CHAPITRE L
ON Y EXPOSE LES RAISONS POUR LESQUELLES L AMOUR DES BIENS ET DES RICHESSES MET UN OBSTACLE A LA PERFECTION CHRÉTIENNE.
2o7. — La haute citadelle de la perfection chrétienne est placée dans l'intérieur de notre âme. Pour s'élever à cette hauteur où l'on se rapproche de Dieu, où l'on parvient à s'unir étroitement avec lui, il faut vaincre bien des obstacles qui nous en rendent l'accès difficile : les uns sont au dedans de nous, puisqu'ils naissent^ des sens extérieurs et des sentiments intérieurs, c'est pourquoi on peut leur donner le nom d'obstacles internes; les autres sont au dehors de nous, car ils proviennent des richesses, des honneurs et des antres objets qui nous flattenf et on peut les appeler obstacles externes. Or, contrairement à ce que font les généraux d'armée qui, voulant s'emparer d'une haute et forte citadelle, commencent par -c l.'liarrasserdes obstacles que lexir opposent les fortifications extérieures, et puis ils s'occupent de renverser les obstacles plus considérables qu'ils trouvent dans les fortifications intérieures; contrairement à cette tactique, dis-je, nous avons débuté par la ruine des obstacles intérieurs des sensquis'opposent à la conquête d'une haute perfection. Nous aurons, en ce moment, ;\ applanir la route, eu rmuant de ioud eu comble les obstacles extéheui's qui nous
empêcheraient de gravir le sommet auquel nous aspirons. J'es père, néanmoins, qu'en procédant de cette manière nous parviendrons, nous aussi, à remplir le but que nous nous sommes proposé. Dans le présent article nous parlerons de l'obstacle qu'éprouve notre œuvre de perfection dans l'amour des biens et des richesses, puis nous aurons à nous occuper de celui qui provient de l'amour des honneurs et des autres objets séduisants de ce monde. Ce sera le sujet traité dans les articles subséquents.
258. — Saint Augustin décide ce point en peu de mots : Venetnim caritatis est spes adipiscendorum, aut retinendorum temporalium, (Lib. Lxxxm, Quœstionum, guœst. 36). Il dit que le désir d'acquérir et de conserver les biens de la fortune est le poison de la charité et, par une suite nécessaire, la ruine de la perfection. En efiet, quand la charité s'est éteinte par ce mortel poison, tout l'édifice spirituel ne peut îplus subsister sur ses bases. Ceci pourrait suffire pour faire comprendre combien est contraire à la perfection chrétienne cet amour efir éné des biens de la terre. Mais, pour que le lecteur en reste complètement persuadé, je veux lui faire voir les raisons pour lesquelles l'attachement aux richesses lait une si terrible guerre à la charité et à toutes les autres vertus qui, semblables à de fidèles suivantes, forment son cortège et l'accompagnent r-omme leur reine.
259. — Saint Bernard nous fournit trois preuves de cette vérité : La première est que l'amour des biens et des richesses entraine avec lui beaucoup de fatigues à subir et beaucoup de solHcitude à prendre pour s'en procurer l'acquisition ; la seconde est que cet amour fait naitre une grande crainte de les perdre ; la troisième, enfin , est que la perte de ces avantages temporels cause une douleur profonde. Ce sont là autant de passions qui jettent dans le trouble, dans l'aSHction, dans une inquiétude de tous les instants , ce qui fait qu'elles ne peuvent point faire alliance avec la pratique des vertus et la recherche de la periection. Divitiarum amor insatiahilis , longe ampliui desiderio torquet animam quam réfrigérât nsu; iitpote quarum acquisitio quidem laboris, possessio vero Hmoris , amissio r)lena doloris invenitur. [Serm. de Conversion. adClericos, cap. 12). C'est bien à cela que veut faire allusion notre divin Sauveur, lorsqu'il nous dit que les richesses sont des épines qui étouilent
tout bon sentiment qui voudiait surgir an fond de notre c^v.r. Et exoitiP spinoi svfjocaverunt illud. S/jïnœ sunt, reprend saint Grégoire [Homil. 15, in Evang.), quœ corjitationutn suaruin punctionibus meiitem lacérant, et quasi inflictovulnerecruentant. Les richesses, nous dit-il, sont les épines qui, par les sollicitudes poignantes qu'elles l'ont naître, causent à notre cœur de douloureuses piqûres et lui font de mortelles blessures. Dans un autre endroit le saint Docteur, expliquant ces mêmes paroles de notre Seigneur, énumère ces trois espèces de piqûres dont saint Bernard nous dit que les richesses blessent nos cœurs, les éloignent de Dieu et de l'exercice de la vertu. Diviliœ veluii spinœ animum hominis timoribus , soUicitudinibus, anyoribus punyunt , vexant , cnientant. [Moral., lib. ii, cap. 1"). Les richesses, dit-il, semblables à des épines aiguës, torturent jusqu'au sang nos âmes par les fatigues que l'on endure pour les acquérir, par les craintes qu'on a de les perdre, par les peines et les amères angoisses que l'on éprouve lorsqu'on s'en voit dépouillé. 260. — Et en effet, n'est-il pas vrai que les gens du monde sont à la merci des plus pénibles sollicitudes, se font victimes volontaires de mille ennemis pour acquérir les biens de la terre et entasser l'or et l'argent? Quelles fatigues n'ont-ils pas à supporter dans leurs magasins, dans leurs boutiques, dans les voyages par mer et par terre? Quelle con.:ommation de forces intellectuelles dans les écrivains; quels épuisements de santé? Que d'inquiétudes sur les chances du gain, sur les failhtes, sur des concurrences qui peuvent leur porter de graves préjudicesî Que de nuits sans sommeil, que de repas sans pouvoir y satisfaire son goût avant d'être parvenus à la conquête des biens qu'ils convoitent? Et puis, s'ils arrivent à ces profits si longtemps attendus; si leurs coffres se remplissent d'or; si leurs propriétés s'arrondissent; s'ils ont pu agrandir leurs maisons; si leurs revenus ont pris de l'accroissement, seront-ils au moins alors satisfaits? Jouiront-ils avec délices de leur fortune? Je le suppose; mais alors à ces nombreuses fatigues, à toutes ces sollicitudes succède la deuxième piqûre que les deux saints Docteurs précités nous ont signalée avec tant de raison. Je veux dire qu'alors commence à poindre dans le cœur l'appréhension de perdre tous ces biens acquis aux dépens de si lal)()rieux efiorts. Si l'atmosphère se met à l'orage et si les tonnerres succèdeut aux éclairs, ils craignent qu'une grèlcdésastreuse neravaij«
leurs tpiTos ; si le ciel se moiilKi trop avare ou trop prodigue de pluie ; si Tair est trop brûlant, ou trop Iroid, ou trop sec, ou trop humide, on craint d'avoir une mauvaise récolte ; on redoute un concurrent jaloux qui peut vous faire perdre une place lucrative; qu'une sentence judiciaire vous dépouille d'un liclie héritage. Ou a peur des voleurs, on se méfie de ses propres domestiques, des personnes qui composent la maison; on va jusqu'à craindre ses propres enfants en songeant qu'il est bien possible qu'ils dissipent en quelques jours les biens qu'on n'a pu ramasser qu'en plusieurs années et en s'épuisant par de nombreuses et exorbitantes fatigues. Et si nous voulions emiirunt(^r le langage de saint Basile nous ajouterions que l'aboiement d'un chien iait craindre que quelque voleur ne se soit caché pour nous dépouiller ; que si une souris fait quelque bruit léger, on appréhende que ce ne soit le froissement d'un larron qui s'esquive furtivement en emportant les écus ou d'autres objets de prix. Canis latrat, avants mitat furem esse. Mus forte verstrcpit, in avaro cor salit, quemlibet vel puerum suspectum habens. Filios jam grandes ut insidiatores aspicit. (Homil. 21, i7i aliquot script, locos). Le poète satirique, à son tour, se moque de ces craintes importunes qui mettent sans cesse en émoi le cœur des personnes sordidement attachées aux biens de la fortune; car il dit que ces esclaves de l'or et de l'argent, quand ils voyagent, portant avec eux leur bourse pleine , redoutent non-seulement la rencontre d'un voleur armé, mais l'ombre même d'un roseau que le vent agite :
Pauca licet portes argenti vascula puri
ISocteiter ingressus , gladium , contmnque timebîs.
Et mofœ ad lunam trepidabis arundinis umbram.
(JUYEN., SAT. 10).
261. — Mais la piqûre la plus acerbe et la plus douloureuse est celle que cause , à celui que possède l'amour des richesses, la spoliation de ces mêmes biens. Si un navire chargé de marchandises vient à sombrer sous les flots, oh ! quel désespoir ! s'il perd un procès devant la justice, quelle affliction ! s'il essuie un vol ou un incendie, quel cruel martyre! s'il découvre une infidélité dans ses agents, une forfaiture dans ses domestiques, une trahison dans ses amis, quelles amertumes, quels chagrins, çueiles angoisses ! Je demande comment il serait possible qu'un
cœur agité par tant de ponsées inquiétantes, par tant de passions sordides, par tant de sollicitudes poignantes pût s'en, tretenir avec Dieu, pût senfir quelque goût pour la vertu, quelque désir de la pratiquer, puisqu'il faut pour tout cela une paix, un calme au fond du cœur et une sérénité dans l'esprit? 262. — Je vais rapporter ici un trait plaisant, mais qui peut, fort à propos, présenter dans tout son jour cette vérité de l'Evangile. Le père Jean Édée ( In Fasciculo virtut. et vitiorum,) raconte qu'un homme riche possédait un superbe château auquel était adossée la chaumière d'un pauvre journaUer. La chambre où dormait ce personnage lortimé touchait le manoir de ce misérable artisan, et il pouvait entendre tout ce qui se disait chez le pauvre et remarquer tout ce qui s'y passait. Le propriétaire du château remarquait que cet homme était toujours content, toujours gai, et ne manifestait jamais la plus légère tristesse. Il rentrait chaque soir accablé de fatigue, il allumait son modeste ieu et, s'asseyant auprès du loyer, il se livrait à des chants ioyeux, puis il riait de bon cœur avec son t 'pouse, ou bien il s'amusait avec sa petite famille, ensuite il se couchait sur son Jit, peu moelleux, et ne donnait aucune marque d'inquiétude yusqu'à ce que son épouse, aux premières lueurs de l'aube, l'éveillât pour aller reprendre ses travaux accoutumés. De son côté notre fortuné propriétaire du château faisait, sur cela, de sérieuses réflexions, ets'étonnaitde ne jamais éprouver une franche gaité ; car ses jours s'écoulaient dans la tristesse, ses nuits dans l'inquiétude, et son sommeil n'était pas tranquille. En faisant ces réflexions, il se mit à soupçonner que précisément l'or et les biens, qu'il possédait à profusion, pourraient bien être la cause des peines qu'il ressentait, et qu'à ce pauvre voisin son dénuement pouvait bien procurer tant de gaîté et un bonheur si parlait. Pour connaître la vérité, que lit-il? Il prit une bourse pleine d'or et, pendant la nuit, il alla ouvrir la porte peu solide de la chaumière du. pauvre journaher, et la suspendit au verrou intérieur de cette porte. Puis, les jours suivants, il se mit à observer attentivement quelle conduite allait tenir le journalier. Dès le matin notre pauvre homme se leva, la bourse pleine d'or se trouva sous sa main et, en voyant toutes ces pièces d'or, il eu conçut de la joie et en éprouva un grand soulagement. Mais bien* t"t il roula dans son esprit mille pensées d'inquiétude sur ce qu'il devait faire de cette (grosse somme, comment il parvieu-
drait à la mettre à l*abri des voleurs, quoi serait Temploi qu'il en ic\i\i\. Ce jour-là, notre journalier n'alla pas reprendre soa travail ordinaire, mais il resta tout pensif et silencieux dans sa pauvre chaumière ; puis il se mit à soupçonner que si sa lemme ou ses entants en avaient connaissance ils ne sauraient peut-être pas garder le secret et qu'ils iraient divulguer sa bonne fortune, au risque de la lui faire perdre. Ensuite il conçut des craintes ou sujet de ses voisins et même des personnes de sa famille qui pourraient bien le dépouiller de ce que son destin lui avait fait acquérir contre son attente. Gomme il ne pouvait découvrir, dans sa chôtive demeure, une cachette assez sûre pour ce petit trésor; il prit enfin son parti. Il le cacha dans la paillasse de sou lit. et, faisant semblant d'être malade, il se coucha pour garder et détendre ses écus. Une chantait plus désormais comme autrefois, il ne riait plus, il ne se mettait plus en gaité avec ses petits enfants. La nuit il se tournait et se retournait, plein d'inquiétude, sur son grabat ; il ne pouvait retenir ses soupirs, et son épouse le 'croyait atteint de quelque maladie, tandis que c'était la passion de la cupidité qui avait pénétré dans son cœur poiu" le tourmenter. Alors le gentilhomme comprit, très-clairement, que la cause unique de tant d'inquiétudes et de tant de peines n'était autre chose que la bourse trc ivée. Il alla visiter la chaumière, il questionna la femme sur ce qu'elle pensait de la conduite de son mari, puisque, depuis plusieurs jours, il ne l'entendait plus ni chanter, ni rire, selon son ancienne coutume. Celle-ci répondit que son mari était au lit où il souffrait d'une Tive douleur dans les reins. Non, reprit le gentilhomme, ce n'est pas là qu'est s*n mal. Je sais ce qui en est, et soyez sûre que je le guérirai en peu de temps. Il se dirigea vers le lit du faux malade en lui disant : Eh bien ! mon enfant, la bourse que tuas trouvée appendue à la porte est à moi. Tu vas mêla rendre sur-le-champ, ou bien ie vais te dénoncer à la justice et je te ferai attacher à un gibet, comme un infâme voleur. Le journalier, épouvanté de ces menaces, rendit la bourse au gentilhomme, retourna à son travail, recouvra la paix de son âme et se remit à chanter. Il n'est pas besoin de s'étendre longuement sur ce lait ; car il fait comprendre, tout seul, que l'attachement aux trésors d'ici-bas, aux biens de la fortune, est ce buisson épineux dont parle Jésus-Christ, et que ses pointes aiguës déchirent le cœur de l'homme par les cruelles sollicitudes, les craintes.
kcs au^obscs, que fait naître l'araoïir de la fortune ; que, par une conséquence inévitable, le cœur de l'homme devient totalement incapable de pratiipior la vertu, de travailler à la perfection où 8e trouvent exclusivement la paix et la sérénité de l'àme.
203. — Ce qui démontre combien cette doctrine repose sur la vérité, c'est quand on voit les païens, quoiqu'ils ne fussent pas éclairés des lumières de la foi, regarder, comme chose impossible, l'acquisition des vertus morales dont ils faisaient un grand cas, sans professer du mépris pour les richesses. Saint Jérôme, à ce propos, cite l'exemple de Cratès de Thèbes qui, étant eu voyage pour Athènes où il allait apprendre la philos<jphie, jeta dans la mertout'l'or et tout l'argent qu'il portait sur lui, en disant, au moment où il taisait cet acte d'un généreux désintéressement: Va, retire-toi de moi (Fa alla malora) malheureuse passion de l'or, je t'abime dans des gouffres d'eau, pour que tu ne me plonges pas dans un océan de cruelles angoisses. Craies ille Thebonus rejecto in mare non parvo auri pondère: Abite, inquit, peS' sum, malœ cvpiditates : Ego vos mergam, ne mergar à vobis. {Contra Jovin., lib. ii). Le même Saint, écrivant à Paulin, lui dit clairement que ce i)hilosophe agit de la sorte, parce qu'il ne croyait pas que l'on pût posséder, tout à la lois, la vertu et les richesses. ISon putavit se simul posse virtutes, et divitias possidere.
264. — Saint Augustin rapporte plusieurs exemples de personnages illustres, tons appartenant au paganisme, qui professèrent un souverain mépris pour les richesses et une haute estime pour la pauvreté comme étant la mère et la gardienne des vertus morales auxquelles ils aspiraient. Il cite un Lucius Valerius dont il admire le sublime désiutéressement, puisque, se maintenant dans un état de pauvreté au milieu des grandeurs de sa position, il ne laissa pas la plus laible somme pour subvenir aux trais de ses iunérailles, lui qui avait rempli la haute charge de consul, et que le peuple fut obligé d'y iaire iace à ses propres dépens. Puis encore un Cincinnatus, dictateur de Rome et premier mau,i;^trat delà UépuMiijue, n'ayant d'autre possession qu'un médiocre champ qu'il cultivait de ses propres mains, en conduisant lui-même la charrue, pour gagner son pain à la sueur de son iront; un Fabricius qui méprisa les riches présents du roi Pyrrhus, et même le cpiart de son royaume, pour ne pas perdre de plus riches trésors que lui procurait sa pauvreté. Le
Saint conclut, do cf;>; oxom[)les,(ju'iia chrétien nedoitp.'^s se figarer qu'il a lait quelque chose de bien merveillenx quand il s'est départi des biens terrestres pour vivre volontairement dans la pauvreté, puisqu'il n'a fait cela que pour acquérir les biens impérissables de la patrie céleste et le bonheur qui ne doit point avoir de fin, et surtout quand il voit ces païens qui, sans nourrir d'aussi brillantes espérances, se dépouillaient des biens de la fortime par le seul désir de posséder les vertus qui naturellement honorent le caractère de l'homme. Quomodo audebit se exaltare de voluntaria vaiipertate Chrisiianus, ui in hujus vitœ peregrinatione expeditior ambulet viam, quœ oerducit ad pa^ triam, nbi verœ divifiœ Deiis est : cum audiat vel légat L. Valerium, qui in &uo defimctus est consulatu, usque adeo fuisse paupfirem, utnummis a populo collatis ejus sepultura curaretur? Audiat vel légat Q. Cincinnaium, cum quatuor jugera vossidC' ret, ut ea suis manibus coleret, ab aratro esse abductum, ut dic' tator fieret ; victisque hostibus, ingentem gloriam consecutum, in eadem paupertatemansisse ? Aut quidse magnum fecisse prœdicabit, qui nullo prœmio mundi hujus fuerit ab œterna illius patriœ soc'etate seductus, cum Fabricium didicerit tantis muneribus Pyrrhi régis Epirotarum, momissa etiam quarta parte regni a Romana civitatenon potuisse divelli, ibique in suapaupertate nrivatimmanere voluisse. [DeCivit. Dei, lib.Yi,cap. 13J.
Si donc, dirai-je, l'amour de l'argent, des biens, des richesses, met un si grand obstacle, même de l'avis des païens, à Tacquisition des vertus naturelles et humaines (car ils ne pouvaient parvenir aux autres par leurs seuls efforts), de ces vertus qui, par elles-mêmes, sont d'une valeur si peu considérable et n'occupent qu'un rang inférieur, quel grand obstacle n'opposeront pas de semblables affections pour arriver à l'acquisition des vertus surnaturelles qui appartiennent à une sphère bien plus élevée, puisqu'elles nous rendent semblables à Dieu, nous unissent à lui en cette vie et nous lont parvenir à son entière possession dans un monde meilleur? Gomment donc un cœur, enchaîné par de tels liens, pourra-t-il franchir quelques degrés de perfection?
265. — Il n'y a donc rien de bien étonnant, dirai-je avec Cassien, en ce queGiezi, au lieu d'être gratifié par l'Esprit-Saint du don de prophétie qui devait descendre en lui comme un héjrilage transmis par le grand Elisée, reçut, au contraire, comma
terrible châtiment, une lèpre qui le couvrit de la tête aux pieds, parce que sou cœur était souillé par l'amour des biens terrestres. Il n'est donc pas surprenant que le malheureux Judas, dont le divin Maître avait lait son disciple, qu'il avait élevé à son école, qu'il avait instruit et illuminé de ses divins enseigne- ^ ments, fût précipité du sommet de la sainteté, à laquelle il 'I était destiné, dans le profond abime de la perdition, parce j qu'il s'était misérablement laissé captiver par l'amour de l'ar- I gent. Il ne laut pas non plus s'étonner qu'Ananie et Saphire, son épouse, aient été frappés de mort par une main invisible et soient tombés aux pieds du prince des Apôtres parce qu'ils conservaient dans leur cœur l'amour des biens terrestres, au moment même où ils s'en dépouillaient. Giezi, dit l'auteur précité {Instit.y lib. Tli, cap. d4), ea quœ nec antea quidem possC' derat, volens acquirere, gratiam vrophetiœnonmeruit nossidere, quam per successioneynvelut hereditariam a sug magistro habuit suscipere : \erum etiam e contrario œterna lepra S. Elisei maledictione profunditur. Judas autem volens resnmere necunias, quas antea Christumsecutus ahjecerat, non solum ad proditionem Domini lapsus, Apostolatus perdidit gradum, sed etiam vitam /psam communi exitu finira non meruit, eamque violenta morte cotti' clusit : Ananias vero, et Saphira reservantes partem quamdam ex his quœ posséder ant, apostolico ore morte mulctantur. Nous pouvons donc conclure avec l'Ecclésiastique que l'amour de l'or et la perlection sont des choses insociables dans vme même per^ Bonne. Quiaurum diligit,non justificabitur. {Cap, 31, vers. 5).