‹ Guide ascétiqueChapitre 15 sur 89 · NI · texte numérisé non relu

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visihilibns , ea qnœ non vidcnlur, amare? Quelle pins prand« forco [icuton se figurer que celle dont ou a besoiu pour soumettre à la raison tous les mouvenieuts déréglés de l'ùme, pDur réprimer par une vigueur spirituelle tous les apiiétits de la chair, pour briser continuellement sa volonté, pour concevoir im proioud mépris de toutes le.« choses visibles et attacher exclusivement ses aflections aux choses surhumaines et célestes? Saint Ambroise nous enseigne la même doctrine {De Officiis, lib. I, cnp. 36). Rêvera jure ea fortitudo vocatur , quando wius' quisijue se ipsum vincit, iram continet , nidlis illccebris emolli' tur. utque in/kciitur, non adversis perturbatur , nov exlollilur secundis, et quasi vento quodani variarum rerum circumfertur muladone. En réalité, dit le saint Docteur, la vraie force se ti'ouve à se vaincre soi-même, à réprimer sa colère, à ne pas se laisser séduire par l'attrait des voluptés, à ne pas s'enorgueillir dans la prospérité, à ne pas se laisser abattre dans l'iRlversité, à ne pas, enfin, s'abandonner à la merci des vents inconstants des vicissitudes humaines.

401 . — Si ensuite on a le courage de persévérer, pendant «ne longue suite d'années et jusqu'à une extrême vieillesse dans cet e abnégation continuelle de ses inclinations, en menant une conduiie telle qu'on vient de la dépeindre, c'est-à-dire dans l'exercice de la pénitence et de l'austérité, on se rafîermit dans cette force dont il vient d'être parlé, car il est impossible de vivre longtemps dans une mortification de corps et d'esprit, si l'on n'est pas efficacement soutenu par cette vertu si puissante. Et en efiet, saint Atbanase, dans la vie du grand anachorète, saint Antoine, fait ressortir de cette constance la force énergique dont fut revêtu le patriarche des cénobites : Et hinc colligite, quanlus virDeiA7itoniiisjuerit,qiii ab adolescentia usque ad tant grandem œtatem idem studium acre promptuinqne in ascetica servarit, nec senectuti lautiorcm cibum desiderando succubuerit, nec ainissis corporis viribus indumentum mutaverit. Comprenez comliien saint Antoine fut un grand serviteur de Dieu, lui ijni, dès son enfance et jusqu'à une vieillesse décrépite, se montra toniouis }dein de la même ferveur et toujours enflammé du même désir de la perfection. Il ne lui arriva pas de rechercher une nourriture plus délicate lorsqu'il lut sous le poids des années, ni de chercher un soulagement pour ses membres refroidis par l'âge en se couvrant d'habits plus moelleux et plus chauds. T. m. 6

J02, — Le second degré de la force consiste à s'exposer an danger de perdi'e la vie pour le bien spirituel ou temporel du prochain. Notre-Seigneur nous dit, que nous ne pouvons donner de plus grande preuve de notre amour pour le prochain qu'en donnant la vie pour ses amis. Majorem hac dilectionem nemo habet, ut animam suam ponat guis pro amicis suis, {Joann. 15, 13), parce que soufirir la mort pour les autres est un sacrifice extrêmement ardu, et c'est par couséqueut la preuve d'un grand amour, en même temps que cela est un acte héroïque de force. Ceux qui se dévouent à servir les pestiférés en s'exposant au danger évident de contracter ce mal contagieux et d'y trouver la mort, pratiquent la charité et la vertu de force dont nous parlons. Il en est de même de ceux qui vont prêcher la foi dans les régions lointaines , peuplées de sauvages et de barbares , comme l'a fait un saint François Xavier , qui a eu beaucoup d'imitateurs. Ceux-ci, enflammés d'un saint zèle pour éteudre le royaume du Christ en lui conquérant de nombreuses populations, aârontêrent les nombreux dangers d'une traversée pour aller dans le nouveau monde, constamment entourés de mille dant; rs sur mer et sur terre et exposés à y trouver une mort violente : In itineribus sœpe, periculis flnminum. , voriculis exgcntibus, periculis incivitcde. uericulis in soliiudine, periculis inmari, periculis in falsis fratrihus, c'est ce qu'avoue l'Apôtre en parlant de lui-même (2. Ad Corinth. 11, IQ). Tous ces actes de force particulière sont mentionnés par le Docteur angélique, et il place généralement au nombre de ces mêmes faits illustres delà vertu de force toute espèce de danger de mort que l'homme affronte pour le bien du prochain : Fortitudo vroprie est circa pericula mortis, quœ est in bello ; sed circa vriculac' iscumque mortishonm volesfpericulum subire propler virlulem ; pulaquum aliquis non refugit amico Infirmanli obsequi vr^ iler limorem mortiferœ injeclionis; vcl quumnon re/ugit itinerariad aliquod pium negolium prosequenduni. Drapier timorem nnu^.agii, vel latronum. (2. 2. Quœst. 123, art. 5). 11 admet encore trois autres actes de force parfuMdière. Cum aliquis judex, vel eliam privata mrsona non rcccdit a reclo judicio timoré gladii imminentis, vel cvjusquam periculi, etiamsi sit mortiferum. Quand un iuge ou une autre personne privée ne se livre pas à une prévarication contre la iustice, malgré un danger et par crainte de k mort qui le menace proebainemeu^,

i03. — Le troisième lîegré de la force est de s'expopnr courajïtMisement au martyre. S' l'on peut donner le titre de fort j celui qui ne redoute pas un dan^'cr de mort, il faudra certainement accorder cette glorieuse qualification à celui qui ne craint pas une mort prête à fondre sur lui, et qui même, l'affronte pénéreusement, surtout quand il se propose pour sul)linie fin la fidélité à son Dieu et à sa foi. Sous ce dernier rapport, la ioroe du martyr saint Ignace fut véritablement admirable. Condamné au supplice des bêtes féroces dans le cirque de Rome, il accueillit cette sentence comme s'il eût été appelé au triomphe. ttinam, disait-il, fniar bestiis, quœ mihi sunt paratœ, quas et oro mihi veloces esse ad interitum, et ad supplicia, et allici ad comedendum me : Ne siciit alioriim, non audeajit corpus meum attinyere- Quod si venire nohierint, ego vitn jaciam, ego me ingeram ut dévorer. Quand me sera-t-il donné, non pas disaitil, de souflrir, mais de jouir des morsures de ces bêtes féroces qui sontdéjàtoutes prêtes? Je désire uniquement qu'ellesne s'approchent pas de moi lentement, mais avec impétuosité et enflammées de rage pour me donner la mort et qu'elles s'élancent avec avidité pour me mettre en pièces. Oh ! puisse-t-il ne pas m'arriver ce quia eu heu pour plusieurs martyrs envers lesquels ces animaux ont manifesté une douceur telle qu'ils n'osaient s'approcher d'eux pour les dévorer. Si cela devait être ainsi, je volerais à leur rencontre, je les irriterais pour les exciter à me déchirer de leurs griûes. Ignis, crux, besticB, confractio ossium, membrorum divisio, et totius corporis coniritio et tormenta diaboli in me veniant, tantum utChrislo fruar. (S- Hieron.inlib. de Scriplor. ecclesiast.). Puissent fondre sur moi les flammes, les croix, les bêtes féroces ! Puissent mes os être brisés, mes membres mis en lambeaux, tout mon corps déchiré et moulu ! Puisse le décion réunir sur moi tous les tourments que sa rage pourra lui inspirer, pourvu que j'aie le bonheur de jouir des doux embrassements de mon Jésus !

404. — Dans nos siècles plus récents et presque de nos jours, on a vu éclater de beaux exemples de cette vertu. Nous pouvons citer un Jean Fischer, cardinal de la sainte Église romaina qui, condamné à mort par l'impie Henri VIII, roi d'Angleterre, pour sa cons^ance dans la foi catholique, quand il vit la lureur peinte sur le visage du bourreau et briller le glaive qui devait lui donner la mort, ne ût entendre aucun sounir ni aucun*

plainte, et bien loin d'être saisi d'épouvante, entonna plein d^allégresse le cantique Te Dcum, pour montrer la ioie dont sou âme était remplie au moment où arrivait pour lui l'iierreux terme de ses désirs. [Thotn. Bozio, de Signis Eccl. lib.i.cap. 22. an. Dom, 1534). On en a vu, qui, au milieu des flammes de leur bûcher, ont pris des tisons ardents et se les sont mis sur la tète en se faisant une gloire de leurs tortures ; d'autres qui, s'échappant des mains des bourreaux, ont couru se précipiter au milieu des flammes, impatients de sacrifier leur vie pour Celui qui était mort pour eux. Qu'ils sortent maintenant de leur tombe les Scévola, les Curiaces, les Curtius, et d'autres que l'histoire romaine exalte comme des héros de force, et qu'ils nous d:sent si leur cœur éprouva autant de dévouement, d'impatience et d'ardeur pour sacrifier leur existence à la vaine gloire du monde, qu'il s'en manifesta dans ceux dont on vient de parler, et dans une foule innombrable d'autres héros du Christianisme, pour faire à la vraie gloire de Dieu un pareil sacrifice.

J05. — Le quatrième degré de la force consiste à supporter avec fermeté les maux les plus terribles dans des circonstances subites et imprévues, car Aristote nous dit, que c'est le propre d'un liomme fort de se montrer plein d'assurance et d'inlré[ùdité à l'approchedela mort ou d'auti^es événements qui inspirent une juste terreur. Is homo for fis proprie dicitur, qui circa honestam mortem, eteaomnia, quœ repente eveniunt etafferunt illam imperterriius est. {In 3 Ethic). C'est, en effet, dans les circonstances imprévues que l'on reconnaît si une àme s'est affermie dans cette habitude d'imperturbabilité qui est le caractère de la force. Saint Thomas en fait connaître la raison en disant, que l'habitude agit comme la nature. : Habitus agit in modum naturœ. Et par conséquent , comme dans les cas imprévus on n'a pas le temps de réfléchir , de préméditer et de se disposer à tenir tête aux maux qui fondent sabiti^ment, alors on agitd'ime manière imparfaite par un instinct naturel, ou bien vertueusement par un efiet de l'habitude. C'est pourquoi lorsqu'on accomplit un acte où la force se révèle, cela prouve qu'on en a acquis rbal)itude et qu'on possède cette vertu.

406. — Le cinquième degré de la iorce est de subir des maux torril)les avec joie, et c'est ici l'béroïsme de la force, puisque cet héroïsme consiste à faire avec plaisir des choses difficiles

dans la pratique tlelavorln. Li^ Doolonr anc;(^liqiie Histinûrne deux sortes de délectations {Qu. cit. art. 8,) l'une qui consiste dans le corps et l'autre qui réside dans l'àme. Or, il est certain qu'au milieu des coui>s de fouet, de hache, d'épée. au milieu •les ardents Itrasiers, il ne peut se trouver aucune délectation pour le corps puisqu'il y a en tout cela de mortelles tortures; mais pourtant au milieu de ces supplices corporels IVune peut goûter des délices spirituelles en se réjouissant de souiïrir pour son divin Rédempteur. En efiet, Eléazar savourait de telles délectations, pui-qu'au milieu des tourments il disait: Duras rorporis siistineo dolorcs ; secundumanimnm vero,propter iimorem tuum libenter hœc palior (2 Muchub, 6^ 30). Je souffre dans mon corps d'atroces douleurs, mais au fond de mon âme je les supporte volontiers. Cette délectation de l'âme se init admirer aussi dans le martyr saint Vincent, <lont saint Augustin nous dit : Tanta grassabatur cnidelitas in martyris corpore, et tanta iranquillitas prœferebatur in voce, tantaque pœnarum asperilas sœviebal in membris, ut miro modo putares, Vincentio patiente, alium loquentem non torqueri. (Serm. Martyr. Vincent.). Il dit que la violence des tortures qui mettaient sa chair en lambeaux était si grande, et qu'en même temps la sérénité de son visage et le calme de ses paroles étaient si admirables qu'on aurait pu croire qu'il y avait là deux hommes, l'un qui souffrait d'une manière atroce et l'autre qui montrait un front joyeux et une tranquillité parfaite dans ses discours. SaintTiburce nous offre un exemple de même nature. Forcé par ses bourreaux de marcher sur un pavé recouvert de charbons ardents, il disait, qu'il lui semblait marcher sur des fleurs moelleuses. On pourrait citer raille autres traits de ce genre que l'Église a consacrés dai^ s ses aimales, et nous voyons des héros chrétiens qui, au milieu des plus cruels tourments chantaient les louanges de Dieu, le bénissaient, et qui parla joie qui inondait leur visage, et leur 1. jrce d'âme, étaient eux-mêmes un supplice pour ceux qui les tourmentaient.

107. — Mais, ce qui paraîtra plus étrange, c'est que^ dans ces âmes si lortes, le plaisir de souflrir pour Dieu était à un tel point rempli de charmes qu'elles ne sentaient plus l'aiguillon de la douleur, ou bien, si cet aiguillon se taisait sentir, il se changeait aussitôt en une délectation ineLable, comme cela arrivait aux Apôtres pour lesquels les afironts n'étaient pas

des sujets de tristesse, mais <lc joie : Ibant gavâentes a co7ispec'u' concUii ; quoniam digni hahiti svnt pro nomine Jesu C07itamcliam pati. {Act. 5, 41). Parmi un si grand nombre de faits que je pourrais citer, j'en choisis un seul qui me semble plus digne d'admiration que tant d'autres, car le héros fut un adolescent d'un âge peu avance, [lliomas Bozio de Signis, lib. u, cap. \, num. 6, anno Domini 1576). Un icune Espagnol, nommé Jean, né à Medina-del-Campo, âgé de douze ans, fut capturé par des pirates du Malabar, et lut donné au roi de cette contrée. Ce prince fut enchanté de l'heureux caractère et des douces manières de cet adolescent et le prit en amitié ; mais cette afîection était mille lois pire qu'une haine mortelle; car l'amour que ce prince avait conçu pour l'adolescent le porta à employer toutes les ruses possibles pour lui iaire abandonner sa loi chrétienne et lui faire embrasser le mahométisme. Les premiers assauts qu'il lui livra pour vaincre sa répugnance lurent de belles promesses et surtout celle de lui faire épouser sa propre fille, qui était douée d'une rare beauté. Pour l'en rendre amoureux, ce prince la fit venir en présence du jeune adolescent, parée de ses plus beaux atours et couverte de riches haldts; mais s'apercevant que le cœur de l'adolescent était aussi ferme qu'un rocher d*evant toutes ces séductions, le ])rince eut recours aux menaces en lui fidsant entrevoir les tourments les plus cruels s'il ne se rendait pas à ses désirs. Mais, comme le généreux adolescent déclarait qu'il se soumettrait aux plus durs traitements plutôt que d'être infidèle à la loi de son Dieu, l'exécution suivit les menaces. Ce borbnre ordonna qu'on lui coupât tous les doigts, puis les deux mains, ensuite les bras, et puis encore les pieds. Il lui fit ainsi dépecer tous les membres l'un après l'autre, par un martyre d'autant plus cruel qu'il était lent. Et comme les bourreaux, en exécutant des ordres si inhumains, lui disaient de temps en temps d'avoir pitié de lui-même et l'engageaient à renoncer à Jésus-Christ qui était la cause de ses tourments, l'adolescent leur répondait, avec un visage serein et un Ion de voix naturel, que jamais il n'avait éprouvé une allégresse si parfaite dans son cœur, que son âme n'avait jamais été inondée de si suaves délices, qu'ils pouvaient multiplier leurs tortures, parce que ses consolations ne feraient ainsi que devenir plus parfaites. C'est avec des sentiments aussi nobles que ce jeune adolescent, rem-

— P,7 — pli d'tme force éminemment hcruïqno, reiidil son ftme A son ilivin lliMlempteiir, je ne sais si je dois dire au railimi de ces ntrooes douleurs ou bleu dans cet excès d'allégresse inciioii aille.

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