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UOYENS POUR ACQUÉRIR LA VLRTU DE FORCE

408. — Le premier moyen, c'est de demander à Dieu cette Teiiu. Il est vrai que ceci est un moyen miiversel, [misque toute vertu doit descendre de Celui qui donne tous les biens. Omne dation optimum, et omnc donum perfcctum dcsursum est, descendens a pâtre luminum. {Jacob, i, 17). ûlais encore il n'en est pas moins vrai que la prière est un moyen spécial pour obtenir de Dieu la vertu de force , parce que celle-ci est comme un arbre qui porte beaucoup de Iruits spirituels, mais qui ne saurait pousser dans le stérile limon de notre faible nature, si l'Agriculteur divin ne daignait l'y planter de ses propres mains. En etlet. Dieu nous lait enteivlre cette vérité dans les divines Écritures : Ivoca me in die tribulationis ; eruam te, et ho>yorificabis me. {Ps. 49, 15). Recourez à moi, nous dit le Seignenr par la bouche du royal Prophète, au temps de vos tribulations, et je vous donnerai la force de vous en délivrer et vous m'en glorifierez. Jii Deo speravi, non timebo qiiid facial mihi caro. {Psa/m. 55, 5). L'espérance que je mettrai en Dieu bannira de jacn cœur toute crainte, de mal que les hommes pourraient me faire. Dominus protector vitœ meœ : aquo trepidabo. {Ps. 26, 1). Vous êtes, ô mon Dieu, le protecteur de ma vie, et je ne crams rien. Si consistant adversnm me castra, non timebit cor meum : Si exnrgat adversnm me prœlinm, in hoc ego sperabo. (Idem, 3. 4). Les armées entières pourraient s'élever contre moi et me déclarer une guerre cruelle, que mon cœur, plaçant en vous tout espoir, ô mon Dieu, ne redouterait pas leurs vaillants assauts. Diligam te, Domine, fortitudo mea ; Dominus firmamentum meum et liberator meus. {Psalm. 17, 2). Je vous aimerai, Seigneur, parce que vous êtes ma force, mon refuge, mou libérateur. Dominus fortitudo plebis suce. {Psalm. 27, 8). Le Seigneur est la force de son peuple. Foriitudinem meam ad

ie cmtodiam; quia Deus susccpfor meus es. (Psalm. 58, 10). C'est vous, ô Seigneur, qui êtes l'appui de ma force, car vous êtes mon défenseur. Saint Augustin conclut avec raison de ces paroles que dans les temps de grands maux, c'est à Dieu que nous devons adresser nos prières, puisque de lui seul peut nous venir la force où nous pouvons uniquement trouver un tranquille repos, car il nous vient en aide dans nos tribulations. FortUudo mea Deus est: finnitas tua Deus sit; exoratio tua ipse.sit, Inns tua ipse sit ; ad adjutorium cum ïahoras ipse sit. {In psalm. 35). 109. — Second moyen. Il consiste à prévoir les événements les plus rudes et les plus fâcheux, en se préparant d'avance à les subir. En se délivrant ainsi pou à peu de toute crainte, on peut, quand les malheurs sont arrivés, les supporter avec courage. Le Docteur angélique nous dil qu'une longue et fréquente préméditation de tous les maux qui peuvent nous survenir est d'une très-grande utilité pour les supporter avec une âme ferme. Cela est d'un très-grand profit pour ceux-là surtout qui n'ont point encore acquis l'habitude de la force. Potest auteni aliquis ctiam qui habitu fortitudinis caret, ex diuturna prœmeditatione animum suum. contra pericula prœparare , qua etiam prœparatione fortisutitur, cum tempus adcst. (2. 2. Quœst. 123, art. 0). Saint Ambroise propose, comme par une inspiration divine, le même moyen, et en prouve avec la dernière évidence l'incontestable avantage. Fortis ergo est viri, non dissimulare cum. aJiquid immineai ; sed prœtendere et tanquam explorare de spécula quadam mentis^ et obviare cogitalione provida rebiis futuris ; ne forte dicat postea : Idco in ista incidi, quia non arbitrabar posse evenire. Denique 7iisi explorcnlur adrersa, cilo occupant. Utinbello improviso, hostis vix sustitiflnr, cl si imparatos inveniat, facile opprima ; ita animum ynala inexplorata plus frangunt. {Lib. de Officiis, cap. 38). C'est le propre d'nn homme fort, dit le saint Docteur, de ne point se dissimuler les maux graves quand ils sont imminents, mais il lui appartient de les prévoir et avec les yeux clairvoyants de son esprit, comme du haut d'une tour d'observation, de les voir venir de loin, avant qu'ils ne soient arrivés. ïl peut alors, par cette connaissance de prévision, aller au-devant de ces maux, afin (pi'il ne lui soit point possible de dire ; Me voilà réduit à cette inlorlune, parce que je n'aurais pas cru être exposé à tomber dans une si triste position. Eu un mot, si l'on ne prévoit pas les adversités elles fondroul sur

non s à riin[>r(>viste et nous accableront snhitcmenl. Il en est de ciH'i ((itimu' à la guerre, où l'on ne saurait résister à un ennemi qui ;itl;uine sans qu'où l'ait prévu et qu'on se soit prépirii au couiliat ; il esl très-fiicile de subir une délaite à causu de cette irruption à laquelle on ne s'attendait pas. De môme une Ame nulloment préparée pour faire face aux maux qui vienn<jnt foudre sur elle, eu est facilement aliattue.

1 10. — La raisoîi de ceci est que la crainte contre laquelle la \ertu de force combat, est une passion de l'appétit sensitif qui dépeud de l'imagination, en tant que celle-ci lui représente une cliose comme préjudiciable, nuisil)le et singulièrement antipafbique à sa nature, ce qui fait qu'on repousse cette cLose [)ar un mouvemnent qui n'a rien de noble. Mais si Ton préV ;il les maux qui peuvent survenir et que ces maux soient envisa^T's , par dos motifs surnaturels, comme pouvant être utiles on du moins convenables à la nature raisonnable, on se fait de ces ûiaui une idée totalement opposée et qui empècbe Tap) ctit seiisitii de produire un sentiment de crainte. Bien mieux, oa peut même en éprouver un sentiment de délectation et y trouver une complaisance, comme nous le prouve l'exemple de ces hommes doués d'une si puissante force dont nous avons déjà parlé. Le lecteur doit voir maintenant combien il importe de prévoir tout ce qui peut siu'venir de difEcile et de fâcheux, et cette prévoyance, on peut s'y exciter dans l'oraison, lorsque surtout nous nous y entretenons avec Dieu en méditant. Les enseignements des Saints, les motifs de loi peuvenl aussi nous être pour cela d'un grand secours, afin que, quand les maux 5ont arrivés, nous ne nous laissions point abattre, mais qu'il nous soit possible de les recevoir avec nu imperturbable courage.

111. — Le troisième moyen est de nous appliquer à supporter des maux peu considérables dont chaque jour peut nous amener l'occasion, parce que rame s'habitue de cette manière à acquérir toute la force qui sera nécessaire, quand nous aurons à éprouver de terribles maux. Ei, dit saint Clément d'Alexandrie, {Strom. 7). gui est cognitione prœditus, una cum coqnitione auqetur perfectio fortitudinis ex vitœ exercitatione , quœ est semper meditata vincere motus animi. La personne raisonnable, dit-il, constamment disposée à vaincre les mouvements de la crainte qui tourmentent une âme oeu élevée, voit s'accroître en elle, par l'exercice

^e cette méditation, la vertu de force. On doit donc tenir pour suspects les désirs qu'expriment certaines personnes peu mortifiées qui soupirent après les grandes souffrances; par exemple, la mort des martyrs, les injures, les affronts, les faux témoignages , les railleries, les mauvais traitements, parce que toute personne qui n'a point de force pour supporter des maux peu graves, n'aura certainement pas la force d'afltronter des maux bien plus sérieux et plus terribles.

412. — Le quatrième moyen se trouve dans l'exercice de la méditation sur la force avec laquelle >v'otre -Seigneur alla au devant des peines, des tourments et de la mort. Quand il sentit que déjà s'approchait la bande des soldats conduits par son traître disciple, il ne prit pas la fuite, afin de se soustraire à leurs recherches , il ne se cacha pas pour que ses ennemis qui désiraient sa mort ne pussent pas le saisir, mais se tournant vers les trois apôtres qu'il avait choisis pour aller avec lui au jardin des Olives, il leur dit : Surgite eamus , ecce qui me tradet prope est. [Marc. 14, 42). Levez-vous, ô mes bien aimés, le traître approche , marchons au devant des fouets , des épines , d'une croix, de la mort. Il voulut ainsi, nous dit saint Pierre, accepter avec une prompte résignation et une si admirable intrépidité les douleurs incomparables de sa passion, pour nous laisser un si grand exemple de force qui fût pour nous un puissant motif d'excitation à marcher sur ses traces : Christus passus est pro nobis , vobis relinquens cxemplum , ut sequamini vcstigia ejus. (/. Pétri. 2, 21). Cette force, que déploya notre divin Maître en soufi'rant^le si cruelles douleurs, rendit tant de jeunes gens d'une complexion délicate , tant de personnes du sexe pleins d'une merveilleuse intrépidité. On vit même, enflammés de ce courage surhumain, de jeunes enfants dans un âge tendre, et des vieillards succombant sous le poids des années. C'est cet exemple dont nous parle l'Apôtre, qui inspira un si énergique courage à tous ces athlètes chrétiens, qui virent sans aucune crainte étalés à leurs regards les glaives, les verges , les brasiers , les ongles de fer, les roues garnies de faulx tranchantes et les tortures les plus épouvantables qu'on allait leur faire subir. Ce fut cette même lorce dont Jésus-Christ avait donné l'exemple qui fit tant de fois tressaillir d'une sainte allégresse et bondir de joie au milieu des plus atroces tourments tant de martyrs. Les âmes fortes qui se représenteront devant les yeux , les affreuses tor-

turcs de leur divin Rédempteur, ne redouteront plus les menaces des tyrnns, les visages féroces des bourreaux, l'iiornljle aspect des sui>|>lices les plus barbares.

Il.{. — Jérôme Osorio {qu'on 7iomme le Ciccron du Portugal) raconte {de rébus EMumnuelis régis Liisitan. lib. x) que Goudisalve Vescio, bommc d'un esprit élevé, mauie de nation et musulman de religion, ayant reconnu la lausseté de sa croyance, embrassa la foi de Jcsus-Clirist. Par la suite, ayant lait un voyagi- sur mer, il lui arriva, je ne sais s'il laut dire par malheur ou bien par bonlieur, de tomber entre les mains des Mahométani^, (|ui le firent esclave. Ces fanatiques, irrités contre lui de ce qu'il avait abandonné l'impie superstition de Mahomet, iormèrent la résolution d'en tirer vengeance eu lui faisant endurer les plus cruels tourments que leur rage naturelle pût leur suggérer, pour réparer l'injure que Gondisalve, disaientils ^ avait iaite à l'auteur de leur religion. Ils lui firent soufîrir im double martyre, une fois avec son fils, et une autre fois en exerçant leur lui-eur sur lui seul. Ils amenèrent devant lui son innocent eniant, et sous ses yeux ils le mirent eu pièces. Mais Gondisalve, se représentant les tourments endurés par Jésus- Christ, y avait puisé une lorce invincible. Non-seulement la vue des tourments infligés à cet enfant ne fut pas capable de l'ébranler, ce qui était cependant pour un père le spectacle le plus déchirant , mais encore ce souvenir de la passion de Notre-Seigneur lui donna la force d'encourager son enfant à souffrir intrépidement pour l'amour de Jésus-Christ. Après avoir sacrifié le jeune enfant, les barbares eurent à s'occuper d'ôter au père le reste de vie qu'il conservait encore. Ils l'attachèrent à un poteau et le flagellèrent si impitoyablement, que sa chair tombait en lambeaux, et (jue tout son corps n'était qu'une horrible plaie. Puis ils passèrent deux jours entiers à lui déchiqueter peu à peu la chair jusqu'aux os, afin que sa mort lût lente, ou, pour mieux dire, afin qu'il soufïrit plusieurs fois la morl avant de mourir. Pendant ces tortures, l'invincible martyr ne cessait d'invoquer le doux nom de Jésus, et protestait qu'il ne pouvait lui arriver une mort plus glorieuse que celle qu'il endurait dans de si aiûeux supplices, par amour pour son divin Rédempteur, qui avait, pour son salut, subi le supplice de la croix : Nequeenim sibi carius in hacviia muniis concedi potuisse, dkebat, quam pro iliius nomine qui tantos in cruce ^ro gêner Is

humant sainte eruciatus pertulisscf , vilain insigni cruciatu perfumiere. Enfin ces barbares, n'ayant plus la patience d'entendre plus longtemps répéter ce saint nom, si odieux pour leurs oreilles, et celui d'une croix, qui leur était à peine connue, lui arrachèrent la langue. Alors, f»rcé de garder le silence, le martyr exprimait par ses gestes et par ses regards qu'il élevait vers le ciel les sentiments de son cœur. C'est ainsi que ce héros chrétien rendit son âme fortunée à ce Dieu dont la passion avait été constamment présente à sa pensée.

114. — En effet, Jésus-Christ fut appelé l'homme fort par les Anges, qui vinrent au-devant de lui quand il fit son entrée triomphante dans la bienheureuse patrie : Aitollite portas principes vestras, et elevamini poriœ œternales, et introibit rex gloriœ. Quis est iste rex gloriœ? Donunus fortis et potens , Doniinus potens in Drœlio. [Psalm. 23, 7). VI tous ceux qui ont fidèlement marché sur ses traces, qui conservent ici-bas une inébranlable intrépidité, à l'exemple de leur Maître, qui a soufïert généreusement les douleurs et les amertumes de sa passion, méritent aussi le glorieux titre de forts.

il 5. — Le cinquième moyen est un ardent amour pour Dieu. C'est cet amour qui rendait fort et courageux dans les souffrances le grand A[i6lre; cet ar .ar le préservait de toute crainte des tribulations, des angoisses, delà faim, delà nudité, des persécutions, des d;»ngcrs de la vie, des glaives des bourreaux; cet amour lui faisait surmonter tout ce qui peut arri\ de plus terrible à un mortel, comme il le déclare lui-mèra Quis nos separabit a carilate Christi? Tribidatio? An angustia An james? An nnditas? An periadum? An versccutio? An gh dius... Sed in his omnibus superamus, propter cum qiù dilexii nos. {Ad Rom. 8, 35, 37), C'est ce qui iait dire très-à-propos pai saint Augustin : Nihil est tam durum atque jerreum quod non amoris igné vincatur, quocum se anima rapit in Deum, svver omnem carnificinam libéra, et admiranda volabit pennis mlcherrimiSy et integerrimis , quibus ad Dei complexum amor innititur. Nisi vero amatores auri , amatores tandis , amatores feminarum , amatoribns suis Deus sinat esse / jrtiores ; cum iile non amor, sed congruentius cupiditas , vel libido nominetur. (Lib. de morib. écoles, cap. 22). Il dit qu'il n'y a rien de si dur, de si rebelle et de si semblable au fer qui ne soit dompté par le ieu de l'amoar, puisque l'ùme, portée sur les ailes du pur et

«aîiit amour, dégagée de toulo irainle des totirraents que îes hommes iiourraient lui faire cudurcr, s'envole d'une manière Bilmirable vers son Dieu, pour y jouir de suaves embrassemiMits. 11 tant bien convenir «[u'il doit en être ainsi, à moins qi'il ne soit permis de dire que Diiu permet aux amis passionnes (le l'or, de la gloire, des voluptés cliarnellcs, de montrer une force encore plus énergique à soufirir queses amis les plus chers et les plus dévoués. Car enfin , l'amour de ceux dont on vient <le parler n'est pas proprement un amour vrai, mais une passion vile. Le saint Docteur s'exprime de la sorte, parce que, en effet, ou voit tous les jours à quelles rudes épreuves s'assujettissent tant d'insensés pour quelques fragiles douceurs, à quels dani:ers s'exposent tant de combattants pour acquérir une gloire si vaine et si fugitive, à quels graves périls et sur terre et sur mer se dévouent tant de commerçants pour acquérir un peu d'or. Mais si l'amour des biens passagers, qui au fond, n'est qu'une passion méprisable, fait déployer une force tellement vigoureuse dans les cœurs des mortels, combien y en fera naître une plus énergique encore l'amour de Dieu, qui est le véritable, le pur amour, l'amour d'un objet qui en est infiniment digne, et par conséquent souverainement puissant sur nos âmes! Cet amour ne devra-t-il pas, à plus forte raison, produire dans notre cœur une force beaucoup plus robuste, qui lui fera surmonter les maux les plus redoutables?

116. — Le pape saint Léon, en parlant du grand martyr saint Laurent, attribue à l'amour dont le cœur de ce généreux athlète était enflammé pour son Dieu, cette merveilleuse force avec laquelle, placé sur un gril ardent, il s'y reposait comme sur un lit de fleurs, défiait ses bourreaux, insultait son tyran, et au lieu d'inspirer aux assistants un sentiment de terreur à la vue de son supplice, les encourageait par sa constance à subir eux-mèmesîle martyre. Quam gloriosa polleret diynitate, etiam pcrsecutores ejus sentire potuerant, ciini admirabilis illa cmimi fortitudo de Christi princinaliter amore concreta, non solam ipsis non cederet, sed etiam alias exetnplo sua tolerantia roboraret. (Serni. de S. Laurentio).

1 17. — Si le lecteur veut savoir pourquoi ime charité fervente procure à l'âme qui la possède une si grande force dans les souûrances, le voici en peu de mots : Comme la crainte du mal naît de l'amour qu'on a pour soi-même, et que cet

amour de soi est très-vif, nous redoutons grandement tout ce qui peut nous être nuisible. S'il arrive ensuite que l'amour de Dieu embrase notre cœur, cet amour domine sur celui que nous avons pour nous-mêmes; il terrasse et abat celui-ci, et, par une conséquence nécessaire, il anéantit la cifiinte du mal. On devient, par ce moyen, pleinement disposé à soufïrir tout, quelque pénible et difficile que soit en lui-même cet objet de nos souffrances. Celui-là donc qui veut posséder la vertu de force doit s'eûorcer d'en posséder le puissant mobile, c'est-à-dire l'amour.

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