CHAPITRE m
O."^ T EXPOSÉ LES MOYENS PROPRES A l'aCQUISITION DE CETTE VERTU,
63. — Le premier moyen consiste à tenir son cœur détaché des biens de la fortune , parce que de cette sordide attache tirent leur source tous les torts dont on se rend coupable envers le prochain. Toutes les prévarications qui se commettent contre la justice n'ont pas d'autre origine. Nous possédons au fond de notre cceur, dit saint Basile, un amour inné de la justice et c'est la nature cpii l'y a proiondt'uieut gravé. Est justifia quœdam insita, inditaque œqui distribut io. {tluin. ï'îl. in princ. Proverb.). Mais l'amour désordonné des richesses et la cupidité avide de l'or et de l'argent offusquent cette lumière naturelle, pervertissent cette belle inclination qui nousporle à agir avec droiture, nous entraînent à violer les lois que la justice nous trace et à devenir injustes possesseurs du bien de notre prochain. C'est pourquoi l'Ecclésiastique nous dit qu'il n'est rien de plus abominable que de désirer outre mesure l'or et l'argent : Nihil est iniquius, quam amare pecuniam. {Eccl. 10. 10). Quiconque donc veut pratiquer la justice doit avoir soin de se maintenir dans un continuel détachement des biens de la terre et professer une véritable répugnance pour l'accumulation des trésors d'ici-bas.
64. — Dans deux de ses discours saint Augustm rapporte un exemple de détachement tout particulier de l'argent. 11 ne peut se lasser de l'admirer et d'en faire le plus magnifique éluge. {llomil. 9. ex. 50. et Serm. 21. de verb. ApostoL). Pendant que ce grand Saint habitait la ville de Milan, uu pauvre étudiant de {^rauimaii'c, indigent sous le rapport de la fortune, mais ri'.'lu»
Al' vi-riiis ohr<^tioniie3, trouva [v.w hai^ard uno lionr?o (\u\ contenait lieux cents i>ièc'es d'argent. Mais coinini' le' jeune écolier étant ami (!e la justice et ilétaché îles biens «le la lortnne , fit aussitôt publier dans les paitiers publics ([u'il avait trouvé cette bourse , il lit coiuuùtre son nom et la maison qu'il habitait. Le possesseur (pii était grandement afTligé de la perte de son argent en faisait partout la recherche , mais ayant eu connaissance de l'avis publié il se rendit en toute hâte à la maison de l'étudiant pour recouvrer son argent perdu. Celui-ci lui fit des questions sur la iorme de la bourse et sur le noml)re des pièces, et voyant que tons ces renseignements étaient conformes à la vérité, il remit au possesseur la totalité de la somme. Le propriétaire, après avoir reçu la bourse, en lira vingt pièces qu'il offrit à l'écolier pour lui témoigner sa reconnaissance, mais celui-ci ne voului pas les accepter. Dix pièces lui furent offertes et furent suivies d'un semblable relus. Le possesseur lui en olVrit cim] que le jeune homme reiusa pareillement. Alors le possesseur jeta la bourse aux pieds de l'étudiant , en lui disant résolument : Je n'ai rien perdu , si vous ne voulez rien accepter , je déclare que je n'ai rien perdu. Le saint Docteur, dans son admiration, s'écrie : Quale certamen, fratres mei , quale certamen. Qualis putjna , qualis confliclus? Theatrum mundus , spectator Deus. Qu'elle lut admirable cette lutte , mes frères, quel conflit merveilleux ! C'est un spectacle digne d'attirer les regards du monde entier et d'avoir Dieu pour spectateur. Enfin, après un long débat, le jeune étudiant lut vaincu, et la somme qu'il fut obligé de recevoir tourna tout entière au profit des pauvres auxquels il voulut en 'aire lui même la distribution. Consideraie, fratres, dit le saint Docteur, tain gloriosum exemplum, et tam advnrabile facfum. Considérez maintenant, mes frères, un trait si admirable de détachement des biens de ce monde et qu'il soit pour vous un exemple digne d'être imité.
65. — A ce détachement de l'argent, je veux en peu de mots joindre un autre exemple de détachement des biens de la fortune. Il est rapporté par saint Grégoire dans ses dialogues. Libertinus , abbé du monastère de Fondi , voyageant pour les affaires de son couvent, fut rencontré par les soldats de Totila, roi des Goths, qui le firent descendre de cheval et lui enlevèrent avec violence sa monture. Celte perte, non-seulement ne causa aucun trouble à ce digne serviteur de Dieu, mais ilu'en éprouva
annuTie afiQiction, et se tournant vers les soldats spolîatciT?, il leuE dit avec un visage tranquille et un front serein : Prenez encore le fouet dont vous avez besoin pour le conduire et pour l'exciter. Qui jumenti percliti damnum lihenter ferens , etiam flagellum., qiiod tenebat, diripientibus obtulit dicens: Tollite, ut habeatis qualiter hoc jumentum ininare possitis. Et quoique les soldats , grandement étonnés de ce sang-froid, se fussent déterminés à lui rendre sou cheval injustement ravi, l'abbé refusa de le reprendre en disant qu'il ne lui était pas nécessaire: Itecum bono, ego opus caballo non habeo. (Lib.i, cap. 2). Voilà un détachement qui doit être imité du lecteur en ce qui regarde l'argent et les autres biens. S'il agit ainsi, je puis lui assurer sur ma foi qu'il ne blessera jamais la justice et qu'il ne se trouvera jamais dans ses mains un seul denier ni un atome du bien d'autrui.
66. — Mais pour arriver à un désintéressement aussi utile au salut, il est nécessaire de réfléchir souvent sur une maxime qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est-à-dire sur ce que dans peu de temps il nous faudra tout abandonner. La nécessité où nous sommes de nous séparei^ de tous les biens de la fortune en réalité, nous fait comprendre le besoin d'en détacher nos affections. Dives, dit le saint homme Job, cum dormiérit, nihil seciim aii^eret. (Job 27, 19). L'homme riche n'emportera rien après sa mort, nihil, nihil , i^as même une minime pièce de monnaie, pas même un brin d'herbe de ses domaines, pas même un fragment de pierre de sa maison. Nous sommes entrés tout nus en ce monde, dit l'apôtre, et tout nus nous en sortirons : Nihil enim iniulimus in mundum, haud dubium, quod nec auferre quid possumus. (1 ad Timoth. 6, 7). Si une personne qui a été invitée à un somptueux festin , après s'être rassasiée de mets exquis, voulait emporter encore les plats et les vases d'argent , que dirait le maître de la maison ? Ai'rêtez, s'écrierait-il, car tous ces objets doivent uniquement servir à votre usage, pendant le temps peu considérable du repas et ne sont point destinés à devenir votre propriété définitive et perpétuelle. Il en est de même de l'or, de l'argent, des richesses, des beaux habits, des domaines , des iardins , des maisons de campagne et de ville, des palais; tout cela ne vous a été accordé que pour un temps, pour autant de temps que dure le festin de la vie, Qaand il est terminé, il iaut tout laisser. Et alors, quœ
parasfi, nijm erunt? ( Lvcœ 1-2, >2U) h qui appartieriilrnnt tons Vs iMcns (pic vous aurez lai«s(^s? Or, <le même (jii'on dfvi-ait )ron<lre pour un insonsé celui qui, ayant (^té invite^, attacherait îon allfciion aux vaisselles pn^cieuses dont il fait usage durant nn re[ias somptueux, n'ip:noraul pas qti'au bout de quel<pics heures il iaudra laisser tous ces riches objets, de même aussi est un insensé celui (pii s'aftocfionne pour ces biens terrestres qu'il doit abandonner au bout de quelques années, au bout d«^ quelques mois et qui s'évanouissent avec la rapidité de l'éclair. Telles sont les réflexions qui éteignent dans le cœur humain la feu du désir de posséder, qui en séduit un si grand norabr'i à faire pencher la balance de la justice par l'amour du lucre. «;t par de sordides et manifestes iniquités.
07. — Le second moyen pour acquérir la vertu de justice consiste à se préserver de certains petits passe-droits, parce (jue qui spernit modica paiilatim décide t. {Eccli. 19), quiconque ne fait aucim cas de légères prévarications, tombera bientôt dans de graves fautes qui le rendront ennemi de cette belle vertu. En outre, Tattache aux biens de la fortune, si dangereuse pour le salut et qui lait l'objet de notre entrelien en ce moment, grandit peu à peu quand on se livre à ces injustes profits, bien que peu importants. Puis elle prend de plus grands développements et entraîne à fouler aux pieds avec plus de hardiesse les saintes lois de la justice. Quelle fut la cause de la chute de Judas, cet apôtre qui trahit notre divin Sauveur et qui le fit ainsi tomber dans l'injustice la plus monstrueuse, dont le monde ait jamais été témoin ? Qu'est-ce qui le porta à vendre la vie si éminemment innocente du Fils de Dieu au prix de quelques vils deniers? Ce furent peut-être de petits vols auxquels ce mi?érable s'était habitué. C'est pourquoi saint Augustin, parlant du maniement des espèces monnayées à donner et à recevoir, dit qu'il y a en cela beaucoup à redouter pour la damnation éternelle, parce qu'en ce genre il n'existe pas de fautes légères , ce qu'on doit entendre en ce que l'injustice sera grave en ellemême, ou bien si l'erreur n'est pas considérable à cause de la leiièreté de la matière, du moins elle pourra disposer à des injustices plus grandes et par suite à la perte totale d'une àine. Voici ses paroles : Vbi etiam cavendus est œternus inferifi'S : oninia magna siint, qnœ dicimns, vsque adeo , nt ncc de >psit fecuniariis rébus, vel acquirendis vel amitttndis parva videri
deheant, qiiœ doetor ecclesiasticus dicit : sive xit illa mngna, sive parva pecunia {LO. iv, de doctrin. Christi, cap. IS). Et le saint Docteur parle de la sorte avec raison, puisque Jésus-Christ nous enseigne que qui fidelis est in minimo, et. in majori fidelis est, et qvi in niodico iniqmis est, in majori iniqmis est {Luc. 16, 10). G"est-à-dire, celui qui est fidèle dans les petites choses sera aussi fidèle dans les g:raudes, et celui qui dans les petites choses est infidèle, sera injuste et infidèle dans les grandes. Ou ne doit donc pas traiter de minime une injustice, parce qu'en elle-même elle renferme une grande malice ou du moins dispose aune faute grave.
08. — Ici vient se placer à propos im lait que rapporte Césaire {Lib. xii, cap. 57) comme l'ayant entendu raconter phisieurs fois par celui-là même à qui il est arrivé. Un prêtre nommé Eginulphe, religieux de l'ordre des Templiers, étant encore en jeune âge, fut attaqué d'une maladie grave qui le mit au tombeau à la fleur de ses ans. Qunnd l'âme lut sortie du corps, elle parut devant le tribunal du souverain .luge qui était couvert d'un voile, mais qui lui permettait d'entrevoir, à la faveur de sa transparence, la sévérité peiule sur sa physionomie. Aussitôt le démon apparut aux pieds de ce tribunal comme accusateur, et ne trouvant pas d'autre chose à lui reprocher, il adressa au suprême Juge ces paroles : Ce jeune homme a volé à son frère une pièce de monnaie, et n'ayant pas fait pénitence de ce vol, il doit être puni. Aussitôt, en eflet, l'âme du jeune homme fut précipitée dans un puits ardent où elle souffrit des tourments si atroces, que le jeune homme, étant revenu à la vie, ne trouvait pas de termes assez énergiques pour en exprimer l'énormité. Au bout d'une heure de supplice, un ange le retira de ce brasier et il fut reconduit devant le tribunal de Dieu, où, se trouvant déjà purifié de sa faute, il vit la face du Juge divin qui n'exprimait plus sa première sévérité, mais qui était sereine. Le voile avait disparu et son visage resplendissait •l'un éclat admirable. Le jeune homme vit, assise auprès du trône, la bienheureuse vierge Marie, et autour d'elle une innombrable multitude d'anges (.'t de saints qui renvironnaient d'un somptueux cortège. Après avoir joui de ce ravissant spectacle, l'âme de ce jeune homme lut ramenée à la vie, au grand élonnement des assistants qui entouraient son lit fimèbre et qui le pleuraient comme ayant déjà passé de vie à trépas, Si c'élai/
nn songe ou une vision vt'rit;ilil(>, on on ponrra jngor pnr 1ns efifts (jiii s'tMi snivircnt. Le "ouno lioiiiinc. l'ponvanté dos tortures qu'il avait éprouvées et enchanté [lar le hrillant spectacle dont il avait été témoin pendant un court espace de temps, abandoinia snr-le-cliamp sa maison, ses parents, ses amis, sa patrie, renonça aux vanités du siècle et alla se renlcrmer dans un cloître pour y mener une vie religieuse. Sur ce fait, je raisonnerai ainsi : si pour une petite injustice, si pour avoir dérobé une monnaie de peu de valeur à un membre de sa famille qui lui était si intimement lié par une commune origine, cet enfimt ne fut pas jugé digne de contempler la face de Jésus- Christ son juge, si ce n'est qu'autant qu'il le fallait pour y voir dé^ieinte la sévérité, et puis s'il dut satislaire pour son léger mêlait en subissant une torture aussi cruelle, il faut bien convenir que saint Augustin avait grandement' raison de dire que toute faute commise contre la justice n'est pas simplement une petite imperîection. En cfiet, si la plus légère injustice, ne consistât-elle que dans le vol d'un sou, est pourtant une action qui couvre de confusion aux yeux des hommes celui qui l'a commise, combien plus devra être abominable aux yeux si purs de Dieu un acte de cette espèce ? On doit donc se garder de faire à son prochain quelque espèce de tort que ce puisse être, et de lui causer le dommage le plus léger en lui-même dans les ventes, dans les achats, dans les payements des salaires, et en général en quoi que ce soit, quand on est ami de la justice et qu'on a le désir d'acquérir les autres vertus.
69. — Le troisième moyen c'est, en ce qui regarde les devoirs delà justice, d'agir avec un retour attentif et délicat sur ce qu'on tait pour découvrir ce qu'il peut y avoir de défectueux et pour s'empresser d'y porter remède. Il est vrai que c'est un moyen applicable à l'acquisition de toutes les vertus, mais il a une spécialité tout à fait particulière pour procurer l'exercice d'une justice incorruptible; car, dit saint Basile, il est difïicile de bien connaître les droits de la justice, et par conséquent les torts qui s'y commettent. Quoniam justitiœ habitus est, qui pro dignitate cuique suum tribuit ; difficilis hœc est inventu, atque cognitu; partlm quod déficiente j^rudentia , non cuique patctt quod œquwn sit ; partim quod animo affectibus humanis occupato, rectum obscuretur {Homil 12 in princ. proverb.). Le saint Docteur nous dit qu'au milieu de nos afiiiii<;s il est très-mal aisé
de connaître les devoirs de la iiistice; en partie à cause d'nn défaut de lumière qui devrait éclairer notre prudeOce pour nous faire distinguer ce qui est vrai, et en partie parce que les pasdons offusquent l'intelligence et la rendent incapable d'un pareil discernement. 11 a raison de parler de la sorte,, car le désir d'avoir et de ramasser, de se soutenir soi-mcme et sa famille, soulève de si épais nuages dans certains esprits, qu'ils ne peuvent plus faire le discernement entre le juste et l'injuste, ne se rendant pas compte des préjudices qu'ils causent au prochain, ni des fautes qu'Us commettent contre la justice. Chose vraiment étonnante ! il n'est personne qui ne fasse des lamentations sur les torts reçus du prochain en tout genre, et puis c'est avec grand' peine que l'on peut rencontrer quelque personne qui s'avoue franchement coupable de quelque tort. Mais commojit cela se fait-il? Puisqu'eutre l'oii'ensé et l'ofienseur, entre celui qui a soufïert l'injustice et celui qui l'a commise, il existe une telle relation que nommer une de ces choses c'est par cela même exprimer l'autre ! Je vais vous dire d'où cela vient. Les intéressés et les injustes sont en très-grand nombre, mais aveuglés par la cupidité du gain, ils ne savent pas discerner les injustices dont ils se rendent coupables contre le prochain.
70. — Quel est donc le préservatil dont il Jaut user pour éviter de tomber dans un tel aveuglement, aux dépens de la justice et de la conscience? Le voici tel que saint Basile nous le propose : Quoniam ex ipsius Salomonis sententia, cogitaliones jusiornm judicia snnt : vero sapienti omnino satagendum erify iî)tra cor dis ai'cana tribunal constiiuerc, rcdaque facere judicia, mentem qiioque in triUina suspendere ad ea quœ recta sunt. {In eadem Homil. Proverb. cap. 10, T^O). On s'en garantit en élevant dans son cœur un tribunal pour y juger exactement tous les al tes qui se réfèrent à quelque intérêt qui regarde le prochain, pour les y peser et examiner dans les balances de la droiture et de la justice. La lumière de la giàce divine dissipera tous les nuages que la passion de Tintérèt avait agglomérés dans notre âme, et lui fera promptcmeut découvrir toute sorte df taches dont l'injustice aurait pu la souiller.
71. — Si après ce sérieux examen on se reconnaît coupable de quelque manquement, on se repent de sa prévarication, on promet de s'en amender, on forme la résolution de réparer tous les torts et principalement ou s'excite au repentir d'un péché b."
«îontrairo aux lois de la justice, de la raison et aux commandemouts du décaloguc. Je ne pousu pas qu'il soit diilicile de eoucevoir un tel regret, lorsqu'on n'ignore pas que les animaux euxmêmes ont su quehiuclnis avoir une certaine houle du dommage causé par eux. C'est ([uelque chose tout-à-lait admirable que l'histoire qu'on lit dans la vie des Pères du désert {Parte 3. Cap. 7) et que rapporte également Sévère Sulpice dans ses dialogues [Dial. 1. Cap. 8) au sujet d'une louve. Cet animal assistait toujours au repas de rauachorèle Posthumien sans jamais manquer l'heure, et après eu avoir reçu un morceau de pam , il lui baisait la main comme pour lui témoigner sa reconnaissance et s'en retournait dans la lorèt pour manger ce qui lui avait été donné. Un soir la louve étant venue à l'heure accoutumée, elle ne trouva pas son bieniuiteur parce qu'il avait été accompagner tin moine étranger qui ce jour-là était venu lui faire une visite.. •ïllle entra donc dans la cellule et en la parcourant elle trouva une corbeille qui contenait cinq pains. L'animal l'ouvrit avec ses grifies, et en soutirant un pain avec ses dents, le mangea et partit. Posthumien étant de retour reconnut le vol qui lui avait été luit, et les fragments du pain qui étaient répandus sur le sol lui firent comprendre quel voleur ce pouvait-être. Qui le croirait? La louve, contre sa coutume, resta sept jours sans revenir comme contuse du tort qu'elle avait commis envers son bienfaiteur. Enfin pourtant elle revint , mais elle se montrait dans une attitude de contusion telle qu'on eût dit qu'elle éprouvait un vif repentir de son larcin et qu'elle en demandait pardon. Elle n'osait pas s'approcher du seuil de la cellule , mais s'en tenait éloignée la tête basse et les yeux dirigés vers la terre. Attendri par ce spectacle, le saint ermite lappela auprès de lui, se mit à la caresser et lui donner double ration. L'Esprit-Saint renvoie quelquetois à la créature dépourvue de raison pour y puiser des exemples de vertu : \ade adformicam, o piger. Allez considérer la fourmi, ô homme indolent! De même aussi celui qui dans son examen reconnaît avoir de quelque maLière lait tort à son prochain dans ses biens, pourra apprendre de cet animal à rougir d'une action aussi honteuse , y trouver un exemple de la douleiu' dont il doit être pénétré et former le bon propos de s'amender d'une manière efficace. En procédant à l'examen dont nous parlons, il reconnaîtra son iujn-tî ■ se mettra en devoii' de la réparer, et après avoir ainsi saliûiait aux