‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 4 sur 75 · DEUXIÈME REMÈDE CONTRE LA RÉBELLION DU SENS DU TOUCHE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME REMÈDE CONTRE LA RÉBELLION DU SENS DU TOUCHE

QUE l'on Réprime par les rigueurs de la pénitence.

19. — Saint Grégoire dit que Dieu veut bien se comporter, en ce qui regarde la guérison des âmes, de la même manière que les médecins pour celle des corps, et de même que ceux-ci guérissent les maladies par des remèdes qui leur sont contraires et qu'aux maux occasionnés par un excès de chaleur, ils remédient par des médicaments rafraîchissants; tandis qu'à ceux qui proviennent d'un excès de froid, ils opposent des remèdes chauds de même aussi Dieu guérit les maladies de notre âme avec des remèdes contraires à ces maux. Cœlesiis medicus singulis quibusque vitiis ohstantia adhibet medicamenta. Nam sicut arte medicinœ calida frirjidis et frigida calidis curantur; ita Dominus noster contraria opposuil medicamenta peccatis. {Homil. 32, m Evangel.) Marchant donc sur les traces de notre céleste Médecin, examinons attentivement la nature de cette perverse sensation que nous fait éprouver le toucher, pour indiquer un remède propre à sa guérison.

20. — Ce sens grossier recherche exclusivement, comme nous l'avons déjà fait observer, la mollesse, les délectations, les plaisirs, quoiqu'ils soient défendus. Il préfère surtout ces derniers par un penchant qui lui est naturel et s'ahmente de ces T.n. 2

ToTnT.ff^s rnmmf^ nn animal immonrlf^. CVst h cos dornières qne saint Paul vent laire allusion, quand il confesse de lui-même: Vidro aliam legem in mcmbiis meis repur/nantem leyi mentis meœ. {Ad Rom., c. 1 , 23.) Mais quelle est cette loi qui, dans l'Apôtre, se mettait en opposition à la loi de l'esprit et de la raison si ce n'est le penchant déréglé de ce sens pour les plaisirs! N'est-ce pas lui qui refuse de se soumettre à l'empire de la raison (lui les lui d(''fend? C'est bien ce que veut exprimer ce même apôtre, quand il dit que la chair a des exigences coulraircs i l'esprit, et que l'esprit a des inclinations opposées à celles de la chair, ce qui établit entre eux une guerre implacable. Caro enim concupiscit adversus spiritinn, spirilus autem adversus carnem: hœc enim sibi invicem adversanhir. {Ad Gai., cap. o, 17). Et quelles sont ces inclinations si audacieuses par lesquelles la chair se révolte contre l'esprit et refuse de lui obéir, sinon les entraînements de la chair vers h; plaisir, ces attraits qui sont enracinés profondément eu elle et qui la rendent si rebelle envers l'esprit, ennemi mortel de ces délectations? Ainsi, notre concupiscence intérieure n'a d'autre but, par ses mauvais désirs et ses inclinations dépravées, que celui de satisfaire ce sens effréné en lui accordant les plaisirs défendus qu'il convoite. Il n'est donc point possible qu'une âme puisse commencer et poursuivre longtemps un genre de vie spirituelle et pieuse, si elle ne mortifie ce sens indocile.

21. — Mais par quel moyen pourra-t-on le dompter afin que dans son arrogance il ne se soulève pas contre l'esprit po'ir le faire dévier de la route de la perfection, et ce qui est pire de celle du salut éternel ? U n'y a qu'un seul moyen, et c'est celui-là même qui est indiqué par saint Grégoire, c'est l'emploi des remèdes opposés. Ce sens aime la mollesse, qu'on lui oppose l'austérité; il aime les plaisirs, qu'on lui oppose les douleurs; il se complaît aux voluptés, qu'on le rassasie de souffrances; eu un mot il faut le subjuguer par l'exercice d'une incessante péniteuce. C'est ainsi qu'on pourra le tenir sous les pieds et alors il laissera vivre en paix notre esprit en lui permettant de se livrer ëaintenienl à ses exercices pieux.

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