CHAPITRE IV
AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU C'.BECTEUR SUR LES VIOLATIONS Dl LA VERTU DE JUSTICE ET SUR LES MOYENS DE LES RÉPARER.
72. — Premier avertissement. Votre pénitent aura ou une conscience reL.cliée, ou une conscience délicate. Dans le premier <îas^ ce pénitent tombera facilement dans des fautes graves, il arrivera trop souvent qu'il commette des injustices manifestes. Il appartient au directeur de faire comprendre à ces personnes la gravité de leurs fautes, et pour y parvenir il doit leur représenter souvent le prix inestmiable de la vertu do justice contre laquelle ces pénitents pèchent par des actes si coupables. Il doit principalement faire retentir à leurs oreilles cette parole de saint Paul, quand il dit que le bien dautrui est un li!et comme inextricable dans lequel le démon enlace forte ment les âmes, en fait ses esclaves et les entraîne à l'enfer Qui volunt divites fieri, incidunt in ieaiationem et in luqueum diaboli. {l ad Timoth. G. 9).
73. — Si les pénitents ont une conscience timorée, il y trouvera souvent de véritables injustices qui ne seront pas, il est vrai manifestes, mais palliées et cachées sous de vains prétextes. Il trouvera des maîtresses de maison qui paient leurs domestiques avec ce qu'il y a de moindre valeur, et pour ainsi dire, avec les balayures du logis; qui estiment le travail d'autrui, non d'après les règles de l'équité, mais d'après les inspirations de leur avarice. Le directeur rencontrera des hommes voués à la spiritualité qui ne se font aucun scrupule de difl'érer longiu;ment les payements qu'ils doivent faire, de ne pas solder à leurs ouvriers tout le salaire qui leur est dû, de ne pas eniin remplir leur devoir en ne satisiaisant pas proportionnellement au labeur qu'on a fait pour eux. 11 en trouvera (pii ne sont pas exacts à garder la foi des contrats avec leurs fermiers et leurs icrvileurs , ou qui imposent de nouveaux travaux et de nouvelles latiiiucs (^ui n'avaient pas été stipulés dans les premiew
- et -..-
arr.uigtMiuMits, sans aii,i;ii:ciilrr los saliiircs convenus, ri,.'me 5i les sueurs dos pauvres ne (lovaient pas èlre r(^liibuées djnr une mesure égale à toute autre estimation. lien tr(juvera qui, <'ans leurs achats, dans leurs ventes, dans leurs conventions, iiont absolument en vue (pie leur pro[)rc intérêt, sans se mettre aucunement en peine des lois de ré([nité , (jui enfui très-peu soucieux de ces mêmes règles, se figurent que (piaud une chose leur est avantageuse et profitable, elle est [)ar cela même tout à fait juste. Ces hommes ne se font de tout cela et de bien d'autres abus aucune peine de conscience. Us se fondent sur certains motiis tpe leur suggère l'intérêt, sans écouter la voix delà justice. Le directeur doit parler à ces personnes avec une sainte hb-jrté, et leur faire voir sans détour les injustices dont elles se rendent coupables, afin qu'elles en aient connaissance et qu'elles puissent s'amender. Ils doivent prendre pour modèle la conduite de saint François-de-Paule qui, étant en présence de Louis XI, roi de France, prit dans ses mains quelques pièces de monnaie qui provenaient des exactions des gabelles, et les serrant vivement en fit sortir par mi miracle quelques gouttes de sang. Puis se tournant vers le Roi, Sire, lui dit-il, voilà le sang de vos pauvres sujets que vous leur tirez par de si onéreuses exactions. Telle est la liberté dont le directeur doit user à l'égard de ses pénitents aveuglés, de ces ûnix dévots, en leur mettant sous les yeux les torts qu'ils font subir à leurs journaliers, à leurs ouvriers, à leurs artisans, à leurs domestiques et à d'autres personnes qu'ils emploient et avec lesquelles ils ont plus ou moins souvent l'occasion de prendre des arrangements. Il doit leur dire avec une franchise que rien n'arrête ce que disait saint Jean- Baptiste au roi Hérode, nonlicet, ceci n'est pas permis parce que c'est commettre un injuste dommage ; non licet, cela ne l'est pas non plus, parce qu'il y a un préjudice aux droits du prochain, et que la stricte équité n'y est point observée.
74. — Deuxième avertissement. La restitution est un acte qui appartient non-seulement à la justice, laquelle exige que l'on satisfasse entièrement au droit dont chacun jouit de recouvrer ce qui lui a été ravi, mais encore cette restitution est un précepte que la justice impose avec une telle rigueur qu'il n'y a pas de prêtre qui soit en droit d'en dispenser. Je dis ceci, parce que le directeur trouvera souv(nit des personnes ignorantes qui se tigurent que la restitution t^si une pénitence ou uneobli»
gation arbitraire imposée par le confesseur en expiation des vols commis, ou d'autres dommages faits au prochain et par consé' qucnt strictement obligatoires. Ces personnes répondent quelquefois au confesseur : Mon père, veuillez ne pas m'imposer cette pénitence, c'est une obligation qui m'est trop à charge. Ordonnezmoi toute autre chose et je vous promets de l'accomplù-. On doit instruire ces personnes selon les principes que nous donne le Docteur angélique (4. Dist. 15, Qu. I, art. 5). Il nous dit que le couiosseur tient la place de Dieu, mais qu'il ne tient pas la place de celui auquel le pénitent doit faire une restitution. Et si le pénitent avait par un vœu devant Dieu contracte l'obligation d'employer à son service toutes ses facultés temporelles, le confesseur pourra, en vertu d'un pouvoir qu'il en aura reçu, prononcer au nom de Dieu dont il est le lieutenant et dispenser ce pénitent d'une obligation de cette nature et la commuer en une autre moins grave. Mais si le pénitent, par suite de quelque acte injuste, s'était mis dans l'obligation stricte de restituer, le prêtre, quoique muni d'une autorité extraordinaire quelconque, ne pourra pas le dispenser, parce qu'il n'est en aucune manière dans le sacré tribunal le fondé de pouvoirs du créancier. Celui-là seul qui a droit à une restitution pourrait l'en dispenser^ mais nous supposons ici que telle n'est pas son intention. Il suit de tout ceci, que le pénilent doit choisir entre ces deux extrêmes; c'est d'obéir aux lois rigoureuses de la justice qui lui impose ime satisfaction pleine et entière ; ou de se livrer à la damnation éternelle, point de milieu. Telle est la conclusion du Docteur angélique (2. 2. Quœst. C2, art. 2). Cum conservare jmtiliam sit de necessitaie salulis, comequens est, quod restituere ici qnod injuste ahlaium est alicui, sit de necessitaie salutis. S'il est de toute nécessité pour le salut éternel d'obtempérer aux préceptes de la justice, il s'ensuit qu'il est nécessaire à notre salut de restituer tout ce qu'où a ravi contre les règles de l'équité.
75. — Troisième avertissement. Le directeur ne doit pas 5e montrer lacile à croire les raisons alléguées par certaines personnes pour se dispenser de remplir les obligations que leur impose la justice, eu s'excusaiit sur leur impossibilité de restituer le bien d' autrui; car, le plus souvent, ces raisons d'impuis» sance ne sont point suggérées par la vérité, mais par la pas* sioii. 11 doit examiner, dans la balance du sanctuaire, ces imf
puissances qu'on allô^no, et il s'assurera do la sorte que d'opdinaiii' elles n'ont d'autre fondement ({u'inie attache aux bii'US de la fortune et à l'arj'ent dont elles ne veulent pas se dépouiller, ou bien sur certain dérangement que cette restitution leur ferait sonfTrir eu les privant d'une partie de leur avoir. Or, ce n'est point là un motif raisonnable pour justifier une di.-pense de l'obligation qui incombe à ces personnes de rempli r leur devoir ; smis cela, nul ne serait astreint à la restitution, car on ne peut eflectivement restituer sans qu'il en résulte quelque, dommage. Il ne sert de rien de dire que l'inconvénient est considérable, car s'il l'est pour celui que l'on a lésé dans ses intérêts, il devra l'être pareilloBient pour celui quia commis, à son égard, une injustice. La raison nous dit que s'il y a quelque chose à soufirir, c'est plutôt pour le coupable qui a commis une injustice que pour l'innocent qui en a été \'ictime.
76. — 11 est d'autres personnes qui allèguent leur impuissance en disant qu'elles n'ont pas l'argent nécessaire pour remplir les devoirs de la justice. Mais le directeur leur fera observer qu'elles n'en manquent pas pour satifaire leur vanité, pour contenter leui' gourmandise, pour prendre part aux divertissements, et quelquefois même pour se livrer à la débauche ! 11 leur dira donc de mettre à part le superflu de leur argent et même de se tenir un peu plus restreintes dans leurs dépenses nécessaires; de cette manière elles pourront satisfaire aux obligations que leur impose la justice,, en restituant ce qu'elles ont pris, etengcnéraltûutce qu'elles ont pu acquérir par des moyens illicites; car, si ces personnes réussissent à tromper leur directeur en disant que la restitution leur est impossible, elles ne pourront pas néanmoins tromper Dieu qui voit eue uite tout.
77. — Si le pénitent était dans une position telle que même en ne faisant aucune dépense qui excédât la stricte nécessité,
il ne lui fîit pas possible d'accomplir le devoir de la restitution , ; le directeur devrait lui ordonner de le faire insensiblement et peu à peu, puisqu'il ne peut pas restituer le tout en une seule fois; car enfin, Dieu et la justice lui imposent cette obligation. Que ferait ce pénitent s'il avait devant sa porte un grand monceau de pierres qui l'empêcheraient de pénétrer dans sa maison ? Il est bien certain qu'il les transporterait ailleurs pour que l'accès de sa porte devînt libre. Mais quelle conduite tiendraitil pour opérer ce transport? Il ne pourrait pas enlever ces
pierre? en une seule fois et cuipuiti jaiiienri ceUclomdo masse; il ne pourrait pas, en un mot, exécutej- ce qui serait au-dessus des forces mêmes de Samson. Il se mettrait à l'œuvre, et, en transportant une pierre après l'autre, il parviendrait, en peu de temps, à débarrasser l'entrée de sa maison. Qu'il fasse donc la même chose pour enlever de sa conscience ce monceau d'injustices qui l'accablent et le font ployer sous leur poids. On ne peut pas restituer en une seule fois ce que l'on a pris? Restituez donc par intervalles, et, en agissant ainsi, il vous faudra peu de temps pour remplir le devoir que vous impose la justice, pour décharger votre conscience de ce poids sous lequel elle succombe, et pour rassurer votre âme.
78. — En somme, le directeur doit s'eflForcer de graver profondément dans le cœur de ses pénitents qui se trouvent dans des positions analogues, ce principe si souvent répété dans les écoles de théologie : Non remittitur peccatum, nisi restituatur ablatum. Les atteintes graves qu'on a laites à la justice et à sa propre conscience, ne peuvent être réparées que par une entière et complète restitution. On peut s'en confesser une et autant de fois qu'on voudra, on peut éprouver du regret et pleurer à chaudes larmes les injustices qu'on a commises ; toutes ces larmes seront infructueuses, et ce repentir n'aura pas la sincérité qui doit le caractériser, jusqu'à ce qu'on eu soit venu à une réparation effective en restituant le bien mal acquis par des moyens que réprouve la justice, comme le dit saint Augustin : Si res aliéna i^ropter qimm peccatum est, cum reddi possit, non reddilur, pœniientia non agilur, scd fingilur. ( Ep. 54, ad Macedon.).
79. — Quatrième avertissement. D'après ce qui vient d'être dit, et mieux encore , d'après son expérience dans un ministère (le plusieurs années, le directeur aura compris, et restera convaincu, que les restitutions sont fort peu nombreuses. Je voudrais qu'il fût aussi bien persuadé d'une autre vérité; c'est que les restitutions elles-mêmes qui sont faites, n'ont pas lieu, trop souvent, selon toutes les règles prescrites, et que les torts ne sont pas réparés proportionnellement aux infractions commises contre la vertu de justice. Je m'explique. Il en est plusieurs dont les mains sont pleines du bien d'autrui. Ils peuvent restituer tout ou parti(i de leurs injustes profits, mais ils diffèrent d'un jour à l'autre, sans un légitime motif.
'cMirs reslilulions. Us vivent pourtant dans tm état de Iranquillili' et sans ancnne SDi'te de scrupule. Us g'iniat^inent qu'avec la bonne volonté de restituer, ou a suffisamment saîistuit an devoir de la jnsticii et à celu^ de la cor.scirucc. Ces personnes vivent en état de péché mortel, elles foni t.C!îti::'.itllement injure à la justice et à leur prochain. La raison n'en est p.r? douteuse. L'^ commandement de la restitution, bien qu'il soit eu partie allirniatif, entant ([u'il ordoiuie positivement la réparation dt-a dommages est aussi en partie négatii on tant qu'il déji'ud i'iniuste détention du bien d'autrni. Or, il est indubitable qu'un rccepte négatii oblige constamment à l'observation do. cr qu'il prescrit, et, par conséquent, on pèche contre ce précep.j à chaque instant qu'on le transgresse. Un concubinaire, pa** exemple, qui est continuellement sous le poids du précepte négatii qui lui défend de garder chez lui sa complice, est «n état permanent de péché tant qu'il ne ia renvoie pas. C'est ainsi pareillement qu'un homme injuste, possesseur du bien d'autrni, qui est toujours sous le coup d'un commandement rigonr '.ux par lequel la justice lui défend de retenir le bien d'autrni, c^î aussi en état de transgressi(ni iucessanle de ce même commandement, et pèche continuellement tant qn'il ne restitue pas, lorsqu'il le peut, le bien mal acquis.
80. — Ce qui vient d'être dit s'explique par un trait que raconte Surins dans la vie de saint iNlédard (8 junii). Un habitant de la campagne vola à ce Saint une vache qui portait au cou une clochette; il la fit entrer dans son étable et ferma la porte àclei, afin de l'y tenir cachée. Mais qu'arriva-t-il? la clochette ne cessait de résonner, quoique l'animal se tint en repos„ Alors le paysan voleur, craignant d'être découvert, détacha lu cou de la vache la sonnette et la mit par terre , mais elle ne cessait pas de résonner. ïl s'avisa de la remplir de foin, elle sonnait toujours ; il se décida à la placer dans une boîte, mais le bruit ne discontinuait pas ; enfin ce villageois , épouvanté de ce prodige si manifeste, reconduisit l'animal à saint Médard, et quand il eut été remis à son maître, la clochette ne résonna plus. La même chose arrive à ceux qui touchent au bien d'autrni. La justice, pareille à une clochette importune, résonno toujours au fond de leur cœur en faisant entendre ces paroles d'un précepte rigoureux : Tu ne retiendras pas le bien d'Mitrui. Le coupable, pour se délivrer des importunités d'une réclame T. iir. 5
intérieure, se confesse : il y revient à diverses reprises, maïs tant qn'il n'en vient pas à la restitution, la justice, offensée do tant de retards, persiste à faire retentir au fond de la conscience de cet homme ce refrain inévitable : Tu ne retiendras pas le bien d'auirui. La justice ne se donne aucun repos jusqu'à ce que le bien mal acquis soit retourné dans les mains de son propriétaire; elle ne laisse goûter au coupable contumace, dans son péché, aucune tranquillité. Le directeur doit donc faire bien comprendre à ses pénitents cette doctrine qui les éclaire sur leurs devoirs, quand ils ont le malheur d'avoir commis quelque injustice. S'ils ne s'y conformaient point, leurs restitutions, elles-mêmes, si elles étaient diflérées, ne sauraient produire, comme il arrive souvent, que mille autres injustices, dont un retard indéfini serait la trop féconde source.
81. — Le directeur trouvera certaines autres personnes qui, parle moyen de quelques messes et de quelques légères aumônes, croient pouvoir réparer les dommages faits au prochain, quoiqu'elles connaissent très-bien la personne qui a éprouvé de leur part des injustices, et ce qui est bien plus déplorable, c'est qu'il rencontrera des confesseurs qui permettent, et même quelquefois imposent des restitutions aussi déraisonnables. On doit les instruire que les messes et les aumônes, comme nous le dit saint Thomas (2, 2, Qu. 62, art 5), peuvent servir de juste compensation pour les torts que l'on a commis envers des personnes que l'on ne connaît pas ou sur lesquelles on n'a pas une certitude suffisante, mais que cela n'a plus de valeur quand il s'agit de personnes connues qui conservent tout leur droit au bien dont on les a injustement dépouillées. Le bien d'autrui est une clameur, comme on a déjà dit, qui résonne sans cesse dans le cœur des injustes détenteurs, et leur intime l'ordre de restituer : Res clamât ad dominum. Vous pourriez bien distribuer aux pauvres autant de trésors qu'en possédait Crésus, et verser dans leur sein tout l'or de Salomon, que ce bien d'autrui crierait tonjours et ne vous laisserait aucun repos, eu réclamant son légitime possesseur.
82. — Zachée nous fournit décela un admirable exemple, et nous y trouvons le vrai modèle d'un homme intéressé qui se repent et revient à de meilleurs sentiments. A peine le divin Sauveur eut-il mis le pied dans sa maison, que Zachée, intérieurement éclairé des diviii«» lumières de son hôte, prit la résolu-
lion tic ivstiUicr eom{il<''t(Mnoiit tous- les biens qu'il avait pu acquérir injusteniiMit [>ai- ses tjpérutions liuaucières. D'abora il «'oflrit à ilislrihuer aux |»;uivres la moitié de ses biens pour réparer (les toi'ls oonimis envers des personnes inconnues : I-^cce dimidium bonuruin mcorum do pauperibus. Ensuite il contracte roblii^atiou de restituer eu particulier le bien qu'il avait pu ravir iïijustement aux i>ersounes qu'il connaissait, et non content de rendre autant (pi'il croyait avoir dérobé et eu juste pro[»ortiou de ses injustices, il promit de payer quatre fois autant qu'il devait de réparations pour toutes les injustices qu'il avait commises : Et si quid aliquem defraiidavi, reddo quadruplum. C'est pourquoi Jésus-Christ, voyant que Zacbée exécutait ses restitutious d'une manière aussi parfaite, lui donna l'assurance qu'en ce jour-làil avait mis dans un état de sécurité sou âme : Uodie salus huic domui a Deo fada est. {Lucœ, 19). C'est ainsi que, par une semblable compensatiou, celui dont la conscience est chargée d'injustices envers le prochain devra les réparer, s'il veut obtenir le salut de sou àme e^ se le procurer par un haut degré de perfection.
83, — Le directeur ui rencontrera d'autres qui voudraient bien restituer sans tirer de leur bourse mi denier. Mon Père, disent-ils, j'entendrai la messe, je fei^ai des communions, je réciterai des rosaires pour l'âme de ceux à qui j'ai fait tort. Le directeur demandera à ces pénitents s'ils seraient eux-mêmes Dieu satistaits qu'uu débiteur qui doit leur payer cent écus fît |)our eux, en remplacement de cette somme, plusieurs prières pour le repos de leur âme ; ils répondraient d'une manière négative, et ils déclareraient qu'ils ne veulent de lui aucune prière, mais qu'ils en exigent les écus qui leur sont dus. Eh bien ! répondra le directeur à son tour, ceux qui vous doivent ne veulent pas de vos prières, mais leur bien que vous leur retenez, parce qu'en réalité les œuvres pies d'une sphère toute difiérente, ne peuvent pas être une compensation proportionnelle aux préjudices commis envers le prochain dans ses biens temporels.
84. — Cinquième avertissement. Le directeur ne doit pas facilement ajouter foi aux paroles de ceux qui promettent la res< titutiou du bien mal acquis et la réparation des dommages, mais avant de les absoudre il doit les contraindre à remplir leurs obligations de justice, et principalement dans deux cas : Premièrement, le directeur doit tenir cette conduite, si déjà ces pé-
nitonts n'ont pas tenu yuixy.c à leur confesseur, auquel ils avaient fait de pareilles promessses, parce que leur infidélité les rond nécessairement suspects; secondement, dans le cas où ces pénitents seraient encore en possession des o])jets iniustement retenus, parce que si, par exemple, c'est de Targen,, et qu'on leur donne le temps de le dépenser, la restitution i/en sera que plus difficile. En un mot, on peut comparer les restitutions à certains fruits qui ne mûrissent pas en automne, et si la saison de rhiver les trouve dans cet état, leur suc eri sera toujours aiure' de même, si au moment où le sacrement de pénitence a réchauffé le cœur de ces personnes , la restitution ne s'opère point, et si, semblable aux fruits dont nous venons de parler cette œuvre de justice n'arrive pas en ce moment à sa maturité, surprise par le froid du vice, elle ne peut point s'accomplir.
AKTIGLE m.