CHAPITRE IV
ON T EXPOSE DIVERS GENRES DE PÉMTEiNCE QVl ONT ÉTÉ rUATlQlÉS PAK LES SAIt\TS.
29. — Avant de commencer ce chapitre, je dois avertir qiie sien parlant des mortifioalious corporelles, et principalement de celle du toucher et des moyens qu'il faut prendre pour réprimer ce sens, je poursuis le but priuciiial que j»; nie suis proposé, néanmoins ce n'est point lùle seuletlet salut;iire produit par la vertu de pénitence. C'est bien sans doute un des plus imi>nrt;uits, uiais il n'est pas l'uuique, lar la peuiteuce peut aussi bien morliiier les auli-es seus qui, comme ou l'a déjà vu,
se résument tons et ont leur fondement dans le toucher. La pénitence affaiJ)lit le corps pour qu'il ne se révolte pas contre, l'esprit; elle abat l'amour de soi afin qu'il ne vienne mettre aucun obstacle aux pieux mouvements de l'àme. C'est ce qui fait qu'après avoir écarté tous ces empêchements l'on devient plus résolu, plus fortement déterminé, et plus prompt à s'avancer dans le chemin de la perfection. En outre, par ces mortifications corporelles on satisfait à Dieu, comme il a été dit: pour les péchés commis, on obtient la rémission des restes de ces mêmes péchés et l'àme se rend mieux apte à recevoir de Dieu une plus grande abondance de grâces pour faire des progrès dans la vertu. Et dans le fait l'expérience nous prouve que quand Thomme s'est hvré à l'exercice de la mortification, il devient plus recueilli , plus pieux et plus courageux pour l'accomplissement des actes que son état de spiritualité exige de lui pour arriver à la perfection. Je veux donc conclure de cela que si le désir de dompter et d'abattre le sens pernicieux du toucher, peut fournir un motif suffisant pour s'adonner à l'exercice de la pénitence corporelle, le lecteur devra ne pas perdre de vue les autres motifs pour s'y livrer avec une ardeur encore plus grande, dont sou âme éprouvera la salutaire impression.
30. — Nous disons donc qu'une des pénitences corporelles queles Saints ont le mieux approuvée est, sans aucun doute, le jeûne, et sans contredit aussi c'est bien un des moyens les plus efficaces pour énerver le sens du tact, parce qu'en enlevant au . corps sa nourriture, on enlève à ce sens le foyer de ses révoltes. Mais comme je me propose de parler du jeûne dans l'article suivant , où j'aurai à traiter du sens du goût, qui a pour objet la saveur des aliments, je veux en ce moment parler des autres œuvres de pénitence.
31. — Le cihce est très-propre à dompter le sens du toucher, parce qu'au moyen de ses pointes piquantes et douloureuses, il émousse les titillations déréglées de la chah" qui a une perpétuelle tendance aux sensations voluptueuses, et c'est pourquoi les Saints ont toujours fait usage du cilice. Le texte sacré nous apprend que la célèbre Judith portait constamment autour des reins un cilice : Et habens super lumbos suos cilicium, jejunabat omnibus diebus vitœ suœprœter sabbata, {Judith, c. 8, 6). Le saint roi David, vrai modèle des pénitents, quoique revêtu de la pourpre, ne dédaignait pas de portersous sa chlamyde uu cihce.
et il on fait lui-môme l'aveu avec simplicité: C^im mihi molesti esscnt induabar cilicio. {Ps. -i'i. l3). Et dans iiu autre cudroit nous lisons : Posui veslimenlum meuin dliciuhi (Ps. 68. !2). On lit jiareillement dans le livre des Paralipomèues quaux temjis où la peste exerçait les plus cruels ravages dans les maisons des Israélites et que le nombre des morts était effrayant, le roi David et les anciens du peuple revêtus de ciliées se prosternaient le visage contre terre : et cccidenint tatn ipse, quum majores naia , vestiti cUiciis, proni in terram. (1. Paralip. cap. 21. 16). Et quoique l'on entende quelquelois par ce terme un habit de pénitence en forme de sac, dans les livres saints, il veut pourtant aussi désigner un instrument afilictif destiné à macérer la cbair, comme celui dont Judith se ceignait.
3-. — Nous lisons dans les divines écritures un fait bien extraordinaire qui se passa dans la ville de Samarie, lorsqu'elle était assiégée par Benadad. Le peuple s'y vit eu proie à une si terrible famine, que plusieurs personnes en vinrent à se nourrir de chair humaine. 11 y est rappoi'lé qu'une mère s'étant présentée devant le roi Joram, qui veillait à la défense de la cité en parcourant les remparts, se mit à pousser de grands cris et à demander justice contre une autre mère avec laquelle elle avait mangé de concert l'enfant de celle-ci, parce qu'elle ne voulait pas, selon les conventions passées entre les deux femmes, dévorer son propre fils, d'après l'accord déjà conclu. Le roi en entendant le récit de celte li.irbnrio déchira ses vêtements, et tout le peuple put voir qu'il portait sur sa chair même un ciliée: Qiiod cil m audissct rex, scidit vestimenta sua, et transitât j)er tnurtim. ]idil<jve omnis populus cilicium, guo vesliius erat ad carnon intrinsccus. ( 4. Reg. cap. 6, 30).
33. — Le lecteur ne doit pas s'étonner en 'voyant le roi de Samarie revèki d'un cilice, pendant que sur les rempai-ts de sa villi' assiégée il présidait aux exercices militaires; car ce peuple élu avait coutume de se livrer à la pratique de la pénitence, dans des temps de calamité, pour apaiser la colère de Dieu. Ces! ainsi qu'on lit piireillement dans les livres saints, qu'Holopht.'iiie ayant assiégé la ville de Béihulie avec une puissaute ariut e, les prêtres se revêtirent de ciliées : El induerunt se saccrdotcs ciliciis. {Judith, cap. 4, 9). Ainsi encore, dans des temps de guerres acharnéi-s. les Machaiu'cs miploraient lamiséritorde de Dieu, eu se couvrant la tête de cendres, et ceiguaiit leurs
reins de cilîccs. Captif terra aspergentes, lumhosqite ciliciîs prwcincti. {i.Machab. cap. 10,2 '). Les prophètes enx-mèmes en prêchant aux peuples la pénitence, avaient coutume cl(; leur conseiller l'usage du ciliée, comme l'instrument le plus propre à fléchir la colère du Très-Haut. Accingite, disait le prophète Jérémie, vos ciliciis, plangite et ululate. {Jerem. 4, 8). Ceignez vos reins de cilices, et par des gémissements et des cris, demandez à Dieu le pai'don de vos péchés.
34. — Dans la loi nouvelle, la coutume d'employer le cilice comme instrument de pénitence prit de plus grands accroissements. Le premier qui fit usage de ce louable moyen de macération, après la venue de Jésus-Christ , fut celui qui prêcha au peuple la pénitence pour le disposer à recevoir les bienlaits de cet avènement. Je veux parler de l'illustre précurseur Jean- Baptiste qui , d'après ce que nous en dit saint Matthieu, n'avait pour tout vêtement qu'une tunique tissue de poils de chameau et une grossière ceinture de peau autour des reins. Ipse autem Joannes habebat vestimenium de pilis cawelorum, et zonampelli' ceam circa lumbos siios. {Matlh. cap. 3, A). Depuis saint Jean- Baptiste , l'usage du cihce est devenu si commun et si familier dans la sainte Éghse, que nous trouvons à peine quelque Saint qui n'ait pas employé pour lui-même ce moyen de pénitence. Il suflit de dire que Tordre si vénérable des Chartreux impose pour règle à ses membres et comme une loi sans exception, Tusage continuai (Ui cilice comme devant être l'inséparable complément des grandes mortiiicalions qu'ils pratiquent. Tant il est vrai que, sous l'ancienne et la nouvelle loi, on a constamment considéré le cilice comme l'instrument le plus propre à mortifier la chair, à apaiser la colère de Dieu, à obtenir le pardon des péchés et principalement à dompter par la rudesse de son contact les sensations voluptueuses du toucher qui , par son penchant déterminé à la délectation charnelle , entraine un si grand nombre d'âmes à leur perte éternelle.
35. — Nous devons maintenant faire observer que les ciliées dont nous parlons sont de plusieurs sortes. Les uns sont tissus de soies de porc ou de crin de cheval, et dans les temps les plus reculés l'usage en a été connu. 11 en est qm sont formés de fil de fer ou de laiton , ayant la forme de petites chaines ou de «einturons , que la piété des fidèles a inventés dans des temps
pins rapprochés de nous. Les premiers ciliées sont plus gênants à cause de leurs aspérités, les seconds font plus souffrir par leurs pointes acérées. Ceux-là pourraient être nuisibles aux personnes d'une faible complexion si on les employait indiscrètement, parce qu'en causant des inflammations à l'f'piderme, ils enlèvent à l'estomac sa chaleur vitale et laffaiblisseut. Les derniers sont ordinairement moins nuisibles à la santé , surtout si on les porte autour des jambes ou des bras , ou même des poignets. J'entre dans ces détails afin que chacim puisse, d'après l'iivis de son Père spirituel , choisir colui de ces cilices qu'on regarde comme moins préjudiciable à la santé du corps et plus Utile aux progrès de l'àme dans le sentier de la perfecHon.
30. — Ce sont là les cilices les plus usités habituellement et qui peuvent être employés par toutes sortes de personnes sans aiuim danger, pourvu que la discrétion y ait sa part dans une juste mesure. Si nous voulons ensuite parler des rilices dont plusieurs Saints ont fait usage, nous reconnaîtrons que leur rudesse et leur aspérité furent telles que la pensée seule en fait frémir d'horreur. On a vu des Saints qui portaient autour des reins une ceinture de fer garnie de cent pointes ait^ru" s. 11 en est qui ont porté habituellement sur la chair une cuiriese de fer; d'autres se sont revêtus sur l'épiderme d'une chemise tissue de mailles de fer; chez d'autres ce vêtement immédiat se composait de fer-blanc criblé de trous dont les rebords aigus touclaiient la peau; chez d'autres encore c'était ce même vêlement dont le tissu était entrelacé d'épines. Le bienheureux Henri ."3uzou porta la ferveur de sa pénitence à un tel point qu'il soutenmt porpétuellumeut sur ses épaules une croix qui y était fixée et doe bas dont le tissu se hérissait en grande partie de pointes d'Aiguilles qui lui déchiraient la chair jusqu'au vif, et qu'on voyait au milieu de ces chairs en lambeaux fourmiller dos vers qui le dévoraient tout vivant. Mais ce qui doit encore -zionner davantage, pendant la nuit il enfermait ses poignets dsins des menottes de fer, afin qu'il ne lui fût pas possible de porter les miins sur les parties du corps où il éprouvait tle douloureuses démangeaisons occasionnées par cette vermine. Sainte Uose de Lima, comme nous le dit la légende de son ollice, portait un long cilice tout parsemé de fines aiguilles afin d'éprouver une douleur d'autant plus vive (pie les pointes de ces aiguilles étaient plus piquantes : Oblonyo , aspenimoque cilicio passim minus»
cuios aciis immiscilît. {In fcslo S. Rosœ). J'ai vu moi-même une portion de la camisole de la vénérable sœur Véronique, capucine de la ville de Castello , à laquelle cette sainte religieuse avait cousu des épines qui croissent à la tige des rosiers, et ce vêtement de rude mortification était par elle-même appelé son habit brodé ; c'est comme si elle eût dit qu'à ses yeux ces épines (étaient des pierres précieuses dont elle était satisfaite de voir paré son habit de pénitence. On doit bien sans doute admirer dans ceux qui en ont fait usage ces diverses formes de ciliées si rudes dont l'emploi est très-fort au-dessus de notre faible nature, mais on ne doit pas mettre en pratique de pareilles mortifications si l'on n'en a reçu de Dieu une inspiration particulière. Quoi qu'il en soit , tous ces exemples doivent en général nous exciter puissamment à nous livrer à quelque exercice de pénitence afïlictive. Nous devons aussi tous y puiser cette preuve incontestable que notre pénitence ne consiste pas uniquement dans le repentir du cœur, et c'est pourtant là ce que se figurent mal à propos un très-grand nombre de chrétiens idolâtres de leur corps. Car enfin, si tant de Saints torturaient d'une manière si cruelle leurs membres innocents, comment devons-nous traiter les nôtres qui sont si coupables ? Et si ces mêmes Saints domptaient par de si excessives rigueurs le sens du toucher qui pourtant en eux ne se montrait pas obstiné dans ses révoltes , que devrons-nous faire nous qui avons à éprouver ses rébellions et qui trop fréquemment faisons une expérience toute à notre détriment ?
37. — Les pénitences propres à mortifier avec succès le sens du toucher sont les veilles par lesquelles on enlève au corps en tout ou eu partie cette vigueur qu'il retrouve dans le sommeil. Ce genre de mortification corporelle fut anciennement très- , fréquent chez les serviteurs de Dieu. De nos temps même il n'a pas été rare de voir des Saints qui se sont particulièrement signalés dans cette pratique de pénitence. Le cardinal Lauria nous fait connaître inie merveilleuse industrie dont sainte Rose de Lima faisait usage pour passer la nuit à veiller. Elle attachait sa chevelure à un clou fiché dans le mur afin que quand sa tête se baissait pour dormh', elle fut contrainte de s'éveiller par la douleur qu'elle éprouvait : Funiculo ex clavo pendente capillos de nocte Ugabat, ut si quando gravatum pro soj/uio capui deorsum dedinaret, prœ dolore excitareiur. {Lib. m. Renient,
(om. 12. art. C). S.iint Pierro d'Aloantara, solon ce qn'on lit dans la bulle de sa canonisation , ne dormit pas pondant plus d'une demi-heure par jour durant quarante ans de sa vie : Per quadraginta annorum dccursum sesquihoram tnntum sornno concessit. Et pour que le sommeil ne le trahit pas eu le retenant plus longtemps assoupi, il tenait en dormant sa tête appuyée contre le mur.
38. — On doit cependant réfléchir que des veilles si rij^nreuses ne peuvent et ne doivent pas se pratiquer sans une grâce spéciale de Dieu , parce que le corps humain , sans une assistance spéciale , ne pourrait vivre longuement, ni remplir sa destination, sans se réparer suffisamment par le sommeil. Il faut donc eu ceci procéder selon les règles de la discrérion qui donne à toutes les bonnes œuvres le complément et le lustre qui leur appartiennent. 11 est une règle qui peut convenir en général et recevoh' sou application, c'est que les personnes adonnées à la \\c spirituelle ne doivent pas accorder aux yeux tout le sommeil quils désirent, afin de ne pas se rendre semblables aux brutes qui ne refusent à leur corps rien de ce qu'il réclame. Il faut mortifier ses yeux en leur refusant uue partie du sommeil qu'ils demandent, mais ne pas leur en enlever outre mesure sous peine de se rendre elles-mêmes impropres ou moins aptes à leurs occupations journalières. Je dis ce<'i, parce que j'ai connu un homme doué d'une vertu ordinaire qui vivait dans de grandes mortifications, ne dormait pas duréuit la nuit, mais se livrait au sommeil pendant le jour presque tout entier et se voyait forcé d'interrompre ses occupations par ce besoin de sommeil. Je ne crois pas qu'on puisse approuver une telle conduite, car Dieu veut bien la mortification du corps , mais il ne veut pas que ce soit aux dépens de la régularité des actions qu'on doit faire. En eflet, quand saint Charles Borromée se vit exposé à succomber au sommeil , au miUeu de ses fonctions publicpies où il cédait à ce besoin, sans s'en apercevoir, il jugea qu'il valait mieux accorder à son corps un peu plus de repos pendant la nuit, afin d'être plus dispos à remplir ses devoirs de pasteur pendant le jour. On doit donc se mortifier par la diminution du sommeil, mais on doit en même temps faire en sorte que cela De nuise pas à la santé et à l'accompUssemeut des devoii's que l'on doit remplir.
J9. — A ce goure de mortification ou doit rapporter la pra»
tique de dormir d'une m.inière incommode on même en se condamnant à quelque austérité, comme cela s'est pratiqué par plusieurs Saints. C'est, par exemple, de dormir sur une paille grossière, sur des planches, sur la terre nue. 11 en est qui mettaient dans leur lit de la sciure de bois, des bâtons, de pelits cailloux; c'est ce que iaibait saint Louis de Gonzague qui trouvait moyen de se mortifier même sur des lits de plume, lorsqu'il avait occasion d'y dormir. Mais ce qu'on raconte de sainte Rose de Lima jette dans le plus profond élonnement. L'auteur de sa vie nous apprend que le lit de cette jeune vierge, d'une complexion délicate, se composait de pièces de bois toutes remplies de nœuds^ ît les intervalles qui séparaient ces pièces étaient comblés par des cailloux ou des tessons de vaisselle plus propres à déchirer le corps qu'à réparer ses forces. Son oreiller n'était qu'un monceau d'éclats de bois. Un lit de ce genre pouvait bien mieux s'appeler xme couche de torture que de repos. In lectulo extra cellulam, dit le cardinal Lauria, ex lignis, saxis et testîflis constructo, et cervicali ex lignonim. quisquiliis referto cubabat. La légende de son office dit la même chose : Lectulmn sibi e truncis nodosis composuit, horumque vacuas co7nmissuras jraymmibus testarum implevit. Je sais bien que vous ne pourriez pas vous soumettre à de semblables austérités, qui sont au-dessus de vos forces, mais du moins abstenez-vous de lomenter ce sens trompeur du toucher en lui procurant tant de délicatesse et une mollesse si recherchée dans la couche où vous reposez, vous rappelant bien que ce sens plein de perfidie et de ruse a coutume d'om'dir ses trames et de tendre ses pièges au miheu des ombres de la nuit.
■40. — Voici encore une pénitence très-propre à mater le sens du toucher qui aime tant ses aises , c'est de souffrir courageusement les incommodités des saisons, le chaud, le froid, la gelée, et mieux encore de ne pas prendre de précautions contre les intempéries du climat. C'est ce que faisait saint Louis de Gonzague, qui, même durant l'hiver où le temps est rigoureux, ne s'approchait pas du feu, bien que les doigts de sa luaia se couvrissent d'engelures, et on ne put jamais le déterminer à protéger ses mains contre l'àpreté du froid en usant de yaiits. L'esprit de pénitence lut encore plus héroïque dans saint Pierre d'Alcantara, qui mettait à profit l'inclémence des saisons pour mortiiier sou corps, 11 n'avait sur lui qu'une seule tunique, et
qiianà li la lavait il n'atloudai! pa- qu'elle fût séchée pour la remettre sur le dos. Il allait toujours pieds nus sur les cailloux, sur les ronces , sur la neige, sur la glace, la tète toujours découverte, exposée aux vents, aux pluies, aux neiges, aux brouillards, et quand le soleil dardait snr lui ses brillants rayons il ' ne garantissait pas davantage sa tète par un chapeau ou avec sonjcapnce.Au milieu de la rude saison, au plus fort des vents glacés de bise, il ouvrait la fenêtre et la porte de sa petite cellule et restait intrépidement exposé au souffle de ce courant. Et comme si tout cela était encore peu de chose, il allait se plonger souvent dans Teau des étangs gelés, afin que les aiguillons du froid le pénétrassent encore plus jusqu'aux os, jusqu'à la moelle des os. Au miUeu de ces diverses mortifications d'une aussi étrange rigueur, ce Saint paraissait n'être pas fait de chair, selon l'expression de sainte Thérèse, mais formé de racine d'arbre, tant son visage était décharné, tant ses yeux étaient enfoncés, tant ses membres étaient desséchés. Aussi ressemblait-il moins à un homme qu'à un squelette animé de pénitence. Tout ce que nous disons est rapporté par la bulle de sa canonisation. Itinera quamvis longissima, aique asperrima^ capite semper détecta, nudisque pcdibus, per œstus , et frigora suscipiem, ita ut cum caput iînbribus cxponeret, interdum capilli grhi décidèrent, et œslate prœfervida , exurentibus salis radiis véhément issime cniciaretur, respondere solitus interrogantibus, cur détecta capite semper incederet, nefas esse carnm Deo, tecto capite ambulare. Cum vêtus suum et vile saccutn abluebaf, madidum corpori aptabat. Quin etiam in gelidam aquam, rigente hyeme, seseplerumque injicicbat. Prœter hœc familinre un erat, hyeme summa, urgente nivis frigore, deposito palliOy fenestram, et januam reserare. ut frigidissimo recepto acre, et gelu acrius tarqueretur caro mox exurenda diris cruciafibus, cum fenestram clausisset, et januam. Eo devenif obsœvam macerationem membrorum, ut ex narratione sanctœ Theresiœ, horrido, et exanqui carpore radicum arboris speciem exhibuerit. Ocu/is autem in cavum recedentibus, et sulcatis perpétua lacrymarum imbre genis, miserabile pœnitendœ simulacrum videretur, etc. Je ne prétends point par ce récit ti-ès-authentique obliger le. lecteur à mettre à contribution lair, lèvent, le chaud, le froid, la gelée, le soleil, le cit'l ci la tcrr.', pour sVu faire to\it autant dcbruureaux, pour causer à soucor;'s d'aussi ti-istes altérations
et presque pour le déterminer à l'iixemple de ce grand pénitent. Je sais que tous les tempéraments ne peuvent pas s'accommoder de si rudes exercices d.i pénitence, et Dieu certainement ne l'exige pas. Je désire seulement que tout chrétien clierclie d'une manière discrète à mortifier son corps, non point en bravant les intempéries des saisons, mais du moins en ne lui procurant pas toutes ses aises avec tant d'empressement, au moins aussi en acceptant avec résignation, pour mortifier le sens du toucher et en même temps pour expier ses péchés, les épreuves pénibles de la vie auxquelles on ne saurait se soustraire malgré tous les moyens qu'on pourrait prendre.