‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 55 sur 75 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

— 3'?5 — Paul Dion Ini fait cette réponse : Su/ficii tihi gratia mca, nam virtus in infirmitale perficitur. Il ne vous est pas expédient, •o Paul, d'être mis à l'abri de ces tentations, parce que dans des luttes de ce genre, la vertu se perfectionni,'. Ma grâce vous suffit et par ce puissant secours vous pourrez résister aux assauts de tous vos ennemis et remporter sur eux une glorieuse victoire. Cassicn conclut de ceci, [»ar les paroles <pii suivent, que la tentation est un bien : Majora nobis per coUuctalionem tentât ionum taudis contulit prœmia benigna erga nos gratia Salvatoris, quam si omnem a nobis necessilatem certaminis abstulisset. Etenim .sublimiuris prœstantiorisque virtutis est, persecutionibus œrum- Misque valtatum manere semper immobilem et acquirere quo^, dai/imodo de infirmitate virtutem, quia virtus in infinnitate perficUai . [Collât. 24, cap. Ho). Ce grand maître de la vie spiri-w tuelle nous dit que notre divin Rédempteur en nous expo-ant aux combats des tentations, se montre plus généreux envers nous que s'il nous en préservait continuellement; parce que si, au milieu de ces mouvements tumultueux des passions, noti-e âme se lient constamment lidèle à la pratique du bien, elle acquiert la vertu à im degré beaucoup plus éuainent, d'après ces paroles que Dieu disait à saint Paul, quand il lui assure que la vertu se periectionne dans de [)areilles iaiblcsses.

380. — Nous lisons dans les histoires des anciens Péros (§7.) qu'un jeune homme, placé sous la direction d'un saint vieillard se trouvant assailli de très-graves tentations <le sensualité, résistait avec un grand courage aux suggestions diaboHqnes, mettant la plus exacte attention à chasser toutes les mauvaises pensées et usant du soin le plus scrupuleux pour repousser iout mouvement désordonné. Vais comme ce pauvre jeune homme sentait que sa chair était toujours rebelle à sou esprit, il s'rilorçait de la subjuguer par le moyen des prières continuelles, des jeûnes rigoureux, des longues veilles et «les fatigues exorbitantes. Un jour, son père spirituel le voyant plongé dans de si pénibles angoisses et dans mie amère affliction, lui dit : Mon cher hls, voulez-vous que je prie le Soigneur de vous délivrer de ces cruelles tentations qui ne vous laissent pas un instant de repos? Non, répondit l'excellent jeune homme, car bien «pic je sois pénétré jusqu'au vif du mal que nie causent ces diabuliipios V vitions, j'en éprouve ct'pendant l'ntdité ; parce que, iimyeJiu.ujl la grâce de Dieu, je combats, je résiste, et je pratupu- |.or-

pétuellement des actes de vertu. Maintenant, mon vénérable Père, je prie beaucoup plus qu'auparavant, je jeûne plus souvent, je me livre à de plus lougiies veilles, et je fais toutes sortes d'efforts pour dompter et maîtriser ce corps rebelle. Il vaut donc mieux que vous sollicitiez du Seigneur pour moi le secours de sa sainte grâce, afin qu'il me soit donné de combattre vigoureusement et de souffrir avec patience ces douloureuses épreuves, et faciam etiam cum tentatione proventum, et afin que par le moyen de ces tentations je fasse de rapides progrès dans la perfection, afin surtout que je puisse dire avec le grand Apôtre : Bonuni certamen certavi, cursum cunswnmavi, in reliquo reposita est mihi corona justitiœ (2, Ad Timoth. A, 7, 8). Oh ! que ce bon jeune homme comprenait parfaitement combien les tentations sont utiles à l'acquisition des vertus chrétiennes, puisque, poussé par un sincère désir de sa perfection, il ne réclamait point sa délivrance et qu'il prêterait à sou repos son avantage spirituel ! Méditons sur la conduite de ce saint jeune homme, et ceci regarde surtout ces personnes spirituelles si pusillanimes, (jui, environnées de tentations, se troublent, s'inquiètent, se livrent à des plaintes, perdent courage, s'imaginent qu'elles sont per- <3uesdès lors qu'elles éprouvent des tentations. On peut les comparer à certains malades dont la délicatesse est tellement sensible qu'ils ne veulent pas accepter les remèdes dont ils redoutent l'amertume, quoiqu'ils doivent y trouver leur guérison. Que ces personnes reprennent une sainte énergie, eu suivant l'exemple de ce religieux, qu'elles s'animent à combattre vigoureusement contre les démons qui livrent des assauts à leur vertu, se tenant bien assurées qu'au plus fort de ces tentations elles n'essuieront point la perte des mérites qu'elles ont acquis, mais '^u'au contraire leurs vertus s'y perfectionneront et m devieuaront plus solides Nam virtiis in infirmitate perficitur.

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