SG
ture, parce que les scrupules sutauiques naissent d'un aveuglement tout spécial de l'esprit, et engonrlrent certaines inquiétudes et amertumes du cœur ; parce qu'ils tendent aussi à refroidir l'âme et à la l'eter dans un état de langiieur, par la défiance, en lui représentant qu'elle est abandonnée de Dieu, qu'A n'y a plus pour elle de calme possible , que ses maux ne sauraient trouver aucun remède, et la plongent ainsi dans l'aprithie. En outre , les scrupules qu'excite le démon ne sont pas uniformes. Tantôt ils exaltent, tantôt ils abaissent, tantôt encore ils restent dans l'inaction, selon que Dieu allonge ou raccourcit la chaîne du tentateur. Tandis que les scrupules qui proviennent du tempérament naturel agissent presque toujours de la même manière. En eflet, la nature est constamment imiforme dans ses opérations ; voilà pourquoi les personnes naturellement scrupuleuses se conduisent presque continuellement d'une manière identique dans les appréhensions et les troubles dont elles sont aflectées.
428. — n faut chercher la troisième cause des scrupules flans Dieu lui-même. 11 n'en est pas cependant le moteur positif, comme si Dieu voulait produire des erreurs et des opinions tausses dans les âmes scrupuleuses ; mais il en est la cause négative en tant qu'il ravit à une âme ses propres lumières , aa moyen desquelles cette âme pourrait discerner clairement ce qui est bien ou cp qui est mal, de même que le soleil plonge dans la nuit l'hémisphère que nous habitons, en se caihaut sous rhorison, et lui enlève le l'our. C'est ainsi que plusieurs saints ont été grandement éprouvés par ces angoisses intérieures. Nous savons, par exemple, que saint Bonaventure, sous le poids de ces craintes exagérées de scrupule, s'abstenait quelquefois pendant plusieurs jours de la célébration du saint sacrifice (Con. part. 1, lib. m, c"p. 39). Il en est de même pour saint Ignace de Loyola [In vita), qui fut si cruellement troublé de ces agitations intérieures, qu'il ne voulait prendre aucune nourriture, jusqu'à ce que Dieu l'i'ùt délivré de ces violentes perturbations. Il passa réellement sept jours entiers sans avaler une seule miette de pam ni une goutte d't>au. Pourtant, d'après les avis de son coniesseur, il se décida à employer. des moyens moins indiscrets et se remit à prendre des aliments On raconte ja même chose du vénérable Hippolyte Galantini, ioudntcur tic la congrégation de la doctrine chrétienne {In vita lib. m.
cap. 3), qui fut longtemps torturé parles poignantes tribulations et les aiguillons piquants de ces sortes de scrupules. La même chose est racontée de sainte Luilgarde {Surins in vita, iGjulii), qui lut énormément tourmentée de scrupules dans la récitation de l'office divin. Elle répétait deux fois la même Heure canoniale, souvent même trois fois, et il lui semblait que malgré toute l'attention qu'elle y mettait , elle n'était jamais satisfaite à son gré , et ne pouvait goûter ni contentement ni repos. Elle se détermina à recourir à Dieu, pour obtenir la délivrance de ces fâcheuses importunités. Après avoir fait dans cette intention plusieurs prières, elle reçut un jour la visite d^m pasteur qui lui était totalement inconnu et qui lui dit : Le Seigneur vous fait savoir que vos prières ont été par lui accueillies, et que désormais vous ne devez plus donner heu à des inquiétudes et à des scrupules qui troublent votre esprit quand vous récitez le saint office. Après avoir dit ces mots, le personnage disparut, et depuis ce temps, quelque diUgence qu'on pût faire, il fut impossible de découvrir quel pouvait être ce visiteur. On crut que ce pouvait être un ange envoyé de Dieu, sous la forme de pasteur pour dissiper ces ombres dont les scrupules venaient tourmenter l'àme de cette sainte. Saint Augustin luimême, dans les premiers temps de sa conversion, fut en proie à quelques agitations scrupuleuses au sujet de ses aliments et de sa boisson, et il éprouvait beaucoup d'inquiétude sur la délectation naturelle et inévitable que procurent le boire et le manger, comme il le dit lui-même dans ses Confessions, (Lib. x, cap. 31). Non ego immunditiani ohsonii timeo, sed immunditiam
cupiditatis In his ergo tentai ionibus positus, certo quotidie
adversus concupiscentiam manducandi, et bibendi.
429. — Il faut dire ensuite que Dieu se propose plusieurs fins en permettant que les âmes soient molestées par de tels scrupules. C'est premièrement pour les purifier des fautes qu'elles ont commises; et il est de toute justice que les âmes revenues à Dieu soient assujetties à payer une compensation pour la hberté coupable qu'elles avaient accordée à leur esprit et à leur cœur, ainsi qu'à leur corps , par le moyen de certame crainte immodérée et pénible. Secondement, pour afiermir l'âme dans une juste appréhension des péchés réels en imprimant en elle une crainte excessive pour ce qui n'est que l'apparence du péché. 11 est en efîet bien évident que lorsqu'on redoute l'ombre du
péché, on tremble beaucoup ]jIus quand le pécho Itii-mème se présente sous sa forme véritable. TroisiéniL'ment, pour humilier l'àme en lui faisant concevoir d'elle-même une opinion défavorable, parcequ'il n'y a rien qui rabaisse autant une personne, surtout si elle est douée de certaines qualités , que de se voir tous les jours embarrassée pour des bagatelles, comme le serait nn enfant, et ce qui est encore pire, de sentir que par elle-même il ne lui est pas possible de se tirer d'embarras. C'est alors que cette personne voit de ses propres yeux et palpe, pour ainsi dire, de ses propres mains, sa misère et soniuilH-cillitr. Quatrièmement, Dieu agit ainsi envers cette âme pour l'exercer à l'obéiss.mce, à l'abnégation de sa volonté, à la patience et aux autres vertus, puisque lame au milieu de ces inquiétudes intérieures, si elle veut marcher ilans la bonne voie , est forcée de s'abandonner avec une parfaite docilité ù la direction d'autrui, de souffrir patiemment de nombreuses angoisses, de pénibles agitations, de se faire beaucojip de violence, pour se tenir iortemeut assise dans l'exercice des vertus.
430. — Pour bien juger si les scrupules proviennent de Dieu qui veut purifier ainsi l'àme, par cette voie toute spéciale de sa I)rovidence , on peut consulter les bons eûets que ces scrupules ont produit, parce que Dieu voulant ainsi procurer l'amendement d'une âme, l'assiste particulièrement de sa grâce au milieu de ces rudes épreuves. De là vient que celte âme, au sein même de cette mer orageuse de scrupules, continue de voguer, sans s'en apercevoir , vers le port de la perfection. Les âmes ainsi molestées sont plus efiicacement soustraites à la séduction du péché et au danger d'y tomber, elles s'en détachent toujours davantage et conçoivent pour lui une horreur plus profonde. Elles s'y reconnaissent plus ardentes à faire des progrès, et moins indociles que les autres scrupuleux, aux avis qu'on leur donne. Enfin ces âmes sont plus constantes dans leurs oraisons et tous les exercices de piété.
431 — Les scrupules qu'éprouvent les âmes dont nous parlons, ne sont pas habituelleineiit ;iussi opiniâtres et ne persistent jias indéfiniment, puisque Dieu a dit qu'il ne fera paô flotter perpétuellement le juste dans une mer orageuse : ISon dabit in alernuf/i /îucluu(ionei/i juslo. {Psa/in. 53, v. -5). Mais quand ces turbulentes agitations ont produit dans le cœur leflel qui résulte du soulèvement dos flots de la mer, et que, semblable à
— SCS —
celle-ci, ce cœur est purgé de ses immondices et qu'il est affermi dans la pratique de quelques vertus, il s'apaise peu à peu et finit par se reposer dans le calme le plus parfait. J'ai connu une personne qui , pendant sept ans consécutifs, fut étrangement troublée de toute sorte de scrupules. Elle se décida enfin à entrer dans un ordre religieux où l'observanee régulière était bien suivie, et où régnait véritablement l'esprit de Dieu. Chose admirable ! A peine eut-elle commencé son noviciat, durant lequel «n pouvait croire que ses scrupules devaient s'accroitre démesurément, à cause des mortifications, du silence, delà solitude qui y régnaient, d'une méditation continuelle sur les grandes vérités du salut et puis encore en raison des rapports qu'elle devait avoir avec des personnes d'une conscience étroite et méticuleuse comme la sienne, à peine, disons-nous, eut-elle commencé son noviciat que tous ses scrupules s'évanouirent, et qu'elle recouvra comme d'un seul coup la paix du cœur qui, si longtemps, avait été dans une pénible agitation. C'était bien là un signe certain que tous ses scrupules lui avaient été envoyés de Dieu dans un but tout spécial, soit comme moyens préservatifs, afin que cette personne entourée de toutes parts de cette haie d'épines si poignantes ne put point aller chercher dans le monde quelques plaish-s trompeurs, ou bien comme des aiguillons, afin que cette personne torturée par de si piquantes angoisses s'empressât avec une plus grande ardeur d'aller chercher un sur asile dans une sainte congrégation. On peut bien juger qu'il en fat ainsi, puisqu'à peine elle lut entrée dans cette communauté, tous les troubles scrupuleux dont elle était agitée se calmèrent imméchatement.
432. — Enfin, les signes auxquels on peut reconnaître si une personne est alïlrgée de scrupules, sont en grand nombre. Parmi ces indices je choisis ceux qui me semblent occuper le premier rang. C'est premièrement, une facilité singuhère à concevoir des doutes et des craintes qui troublent l'esprit, et qui sont fondés sur les motifs les plus frivoles. Secondement, c'est une versatihté d'opinions sur ces doutes et ces craintes, ce qui lait que sur de légères apparences on juge tantôt que la même chose est licite, tantôt qu'elle ne l'est pis. Troisièmement, c'est d'éprouver au milieu de ces mêmes doutes et de ces mêmes hésitations, des inquiétudes, des angoisses, des periurbalions, taudis *iue les retours amers que Dieu suscite dans les cœurs ue les aveu-