OM T EXPOSE LES REMÈDES PROPRES A ÉCARTER LES SCRUPULES
441. — Le premier remède est l'oraison. Celle-ci est, sans doute, un remède contre tous les maux, mais c'en est un spécial contre le mal des scrupules , parce que le moyen curatif des grandes infirmités de l'àme est entièrement dans les mains de Dieu. La première cause des scrupules est un défaut de lumières qui laisse l'àme dans les ténèbres et comme dans l'impuissance de distinguer entre la lèpre et la lèpro, je veux dire entre un péché grave et une faute louèie, entre ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Il suit de là que l'esprit s'embarrasse, se trouble et se tourmente de mille manières. Mais il n'est que Dieu seul qui puisse iirocurer cette lumière, il la tient dans ses mains. Les ouvre-il ? c'est pour la répandre en nos âmes. Les ferme-t-il? l'inlusion cesse. L'homme, touruieuté par les scrupules, doit donc demander à Dieu constaunnent cette lumière, atin ([uVUe vienne dissiper les ténèbres de sou ànie et lui lasse connaître, à l'abri de toute anxiété et inquiétude, ce qui est
péché et ce qui ne l'est pas II doit confesser devant D'eu qu'il est frappé de cécité, et semblable à cet aveugle de rÉvaiigile qui, interrogé par le divin Sauveur sur ce qui était l'objet de sou désir, répondit : Domine, ut videam, Seigneur, laites que je voie, il doit dire au Seigneur, dans ses prières : Je demande vos lumières, ô mon Dieu, afin que mon esprit s'éclaire pour connaître et discerner clairement ce qui est mal ou ce qui ne l'est pas, et, par ce moyen, vous servir avec inne pleine tranquillité d'esprit et avec la paix du cœur. Il doit principalement se recommander à Dieu quand la tempête <le ses scrupules se déclare et qu'd sent son esprit s'obscurcir et son cœur se troubler. En ce moment il doit pousser des cris vers le Seig eur : Mon Dieu, venez à mon aide ; à l'exemple de saint Pierre qui, marchant sur les flots agités de la mer, et voyant que peu à peu il s'eniouçait dans les eaux , au miheu du grand danger qu'il courait, éleva la voix et demanda du secours à son divin Maître : Ciwi ccspisset mergi, clamavit dicens : Domine, salvum me fac. {Matth. 14). C'est ainsi que le scrupuleux, au milieu des turbulentes ondulations de son cœur, doit se tourner vers son Dieu et s'écrier à son tour : Domine, salvum me Jac.
4-42. — Le second remède se trouve dans le soin qu'on a de se placer sous la conduite d'un père spirituel et de lui obéir aveuglément. Tous les théologiens moraux et tous les maîtres de la vie spirituelle, disent que c'est le plus important de tous les remèdes propres à guérir les scrupules, que c'est, pour ainsi dire, une panacée inlailhble pour ce mal. La personne travaillée de scrupules, doit bien se convaincre de cette grande vérité, qu'en agissant conformément aux ordres et aux conseils de son conlesseur, elle ne peut point tomber dans le péché, parce que Jésus-Christ a dit de sa propre bouche, que quiconque écoute tes ministres, entend sa propre voix, et que celui qui leur obéit, exécute sa Iros-sainte volonté. Qui vos audit me audit. {Lucœ 10, 16). En outre, pour chasser de son cœur toute espèce d'ombre de vaine craiute, cette personne doit bien se pénétrer d'une vérité qui doit la rassurer complètement : c'est que quand elle paraîtra devant le tribunal du souverain Juge, si elle peut répondre à toutes les questions qui lui sont adressées : Seigneur, j'ai lait cela ou j'ai omis cela pour obéir à celui qui tenait votre place, tout son compte sera rendu, et que Dieu ne pourra pas lacondamner ni la punir en aucune manière, parce que Dieu
ne peut p.Ts être en CDntraflictioii avec lui-même, etqiie quand il n»us a commandé d'obéir à ses ministre?, il ne peut pas nous punir d'avoir agi conformément à ce qu'il nous a lui-m3me ordonné.
443. — Mais afin que les scrupuleux soient vivement frappés d'une vérité si importante, je veux invoquer en ce moment un témoignage très-convaincant et d'une autorité irrécusable. Sainte Thérèse, fut pendant quelque temps tourmentée et rudement éprouvée par ses directeurs spirituels, parce que nul d'entre eux ne s'étant lormé une juste idée de la rectitude d'esprit de cette Sainte, ils prenaient tous pour des illusions sataniques les grâces signalées et extraordinaires dont Dieu li favorisait. {In vita mp. 29). Parmi ses confesseurs, il s'en trouva qui exigèrent d'elle que, quand elle aurait quelque apparition deNotre-Seigneur ou d'autres habitants du ciel, elle fît le signe de la croix pour chasser ces visions, et eût à les éloigner par des marques de mépris qui prouveraient son improbation. Ils l'assuraient que ce qu'elle voyait n'était point Jésus - Christ, comme elle le croyait, mais bien le démon qui se montrait à elle sous cette apparence pour lui faire illusion. Quand la Sainte se remettait en oraison, le divin Sauveur revenait pour la consoler par son aimable présence. Mais sainte Thérèse, voulant obéir à son confesseur, mettait tous ses soins à l'éloigner par des signei" de croix et en lui témoignant un injurieux dédain qu'on lui avait recommandé. Or, comme en ce mène instant une lumière surnaturelle lui faisait connaître avec certitude que ce n'était point une apparition fausse, elle conservait toute sa liberté ponr y voir son divin consolateur et lui demandait pardon de ce qu'elle faisait, en s'excusant sur ce que c'était pour obéir à eeux qu'il aTSit t''ta])lis ses ministres sur la terre au sein de sa sainte Église. Une personne scrupuleuse en lisant ceci sera singuhèrement étonnée que la Sainte s'y prit de telle manière pour exécuter ce qui lui avait été ordonné. Elle croira que Motn; Seigneur a dû trouver mauvaise une telle conduite, qu'il l'auii fortement improuvée, lui aura fait des menaces, et se seU retiré delà pré'-ence de la sainte avec indignation. Mais cett| porsonne sera dans l'erreur, carNotro-S^'igiKnir rogardautd'nn œil favorable cetlo conduite de notre Sainte, y donnait so i assentiment en lui disant qu'elle faisait très-bien d'obéir. Il la consolnii en bii (li>iirinuï 1 1 cerlitul»^ (jue bicnlnt file serait n^iLiix appréciée et que sa spiritualité serait enfin approuvée.
m. — Qu'ont donc à redouter les scrupuleux, et de qnf>\ petiveut-ils s'épouvanter? Ne voient-ils pas Jésus -Christ luimême ne point s'ofïenser de ce qu'on le repousse, de ce qu'on le chasse et qu'on le traite si indignement; quand cela se fnit pour obéir à ceux qui tiennent sa place ? Mais serait-il possible, que la sainte obéissance qu'on a toujours considérée comme le chemin le plus direct et le plus sur pour arriver au ciel, fût pour les personnes scrupuleuses toutes seules le chemin qui précipite dans l'enfer ? Qu'ils s'occupent donc de chasser de leur cœur et de leur esprit une aussi abominable obstination, et prennent la résolution d'obéir à leur directeur, en foulant aux pieds toute appréhension, toute crainte, tout retour de conscience mal éclairée en opposition avec l'esprit de docilité. S'ils ne se déterminent pas à remplir ce devoir, leur guérison est désespérée; leur maladie spirituelle ne recevra jamais, non, jamais, aucun soulagement. Au contraire, en prenant pour guide la sainte obéissance et se laissant par elle conduire avec facilité, ils se verront délivrés de leurs accablantes perplexités, et de leurs turbulentes pensées, comme l'observe si bien Louis de Blois : Qui si prudent um consiliis poilus, quam froprio iudicio prompte et intrépide acquiescere relient , facile curarentur. {Parad. animœ cap. 13). La raison en est claire. Le scrupuleux ne suit pas les droites inspirations de la conscien'^e, parce qu'aveuglé par les ténèbres il est incapable de porter un jugement sain sur ce qu'il doit faire. (Ceci doit s'entendre des choses qui fout naître ses scrupules). Une lui reste donc pour diriger ST. conduite que d'acquiescer aux avis d'autres personnes qui ne sont point affligées de cette infirmité spirituelle. Mais à quels avis peut-il mieux se montrer docile qu'à ceux de son dh^ecteur que Dieu lui a donné pour le guider dans tous ses actes ? Ditesmoi, que ferait ce scrupuleux si Dieu le privait entièrement de la vue et le frappait d'une cécité complète ? Que ferait-il, je le demande, s'il voulait parcourir les rues d'une cité, sans trouver à chaque pas un obstacle, une pierre d'achoppement ? Il prendrait un guide fidèle, et puisque le pauvre aveugle ne pourrait savoir où il doit poser le pied en toute sécurité, il le mettrait là où son guide le dirigerait. Or, ce qu'il ferait pour marcher sans danger et sans crainte sur une route terrestre, il devra le faire pour marcher sur un chemin spirituel et se figurer <iu'il y est privé de la vue, parce que la lumière surnaturelle
ne l'éclairé pas et que les ombres purement naturelles offusquent et voilent les yeux de son intelligence. Il aura soin de se choisir pour guide un confesseur ou tout autre maître spirituel, de se soumettre à ses décisions, de réformer les inspirations trompeuses de sa propre conscience en se conformant à ce qai lui sera prescrit. Il marchera dans les voies qui lui seront tracées et il y fixera toutes ses démarches en pleine sécurité. C'est l'unique moyen de sortir de ce labyrinthe à mille détours d'où sa conscience aveuglée par les fantômes de ses scrupules ne saurait jamais se tirer.
443. — Telle fut la conduite de saint Ignace qui, assailli d'une tempête de scrupules, se plaça docilement sous la conduite d'un sage confesseur qui, tel qu'un pilote habile, le fit promptement arriver au port tranquille d'une douce paix. Saint Antouin raconte (Sum. P. prim. tit. 3. cap. 10, § 10), qu'un reUgieux dominicain ayant apparu après sa mort à un autre religieux du même ordre, lequel était tourmenté de beaucoup de scrupules, lui adressa ces paroles : Consule discretos et acquiesce eis. Consultez des personnes discrètes et suivez leurs avis. Le même Saint rapporte qu'un disciple de saint Bernard était molesté de scrupules à un tel point qu'il n'osait plus s'approcher de l'autel pour célébrer le saint sacrifice. Il alla demander des conseils à son saint maître , et saint Bernard après l'avoir entendu, lui dit : Allez célébrer sur ma parole. Le rehgieux s'inchna pour marquer sou obéissance, renonça à son propre avis, repoussa tout ce qui dans son intérieur semblait vouloir le iaire retomber dans ses scrupules et célébra la sainte messe. Cet acte généreux de soumission le guérit en le déhvi'ant de toute anxiété.
446. — Il ne servirait à rien de dire : Mon directeur n'est p as saint Bernard, parce qu'il n'est pas question de se soumettre à son directeur à cause de sa sainteté, mais parce que ce ■ii lecteur tient la place de Dieu, et ce qui nous garantit que nous faisons la volonté du Seigneur en exécutant ce qui nous est ordoimé, ce n'est pas sa qualité de Saint, mais c'est la déclara- 'ion qui nous a été faite par Jésus-Christ, quand il nous a dit le faire tout ce qu'il nous commande. Je joins à ceci ce que nous apprend sur le même sujet Vercelli, touchant un pieux habitant de la campagne. [Quœst. moral, tract. 5, Qii. 3, p. 12). Cet homme s'était laissé troubler la tète de tant de scrupules
qu*il en était vemi à se persuader qu'il n*y avait pour lui d'autre moyen de salut que celui de se donner la mort. Il croyait qu'une mort de ce genre lui serait comptée au tribunal de Dieu comme un vrai martyre et qu'ainsi il arriverait tout di^oit au bonheur étemel. Il avait plusieurs fois essayé de se tuer soit par l'eau, soit par le feu. Enfin la sainte Vierge ayant eu pitié de lui à cause de la dévotion qu'il avait pour la mère de Dieu, lui apparut couverte d'un manteau de la blancheur la plus éblouissante, lui commanda d'aller ouvrir son cœur à un prêtre, et de suivre exactement les ordres qui lui seraient donnés. Cet homme suivit le commandement qui lui était lait par la Reine du ciel et il retrouva sa liberté dans cet acte d'obéissance. Voilà donc que les Saints eux-mêmes et la Reine des Saints ne proposent pas d'autres remèdes aux scrupuleux pour obtenir la guérison , si ce n'est ime obéissance aveugle à leur confesseur. Il faut donc bien convenir que si les scrupuleux ne veulent pas se rendre à l'avis qui leur est proposé , il faut bien dire aussi qu'ils veulent rendre leur mal tout-à-fait incurable.
-447. — Mais je sais ce que répondent les scrupuleux et je connais les raisons ou pour mieux dire les sophismes qu^ils opposent pour se soustraire au joug de la sainte obéissance. Ils disent qu'ils obéiraient volontiers aux directeurs qui les regarderaient comme véritablement scrupuleux et qui les dirigeraient en celte même qualité, s'ils étaient de ce uoinbre. Mais ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme scrupuleux. Les doutes qu'ils ont, disent-ils, ne sont point des scru[iules ni des craintes mal fondés, parce que ce qui fait le sujet de leurs doutes et ce qui les frappe de crainte n'est pas une vaine apparence de péché, mais bien vm véritable péché. Je réponds qu'il n'est personne au monde qui se croie privé de bou sens, et c'est pour cela que les fous que l'on châlie à cause de leur démence, s'étonnent et se plaignent des traitements qu'on Imir fait subir, et c'est bicu en cela que consiste leur fuiie de ne pas la reconnaître, car s'ili avaient connaissance de leur triste état, ce serait une preuve da retour de leur bon sens. Il en est de même pour ce qui regarde les scrupuleux , c'est qu'ils ne connaissent pas leur mal ; car enfin, si quelqu'un était dans une intime persuasion qu'il est scrupuleux et que ses doutes ne sont fondés sur rien, que ses craintes sont cliimériques, il n'en ferait absolument aucim cas, et sa conscience qui était scrupuleuse deviendrait aussitôt droite
et raisoiinahle. Toute personne donc qui se voit circonvenue d'anxiétés, doit ajouter foi à son directeur ou à toute autre pav sonne capable, quand on lui dit qu'elle est scrupuleuse. Les théologiens nous enseignent, en eflet, unanimement que pour tout ce qui concerne notre conscience, nous sommes obligés d'ajouter foi à notre confesseur. Nul n'est bon juge lorsqu'il s'agit de prononcer dans sa propre cause, et beaucoup moins encore quand il s'agit de scrupules, car celui qui en est oileint est certainement très-inc^apable de porter une décision. Vouloir n'écouter que soi-même et refuser les avis d'un directeur, surtout en ce qui touche la matière que nous traitons , c'e^t un orgueil intoléralde qui mérite les plus sévères chàtituents.
A4S. — Il en est d'autres qui disent : J'obéirais à mon confesseur si je m'étais entièrement découvert à lui et s'il avait sur mon compte des lumières suffisantes, mais je n'ai pas su m'expliquer, surtout par rapport à certaines circonstances. Mon 'directeur se fourvoie, non point par sa faute, mai? par la mienne. Je réponds à cela que quand nous dévoilons notre cousciencerà un directeiu", nous ne sommes pas obligés d'apporter à l'exposé que nous faisons une exactitude philosophiqne, mais seulement humame et raisonnable, comme celle dont on use onlinairemeut dans une affaire importante. Quand cela est fait. Dieu ne nous en demande pas davantage, et notre devoir est accompli. Nous devons croire alors que le directeur nous a bien compris, et que si dans le cas qui lui a été exposé, il n'a commis aucune erreur, nous ne pouvons pas nous-mêmes y tomber en suivant ses avis. Mais je n'ai pas fait cette exposition d'une manière exacte , me réplique le scrupuleux. A ceci je réponds que si ce dernier a dit tout ce qu'il savait et n'a rien omis par malice, il ne doit plus s'en occuper ; car les théologiens nous enseignent que la personne scrupuleuse après avoir exposé ses doute? aa ministre du Seigneur, qui ainsi dûment consulté, déclare avoir bien compris la question, doit, sans écouter de vaines subtilités de conscience qui traversent son esprit , se rendre sans arrière-pensée aux avis de son directeur. Le scrupuleux doit donc faire sur lui de sincères eflorts , dédaigner des craintes chimériques, et se débarrasser de ses importunes anxiétés. Ce n'est qu'iiinsi qu'il peut obtenir la guérison de son mal.
419, — Troisième remède. Le scrupuleux doit modérer .os inéliculeuiîes appréhensions en ouvrant jjleiuemcut sou coiur à
respéranee. J'ai dit, dans le précédent chapitre, que l'espérance et la crainte sont deux afieclions opposées et que si la crainte l'emporte, l'espérance est anéantie. Celui qui a la conscience étroite, doit donc travailler à faire prévaloir dans son cœur l'espérance ; parce que si cette vertu prédomine, elle comprimera la crainte immodérée, expulsera du cœur la pusillanimité et rendra à son esprit la paix, le repos et la sérénité. Le scrupuleux ne doit pas voir en Dieu un rigide exacteur , un juge impitoyable, mais il doit le considérer toujours comme un père tendre, et se souvenir que c'est en lui donnant ce nom qu'il l'honore par l'oraison dominicale, quand il lui dit: Pater noster qui es in cœlis. Il doit se représenter Dieu comme se le dépeint le prophète Jérémie , c'est-à-dire comme une mère pleine de tendresse, qui réchaufie son enfant sur son sein, qui le caresse avec une douce afiection , et qui ne demande avant tout que de combler de consolations et de biens le iruit de ses entrailles. Or chacun de nous est cet enfant chéri. Ego scio cogitationes , quas ego cogito super vos, cogitationes vacis, et non afflictionis, utdem vobis finemy et patientiam. Quomodosi oui mater blanditur, ibi ego consolabor vos. [Jerem. cap. 29, 11, Isai. 66, 13). La personne scrupuleuse doit considérer Dieu comme un protecteur plein de charité, qui, à la vue de nos fautes, ne s'irrite pas, ne se laisse point emporter par son indignation, mais qui, rempli de compassion, se présente devant son Père , l'apaise par ses prières, en lui montrant ses plaies sacrées. C'est ce que nous assure saint Jean: Sî quispeccaverit, advocatum habeinus apud Patrem Jesvm Christum justum. {\Joann. cap. 2, 4). Il doit réfléchir sur la tendance miséricordieuse de Dieu à nous pardonner nos égarements, à tel point qu'il proteste dans le prophète Ezéchiel, qu'il n'entre pas dans ses vues que l'impie tombe dans l'abime de la perdition, mais bien au contraire qu'il revienne à lui, afin qu'en obtenant le pardon de son impiété, il vive éternellement avec lui dans le séjour de la gloire : ISumquid voluntatis meœ est mors impii, et non ut convertatur, et vivat. (Esech. cap. 18, -3). Dieu, pour nous donner une juste idée de ?a grande miséricorde, se représente tellement désireux de notre salut, que tantôt il se compare à un pasteur plein d'une tendre inquiétude, qui court après une de ses brebis qui s'étai* égarée, tantôt à cette iemme affligée qui s'empresse d'aller à la recherche d'ua bijou qu'elle a perdu {la gioja). Il nous as-
gure ensuite qu'après avoir retrouvé cet objet précieux et cello brebis infortunée, il sent son cœur inondé de joie, et que, parvenu enfin à reconquérir tout ce qu'il recherchait, sans aucun avantage pour lui, mais exclusivement pour le nôtre, il convie le ciel tout entier à se réjouir : Congratulamini mihi, inverti drachmam , inverti ovem quce perlerai. {Lucœ cap. 15, 6, 9). L'âme scrupuleuse doit souvent penser à la grandeur des miséricordes divines, dont les œuvres sont si nombreuses, si élevées qu'elles l'emportent sur toutes les autres œuvres de sa suprême puissance. Miseratiortesejus super omnia opéra ejus. {Ps. 14-4, 9). Elle doit réfléchir sur celte admirable mansuétude avec laquelle le divin Rédempteur voulut bien guérir l'oreille de Malchus pendiuit que ce serviteur du grand- prêtre l'insultait plus cruellement que ses complices. Qu'elle le considère, priant pour ses bourreaux , au moment même où ils le maltraitaient avec le plus de barbarie, promettant son paradis à un larron, donnant les clefs du ciel et la suprême puissance pontificale à un parjure, défendant contre l'accusation publique une femme adultère, et recevant au nombre de ses filles chéries une pécheresse qu'un monde scandalisé rebutait. Cette âme ne doit jamais oubher les promesses tant de fois répétées que Dieu a daigné nous faire de nous exaucer, de nous protéger, de nous assister, de nous défendre chaque fois que nous aurions recours à lui avec une ferme confiance et une vive foi. On dirait même qu'il est beaucoup mieux disposé à se montrer miséricordieux que nous ne sommes disposés de notre côté à recourir à lui pour implorer et recevoir miséricorde. ¥A\e doit unir à la confiance l'amour, en pensant fréquemment à la grandeur des bontcîs divines, à son amour sans bornes, aux peines, aux outrages, aux injures qu'il a bien voulu souûrir pour nous. Tels doivent être les sujets de méditation pour les personnes scrupuleuses, afin de réveiller dans leur cœur une espérance vive qui puisse triompher d'une crainte exagérée et dilater son cœur étroit, pusillanime, et sous l'obsession delà peur. Pour guérir une maladie, il faut employer les remèdes qui lui sont contraires et qui la combattent. Or, il n'est rien qui soit plus opposé à la fièvre des scrupules, qu'une espérance ferme et robuste spécialement urne au saint amour.
450. — A ces remèdes on peut en joindre plusieurs autres très-opportuns pour guérir celte maladie spirituelle. Première-
ment, il faut éviter l'oisiveté , pnrce que le cerveau des scrupuleux est comme un moulin qui est toujours en mouvement, mais ce n'est pas le bon grain des réflexions utiles qui s'y broie, c'est seulement l'ivraie des pensées étroites , des afiections pénibles. 11 faut donc à ces personnes des occupations , des distractions pour ne pas fournir à l'esprit l'occasion de se fixer sur quelque vain fantôme qui bouleverse leur esprit. Deuxièmement , il ne faut pas fréquenter des personnes dont la conscience est étroite, parce que les scrupules dont celles-ci sont dévorées ont le caractère d'une maladie contagieuse qui se communique facilement à ceux qui en approchent, et par la même raison il ne faut pas lire des livres d'une morale étroite et d'une austérité outrée. Troisièmement, on ne doit point s'entretenir de ses scrupules, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, comme c'est la pratique de certaines personnes des deux sexes qui courent d'un confessionnal à un autre en exposant partout leurs perplexités de conscience et après avoir pris les avis de cent confesseurs, n'en suivent aucun et continuent d'agir à leur guise. Les scrupules pourraient se comparer à la pâte et à la poix , qui, plus on les manie et plus ils se collent aux mains. Plus les scrupuleux parlent de leurs doutes mal fondés et plus s'attachent aussi à lexir imaghiation et s'enracinent dans leur cœur ces vaincs anxiétés. Ce qu'il y aurait de mieux à faire ce serait d'exposer à son confesseur toutes ces peines d'esprit, ou bien plutôt en certains cas particuliers à ime personne expérimentée, et suivre les avis qu'on en recevrait. Tel est le conseil que donne saint Augustin dans une .eltre qu'il adresse à saint Paulin : Sin et te ita ut me movent ista; confer ea cum aliquo mansueti cordis uedico, sive illicinveneris, ubi degis, sive cum Romam toto annîversario 'pergis, et guod per illum tibi loquentem , scu 7îobis colloqiicj^tibus Dominus aperuerii, scribe mihi. {Epist. 250, ad Paulin). Si ce dont vous m'entretenez, répond le saint Docteur à Paulin, ne fait pas sur vous la même impression que sur moi, conférez-en avec quelque habile médecin des âmes, dans le lieu que vous habitez ou bien à Rome quand vous en ferez le voyage, et ce qu'il vous dira, ou mieux encore, ce que cette personne et moi vous aurons dit, acceptez-le comme venant de la bouche de Dieu même, ajoutez-y toute votre confiance, et donnez-m'en des nouvelles. On doit remarquer ici que saint Augustin ne dit pas
à son ami Paulin, qn'il doive conférer sur ses doutes avec le premier prélre qu'il rencontrora dans sou pays ou à Rome, mais seulement avec quelque habile et charitable maître spirituel, capable de donner un conseil. Eu outre, il lui dit qu'il ne devra pas accepter les avis qui lui seront donnés, comme s'ils venaient d'im simple mortel, mais comme émanant de la sagesse divine. C'est là tout iustement ce que ne font pas les scnijnileux et c'est la raison pour laquelle ils vivent continuelleineut dans le trouble.
451. — Quatrièmement; il ne faut pas s'entretenir de ses scrupules, même dans son intérieur; ^e veux dire, en faire le sujet de ses réflexions intimes, même pour se délivrer des inquiétudes, des remords, des perplexités qu'ils amènent avec eux ; ne pas s'efiorcer de se persuader que telle action n'e?t pas un péclié, quoiqu'elle le paraisse sans fondement. La raison en est que la personne scrupuleuse, en procédant de la sorte, se trauble de plus en plus, et voit ses inquiétudes s'accroitre. Je répète que les scrupiûes sont comparables à la poix, plus on les travaille et les manie par le raisonnement et la réflexion, et plus ils s'agglutinent, pour ainsi dire, à l'esprit. 11 vaut beaucoup mieux ne iaire aucun e£ >rt, les dédaigner, d'après l'avis de son coniesseur, et s'ils continuent de tourmeuter l'àme, il faut souflrir cela avec patience et l'ofiiir à Dieu. Ciuquièmement, il laut s'habituer à agir sur le modèle des personnes qui ont une conscience droite et timorée, sans éprouver air.-une crainte de pécher en taisant ce que ces personnes pratiquent sanscraiudre d'ohenser Dieu; car il faut bien convenir qu'd y a un orgueil insupportable à croire que tout le monde lait mal et que soi-même on iùit exclusivement ce qui est bien. Sixièmement enfin, on doit s'accoutumer à suivre les opùiions mitigées et indulgente!, si elles s'appuient sur des probabilités évidentes, afin d'airiver, par ce moyen, à passer d'une excessive étroitesse à une liberté raisonnable.