‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 48 sur 75 · AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LE PRÉSENT ARTICLE · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LE PRÉSENT ARTICLE

332. — Le directeur a déjà compris combien l'esprit d'ambition et de vaiue gloire met obstacle aux progrès de la perfection. Quand donc il rencontrera des personnes qui déjà dégagées des liens du péché mortel veulent servir Dieu et entrer dans les voies de la spiritualité, il mettra toute son application à leui faire bien apprécier l'état de leur âme, en leur prescrivant de méditer souvent sur ce qu'elles possèdent par elles-mêmes et sur ce qu'elles tiennent de Dieu, afin qu'elles se fassent d'ellesmêmes une opinion défavorable qui les maintienne constamment dans un état de confusion à la vue de leurs propres misères, et pour qu'elles acquièrent une certaine facilité à rapporter tout le bien qu'elles opèrent à Dieu qui en est l'auteur. Cette humble reconnaissance de sa profonde misère est pour l'homme un des principaux fondements de sa vie spirituelle, car elle surmonte les deux plus grands ennemis qui soient à redouter, je veux dire l'ambition et la vaine gloire. Trouvez une âme qui soit bien convaincue de sa propre bassesse, et vous la verrez non pas marcher mais s'élancer par un vol sublime jusqu'à la plus haute perfection. Si au contraire une âme ne possède pas cette conviction , vous la verrez toujours marcher en arrière, chanceler dans la voie de la perfection, sans jamais y faire un notable progrès. Le directeur doit donc insister beaucoup sur ce point.

333. — On ne doit pas se borner à la considération des biens surnaturels, des dons qui entrent dans l'ordre de la grâce ; il n'est pas bien difficile d'y reconnaître la main libérale de qui on les tient. Il iaut encore porter ses réflexions sur les dons naturels, sur les biens temporels, sur la naissance, sur le génie, sur la science , sur la prudence , sur la bonne grâce des manières, sur la beauté du corps, parce que la vaine gloire à quelque objet qu'elle s'attache, met toujours un grand obstacle à l'avancement spirituel, et Dieu ne se communique pas ordiujureuicut aux âmes qu'il ne voit pas dans un état d'abaissement à la vue de leur néant et de leur misère. Pour chasser de

l'e-prit do ses pénitents ces lamées de vanité qui ?ont produites par l'éclal des avantages temporels, le directeur doit donc leur remettre sons les yeux ces enseignt^raents que saint Basile adressait à son peuple : Tibi uni mire places, obavitœ genlis clarituclinem ? Immo dico gaudio subsilis ob patriœ celebritatem ? Ob elcgantiam corporis, denique ob honores ab omni gradu hominum tibi delatos ? Attende tibi : mortalis enim tu. Quippe terra es, et in terram abibis. Ubijam die, qui civitaium amplissimos wagislratus cappessebant ? Ubinam invicti rectores ? Lbi ex-rrciluum duces ? fJbi tijranni ? ISonne omnia mtlvis? ISonne sunt in fabulam conversa omnia? In horum sepulcra deflecteparutnper oculos. Passe te ne speras discernere inter fcunulum , et domimim ? Inter vinctum, et emn, a quo vinctus erat regem. {tlom. 3, in verba Moysis: Attende tibi ipsi). Vous complciisez-vous pL'i:t-être, dit le Saint, dans vos grandes richesses, dans l'illustre famille de laquelle vous sortez? Dans la célébrité de la patrie qui vous a vu naître , ou bien dans l'élégance de vos lormes corporelles , ou dans les hommages qui vous sont rendus par des personnes de tout rang? Ah ! réfléchissez donc sur vousmême, et considérez que vous n'êtes qu'un mortel, que vous êtes tiré de la terre, issu d'une vile poussière, et que vos grandeurs se réduiront aussi en une vile poussière. Dites-moi, où sont en ce moment ces illustres magistrats, dont les cités étaient flères? Où sont ces invincibles gouverneurs de provinces , ces habiles capitaines des armées, ces rois, ces superbes despotes? Ne sontils pas tous dans la poudre du tombeau ? Le souvenir de leur vie ne se réduit-il pas ù quelques misérables restes d'ossements? Le cours de leur existence vous semble-l-il autre chose qu'une trace de scène théâtrale ? Pénétrez, :e vous prie, par un du vos regards fugitifs dans l'intérieur de leurs tombeaux, pounezvous y distinguer , en examinant ces fragments d'ossements, ceux qui appartenaient au maitre de ceux qui furent les os du serviteur ? Y distinguerez-vous le pauvre du riche ? L'esclave de tel prince qui en fit son captif? Ainsi parlait saint Basile, Assurément il n'est pas de moyen plus ellicace pour rabaisser l'enflure de la vaine gloire dont se gonflent les gens du sièele, que de réfléchir sur ce qu'ils vont être en peu de temps et ce que sont en ce moment ceux d'entre eux que cette vanité mondaine rendait tout à l'heure si orgueilleux. Ceux-là donc qui veulent entrer dans les voies de la perfection doivent accepter

de leur directeur le conseil qu'il leur donnera de méfliter dans quelque livre pieux ces importantes vérités, car il ne peut y avoir de véritable spiritualité tant que ces vapeurs de vaine gloire ne se seront pas dissipées au fond de notre âme.

33 i. — Deuxième avertisseilent. Parmi les personnes du sexe, règne, ordinairement, un genre de vanité tout particulier. Elles aiment à paraître en public, bien parées, avec des bijoux et sous des vêtements riches. La raison de cette faiblesse se tire de ce qu'elles ne sont pas appelées à la culture des lettres, à l'exercice des armes, aux fonctions civiles et qu'elles ne sont pas aptes à occuper des postes élevés, des dignités et autres charges honor?? blés. D'autre part, la passion de la vaine gloire n'est pas moins enracinée ddtns leur cœur que dans celui des hommes, lls'ensuit que , ne pouvant satisfaire cette passion dans des choses d'une liante importance, elles cherchent une compensation dans le soin qu'elles prennent de leur parure. Pourtant , comme elles tiennent à mener une vie pieuse, il faut bien qu'elles mettent quelque modération dans cet excès de superfluités de toilette, car sans cela une dévotion solide et véritable ne pourrait s'établir dans leur cœur. Césaire raconte [Mirac. lib. v, cap. 6) que dans la ville de Mayence, une dame magnifiquement parée entra un jour dans l'église pour y assister au saint sacrifice de la messe. Un prêtre, doué d'une grande piété, vit à la queue de la robe que traînait après elle cette dame , aussi fière qu'un paon, une multitude de démons , qui ressemblaient à de petits mores très-laids. Ces hideux pages d'une nouvelle espèce, battaient des mains et, souriant entre eux, ils se Uvraient à une grande hilarité. Ils grimpaient même sur cette robe comme feraient des poissons dans un filet où ils seraient pris. Le serviteur de Dieu défendit à ces démons de disparaître et se tournant vers le peuple qui assistait à la messe, il l'invita à considérer cet horrible spectacle. Cette dame , se voyant le louet des démons et un objet d'aversion de la part des assistants, se hâta de quitter la maison de Dieu et revint toute confuse chez elle. Là elle quitta ce somptueux vêtement et ne le remit jamais plus sur elle. Si les démons, dirai-je maintenant, manifestaient une si grande joie au sujet de ces futiles parures, c'est un signe bien évident qu'elles étaient pour cette personne des objets singulièrement préjudiciables au salut de son âme, et peut-être même, ce qui est bien pire, celte somptuosité était plus pernicieuse à

ceux qiii la regardaient avec des yeux trop mondains. Le directeur doit donc laire tous ses eflorts pour écarter de ses pénitentes de semblables obstacles, surtout si elles marchent dans les voies spirituelles , et si elles commencent à vaquer à quelques pratiques de vertu. S'il peut ensuite parvenir, sans inconvénient et sans qu'il y ait quelque occasion de blâme , à faire disparaître totalement ce luxe de vêtements et toute vaine superfluité de parure, qu'il n'y épargne aucun soin , car ce serait arracher tout d'un coup la racine de ce mal. Si pourtant la prudence lui défend d'agir de la sorte , le directeur doit procurer quelque modération dans l'usage de ces parures, comme je l'ai déjà dit. Il doit leur inspirer plus de retenue et autant de simplicité qu'il est possible selon leur position dans le monde. Il doit surtout les engager à bien rectifier leur intention à cet égard, afin que si elles sont obligées de se parer, ce ne soit pas pour le désir de paraître, puisque ce désir ne saurait en aucun cas être absous et excusé de vanité coupable, mais seulement pour satisfaire à une certaine convenance, à certaines considérations honorablos. C'est pour des motifs de ce genre que le directeur permettra à ces personnes l'usage de certain luxe modéré. Il peut encore y voir d'autres motifs, tels que ceux de ne pas laire montre d'une piété extraordinaire, en se distinijuant trop ouvertemont des autres personnes d'égale condition, ou bien encore pour qu'elles ne tombent pas dans l'erreur que commettent certaines dames qui, veulent manifester par leurs habits, leurs allures, et peut-être même par leurs discours affectés, la piété dont elles i'ont profession et qu'elles croient posséder, sans en avoir la réalité.

335. — Les directeurs apprendront comment ils doivent agir à l'égard des femmes dominées par la vanité, et c'est un grand maître spirituel qui va les instruire , ie veux dire saint Bernard. Il reçut dans son monastère de Clairvaux la visite de sa sœur. Cette personne s'était parée de ses plus beaux ajustements, les pierreries brillaient sur sa riche toilette. Le Saint ayant été averti de la somptueuse pompe avec laquelle cette chère sœur était entrée dans le couvent, ne voulut pas descendre au parloir et lui lit dire qu'elle était un piégf du démon qui, par le moyen du luxe qu'elle étalait , l'entraînait elle-même et ceux qui la voyaient dans les abîmes de l'enfer. Parmi les autres moines, aucun ne voulut l'aborder, excepté un seul.

nommé André, qui lui adressa la parole, mais en lui disant qu'elle lui paraissait un monceau d'ordures recouvert d elofîes de soie et de brocard d'or. A une réception si étrange qu'accompagnaient de si durs reproches, cette pauvre dame fut remplie de confusion, elle se mit à verser des larmes et à pousser des sanglots et promit de faire tout ce que son saint irère exigerait d'elle. Saint Bernard descendit alors et les premières paroles qu'il lui adressa furent pour lui défendre toutes les pompes, les ajustements et les parures dont elle était ornée en ce moment. Primo verbo omnetn et mundi gloriam in culiu vestium , et in omnibus sœcuH pompis , et curiositatibus interdixit. {In vitaS. Bern. lib. i, cap. 6). Ensuite il lui donna plusieurs avis spirituels. Elle se montra parfaitement docile, et après avoir quitté toutes ces pompes mondaines, elle commença à mener une vie pieuse et retirée, et deux ans après elle se retira, avec le consentement de son époux, dans un monastère pour y mener une vie sainte. Le directeur doit apprendre de ce grand Saint comment il faut s'y prendre pour faire arriver à la sainteté les dames mondaines. Il doit leur faire abandonner ces habits de luxe ou du moins y introduire quelque retenue. Il peut être assuré que si une femme parvient à mépriser la beauté du vidage, la pompe des ajustements, à ne plus se soucier d'attirer les regards, elle se trouvera par de semblables dispositions et sans employer d'autres moyens, très-sincèrement portée à se consacrer à Dieu en entrant dans la vie spirituelle.

336. — Troisième avertissement. Le Directeur ne devra jamais permettre à ses disciples d'omettre aucune bonne œuvre qu'il leur conviendrait de faire, sous prétexte de fuir la vaine gloire. Je vais m'expliquer. Il est certaines personnes qui s'abstiennent de conférer avec leurs directeurs sur les inspirations et les grâces qu'elles reçoivent de Dieu dans leurs oraisons , et des bonnes œuvres qu'elles pratiquent^, telles que les actes de mortification , de macérations corporelles. Ces personnes, disons-nous, ne les font pas connaître à leurs directeurs parce qu'elles craignent que leur cœur ne conçoive trop de vanité pour ces faveurs surnaturelles, ou du moins que cette révélation à leur père spirituel ne les expose à des tentations d'amour-propre. Il en est d'autres qui cessent de visiter les églises , de fréquenter les sacrements, de se livrer au soin des malades dans les hôpitaux et de faire plusieurs autres œuvres

pies, parce que, selon leur manière de voir, la pratique de ces vertus ferait surgir dans leur àme quelques pensées de vaine gloire. Il faut imposer à ces personnes l'obligation de ne s'abstenir d'aucune bonne œuvre , pour ne pas s'exposer à quelque sentiment de vanité, car le démon s'apercevant de cette crainte, courrait bien leur souffler des pensées de vaine gloire ou d'autre nature et les empêcher de pratiquer toute espèce de bonnes œuvres. Elles doivent diriger leurs intentions vers Dieu , en lui protestant qu'elles n'agissent que dans des vues droites, et sans tenir compte des vaines complaisances qu'elles éprouvent dans leur âme, ces personnes doivent persévérer dans l'exercice des œuvres méritoires qu'elles pratiquent. Un certain moine alla visiter le saint abbé Pasteur et lui dit qu'il s'abstenait de faire des œuvres de charité, parce qu'elles étaient souillées de vaines complaisances. {Exlib. Doct. P. lib. deorat. num. 7). L'abbé le reprit de cela, et pour le bien convaincre de son erreur, il lui proposa la parabole suivante : Dans un même village habitaient deux Miltivateurs, l'un paresseux et l'autre diligent. Le premier ne se mit pas en peine d'ensemencer ses champs. Le second les ensemença au contraire dans la saison convenable. Le premier ne récolta rien , le second recueillit peu de blé mêlé d'ivraie. Lequel des deux vous semble avoir agi plus sagement ? C'est le second , reprit le moine, car il vaut mieux recueillir peu que rien du tout. Eh bien, reprit l'abbé Pasteur, c'est tout comme si vous négligiez de faire quelque bien, par crainte de la vame gloire, vous ne recueilleriez ainsi aucun mérite , tandis que si vous persévérez à faire le bien, quoique ce bien soit mêlé avec l'ivraie de la vaine gloire, vous ne laisserez pas de vous enrichir de quelque mérite pour le ciel. Je joins à ce qu'on \ient de lire que si une personne qui suit la voie de la periection repousse tous les sentiments de vanité , en renouvelant l'intention droite q-ui la fait agir, il ne se mêlera aucun grain divraii à la récolte des mérites du bien qu'elle fera. Bien mieux encore, sa récolte sera pleine et abondante pour conquérir la gloire du ciel. U no faut donc plus, par de semldables motifs de crainte, se dispenser de faire de bonnes œuvres , mais en foulant aux pieds toutes ces appréhensions mal londoos, on doit agir avec une liberté complète d'esprit.

337. — QLATRitMi: Avr.uTissEMENT. Le directeur ne doit p;s pcrmcUre à ses péui-louls Je faire des choses qui pourraient les

faire regarder comme des insensés , des imprudents et comme privés du sens commun, pour réprimer les assauts de la vaine gloire ; Dieu veut que dans toutes nos actions nous procédions avec sagesse et droiture. Il nous suffit en certaines circonstances, quand notre prochain se forme de notre conduite une opinion désavantageuse, de supporter cela avec humilité, en conservant la paix de notre âme que ne doivent jamais troubler les atteintes qui seraient portées à notre réputation. Je sais que saint Simon de Salo, saint Philippe de Néri et quelques autres saints ont agi ainsi afin de passer pour des insensés. Mais ces hommes, ainsi que nous l'avons déjà dit, n'agissaient de cette manière que par une inspiration toute particulière de l'Esprit-Saint, sans laquelle il ne conviendrait pas de faire de pareilles choses. Il ne donnera pas son approbation à ceux de ses pénitents qui dans de courts intervalles de leurs conversations, disent du mal d'euxmêmes, se qualifient de pécheurs, d'imparfaits, de misérables dignes de mépris. Et d'abord parce que sous ces feintes humihations se cache une vanité intérieure de paraître modestes et pleins de retenue dans l'opinion de ceux qui en sont témoins. Ensuite, parce que lors même que ces accusations d'imperfection sur son propre compte seraient pour celui qui les fait un aveu inspiré par la conviction, ceux qui l'écoutent n'en acceptent pas ordinairement la franchise ou bien lui prodiguent des louanges exagérées. Au bout de tout cela se trouve le danger de la vaine gloire, auquel on s'expose par les moyens mêmes qu'on croyait les plus propres à s'en garantir. Il vaut donc mieux que la personne spirituelle possède au fond de son cœur et de son esprit une connaissance bien fondée d'elle-même et de ses propres misères, afin d'en concevoir pour son néant un profond mépris et pour faire remonter ù la gloire de Dieu tout ce qu'il peut y avoir en elle de louable; afin, en un mot, d'être ionstamment disposée à s'entendre reprocher par la bouche des autres les défauts et les faiblesses que sa conscience lui fait un devoir d'avouer.

338. — L'abbé Sérapion reçut la visite d'un moine qui, à chaque parole s'appelait pécheur et indigne de l'habit rehgiuux qu'il portait. {Ex. lib. Doct. PP. contra inanem glorium , num. il). Le saint abbé voulait mi laveries pieds, comme il en avait la coutr.me à l'égard des moines qui n'apparcciiaient point à sa communauté. Ce moine ne voulut point le lui per-

mettre en protestant qu'il méritait plutôt d'être foulé aux pieds par tout le monde. L'ayant donc tait asseoir à table, l'abbé Sérapion lui offrit quelque nourriture. Or, pendant que le moine se restaurait, l'abbé commença à lui adresser quelques paroles pleines de douceur et inspirées par une sincère cbarité : Mon iils, lui dit-il, si vous voulez avancer dans la perfection reli- ;jieuse, restez tranquille dans votre cellule, veillez sur vous et ra({uez à vos travaux manuels. Tous ces voyages que vous faites d'un monastère à un autre , tant de courses dans le désert, ne sauraient contribuer à vos progrès spirituels. Dieu ne se trouve pas plus tacilcmenten quelque lieu que ce soit que dans votre cellule. Le moine, en entendant ces paroles, en fut tellement troublé au fond de son cœur qu'il ne put s'empècber de manifester son agitation. L'abbé Sérapion s'en étant aperçu; monirère, lui dit-il, qu'est-ce donc que je vois? Tout à l'beure vous vous êtes déclaré un grand pécheur, indigne de cette terre qui vous porte et de l'air que vous respirez, et en ce moment, à l'occasion d'une charitable réprimande que je vous fais au sujet de vos imperfections, vous me semblez tout troublé? Vous vous méprenez, mon bon frère. Si vous désirez pratiquer l'humilité, vous ne devez pas dénoncer vos propres défauts, vous devez attendre que d'autres vous les reprochent, et quand cela arrive, votre devoir est de recevoir ces reproches avec calme, et même vous en réjouir au fond de votre cœur. Le moine, à cette seconde réprimande, ouvrit les yeux et distingua de la fausse humilité celle qui en a tous les caractères et à laquelle est réservée la victoire sur toute vanité. 11 se mit donc à demander pardon à l'abbé et s'en retourna pour vivre dans la solitude de sa cellule. Le directeur doit donc taire en sorte que ses disciples soient bien convaincus de cette vérité, il doit leur prescrire de prendre pour règle de ne iamais parler d'eux-mêmes ni en bien, ni en mal; de ne jamais parler en bien, pour ne pas fournir un aliment à la vanité; de ne point parler en mal, car pour l'ordinaire cela ne saurait être un remède contre la vanité.

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