles qui peuvent sort'r sans inconvénient et sur celles qui doivent rester captives, afin que ses paroles ne la lassent pas tomber dans une infinité d'imperteclions et de péchés plus ou moins graves. Chez les payeiis
enx-mCmes on regardait comme honteux et digne de blâme, dfc parler sans aucune retenue et avec peu de sagesse. C'est ainsi, qu'on lit au sujet d'un certain Anasimon, grand parleur, mais très^inconsidéré dans son langage, qu'ayant un jour commencé ml discours en présence de personnes graves et sensées, Théocritô de Ghio se leva en s'écriant : Incipit /lumen verborum, mentis ■j gulta. « Voici un fleuve de paroles et une goutte d'esprit, t C'était là une censure bien idquante dont dut beaucoup rougir celui qui en était l'objet'. Afin donc, de ne pas mériter une censure si humiliante, tâchons de suivre le conseil de l'Ecclésiastique ; Verbis tuis jacito stateram, et framosori tuo rectos [Cap. 28. 29). Posons, pour ainsi dire sur nos lèvres, une balance qui nous serve à peser nos paroles avant de les proférer. Mettons-y pareillement un trein qui fasse rentrer celles qui ne doivent pas sortir, ce qui est comme si l'on disait, usons de beaucoup de réflexions dans nos discours, si nous ne voulor- - pas que notre langue prenne trop de liberté.-