‹ Guide ascétiqueChapitre 27 sur 89 · AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUA LE PRÉSENT ARTICLES · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUA LE PRÉSENT ARTICLES

194. — Premier avertissement. Le directeur a déjà vu combien les Saints farent pleins de zèle pour le culte de Dieu, puisque plusieurs sont arrivés au point de pratiquer plus de cent actes d'adoration dans le courant d'un seul jour. Si son pénitent n'a pas pour Dieu une ierveur de piété assez grande pour se livrer d'une manière aussi fi-équente au culte de la divinité et de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le saint temple, du moins pourra-t-il, sans sortir de sa demeure, s'entretenir avec son Dieu dans les oraisons mentales, dans les examens de conscience, dans la récitation de l'office ou du chapelet, et en vaquant à de semblables prières; parce que si, en certain temps, les pratiques de religion sont opportunes, en telle autre circonstance elles sont absolument indispensables pour ne i)as manquer au respect et à la piété envers la Majesté divine. Quel

rse ccîiii qui, allant voir un ami ou recevant l'honneur d'une andiiMU'c au|>rôs d'un souverain, ne lui rendrait pas dès le premier abord les devoirs respectueux qui conviennent à la personne, en la saluant, en s'inclinant, ou même en lui baisant les mains ou les habits, i]U('l(]uerois en fléchissant le genou, selon la qualité du personnage avec lequel on diivrait s'entretenir? Chacun voit, en effet, que l'omission d'égards de ce genre serait un manijue de respect imposé par la civilité. Pouitpioi donc , quand nous allons nous trouver en la présence de Dieu , n'aurions-nous pas à lui rendre aussitôt l'hommage de nos adorations, qui lui sont dues en sa qualité de monarque de l'univers? Est-ce que l'omission d'un acte respectueux dont l'obligation est si rigoureuse ne serait point un manque de respect envers la Majesté divine?

i05. — J'ajoute que ces adorations extérieures sont nécessaires pour couronner de succès les oraisons que nous faisons, parce qu'en se représentant dès le commencement la grandeur du Dieu avec lequel on va s'entretenir, en se pénétrant envers hii de ces seutimr-nts de respect intérieur, l'âme se recueille, le corps prend une attitude modeste, l'esprit se fixe sur l'objet présent, et l'oraison ainsi commencée se poursuit avec toute l'attention nécessaire. Et en effet, la sainte Église, en exposant la méthode de l'office divin, nous fait réciter d'abord le psaume 9-i : Venite , exuUemus Domino. Ce psaume est rempli de sentiments d'adoration et d'hommage envers la Majesté du Très- Haut, et à chaque verset on intercale un acte d'adoration à Dieu, soit à titre de Créateur, par ces paroles : Acloremus Bomi' num, guoniain ipse fecit nos, soit à titre de monarque, exprimé par ces mots: Regem apostolorum, martyrum, corifessorum, Virgimim Dominum, venite adoremus. Cela suffit pour nous faire comprendre qu'au commencement de nos oraisons, soit mentakîs, soit orales, nous devons recueillir toutes nos pensées et toutes nos afïections en la présence de Dieu, et nous humilier devant lui par un acte de profond respect et d'adoration.

196. — Deuxième avertissement. Pour ce qui est des adorations que l'on fait par les actes corporels, le Directeur doit aroir soin que ses pénitents, quand ils sont dans les églises, au milieu des fidèles, ne se permettent pas de faire d'autres actes extérieurs que ceux qui sont en général pratiques par les autres no.rsoune-!. En pfT'^t. se livrer nublifruement à des démonslra-

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lions singulières, bien que pieuses, sernit une chose capable sans iloute de flatter l'amonr-propre de celui cjui s'y livre, mais ce serait aussi s'exposer aux propos indiscrets et railleurs de cetix qui en seraient témoins. Il faut excepter le cas où le directeur permettrait ces démonstrations extérieures en vue de quelque mortification pour laquelle ce pénitent éprouverait de la répugnance, mais encore ici il faudrait avoir soin de ne pa manquer aux égards qui sont dus à l'assistance et aux précau» lions indispensables. Si, ensuite, le pénitent prie en particulier dans sa maison, le directeur pourra lui conseiller tous les actes de culte qui seront les plus capal)les d'exciter dans son âaie les sentiments de respect , d'adoration , d'hommage dont elle doit être pénétrée en s'entretenant avec son Dieu. Un des motifs pour lesquels se pratiquent ces actes corporels , comme dit saint Augustin, plus haut cité, c'est d'exciter par ces attitudes la vénération intérieure. Mais, pour qu'en ceci on ne s'expose pas à errer, je dirai quels sont les actes de culte extérieur qui, dans l'oraison, ont toujours été pratiqués louablement par les fidèles, et qui réunissent les conditions nécessaires pour mériter le titre de véritable culte.

197. — L'acte extérieur du culte consiste à prier à genoux et quelquefois en se tenant debout. {Annal, ceci, nnno n8).Baronius nou> dit que l'une et l'autre manière de prier a toujours été enupigedaus l'Église, et il invoque à l'appui le témoignage de Tert!illicn. Qvoad hnbitiim corporis in fnndendis precibus spectat. stantes aliquando, aliquando vero genibus flexis Christia- 7)os orare debere, verissima est in Eeclesia institutio, ut tradit TertullianuSy II rapporte encore l'usage de l'Eglise qui prie à genoux durant les six jours de la semaine et debout le septième jour, c'est-à-dire le dimanche, en mémoire de la résurrection du divin Rédempteur. Mais comme prier à genoux est l'attitude la mieux proportionnée à l'état de pécheur et qu'elle est plus puissante auprès de la miséricorde divine, c'est celle que l'on doit le plus souvent pratiquer. Le père Ribadeneira dit au sujet de saint Ignace {Invita, lib.. v, cap. 1) qu'il montait sur la terrasse de la maison, et que là il faisait sa prière tantôt debout, tantôt à genoux, tantôt prosterné à terre et fixant les yeux vers le ciel.

498. — Prier les mains jointes est un acte de culte extérieur. Nous lisons dans l'Exode {Cap. 47, il), que pendant

•e combat des 'Israf^lites contre *les Amalécites, Moïse se tenait sur la cime <Tiint' colline en priant Dieu de Un aci-onler la vioi toire, et qne, ilnranl sa prière, il tenait les mains élevées, ou, comme l'interprète Corneille de la Pierre, les mains jointes de façon qu'une paume se joignait à l'autre. Videtur autem Moyses levasse, et extendisse uianus junctas, ita ut vola una al' teram , qua virgam tenebat , complecleretur. Et la prière de Moïse était si agréable à lUeu, quand elle se faisait par cet acte extérieur de dévotion et de respect, que quand il laissait tomber ses mains, dans Fimpuissancc où il était de les tenir longtemps ainsi levées, le peuple d'Israël était battu. Cumque ievaret Moyses, vincebat Israël, sin autem vaululum remisissetf iuperabat AinaUch. {In eod. cap.). Il fallut donc que Aaron et Ur, l'un à droite et l'autre à gauche, soutinssent ses bras levés jusqu'au coucher du soleil, afin que Moïse, continuant de prier dans cette pieuse attitude, pût procurer aux Israéhtes une victoire complète sur les Amalécites.

199. — Baronius rapporte (anno DominiS^^) une lettre par laquelle saint Nicolas, souverain pontife, répond aux Bulgares qui l'avaifent consulté sur cette manière de prier les mains jointes, et sa réponse est approbative, parce que ce mode di" prier exprime fort bien les sentiments d'humilité dont on doK être animé en présence de Dieu, et il ajoute qu'ainsi que dans l'Evangile, on lit que les réprouvés seront jetés pieds et mains liés dans les abîmes de l'enter, de même celui qui se tient en la présence de Dieu, les mains jointes, semble lui dire : Sei-» gneur, je me suis lié spontanément les mains et je me reconnais comme un coupable digne des plus grands châtiments. Ne me précipitez donc pas enchaîné au fond des abîmes pour y Bubir des supplices. Domine, ne manus meas ligari prœcipias, ut mittar in tenebias exteriores, quoniam ecce jam cas ligavi, et tcce in flagella paratus sum, iuxta illud Pauli . Si nosmetipsos dijudicarermts, non tttique mdicaremur.

200. — On fait un acte de culte en priant, les mains élevées ou étendues en forme de croix. C'est ainsi que pria Salomon , lorsqu'après avoir édifié le temple, il y adressa au Seigneur ses prières. Surrexit de conspectu altaris Domini : utrumqne enim genu in terram fixerai et manus expanderat in cœlum. (3. Regum. 8. 54). Les chrétiens avaient coutume de prier ainsi, d'après une tradition apostoUque, comme nous le dit Baronius. Saint

Paul indique cette manière de prier, quand il dit: Volo ergo viros orare in omni loco, levantes tnanus puras. (1 ad Timoth. 2, 8). Je veux que les hommes prient en toiit lieu , en élevant vers Dieu leurs mains pures. Saint Paul, le premier ermite, obéit parfaitement à ce conseil, car saint Jérôme dit de lui qu'il mourut étant à genoux et ayant les mains levées vers le ciel, et après sa mort son corps resta dans cette même posture.

201. — C'est un acte de culte de prier, le visage contre terre. Judas Machabée et ses compagnons prièrent dans cette attituda pour obtenir de Dieu la victoire sur Timothée qui venait avec une nombreuse armée pour l'attaquer. Blachabams autcm,et qui cum eo erant, appropinquante illo, deprecabantur Dominum, caput terra aspergentes, Inmbosqne ciliciis prœcincti, ad al taris crepidinem provoluti. (2. Machab. 10, 25). Nous y lisons qu'au moment où l'ennemi approchait , ils priaient en se couvrant la tête de poussière, ayant les reins ceints de cili(,es, prosternés la lace contre terre aux angles de l'autel. C'est de cette manière que sous Marc-Aurèle Antonin la légion chrétienne, priant la face contre terre, obtint pour l'armée romaine une glorieuse victoire et pour les ennemis une honteuse défaite , comme en fit le rapport l'Empereur lui-même au Sénat, dans une lettre qu'il lui écrivit. Mais le plus illustre exemple de cette manière de prier nous a été donné par notre aimable Rédempteur. L'histoire de sa passion dans les saints Évangiles nous apprend que dans le jardin de Gethsemani, quand il priait son Père céleste, il se jeta la face contre terre. Et progressus pusillum, procidit in for ciem suam, orans. [Matth. 26, 39).

202. — C'est un acte de culte de se frapper la poitrine comme faisait le publicain , qui en priant dans le temple percutiebat pectus suum dicens : Propitius esto mihi peccatori. [Liicœ 18, 1 .J). El le saint pape Nicolas, dans une lettre écrite aux Bulgares , comme nous l'avons dit , explique ce religieux frappement de poitrine, en disant : Pectus percutimus, significantes videlicet , quod nequiter gessimus displicere nobis;etideo antequam Dominus Jeriat , et antequam ultio extrema veniat , commissum pœnitentia digna punire. {Baron, anno citât.).

203. — C'est encore un acte de culte de prier en levant pieusement les yeux au ciel, à l'exemple de notre divin Rédempteur gui elevatis sursum oculis dixit : Pater, gratias ago tibi, queniam audisti me. {Joann. 11. 44), et qui une autrefois s'entre-

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tenant avec son pcic, ainsi que nous l'apprend le môme évanpjiîe, leva les yeux au ciel : Et subicvatis oculis in cœlum , dixit : Pater venit hora, clarifîca filiinn tuum. {Joan. 17, 1). Ou peut encore considérer comme u» acte de culte de baisser les yeux pour marquer une profonde humililé, comme le fit le publicain, peuilant cju'il priait dévolemcnt. Et publicanus a longe stans, nolebat nec uculus ad cœlum Icvare. [Lucœ 18. 13).

20.1. — D'après ce qui vient d'être établi, on peut voir quels sont les actes du culte extérieur qui peuvent être louablement pratiqués, sans aucun danger de superstition et sans s'exposer à aucuu danger de vaine aflectation lorsqu'on adresse au Seigneur des prières , car ces actes sont autorisés par l'exemple des Saints et par les usages reçus dans la sainte Église. Il doit donc observer à laquelle de ces pratiques saintes et religieuses ses pénitents sont le plus spécialement enclins, et quelles sont celles qui leur font éprouver le plus d'afiections de respect, de somuission , de vénération et de componction. Il jugera ainsi quelles sont les pratiques qu'il peut le plus convenablement leur imposer pour s'y applicjuer fréquemment dans les prières qu'ils font en particulier dans leur maison, et autres lieux non fréquentés où ils peuvent , sans se faire remarquer , donner un libre essor à leurs aflections pieuses, puisque par de tels actes renouvelés intérieurement ou à l'extérieur il leur sera aisé d'acquérir la vertu de religion , et ils pourront ainsi payer à Dieu le tribut d'un honneur insigne.

205. — Dans les premiers siècles de l'Église, les fidèles avaient coutume de faire leurs prières en tournant la face vers l'Orient, comme nous l'apprennent saint Justin, Origène, saint Jean de Damas; c'est pourquoi on lit dans la vie de saint Antonin , qu'étant dans l'usage de passer la nuit en prières , il se plaignait le matin du soleil qui, frappant de ses rayons son visage, venait troubler la paix de ses douces contemplations. Saint Justin explique pourquoi eu priant, on avait la figure tournée vers le Levant : Cum s't impossibile, vrecum temporein quatuor creaiurœ partes respicere , propterea in unam vcirtem intendantes, orationem peragimus , non proinde ut ea sala op'is sit Dei, nec tanquam in ea sit habitatio Dei destinata , sed qn.isi in locum ei, qucB a nobis Deo exhibetur venerandœ observât io7ii destinatum. {Lib. Quœst. qu. 118). Ne pouvant pas, dit-il, pendant nos prièi es , nous tourner simultanément vers les quatro

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points cardinaux , nous nous tournons vers un seul qui est

l'Orient, non point parce que Dieu y fait sa demeure exclusive, mais comme étant le point vers lequel Dieu a voulu que nos prières tussent dirigées. Il ajoute qu'ils avaient reçu cette coutume des Apôtres : Porro a quibus orationem ecclesia accepit, ab iisdem quoque ubi orare soleret, consuetudinem accepit, a sanclis nùnirum Apostolis. Il paraît qu'une telle manière de prier n'est plus en usage. J'ai voulu cependant en parler, afin que si le directeur rencontre quelques personnes qui aient la dévotion de prier dans cette posture, il ne considère pas cela comme une vaine observance , quand il saura que telle fut la pratique des premiers siècles de l'Eglise.

206. — Ttoisième avertissement. Pour ce qui regarde te culte rendu à Dieu dans les Églises , devant les saints autels et durant les sacrifices qu'on y célèbre , le directeur prendra un soin tout particulier que spécialement les personnes du sexe se montrent pleines de respect en ces circonstances solennelles, car bien souvent, quoiqu'elles en aient toute l'apparence, il n'en est pas moins vrai qu'elles pèchent sous ce rapport. Elles fréquentent les églises, y passent plusieurs heures, entendent plusieurs messes, en un mot, semblent être animées des plus grands sentiments de piété et zélées pour rendre à Dieu le plus d'honneur qu'elles peuvent , mais pourtant si l'on y regarde de très-près, on pourra s'assurer que chez plusieurs d'entre elles ce n'est point l'amour de Dieu qui les conduit aux églises, mais bien plutôt le dégoût naturel qu'elles ont pour la retraite. Elles vont à 1 hglise pour repaître leur curiosité qu'elles n'ont pas pu satisfaire dans leur demeure. Là elles étudient la manière de s'habiller usitée par les personnes du pays ; elles y observent leurs habits , leurs atours , leur luxe. Elles en conçoivent de l'envie et s'attristent de ce qu'elles ne peuvent pjjl étaler les mêmes pompes. Là, elles se mettent à babiller avec leurs parentes et leurs voisinas, à s'entretenir de ce qu'il y a de nouveau, à se plaindre de leurs occupations domestiques, et se tendent coupables de ces irrévérences , même pendant qu'à l'autel se célèbre le redoutable Sacrifice.

207. — Ces personnes ne viennent pas à l'église pour honorer Dion, mais pour le déshonorer, c'est pourquoi on doit leur faire dos réprimandes. Le du-ecteur leur dira que quand elles veulent aller ii l'é-li§e ave»: de si juauvaiscs dispositions, ellçs i'eruut

miVnx (le rester chez elles, pureo qu'avec mi seul chapelet qu'elles m-iloront pieusement tlaus leur inai-^ou, elles ren<lrout plus d'honueur à Dieu et fcrout à ses yi'ux une action plus agnable qu'en enteutlaut plusieurs messes et en récHuut de l()u>-;Mes prières au milieu d'un grand nombre d'irrévérence» dans leurs regards, dans leurs causeries et dans leur curiosité. 11 d(ntfra[)per souvent leurs oreilles de ces paroles que saint Jean Chrysoslômc répétait IVéquemment à son peuple :^7<? //m» irementes et tiinili, demissi'i oculis, renata autem iiniina (/ementes sine voee, jubilantes corde. Tenons-nous, ma chère sœur, dans l'église, les yeux baissés, étant pénétrés de sentiments d'humilité et de crainte. Ne proférons pas des paroles, mais bien des gémissements, et avec une vraie jubilation du cœur en harmonie avec les saints mystères qui sont célébrés dans ce lieu saint. An non vides eos, gui sensibili, corruptibili, temporali, et terreno régi assistunt, quam sint immobiles, non loqucntes , non oculos hue et illuc mittentes ; sed jnœsti, territi, luf/entes ? Ex his documenium accipite homines, et sic assistite Deo, guasi tcrrenum regem accessuri. jhulto magis cœlesti régi cum timoré adstare oporiet. Ne voyez-vous pas, ma chère sœur, ceux qui sont en présence d'un roi terrestre, mortel, sujet à toutes les infirmités humaines, se tenir immobiles en sa présence, ne disant pas un mot, ne laissant pas égarer leurs yeux sur mille objets divers, dans une attitude sérieuse, grave et comme triste ? Voilà l'exemple que vous devez imiter quand vous serez en présence de Dieu ; vous vous y tiendrez comme si vous étiez en présence d'un monarque terrestre, sïl ne vous est point possible d'être remplie de la sainte terreur dont on devrait être saisi quand on est devant la redoutable majesté du Roi du ciel. Ensuite il ajoute : Hoc sœpe dico, et dicere non cessabo, donec correcios videam. {Serm. de Ev. in Encœniis). Je vous dis cela souvent, et je ne cesserai de vous le répéter jusqu'à ce que vous soyez entièrement, à mes yeux, dans de meilleures dispositions. Le directeur doit en taire de même avec ses pénitents s'îl a du zèle pour la gloire de Dieu. Césaire raconte, en parlant de saint Ambroise [Lib. i, Miracul. cap. 30), que ce saint évèque, lorsqu'il célébrait la messe, avait coutume, après l'évangile, d'avertir à haute voix le peuple, je ne dirai pas de s'abstenir de causer, de rire, mais de tousser, de cracher avec bruit, et de tout autre acte bruyant qui aurait pu troubler le silence reli-

gieux qui convient à la célébration des saints mystères. Le dire**teur doit donc faire en particulier ce que le saint pontife ne craignait pas de faire publiquement.

508. — Il y a encore quelque chose qui est pire que tout ce qu'on vient de dire. Le directeur trouvera des personnes du sexe tellement irrévérencieuses, qu'elles viennent à l'église non point pour assister à la messe et pour honorer les saints mystères qu'on y célèbre, mais pour être vues et pour étaler la vaine pompe de leur parure. Elles auraient honte de paraître sur les places publiques pour y faire parade de leur toilette, de leurs riches habits , et pour elles l'église est la place publique, et elles en font le théâtre profane de leurs ajustements mondains. Ces personnes ne viennent point se grcner autour des saints autels pour adorer la Majesté divine, ^nais pour y recevoir les hommages de ceux qui les regardent, et elles sont si éloignées de rendre honn-eur à Dieu dans ce lieu sacré, à ce Dieu qui y réside comme dans sa propre maison, qu'elles enlèvent à Dieu même cet honneur en détournant les yeux des assistants, l'esprit et le cœur des fidèles, pour se les attiiXT exclusivement. Le directeur confondra cette impudente affectation de vanité par l'exemple d'une reine qui les surpassait autant par son illustre naissance que par l'humble maintien qui la distinguait bien mieux dans les temples saints, pendant la célébration des offices divins. C'était sainte Elisabeth, fiUe du roi de Hongrie. [Theodoricus Turinghus in vita, cap. W). Elle se rendait à l'église avec une parure aussi simple que le lui permettait son état de princesse. Puis, quand la messe commençait, elle réfléchissait surrincfiable excellence de ce grand mystère et à la bassesse de sa nature, et cela faisait naître dans son cœur une humilité si profonde qu'elle se dépouillait de ses plus précieux ornements, et pendant la messe elle ôtait successivement, tantôt le joyau qui pendait sur sa poitrine, tantôt ses bracelets, tantôt la couronne qui ornait sa tête, en sorte qu'à la fin elle était en la présence du Seigneur, non-seulement dans un état d'abaissement total au fond de son âme. mais encore dans tout son extérieur. C'est ainsi qu'elle enseignait aux femmes mondaines â ne pas se charger, mais bien plutôt à se dépouiller de vains atours, quand elles doivent se montrer dans la maison du Seigneur, en présence de leur Dieu qui s'est tant humilié pour elles dans le très-saint Sacrement de no«' aulel.«.

200. — Quatrième avertissement. Il est des personnes qui sont aussi négligentes à accomplir des vœux qu'elles sont promptes à les faire. Dans un moment de lerveur spirituelle (•u dans quelque pressant besoin, elles s'obligent facilement "iivers Dieu, tantôt pour une cliose, tantôt pour une autre. • lais ensuite elles oublient avec la même facililé les obligations lu'elles ont contractées et ne se font pas scrupule d'y manquer. On doit avertir ces personnes que le vœu est un grand acte de religion par lequel Dieu est c^randement honoré si on est fidèle, comme nous le dit le Prophète royal dans le texte que nous avons déjà cité : Vovete et reddifc Domino Deo vestro. Mais si le vœu n'est pas accompli , cet acte religieux déshonore tellement le Seigneur, qu'il revêt la malice d'un sacrilège. Il convient donc de montrer beaucoup de circonspection et de prudence en cette matière. Le directeur doit donc ordonner à ces personnes de ne faire aucun vœu sans avoir pris conseil ou de lui ou d'aufres personnes expérimentées. Je dis la même chose du serment qui, s'il est fait selon les conditions voulues, est un nc'c de culte et de religion, uiais qui, s'il n'est pas accompagné des condilious requises, est un grand outrage fait à la vérité suprême et mérite un châtiment sévère. Grégoire de Tours raconte {Lib. de (jloria Martyr, cap. 53) que deux personnes ayant une contestation sur certaine afïaire, voulurent dirimer le tlébat par \m serment. Elles entrèrent donc dans l'église de saint ^lartin, martyr, et, s'étant mises à genoux, l'une de ces personnes, qui ivait l'intention de terminer cette aftaire par un mensonge, leva la main sur les reliques du Saint et ouvrit la bouche pour se parjurer. iSIais quoi? au moment de proférer les paroles sacrilèges, sa langue resta immobile dans la bouche, et tout son corps, frappé d'une paralysie subite, devint aussi froid que le marbre. Le même auteur rapporte d'autres châtiments terribles infligés par la main de Dieu à des coupables qui ont osé profaner son saint nom par de vains et taux jurements. Le directeur doit donc s'efiorcer d'empêcher soigneusement ses pénitents de s'adonner â quelque espèce de jurement que ce puisse être, conformément au sage conseil que nous eu donne Jésus- Christ. {Matth. 5, 35, 36, 37). Ego autem dico vobis, nonjurare omnino, neqiie ver cœlum, quia throni.j Dei est ; neqiie per terrain, qîiia scabellum est pedum ejus ; neque per Jerosolynmm, quia civitas est magm régis. ]\eque per caput tuum juraveris:

guia non pôles tmnm capiUum album facere, aut nigrum. SU atiiem ?enno vester, est, est , non, non ; quocl aulem his abundaniins est; a malo est. Dans les circonstances, néannaouis, où la nécessité, la vérité et le service de Dieu exigent quelque serment, le directeur doit bien avertir ses disciples de remplir cet acte avec tout le respect et la révérence que l'on doit au saiaS nom de Dieu.

ARTICLE YI.

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