‹ Guide ascétiqueChapitre 3 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Moyens propres a acquérir la prudencb.

ï!l9. — Le premier moyen est de la demander à Dieu, puisque le Seignem^ a déclaré que la prudence est un de ses dons. Meum est consilium, et œquitas,mea est prudentia. {Proverb. 8, 14). Voilà pourquoi le saint roi David Idisait toujours cette prière à Dieu : Vias tuas, Domine, demonstra mihi, et semitos

/M7.V edoce me. Seip:nenr , faites-nivoi connaître vos voies, c'està-dire, montrez-moi de quelle manière ie dois me conduire dans votre service pour aller à vous. Le lecteur doit reporter son attention sur les trois parties essentielles de la prudence que nous avons plus haut exposées, et en réflécliissant sur chacune d'elles il se convaincra de la nécessité de recourir à Dieu, comme le Roi-prophète. Chacun voit quelle est l'efTicacité de la lumière divine pour le conseil et la découverte des moyens propres à conduire à une fin proposée. Cette lumière révèle à nos âmes les choses cachées, de même que l'œil du corps nous montre les choses visibles. Pour ne pas commettre d'erreur dans le jugement que Ton porte sur le choix des moyens les plus opportuns, il n'est certainement rien qui puisse mieux nous éclairer que la lumière céleste, que ce flambeau plus éclatant que tout ce qu'il y a sur la terre, cette lueur pénétrante et sûre, qui mieux que toute autre découvre la proiondeur où se cachent ces moyens <rui sont l'objet de nos recherches. Pour ce qui regarde le comrx.andement de la mise en pratique de ces moyens, il est évident que la grâce divine est nécessaire, puisqu'elle fortifie la volonté et la rend prompte à l'emploi des moyens qui ont été jugés les plus convenables pour arriver au but. Est discretio, dit Cassien, non mediocris qiiœdam virtus, nec qnœ hu~ mana passim valent industria comprehendi, nisi divina faerit largitate collata. {Coll. 1. cap. \). La prudence est une grande vertu qu'on ne peut acquérir par un secours purement humain, mais qui peut seulement découler de la main libérale de Dieu. Aussi le vertueux Tobie enseignant à son fils à marcher dans la voie du bien, lui recommandait de conjurer le Seigneur de diriger ses actions avec la lumière de la prudence : Omni tempore benedic Deitm et peteab eo, utvias tuas dirigat. [Tob. 4, i6). Quoique cela doive être pratiqué en tout temps, conformément aux leçons de Tobie, saint Augustin nous avertit que cela doit avoir lieu dans le cas où nous sommes dépourvus du secours des conseils : Ubi humanum déficit consilium intercédât divimim adjiiloriinn. {Serm. 68 de temp.) Telle fut la conduite du saint roi Josaphat lorsque, se trouvant entouré d'une foule innombrable d'ennemis et ayantbesoinde conseils, il s'adressa au Seigneur avec une grande confiance et lui dit : Cum ignoremus qiiid agcre debeamus, hoc soliim hnbemiis rcsidui, ut oculos nos^ tros dirigamus ad te,{Domine). (2 Paralip. 20, 12). Ne sachaut,

à Ppianouv, co que iiou? devons laire dans un moment aussi périllt'ux, il ne nous reste qu'une seule ressource, c'est de lever nos yeux vers vous et de vous demander vos lumières, pour ne pas nous tromper dans le parti que nous avons à prendre.

30. — Le second moyen consiste à subjuguer ses passioos et surtout celles qui nous portent aux plaisirs des sens. C'est ce que nous enseigne le Docteur ang6lique('2. 2. Quœst. 53. a. 9) : Dclccfatio maxime corrumpit œstimationem prudcntiœ, et prœeipuc delectatio, quœ est in venereis, quœ totam animam absorbet, et trahit ad sensibilem delectationem. Perjectio autemprudenticBj et cvjusUbet intcllectualis viriutis consistit in abstractione a sensibilibus. Les vieillards qui voulurent séduire Suzaime , malgré leur âge avancé et exerçant les fonctions de juges, devaient sans doute posséder cette vertu; néanmoins leur conduite lut totalement dépouvue de prudence, comme nous le savons tous, puisqu'ils étaient esclaves de leurs passions. {Dan. 13). Samson, bien qu'assisté de Dieu qui lui avait donné une force prodigieuse dont on ne trouve pas d'autres exemples, tint cependant une conduite fort imprudente qui permit aux Philistins de le priver de la vue, de le traiter comme un enfant sans énergie et de le condamner à tourner la meule comme une vile bète de somme {Judicitni 16). La cause de ses infortunes lut l'amour qu'il avait pour une lemme et qu'il n'avait pas su dompter. Nous en avons encore un triste exemple dans les fils de Samuel qui procédèrent avec si peu de droiture, et avec une si grande imprudence dans leurs fonctions déjuges, que le peuple en fit ses réclamations auprès de leur père et ne voulut pas rester plus longtemps soumis à leur juridiction. Mais pourquoi se montrèrent-ils si imprudents dans l'exercice de leur judicature, eux qui avaient sous les yeux de si excellents modèles et auxquels leur père donnait d'aussi saints et sages conseils? C'est parce qu'ils se laissèrent subjuguer par une honteuse avarice et s'abandonnèrent à la convoitise des présents du peuple. Declinaverunt post avaritiam , acceperuntque mimera, et perverterunt jiidicium (1 Reg. 8. 3). C'est pourquoi l'Esprit-Saint nous avertit dans le Hvre de l'Exode : Nec accipies munera, quœ excœcant etiam prudentes. Gardez-vous d'accepter des présents, car le désir dérôglé de jouir de ces avantages temporels aveugle les esprits les plus sages et les plus prudents.

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