‹ Guide ascétiqueChapitre 9 sur 89 · BO · texte numérisé non relu

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pas du tout surpris. Ce prêtre avait expulsé de son cœur la jn»» tico en commettant cet acte qui lésait le droit et les intérêts de ce pauvre voisin. Il n'était donc plus digue de la paix; et puisque, selon la parole du Psalmiste, la justice et la paix s'embrassent mutuellement, 7M5^i7 /a et pax osculatœ sunt, ce prêtre ne méritait plus celte paix, puisqu'il s'était fait l'ennemi de la justice. Si donc ces deux amies sont si étroitement unies ensemble, chacun peut voir, avec la dernière évidence, combien ijous avons besoin de la vertu de justice, puisque sans elle nous ne pouvons obtenir, je ne dirai pas le ciel, mais pas même sur la terre notre bonheur qui consiste entièrement dans la paix intérieure de notre cœur.

60. — Je veux cependant aller plus loin et dire que, si Ton n'observe pas la justice, non-seulement la paix ne peut pas régner , mais que l'existence sociale est impossible, et comme dit saint Augustin, qu'un état ne peut pas exister, qu'u'i royaume, qu'une ville , que toute agglomération civile ne peuvent se maintenir. En efîét, un peuple réuni pour la vie civile signifie une société de personnes astreintes aux lois, pour le bien commun, et il est manifeste que là où la justice n'exerce pas son empire, l'observation des lois est nulle. IJbi ergo justitia vera non est nec jus potest esse : Quod enim jure fit, profecto juste fit, quod autem injuste fit, jure fieri non potest. Le saint Docteur en conclut que là où ne se trouve pas la justice, il ug peut exister de forme sociale ni d'état où l'on puisse vivre civilement. Quocirca ubi non est vera justitia, juris consensu sociatus cœtus hominum non potest esse, et ideo nec populus , juxta illam Scipionis et Ciceronis de finit ionem... procul dubio colligitur, ubi justitia non est, non esse rempublicam. [De Civit- Dei, iib. xix. cap. 21), Bannissez du monde la justice et vous verrez à sa place s'établu', partout, l'empire de la force^ et régner eu tout lieu la violence. Persoime n'est plus maître de son bien; on peut le lui ravir à tout instant, et la rapine est la loi suprême. On ne peut plus être assuré de sa vie ni de son honneur ; tout se courbe sous le joug de la cruauté, de la barbarie, des plus sanglants outrages. Nous deviendrons tous semblables à ces habitants de l'Amérique qui vivent dans des cavernes et 86 poursuivent les ims les autres comme des bêtes sauvages, estimant entre eux, comme le plus fortuné, celui qui a déployé plus de violence, de barbarie et de cruauté. En un mot, le grau(^

Docteur , dt^j;\ cité , nous dit que si la justice disparaît, les royaumes ne seront pbis (jue dos brigandages sur une large éflielle; et que sont Ii's l>an(les de voleurs si ce n'est de petits états composf^s de brigands ? Remota justitin, qin'd stint rcgna, nisi maijna latrocinia ? Qitia et ipsa latrocinia qiiid siint, nisi parra rcgna? {De cwit. Dci, lib. iv, cap. \). Tout le monde doit ilouc avoir à cœur la justice quand on désire vivre selon les lois de rbumanité, et non point à la façon des animaux sauvages et des bêtes féroces qu'on ne saurait apprivoiser.

61. — Mais si tous les hommes doivent aimer la justice comme une vertu absulument nécessaire à la bonne harmonie d'une société, les souverains doivent encore la chérir davantage; car c'est à eux que la justice a remis ses balances, pour qu'ils agissent en toutes choses d'une manière conforme à l'équité ; et de même qu'ils doivent exiger de leurs sujets la soumission nux lois et en punir les transgresseurs , ils sont pareillement tenus de s'en montrer encore les plus zélés observateurs. C'est pourquoi saint Grégoire nous dit : Siammim in regibus bomnn est jiistitiam colère, et sua cuiqne jura servare, et subjecfis non sinere quod potestatis est fieri, sed quod œquum est cusiodire. {Lib.y\\,epist. 121). La principale vertu des monarques est de pratiquer la justice, de sauvegarder les droits de chacun et de ne permettre à leurs sujets aucune violence ni oppression de leurs semblables. Saint Augustin rapporte qu'un pirate ayant été un jour conduit devant Alexandre le Grand, celni-ci lui adressa de vifs reproches en lui disant : Pourquoi, brigand que tu es, viens-tu infester ces mers par tes pirateries. Le corsaire répli(iua avec une audace insigne : Et toi, Alexandre, pourquoi fais-tu la même chose que moi sur la terre avec une nombreuse armée, et te donne-t-on le titre glorieux de général et d'empereiu"? Namcum idem rex hominem interrogasset, quid ci videretur ut mare haberet injecticm ? Ille libéra coutumacia : Quid tibi inquit, ut orbem terrnrtnn? Sed quia ego id exiguo navigi{ fac'io, latro vocor ; quia tu magna classe, imperator? {De civil. Dei lib. iv, cap. A). Ce pirate voulait dire, par ces paroles, que les rois, en violant les règles de la justice, se mettent au même niveau que leurs sujets, coupables du même crime.

G-2. — Je ne veux point ici m'é tendre sur les actes particuliers de la justice qui doit présider aux contrais, aux ventes, *ux achats et aux restitutions, et moins encore sur la diitribu-

tion des récompenses et des chàtimeuls, parce que celle mali^re regarde les jurisconsultes et rentre dans le domaine de la iiieijlogie morale. Il me suffit, à moi, simple auteur ascétique, d'avoir exposé l'essence, le prix intrinsèque et la nécessité de la justice pour la faire cliérir du lecteur en lui eu révélant les charmes. Je passe donc à présent aux moyens que l'on doit mettre en œuvre pour acquérir cette belle vertu et je ne parlerai que de ceux qui me semblent les plus propres à faire atteindre ce but.

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