‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 34 sur 75 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ON Y EXPOSE DES BÉGI.ES POCR ARRIVER A LA MORTIFICATION DES PASSIONS EX PUUa £M OBTENIR PLUS FACILEMENT LA JLSTJ:; MUDÉtULtlOU.

235. — Je puise dans Cassien, ce grand maître spirituel, la première règle à suivre pour mortifier les passions et pour en comprimer leiu" révolte avec promptitude. Il nous dit que l'homme spirituel doit s'étudier soigneusement pour découvrir quel vice , quelle passion le domine avec plus d'intensité , qui exerce le plus d'empire sur ses mouvements intérieurs et le fait tomber plus souvent dans quelque iaute. 11 lui ordonne ensuite de déclarer à ce vice dominant une guerre implacable, sans paix ni trêve , usqu'à ce qu'il en ait triomphé. Je veux dire que l'on doit prendre une résolution ferme et inébranlable de contrecarrer sans cesse la passion dominante et ses mouvements déréglés, avec toute l'énergie dont notre âme est capable. Telle est la tactique qu'emploient les généraux quand ils marchent contre l'ennemi ; car ils ouvrent le combat en s'élauçant contre les bataillons qu'ils regardent comme les plus redoutables et qui peuvent opposer une plus grande résistance ; parce qu'après les avoir mis en déroute, il leur est facile de remporter sur l'armée onfière une victoire complète. C'est ainsi que quand o*^» a vamcu la passion dominante , il n'y a plus de difficulté pour triompher de toutes les autres passions qui sont plus faibles. Ita adversus vifia anipienda sunt prœlia, ut unu3quisque vitium , quo maxime injestatur , explorans, adversus illud arripiat vrincipale certamen; omnem curain mentis , ac soUicitudinem erga illius iwjjugnationem, observationernque defiycns. {Collât. 5, cap. 14).

'236. — L'ait dont se sert le démon pour nous perdre par le moyen de nos propres passions, je veux qu'on l'emploie pour les dompter et pour s'élever à un plus haut degré de perfection. Saint Grégoire dit que le démou, qui scuie sans cesse àe<

pièges sous nos pas, observe atteutivement quels sont les vices, quelles sont les passions dont chacun de nous se laisse le plus constamment dominer, et puis il les excite par ses tentations. Ainsi, à une personne dont la complexion est ardente et le caractère folâtre, il met devant les yeux les plaisirs des sens et l'amour de la vanité ; à celle qui est douée d'un caractère hargneux, âpre, difficile, le démon souffle des mouvements de colère, d'orgueil, de fierté, parce qu'il reconnaît dans ces personnes des penchants analogues à leurs humeurs, et, par le moyen de ces infâmes ruses , le séducteur fait sa proie d'une innombrable multitude d'âmes et en peuple l'enfer. Intiietur inimicus generis humani uniiiscujusqiie mores , cui vitio sint propinqui, et illa opponit ante faciem, ad quœ cognoscit facilius inclinari mentem ; ut blandis ac lœtis sœpe luxuriani, nonnumquam vanam gloriam, asperis vero mentibus iram, superbiam, vel crudelitntcm proponat. Ibi ergo decipulam ponit, ubi esse semitam mentis conspicit : qxiia illic periculum deceptionis inserit, uhiviamesse invenerit propinquœ cogitationis. (Lib.xiY, Moral., cap. 7). Or, c'est cette même industrie, dont le démon se sert pour notre ruine, que nous devons aussi nous-mêmes employer pour notre salut. Nous devons observer quelle est la passion qui a établi son principal empire sur nos âmes; quel est le vice qui a ^;eté de plus profondes racines au fond de notre cœur; et nous devons prendre sur-le-champ les armes contre cette passion favorite, bien déterminés à la vaincre par une résistance contimuelle , et à la terrasser à coups redoublés par des actes qui lui sont diamétralement opposés. Ne nous laissons pas aller au découragement par la violence que nous sommes obhgés de nous faire, afin de ne pas céder à celle que cette passion nous laii: pour nous entraîner après elle, mais plaçons en Dieu nofic confiante et combattons vaillamment, persuadés qu'à la fin aidés du secours divin, nous remporterons la victoire.

237. — Lorsqu'ensuite nous verrons qu'une passion a éti suffisamment mortifiée et qu'elle n'a plus la même force qu'autrefois pour dominer notre volonté , et qu'il nous est facile d'en repousser les assauts, rentrons de nouveau dans notre cœur pour découvrir queUe est l'autre passion qui nous tourmente le plus, et contre celle-ci prenons encore les armes de la mortification pour la vaincre, en ne cessant de mettre notre espoir dans la grâce de Dieu. Cum se ab ea s, ilicet passions) senserit

— inr, —

abaolvtnm, nirsiis latehras cordis sm .simili inlmlione perlustrct^ ei cxpioret, quam inter reliquas perspcxerit diriorem; atque adversus eam specialius spiritus arma commoveal. [Loco supra cit). En employant ces moyens^ on arrivera à extirper insensiblement toutes les inclinations vicieusi-s qui ont pris racine dans le cœur, et qui enipèchent que les germes de la vertu ne s'y développent en y faisant épanouir les fleurs de la perfection. Saint Augustin nous propose, à son tour, de pareds moyens pour déraciner les passions, quand il explique ces paroles de l'Apôtre {Ad Roman,, cap. 8, 13) : Si spiritu fada carnis mortificaveritiSy viveds. Calca mortuum, dit le saint Docteur, transi ad vitam; Calca jacentem, conflige cum resistente. Mortua est una deleo tatio, sed vivit altéra; et illam , dum 7ion consentis, mortifica. Cum cœperit omnino non delectari, mortificasti. Hœc est aclio nostra;hœc est mititianostra. {Serm. 13, cap. 9). Vous avez terrassé ime passion par la mortification, dit saint Augustin, passez à une autre qui vit encore ; foulez aux pieds celle qui est déjà terrassée, et mettez-vous en état de coml)attre celle qui reste. 11 est bien vrai que la première est morte, mais cette autre est encore vivante. Si vous n'accordez point votre consentement à cette passion, vous l'avez mortifiée; si, ensuite, vous en êtes arrivé au point que cette passion ne vous cause plus aucune espèce de délectation, vous l'avez déjà mortifiée, vous en êtes vainqueur. Le Saint conclut par ces admirables paroles : Telle est l'œuvre qui doit nous occuper continuellement, tel est l'exercice de notre milice chrétienne, la mortification de nos passions : itfcBC est actio noslra, hœc est militia nostra. On voit donc que cette méthode conseillée par les Sahits et par les maîtres spirituels pour donii>ter nos passions, est sans nul doute la plus sûre, et chacun doit l'employer, parce que l'homme spirituel ne pouvant arracher de son cœur, tout à la lois, les mau- Faises inclinations qui se le disputent, il est plus à propos de s'etlorcer de déraciner l'une après l'autre, en couunciirant par les plus perverses et en imitant, sous ce rapport, la conduite de qiùcou([ue se propose d'arracher de son champ les herbes nuisibles. -riS. — C'est de celle méthode que se servit saint Dorothée pour conduire, en peu de temps, son disciple Dosithée au plus haut degré de la pertection, ainsi qu'on l'apprend dans Ihistoire de sa vie. Ce grand maître spirituel observait quelles étaient les petites passions tpu prédominaient dans sou cher Do-

sithée, et il Ifs faisait mortifier; puis, quand il le voyait modéré à l'égard d'une do ces passions, il se remettait à observer par quelle autre son disciple pouvait être possédé, et s'attachait à le corriger encore de celle-là. Par exemple, s'il voyait Dosithée irop passionné pour un livre, pour un couteau ou pour tout autre objet, il le lui enlevait tout de suite. S'il découvrait en lui la moindre complaisance d'amour-propre pour un travail manuel qu'il avait exécuté en toute perfection, Dorothée ne daignait pas même y ieter un coup d'œil. Si le disciple allait proposer à son maître quelque doute fondé dont il eût pu tirer vanité, il le renvoyait sans hii répondre. Cependant les autres moines étaient dans l'admiration de voir parvenir, en peu de temps, à une haute perfection, cet excellent disciple qui ne pouvait, néanmoins, à cause de sa complexion iaible, se livrer aux veilles, aux jeûnes, ni s'assujettir aux autres austérités de la vie monastique. La curiosité les portait quelquefois, dans de saintes intentions , à demander à Dosithée quelles étaient les vertus qu'il pratiquait, et il répondait avec candeur : Elles consistent à mortifier toutes mes inclinations et à les soumettre à ma volonté. Et, en effet, par cette seule mortification intérieure il parvint, en cinq années seulement, à une si haute sainteté qu'après sa mort il apparut environné d'une gloire éclatante comme on le raconte des plus grands Saints de son ordre. Tant il est vrai que le chemin le plus court pour arriver à la perfection est la mortification des passions et de leurs convoitises déréglées. Si donc le lecteur n'a pas le courage d'abattre d'un seul coup toutes ses passions , qui sont les implacables adversaires de la perlection et qui sont dans son propre cœur, qu'il mette en œuvre la règle que nous avons exposée, cette méthode qu'employa Dorothée vis-à-vis de son disciple Dosithée, c'est-àdire qu'il combatte , l'une après l'autre, ces passions diverses en commençant toujours par combattre celle qui lui semble la plus violente et la plus rebelle.

239. — Pour remporter la victoire sur les passions, par 1g moyen de la mortification, il est nécessaire de les réprimer (-es qu'elles se montrent et de les éteindre dès la première lueur qu'elles jettent dans notrp âme. Si nous leur laissons prendre de l'accroissement, elles acquerront une énergie telle qu'il nous sera moralement impossible de les surmonter. Saint Augustin, en interprétant ces paroles du prophète royal : Beatus qui tene-

— iOS —

bit, et allidet parvulos tuos adpeiram, demnnde quels sont ces petits enfants qui, àl'instant même de leur naissance, doivent ^ être écrasés contre la pierre, et il répond que ce sont les passions ' naissantes. Quid suntparvuli Babyloniœ? Nascentes mnlœ cupidilates. {In Psalm. 136). Ecrasez-les donc au moment où elles se montrent, pendant qu'elles sont encore très-petites, sans cela elles grandiront, elles prendront une vigueur considérable et vous écraseront vous-mêmes. ISe enim ci'pidifas nequam prarœ consiietudinis robur accipiat, cum varvula esc, allide illam. Si vous craignez, dit le Saint, que ces passions, bien que réprimées ne puissent pas s'éteindre complètement, écrasez-les contre la pierre qui est Jésus - Christ , c'est-à-dire réprimez-les par amour pour Jésus-Christ, et ainsi leur mort sera certaine et assurée. Sed times, ne elisa non moriantur. Ad petram allide; pctra autem erat Christus... In petra œdificamini, si non vultis tolli aut a flit,vio, aut a ventis, aut a pluvia. En réfléchissant sur ces paroles du saint Docteur, on voit qu'il nous y enseigne le moyen le plus si'ir et le plus saint pour mortifier nos affections déréglées. Dès qu'il en éprouve les premiers assauts, l'homme élève son esprit vers le divin Sauveur et s'efiorce d'en sortir victorieux par amour pour lui. Seigneur, doit-il lui dire, je ne veux pas donner mon consentement à cet accès de colère, je ne veux point prononcer cette parole oficusaute , je ne veux pas me livrer à cet acte de vengeance ; ce coup-d'œil, je ne veux pas me le permettre ; sur cette pensée, je ne veux pas arrêter mon imagination, par amour pour vous. On ne sauraiit croire combien ces élévations afiectueuses vers Dieu impriment à l'âme une salutaire énergie, combien elle y puise du courage pour réprimer les mouvements impétueux de quelque pas*ion mauvaise. Et puis les victoires qui en résultent, comme dit le saint Docteur, ont beaucoup plus de stabihlé, de constance et de mérite.

240. — Je goûte singulièrement la comparaison que fait saint Ephrem pour exprimer la solhcitude avec laqueile toute àme doit s'empresser de réprimer les premiers mouvements des passions aussitôt qu'elles se révoltent. Quand une plaie encore très peu dangereuse commence à se lormer sur quelque partie du corps, si l'on ne prend pas soin d'en procurer la gucrison, cette plaie s'étend peu à peu et devient uu ulcère dégoùtiuit; puis si ou uo^lise de le uelloyer du viiiis qui s'y accumule, cet

luiloCTe* sa corrompt, se gangrène et finit par envahir le corps -^lenticr. -Il', n'en- test pas autremeut, si on n'arrête parles premières émolions d'une passion déréglée, et si on ne la subjugue point par une prompte résistance, elle s'étend, se dilate au point ■de captiver Tâme tout emtière et d'éteindre l'énergie de toutes ses facultés, et enfin l'âme devient entièrement infectée d'un nlcère presque incurable de péchés. TVm cilius passiones , qucB ■ in te cermait'urySUstidenSf ulcus effîciunt ; nisiqueparvuw piifrc' 'id'ènerncwaverisyininfmitum excrescent, omnemque substunliairt timm vorruwpent. {Serm. de perfect^ Monacli. tom. 2).

241-. — Un moine, qui excellait dans l'art de diriger les âmes,

fit A'oir à ses disciples de leurs propres yeux 'et comme toucher

de leurs mains cette importante vérité. Nous lisons ce trait

dans un sermon de saint Dorothée (Serm. 11). Ce vénérable

vieillard conterait pieusement avec ses religieux dans une forêt

plantée de cyprès. Il ordonna à l'un de ses disciples d'arraclier

wri de ces arbres qui commençait à peine à sortir de terre, et

celui-ci d'une seule main l'enleva avec la plus grande facilité.

Le vieillard lui enjoignit d'en arracher un antre qui avait déjà

poussé d'assez profondes racines, et le disciiile exécuta ce qui

lui était commandé, mais non pas sans quelque difficulté. Le

- martre' lui ordonna d'en arracher un troisième qui était déjà

wlevenu un petit arbuste. Ici le disciple eut besoin d'emplo^icr

'- l':g dexix mains et de faire usage de toutes ses forces pour l'arra-

ohcr'de 'la terre où d'assez profondes racines le retenaient.

' Enfin, il- lui enjoignit de déraciner unautire cyprès qui était

parveiaiT à la grosseur d'un tronc assez fort. 'Mais ici tous ses

'"■efforts (devinrent inutiles, et il ne put pas en venir à bout»

* A'kH-^ le saint vieillard prit la parole et dit ài toute l'assemblée : Voilà une véritable image de nos' passioiis. Quand elles sont encore. faibles et ne font qu'apparaitre dans notre cœur, on les extirpe aisément avec un peu de vigilance et quelque mm-tification. Mais si on leur permet de pi-endre de l'accroisseLieut,' iL faudra employer bien plus d'ifftris et de fatigues pour- les vaincre.' Mais- si, n'eni[»loyaîit aucune espèce de soin à les réprmier, "nous leur laissons pousser de profondes racines daiis

V notre cœur, il n'y ai pas-de tbrce humaine qui soit, capable do lesdi'raciner ; ib y laut le bras tout-puissant de !iœu. Donc, naes

• chers enfants, allidite parvii/os ad p-ircu/r, V'-illoz sur Ijs p)»emiei-:i naouvemeutsidiisoidijunes de \otre aino., comprimez-les

-promplement aussitôt qu'ils se manifestent en y opposant des actes qui leur sont contraires, si vous désirez de taire de grands progrès dans les voies du Seigneur.

24^2. — Notre propre expérience nous prouve à nos dépens combien ceci est fondé sur la vérité. Une mauvaise pensée vient- • elle à naître dans l'esprit ? si nous la repoussons promptement, le mal cesse à l'instant même. Mais si l'on s'y arrête quelque peu, cette pensée devient une complaisance, la complaisance se change en désir, et le désir se traduit par des œuvres criminelles en allumant les feux éternels qui doivent expier ces abominations. Saint Jacques nous en donne l'avis {Cap. 4, vers. 14). Unusquisque tentatur a concvpiscentia sua abstractus, etillectus, Deinde concupiscent ia, cum conceveril, parif peccaium : peccatum vero cum consummatum fuerit, générât mortem. Le cœur se laisse enflammer d'une aâection tendre et sensible pour une personne d'un sexe diflérent. Si l'on y résiste et si l'on s'éloigne de l'objet aimé, cette affection finit par s'éteindre et l'on peut ainsi obvier aux grands maux qui en seraient le funeste résultat. Mais si l'on se complaît à nourrir ce sentiment qui, dès le principe, ne semblait pas du tout coupable, il dégénérera bientôt en une aûection impure, puis il en résultera une inlernale intrigue qui n'est propre qu'à précipiter deux victimes dans l'abîme de la perdition. Votre cœur se laisse vivement impressionner par un accès de colère, à la suite d'un outrage que vous avez reçu. S'il en lait un sacrifice à Dieu, cette étincelle qui pouvait allumer un grand incendie s'éclipse à l'instant et disparait. Mais si vous vous laissez emporter par ce mouvement <Je votre nature si fragile; si vous vous mettez à peser les raisons, les motifs, les circonstances qui aggravent l'injure Teçue, cette colère se changera en haine, la haine appellera la vengeance, et le tout se terminera par une inimitié implacable. Le démon inspire à une personne qui suit la voie de la perfection une pensée de défiance. Si elle a soin d'élever sur-le-chnmp son âme vers Dieu par un acte d'espérance envers sa bonté infinie, le mortel ennemi du salut se retire plein de contusion. Mais si «lie permet à cette pensée de pénétrer le fond de son âme, cette défiance se tourne en découragement ; celui-ci produit une mélancolie qui abat, ei cette mélancolie pourrait bien finir par jeter l'àme dans un prolond désespoir. Voilà comment nos passions naissent, s'enflamment, se furtifieut et arrivent au point

d'anéantir tontes les vertus, si, dès le premier instant de leur apparitioL, on néglige de les arrêter dans leur progrès par la mortification. Un auteur païen a fort bien exprimé ces vérités par ce distique latin :

Principiis obsta, sero medicina varatur Cum mala per longas invaluere moras.

On peut le traduire ainsi :

Dès le début du mal h remède est facile, Si Ton s'y prend trop tard il devient inutile.

243. — Sainte Monique pratiqua d'une manière admirable cette vigilance sur les premiers mouvements des passions, et elle parvint par ce moyen à les surmonter de manière à s'en rendre maîtresse absolue. Son illustre fils, saint Augustin, dit de sa mère qu'elle avait eu pour mari un homme doué d'un caractère ardent qui, malgré l'amour dont il était animé à son égard, se laissait quelquefois emporter par son naturel irascible, se livrait à des colères violentes contre son épouse, lui adressait de très-viis reproches et même l'outrageait par des paroles injurieuses. Monique, dont le cœur n'était pas certainement insensible, devait sans nul doute éprouver en elle des émotions qui tiennent à la nature humaine en se voyant si rudement traitée par son époux. Néanmoins, au miheu de ces pénibles épreuves, elle se possédait pour ne pas laisser la moindre liberté à ces mouvements d'irritation, attentive qu'elle était à en surveiller les premiers symptômes. Aussi saint Augustin nous assure que, dans ces circonstances, sa mère gardait le silence et ne laissait sortir de sa bouche le moindre mot. Noverat non rcsistere iratoviro, non iantum facto, sed neverbo guidem. [Confess, lib. ix). Mais quand les premiers feux delà colère de son époux s'étaient apaisés et que son àme était rentrée dans le calme, Monique lui adressait avec douceur quelques avis sur les emportements auxquels il s'était livré. Il s'ensuivait que lorsque dans la ville de Garthage on racontait les rixes survenues à d'autres temmes avec leurs maris et dont la figure portait encore les traces, quoique leurs époux lussent d'un caractère moins brutal, on n'entendait jamais dire un seul mot sur la moindre altercation qui se lût élevée entre Monique et sou époux. Figurons-nous maintenant que sainte Monique n'aurait

pns sn réprimer ces premiers ino:.vfTT}rv,Is ilVxncpiVatinn, rpie ' les mauvais traitements de son mari flevan'iit fa;xe ltouillni,;or dans son cœtir, let qu'elle anrait làdié la bride à celte premuM-e fongue par quelque vivacité ou par quelque parole piquant»^, qui ne voit qti''il se s^'rait élevé entre les deux époux nufiiiiciix déliât? Et puis encore elle aurait i)orté sur son visage, de même que les autres femmes, les honteuses cicatrices de ces 4éi)lr>. râbles luttes. Bien au contraire, en maîtrisant les premifrs élans de sa passion, et en ne permettant pas le moindre mot à sa bouche, pour satisfaire son ressentiment, elle sut parvenir f- à la conquête de cette vertuv d'autant plus héroïque qu'elle •■>i : plus dilHcile à pratiquer clicz les femmes; car elle consiste à / maintenir, avec un mari violent, une concorde inaltérable, une : paix parfaite, une charité à tonte épreuve. Tel est Texemple que doit imiter quiconque est déterminé à maîtriser s«'s passions mauvaises et qui désire d'eu être le glorieux vainqueur.

Page 1