‹ Guide ascétiqueChapitre 31 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

on SÉPABE DANS LA DÉVOTIOM CE QUI EN EST LA SUBSTANCE DE CI QUI n'en CONSTITUE QUE LES ACCIDENTS, ET ON DÉDUIT CER- TAINES PRATIQUES ET DUTILES VÉRITÉS.

223. — Nous avons dit que la dévotion consiste dans une certaine promptitude de la volonté aux actes du culte, ainsi qu'à tout acte qui se rapporte au service de Dieu, en faisant connaître en même temps les causes qui la produisent. Il est maintenant à propos de remarquer que de cette promptitude de la volonté pour le bien (laquelle n'est qu'un acte spirituel de cette faculté immatérielle douée de promptitude et d'agilité) naît quelquefois dans la partie inférieur-e de l'homme une certaine affection qui se traduit par des larmes, par des soupirs, et lors même qu'elle n'arriverait pas à produire de tels effets sur les sens corporels, se fait du moins sentir dans l'intérieur de l'âme avec une certaine délectation si agréable qui, si elle prend de l'extension, elle revêt des charmes si doux qu'on ne l'échangerait pas contre tout ce que la terre peut offrir de plus délicieux. C'est là tout justement cette aôection à laquelle les ascétiques ont donné le nom de consolation spirituelle. Je vais faire comprendre ceci

par un fait qui a coutume de se produire chaque jour. Quand plusieurs personnes habitent la même maison, mais dans des appartements séparés, si ceux qui demeurent à l'étage supérieur marchent légèrement et avec précaution, leurs divers mouvements ne frappent pas les oreilles de ceux qui habitent l'étage inférieur. Mais si les mouvements des premiers sont brusques, ils sont facilement entendus des seconds et ces pas bruyants peuveut, pour ainsi dire, être comptés par les personnes de l'étage intérieur. De même notre volonté, en se portant à des actes saints, agit quelquefois d'une manière si spirituelle et si délicate, que la partie inférieure n'acquiert aucune connaissance de ce mouvement plein d'activité, il arrive même souvent qu'elle éprouve de la répugnance, du dégoût , du chagrin dans les actes qu'opère la volonté avec tant de promptitude et de célérité. D'autres fois, il arrive que la volonté produisant ses mouvements pour les actes vertueux s'y livre, en quelque manière, avec tant d'éclat, que la partie inférieure en est vivement émue. C'est alors que l'appétit sensitil éprouve une certaine ajffection sensible, pieuse, agréable, pleine de charmes qui lui inspire de l'inclination pour le bien surnaturel. Il en résulte que cet appétit, brutal par sa nature, s'unit avec la volonté pour désirer ce bien, pour le seconder de ses impulsions, et pour l'opérer avec une ardeur égale à celle de la volonté.

22(j. — Tout cela constitue la dévotion, mais n'est pourtant pas essentiel à la dévotion r La substance, le suc et J8 dirais volontiers la moelle de la dévotion, consiste dans cette promptitude de la volonté aux actes qui procurent la glou-e de Dieu, et qui contribuent à lui payer le tribut d'hommages qui lui est dû. En sorte que la volonté possédant cette promptitude, cette célérité à produire de tels actes, on peut dire rigoureusement que là se trouve la dévotion, quoique la partie inférieure ne concoure pas avec cette volonté et même qu'elle se montre pleine de résistance et d'une répugnance opiniâtre à ses déterminations. Ensuite l'affection sensible cpii fait éprouver à la partie inférieure et au cœur un doux charme et une sensation pleine d'attraits, n'est qu'un accident de la dévotion, ou, pour mieux dire, est ud« partie intégrante qui n'est pas proprement de l'essence de la dévotion, et n'en est que le complément. L'homme peut donc, mais sans éprouver cette sensibilité, posséder la dévotion, si malgré la

réptiî^nanre do la partie inférieure, il maintient dans sa volonté la promitlifiidt' pour le bien.

2"27, — Nous (lisons ensuite qu'un véritable disciple de Jésus- Christ doit tenir pour certain qui* la dévotion substantielle se distingue en réalité de la dévotion accidentelle , puis(pic le divin Sauveur a voulu nous en donner un exemple illustre qui lève à cet égard tonte espèce de doute. Il est certain que dans la prière qu'il fit dans le jardin de Gethsemani, il n'éprouva, dans la partie intérieure de son être, aucune sensation dévote, il n'y ressentit même cpie des mouvements de répugnance tels que l'ennui, la tristesse, la crainte, le dégoût, de mortelles angoisses. Cœpit parère, tœdere et mœsUis esse {Marci 14. 33). Il est néanmoins indubitable qu'en ce moment même il y avait dans la volonté de Jésus-Cbrist un dévouement sans bornes à son Père céleste, parce que nonobstant la résistance du sens indévot de sa partie inférieure, il y avait dans sa volonté une résolution bien déterminée à faire ce que le Père céleste exigeait de lui et à se soumettre pour l'honorer , aux flagellations , aux épines , aux croix, aux opprobres, aux sarcasmes et à la mort. Il donna des preuves de cette promptitude de dévouement par ses paroles et par ses actes : ISon mea voluntas^sed tua fiât. {Lucœ 22. 42). Qu'il ne me soit pas fait, ô mon Père, ce que désirerait ce coi-ps fragile , mais ce que votre volonté m ordonne. Il le prouva par ses actes , quand les satellites du grand-prêtre s'approchèrent , il n'attendit pas qu'ils fussent arrivés auprès de sa personne, mais il alla au devant d'eux et de son plein gré il se livra à toutes les tortures pour lesquelles son humanité , dans la partie sensitive, éprouvait une si grande horreur. Surgite , eamus. {Marci 14. 42). Nous voyons encore que le divin Sauveur, après cette douloureuse oraison du jardin des Olives, se relevant pour aller éveiller ses Apôtres endormis , leur enseigna que la dévotion peut exister dans la volonté prompte et résolue à faire le bien, quelque pénible qu'il soit, malgré l'indévotion (ou défaut de dévouement) de la chair récalcitrante. Spiritus quidem prompins est, carovero infirma. {Marci 14. 38). Apprenez que si la chair est faible, l'esprit peut être prompt à faire tout ce qui regarde l'honneur de Dieu et ce qui est agréable à ses yeux. De là Alvarez de Paz tire fort à propos cette conclusion , c'est que Jésus- Christ ayant donné un exemple souverainement parfait de toutes les vertus, voulut dans cette douloureuse prière de Gethsemani

nous fournir un modèle de la dévotion véritable et substantielle, afin que, malgré les répugnances de nos sens fragiles et nullement dévoués au bien , nous nous fissions violence pour le servir avec une parfaite promptitude dans tout ce qu'il exige de nous. Christus secundum quod homo, sicut f ait perfectissbnum universalium virtutum exeniplar, ita se ipswn exhibuit prototypum verœ et substantialis devotionis — Hic erit noster conatus, hoc desiderium, ut in omnibus Dei voluntate jormemur, etpromptissime ei servire velimus. [Lib. 2. vart. 3. cap. 1).

228. — Saint Paul nous a encore loiiriii pour cela un modèle qui ne laisse rien à désirer. Il dit de lui-même : Velle adjacet mihi ; perficere autem bonum non invenio. La volonté de taire le bien ne me manque pas , mais j'éprouve de la difficulté pour la pratique. Condelector enim legi Dei secundum interiorein hominem ; video autem aliam legem in menibris nie^s, repugnantem. legi mentis mece. {Ad Rotn. 1, 18, 23). Je me complais dans l'esprit de la loi de Dieu , mais je sens dans mes membres un peucliaut contraire à l'inclination de ma volonté. Corneille a Lapide (de la Pierre) expliquant ces paroles , s'exprime ainsi : Facullas et bona voluntas volendi id quod bonum est in me justificato ; sed vix et non nisi difficulter illud perficere possum. Spiritusenim promptus est, caro autem infirma, inimo reluctans spiritui. J'ai, disait saint Paul, une volonté droite et prompte pour opérer le bien et pour servir Dieu en observant ponctuellement sa loi divine, mais je ne puis exécuter sans une grande difficulté ce que je veux ; car , si l'esprit est prompt, la cbair est faible et déclare une cruelle guerre à l'esprit. Donc la dévotion sensible et accidentelle manquait aussi à l'Apôtre, mais il était pourvu de la dévotion substantielle d'une volonté résolue , ardente et prompte à exécuter tout ce que pouvait exiger de lui le service de Dieu. Donc la dévotion substantielle peut exister séparément de la volonté accidentelle, et elle existe même réellement en cet état dans des personnes d'une éminente sainteté.

229. — De cette doctrine solidement fondée, je veux déduire quelques vérités pratiques , sans lesquelles le lecteur ne Dourrait pas régler avec rectitude les consciences des autres ni ia sienne propre, et les faire marcher dans la voie de la pertection clirétienne. Je dis d'abord que pour acquérir la perfection il iaut posséder la dévotion substantielle, car être, de son plein gré et dans la plénitude de sa volonté, paresseux , lent.

n(^glic:ont dans le service de Dieu et pour tout ce qui intéresse sa f^loire, comme par exemple dans l'observation des préceptes divins , dans ses oraisons, dans l'usage des sacrements et dans toutes les autres pratiques qui se rapportent au culte divin et à la pratique des vertus solides , c'est une évidente et véritable tiédeur d'esprit qui, comme on ne saurait en douter, est diamétralement opposée à la perfection. Donc, pour faire quelque progrés dans la perfection , il est nécessaire d'avoir au moins la volonté prompte à faire ce que l'on doit pour le service de Dieu. Cela est d'autant mieux fondé que la dévotion procède de l'amour de Dieu, ainsi que je l'ai démontré dans le chapitre précédent, et que même , selon ce qu'en dit saint Thomas, la dévotion nourrit et tortifie la charité dans laquelle consiste notre perfection. Caritas et devotionem causât, in quantum ex ainore aliquis redditur promptus ad se?'viendum çimicOy et etiam per devotionem caritas mitrititr. (2, 2. Qu. 82, art. 2, ad 3). Il explique cela par une comparaison tirée de la partie adipeuse du corps humain qui entretient la chaleur naturelle, et à son tour est nourrie et augmentée par cette chaleur.

230. — La seconde déduction que je tire, c'est que nous devons tous, ainsi que le dit le même Alvarez de Paz déjà cité, mettre la plus grande dUigence et appliquer tous nos cfïbrts à acquérir la dévotion . du moins en ce qu'elle a de substantiel. Hœc cum Ua sint, sollicite invigilandum est, ut oralio nostra hanc substantialem, et solidam devotionem accendat, et accensam augeat, donec nos pro?nptissimos ad divina obsequia reddat» Les eflorts que nous devons employer sont de deux sortes. Il faut d'abord en demander incessamment à Dieu la grâce, puisque Dieu, d'après les enseignements de la foi, ne refuse jamais les grâces qui sont nécessaires au salut et à la perfection qui convient à chacun. Il en a fait la promesse et elle a été prèchée dans le monde entier : Petite et accipietis. Cela seul doit suffire pour nous rassurer et pour nous encourager dans nos demandes Cela est d'autant plus certain que, comme nous dit saint Am« broise, l'invocation continuelle du saint nom de Jésus , le recours à lui dans toutes les circonstances où l'on se trouve, est im acte de véritable et sainte dévotion. Hoc nomen [nempe Domini Jesu] invocetur diebus, et noctibus ; nullum tempiis prrcandi vacuum sinat sancta devotio. Ensuite on doit laire par soi-même tous ses efîorts pour vaincre la dureté, la

répugnance , la lenteur que l'on éprouve dans la partie inférieure de l'humanité, pendant que Ton s'y sent privé de la dévotion sensible. On doit s'aider soi-même pour surmonter les dégoûts et les ennuis que l'on éprouve dans ses prières et dans tout autre pratique religieuse qui tient au culte divin. On doit s'animer à triompher des difficultés qui éloignent de la parfaite observation des divins préceptes et de la pratique des vertus ; car si l'on emploie de tels moyens, Dieu ne refusera pas la grâce qui est nécessaire pour lui rendre tous les devoirs et tous les hommages qui lui sont dus, avec une volonté prompte et résolue, selon ce que dit saint Augustin : facienti quantum in se est, Deus non denegat gratiam, Dieu ne refuse point sa grâce et ses secours à quiconque fait ce qu'il peut pour le servir avec toute la ponctualité à laquelle il a droit.

231. — De ces efforts que nous devons faire sur nous, un bel exemple nous est fourni par sainte Thérèse, ce Séraphin du Carmel. {La Serafina del Carmelo). Elle rapporte elle-même dans l'histoire de sa vie l'extrême répugnance avec laquelle, au moment d'entrer dans un cloître pour y mener la vie religieuse, elle quitta la maison de ses parents. Elle y retrace en même temps comment elle parvint à exécuter son dessein malgré son naturel rebelle et récalcitrant contre sa volonté. Elle s'exprime ainsi: {cap. 4). Je me rappelle très-bien et je le dis en toute vérité, que quand je sortis de la maison de mon père, j'éprouvai une telle douleur, que quand j'aurais été près de mourir, je n'aurais pas plus souffert que je le fis alors. Il me semblait que tous mes os se disloquaient, parce que mon amour pour Di'.'.u n'était pas assez fort pour me faire entièrement triompher de la tendresse naturelle «jue j'avais pour me^ parents. Je fus obligée de me faire une extrême violence pour les quitter, et si le Seigneur ne m'eût aidée, mes bonnes réflexions n'auraient jamais suffi pour suivre jusqu'au bout mes résolutions, mais sa bonté me donna du courage contre moi-même. Au moment où je pris l'habit. Dieu me fit aussi sentir combien il favorise ceux qui se font violence pour son amour. Faisons sur ceci différentes remarques qui achèveront de convaincre, en y jetant un grand jour, des vérités exposées jusqu'à ce moment. Et d'abord, disons que la résolution d'abandonner le monde pour se consacrer entièrement à Dieu dans un monastère, est un acte de religion et même un des plus illustres. Ensuite observons que

«aînto Tht^rôsc, en accomplissaul un acte de si beau il(^^oiicmoiit à Dieu, nVproiiva dans la [larlie inférieure de son humanité aucune de oes si'nsali(»ns dévotes que nous nommons accidentelles, puisqu'elle ne ressentit aucune aflection , aucun penchant pour cela, et, au contraire, elle n'y éprouva que des all'ections les plus opposées à la dévotion, et qui lui font la guerre la plus acharnée, c'est-à-dire de profondes répugnances, des amertumes si cruelles, qu'on pourrait les comparer à des spasmes qui disloquent les membres et font tomber dans une agonie mortelle. Nonobstant ces terribles épreuves, elle accomplit sa résolution avec une héroïque dévotion quant à la substance, parce qu'elle surmonta courageusement les diflQcultés intérieures, et que, foulant aux pieds les plaisirs et les honneurs, les richesses de sa famille, son amour pour ses parents, elle courut, que dis-je? elle vola pour aller se renfermer dans un cloître, avec d'autant plus de résolution prompte à un acte de ce genre, que le sentiment naturel lui oflrnit plus de résistance à vaincre. Cette promptitude de volonté fut tellement vive que, comme elle l'écrit elle-même, elle s'élançait comme à la nage par dessus ces flots de répugnances tumultueuses -Sans que personne fût en état de s'en apercevoir. Personne, ditelle, ne put avoir connaissance de ces répulsions, et l'on ne voyait en moi qu'une volonté parfaitement résolue. Mais pourquoi Dieu accorda-t-il à cette Sainte la grâce de ne pas succomber dans les assauts que lui livrait la partie brutale de son être, avec ses impulsions si pénibles? Elle-même en donne la raison : c'est qu'elle fit sur elle de grands efîorts pour ne pas manquer sur un seul point à ses devoirs envers Dieu. Telle est la conduite que nous devons tenir à notre tour. Si l'appétit sensitif n'a pas d'affection, si les répugnances nous assaillent dans nos oraisons et nos actes de vertu que le Seigneur exige de nous à titre de service, la volonté doit déployer toute son énergie à triompher de tout, et faire preuve d'une détermination prompte à accomplir son devoir. Si cette volonté ne peut puiser en elle cette énergie, il faut en demander à Dieu la grâce, faire, de notre côté, tout ce qui est possible, et Dieu, de son côté, ne manquera pas de venir à notre secours, et nous communiquera la force qui nous manque. Nul n'a le droit de s'exempter de toutes ces obligations, puisque c'est en cela que consiste toute la substance de la dévotion. C'est de là «jue T. III. 12

prend sa source toute vertu solide ; de là découle son mérite , son prix, et de cela résulte, pour la perfection chrétienne, son accroissement.

232. — Je conclus en troisième lieu qu'il ne faut pas mépriser la dévotion sensible, quoiqu'elle ne soit qu'accidentelle, en suivant le sentiment de Molinos qui disait follement : Qui desiderat et amplectitur devotmiem sensibUem, maie facit, eam dC' siderando, et ad eam conando. Il affirme ensuite plus nettement ce qui suit : Totum sensibile, quod experitur in vita spirituali, est abominabile, spurcum, et ùnmwidiim. {Propos. Molin. 26 et 30, damn. ab Innccentio xi). Dans ces propositions condamjiées par le pape Innocent XI, îilolinos réprouve les affections sensibles et va jusqu'à les taxer d'abomination. Or, au contraire, l'affection sensible est digne d'une haute estime. Premièrement, parce qu'elle est un don de Dieu qui en accorde la faveur à ses serviteurs, pour une bonne fin, et tout ce qui vient de la main de Dieu doit être nécessairement très-estimable. Secondement, parce qtsg cette aff'ection est fort recommandée dans les livres saints. Le Prophète royal nous invite à goûter le Seigneur, parce qu'il est d'une admirable suavité. Gustate, etvidete quoniam suavis est Dominus. {Psalm. 33, 9). Il nous dit que la parole de Dieu était plus douce à son cœur que le miel ne l'était à ses lèvres. Quam didcia faucibus meis eloquia tua^ super mel ori meo! [Psalm. 118, 103). L'apôtre saint Paul nous exhorte à nous réjouir sans cesse dans le Seigneur : Gaiidete in Domino sc7nper, iterum dico, gaudete. {Ad Philipp. 4, 4.), et il enseigne que les fruits de l'Esprit-Saint sont la chorité, l'allégre.-se et la paix. Fructus spiritus est caritas, gaudium, et pox. [Ad Galat. 3, 22). Le divin Sauveur nous exhorte à rechercher ce qui fait l'objet de nos désirs, afin que la plénitude de la joie inonde nos cœurs : Petite, et accipietis, ut gaudium vesirum sitplenum. {Joann. 16, 24). Je passe sous silence mille autres textes où se trouve la même chose.Troisièmement, parce .]ue les consolations spirituelles qui aff'ectent les sens, contribuent pour ^^eaucoup, par elles-mêmes, à notre perfection si l'on n'en abuse pas. C'est pourquoi le Prophète royal nous (lit: Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilalasti cor mcum. {Psalm. 118, 32). J'ai couru dans la voie de vos comiinandements, ô Seigneur, lorsque, par vos douces consolations, vous avez dilaté mon cœur. La raison de ceci est évidente.

parce que cfs délectations spiriluelles calment beaucoup l'appétit sonsitif, et fout tlisparaitre par conséquent les dilRcultés et les rt';puguanees ([u'il épi'ouve à faire le bien ; en outre, elles détacbent le cœur des plaisirs terrestres par leur douceur pure, franobectintiiut!, et établissent comme une alliance entre la partie inférieure et la partie supérieure , d'où résulte une plus grande ardeur pour les oraisons et pour le service de Dieu par la pratique dos solides et véritables vertus. De cette manière la dévotion se i)erieclionne, car Tliomme tout entier devient plus prompt au service de Dieu et à tout ce qui peut procurer la gloire du Créateur,

233. — lUobard de Saint- Victor donne de cela une admirable explication en commentant ces paroles du Psalraiste : Tu vero homo unanimis, dux meus, et notus meus, qui simul mecum dulces capiebas cibos, in domo Dei ambulavimus cum consensu. (Psalm. M, 14-). L'bomme unanime est celui dont le corps est en liarmonie avec l'esprit. Or, quand l'homme intérieur commence à manger en même temps que l'homme extérieur cette nourriture spirituelle, l'un communiquant à l'autre ces douceurs aÛectueuses, il eu résulte que plus ils font de progrès, par le moyen de cette colicordo, dans la pureté et la sainteté de leurs opérations, et plus aussi ils marchent tous les deux de concert dans la voie du Seigneur. Cum ergo cœperit homo ille interior domesticum suum talibus cibis reficere, potest de eo veraciter psallere : qui mecum dulccs capiebas cibos. Talibus crgo studiis, quando uterque homo [interior nempe et exterior) umplius ad puritatem pro/iciunt, tanto uterque alacrius currunt. (Lib. 2. de Contempl. cap. 17). Et en eiibt, comme le remarque SucU-ez , l'expérience prouve que ces sortes de consolations servent beaucoup à faire opérer le bien avec promptitude et par conséquent avec dévotion; parce que ce qui se fait avec plaisir et suavité se fait en même temps avec promptitude et i'acilité. Constat hoc gemis consolationis , seu gaudii per se muitum cmferre ad promptitudinem operationis : quia ea quœ dclcciabiliter, et suaviter facimus, promptius, et facilius prœstamus. (Lib. 2, de orat. cap. 6, num. 18). C'est pour cela que Dieu fait ordinairement pleuvoir sur le sein de ceux qui le servent cette douce manne du ciel, surtout dans le début de leur vie spirituelle, et il a coutume de continuer ainsi jusqu'à ce qu'ils aient, par ce moyen, étabh leur volonté dans le bien et l'avoir fortifiée pour

qu*elîe piiissp agir promptemenf par elle-même, sans le iccours de ce? pnintpp riiiin[( . ^^.

234.. — Qiiatriôiiicinent, je conclus de ce qui précède que Dieu, daignant gratifier l'âme de ces consolations spirituelles, celle-ci doit les accepter, mais avec un détachement total, avec une profonde humilité, et en faire un bon usage. Je dis avec un détachement total, parce que toute attache, bien qu'elle soit ua don de Dieu, est nuisible et retarde l'àme dans le chemin de la perfection. Les dons de Dieu ne sont pas Dieu lui-même, et Dieu veut que l'âme soit exclusivement attachée à lui. L'âme ne doit donc point se plonger a^^dement dans cette sensibilité, quoique sainte, mais elle doit la recevoir avec une certaine supériorité d'esprit, en se persuadant bien que ces consolations ne sont pas la perfection, mais qu'elles ne sont que les purs moyens qui y conduisent. J'ai dit avec une profonde humilité, parce que l'âme doit rester bien convaincue qu'elle ne mérite pas ces soulagements, qu'elle en est indigne, et que Dieu ne les lui accorde qu'afm de fortifier sa faiblesse. C'est pourquoi, au lieu de se complaire dans ces biens dont elle jouit, elle doit au contraire se confondre et s'humilier, comme le ferait un coupable qui, au lieu de recevoir la punition de ses méfaits, se verrait, au contraire, traité avec bienveillance par son prince. J'ai dit qu'on en doit faire un bon usage, parce qu'on ne doit pas user de ces douceurs pour jouir, mais bien pour agir, pour montrer de l'ardeur et de la promptitude à se mortifier, â s'humilier, â se renoncer soi-même, à remplir tous ses devoirs pieux, à acquérir et pratiquer toutes les vertus, car telles sont les fins que Dieu se propose en accordant à une âme toutes ces consolations sensibles.

235. — Saint Augustin, durant les heureux jours de sa renaissance spirituelle dans le saint baptême, recueillit beaucoup de ces délectations spirituelles qui flattenf l'appétit sensitif . Il dit, en parlant de lui, qu'il ne pouvait se rassasier de ces aimables douceurs dont il était inondé, qu'au seul chant des hymnes et des cantiques dont l'église retentissait, tout son intérieur était ému de ces douces sensations, et qu'il était obligé de s'en soulager par d'abondantes larmes de bonheur. Il dit que pendant que ces voix pieuses frappaient ses oreilles , les vérités divines coulaient dans son cœur, l'embrasaient de ferventes émotions, à tel pohit que ses yeux semljlaient se changer en deux sources de pleurs délicieuses qui l'inondaient d'une joie ineilable. JSec

satiabar illis diebus duïcedine mirabili eonsiderare aliitudinem consilii lui super salutem gencris humant. Quantum flevi in hijin^ nis, et caniicis, suavesununtis ecclesiœ tuœ vocibus commotui acriter ! Voces illœ influebant auribus meis, et eliquabatur Veritas tua in cor tneum, et ex eu œstuabat affectus pielatis, et cur* rebant lacnjmœ, et mihi bene erat cum illis. [Confess. lib. ix, cap. 6). Ces saintes douceurs dont les sens de saint Augustin étaient inondés furent comme les ailes sur lesquelles ce grand Saint prit son essor vers les cimes de la perfection, parce qu'il les reçut avec humilité, comme ou peut en juger par ses écrits, et qu'il en usa pour renoncer tout d'un seul coup au monde, pour se consacrer à Dieu et s'immoler à lui comme un parfait holocauste, sans se réserver absolument rien pour lui-même.

236. — Cinquième conclusion que je tire, c'est que si l'àme est privée de ces consolations sensibles, elle reste dans la sécheresse et la désolation, il est vrai, mais qu'elle ne doit aucunement s'abandonner au découragement. Elle doit au contraire se maintenir en paix dans une sainte résignation à la volonté de Dieu, bien persuadée de cette vérité que Dieu agit ainsi à son égard pour son bien et sa plus grande utilité. Il n'est pas facile de recevoir les consolations divines avec cette rectitude de sentiment dont j'ai parlé plus haut. La natnre humaine est trop avide de jouissances, surtout si elles sont spirituelles, et l'on pourrait dire , si elles sont plus délicieuses et afifectent d'une manière plus suave le sens intime. Lors donc qu'on en est gratifié» il est bien difficile de ne pas s'y attacher, et l'expérience ne nous le prouve que trop , puisque la plupart des personnes dévotes tombent dans la tristesse et se livrent à de pénibles inquiétudes lorsqu'elles sont privées de ces consolations. J'ai connu une personne qui, depuis sa plus tendre enfance, avait mené une vie parfaitement pure, et pendant longtemps avait vécu dans une ferveur spirituelle très- remarquable. Se voyant privée de ces consolations sensibles , elle s'abandonna à une telle mélancolie qu'elle tomba dans le plus profond abîme de misères où l'humaine fragilité puisse se précipiter.

237. — Il est tout aussi difficile de se maintenir dans Thumilité au milieu de ces spirituelles suavités, car pendant qu'on éprouve ces jouissances, lame ne sent plus ou sent beaucoup moins les répugnances Intérieures, elle y puise de la facilité pour la mortihcatiou, de la ferveur pour la pénitence, un ali-

ment pour l'oraison et un penchant vers tout acte de vertu et de sainteté. On se persuade qu'on a triomphé de soi-même, qu'on a vaincu ses passions et qu'on a acquis de grandes vertus. A cela viennent se joindre une certaine estime de soi-même, une certaine complaisance dans ses œuvres, une certaine préférence qu'on se donne sur ceux qui ne manifestent pas autant de zèle jour le bien, et en attendant on se perd dans ces affections naines, on s'évanouit dans ces folles pensées. Evanescit in cogiationibus suis. Le malheureux qui se laisse ainsi dominer ne s'aperçoit pas que tout cet assoupissement des passions , toute cette facilité pour le bien n'est pas la véritable vertu , car tout cela ne part point d'une habitude solidement fondée dans son âme, mais bien d'un certain mouvement sensible de la grâce; et, si elle lui fait défaut, on le verra retourner à son premier état et à son ancien endurcissement.

238. — Tout le monde ne réussit pas à faire un bon usage de ces sortes de consolations, parce qu'il y en a certains qui, satisfaits de ces afïections spirituelles dont ils jouissent abondamment, ne se mettent plus en peine d'agir, car il leur semble que, dans cette possession de sentiments affectueux et dévots, consiste la véritable dévotion, et qu'avec cela seul l'œuvre de leur sanctification est consommée. Mais quand ils se voient dans un état de sécheresse , ils s'efforcent de rechercher, dans les bonnes œuvres, la dévotion qu'ils ont perdue. Ces personnes placent la fin dans les moyens, et, quand les vents sont favorables, ils prennent ce temps pour mouiller sur le rivage,

239. — Par tout ce qui vient d'être dit, je n'ai voulu con- Taincre que de cette vérité, c'est que la dévotion sensible, bien que sainte et en elle même très-utile, devient une cause de damnation pour plusieurs, à cause de l'abus qu'ils en font. Et c'est pour ce motif que Dieu les en prive, en les laissant dans un état de sécheresse, d'aridité et de dureté de cœur. Dieu veut le véritable bien de l'âme, et c'est pour cette raison qu'il leur enlève ces affections sensibles, quand il prévoit qu'elles leur seront nuisibles. Il agit ainsi non point par haine, mais par amour et parce qu'il désire de les voir avancer dans la perfection. En outre. Dieu voit que dans certaines âmes la sécheresse est plus utile que la consolation lorsqu'elles ont considérablement fait des progrès dans la perfection. En effet, d'un côté leur volonté est robuste et peut opérer vertueuse-

nient sans le concours de ces consolations; àa Tautre pnrt, comme ces personnes devront poursuivre le chemin de la perfection mali;ré toutes les résistances delà nature, leur volontd devra faire dos efforts pour vaincre tant d'obstacles. Par conséquent;, leurs actes ont une vigueur et une intensité proportionnées, et deviennent, par cela môme, plus méritoires et plui ogrcaMt's aux yeux de Dieu. Ceci posé, que devons-nous faire quand la grâce sensible nous manque et que nous nous trouvons dans un état de sécheresse et de désolation? Le voici : Il faut nous reposer avec paix, et sans inquiétude, dans notre soumission à la volonté de Dieu, croire que tout cela ne se fait que pour noire plus grand bien, et placer notre confiance dans le Seigneur, en nous estimant indignes de ces consolations sensibles à cause de nos imperfections. Mais, dans ce cas, nous devons surtout nous appliquer, avec toutes les forces de notre âme, à la dévotion substantielle, et, nous appuyant terme ment sur les maximes de la foi qui, malgré son obscurité, est infaillible et nous oflre toute sécurité, nous devons vaquer aux oraisons et à la pratique de toutes les vertus avec une plus grande promptitude de volonté que quand nous étions éclairés par de brillantes lumières, et que nous suivions l'impulsion de ces afiections ardentes et pleines de charmes qui nous animaient. C'est ce qu'enseigne saint Bonaventure, et voici comment il 'ustruit la personne spirituelle : Eruditur quod non tantum 'nitatur experientia consolationum, quantum in fiducia ad jJeum, vel fidei certitudine.... Vult enim Dominus erudire nos per suhstractionem consolationis, et inniti veritaii scriptnrœ, et fidei potius quant nostrœ qualicumque experlentiœ. {Tom. 2, ad process. Rel. cap. 1, m 2 processu). Dieu, dit ce saint Docteur, en nous ôtant les consolations, a voulu nous apprendre à nous appuyer plutôt sur lui avec une ferme confiance, et sur les règles que donne la vérité de la foi, que sur l'expérience de nos afïoclious. C'est ainsi qu'agissait sainte Thérèse qui, pendant dix-sept années de sécheresse où Dieu la tint dans un état de désolation, ne cessa jamais de s'exercer avec une parfaite exactitude à la pratique de toutes les vertus, et ne retrancha pas un seul instant des nombreuses heures d'oraison qu'elle avait coutume de faire tous les jours. Telle est la dévotion substantielle, forte, et qui présente toute sécurité.

--iu. — Mais ici je dois éclaircir deux doutes qui pourraient

g*élever sur la matière que je traite dans ce chapitre. Le premier, c'est de savoir si dans l'oraison il est possible de se procurer une dévotion accidentelle et sensible. Le second, c'est de savoir s'il est permis de la demander à Dieu. Quant au premier doute je réponds que non seulement on le peut, mais qu'on le doitj pourvu que l'on emploie des moyens convenables. Les moyens discrets et raisonnables qu'on doit mettre en œuvre consistenl à se préparer à l'oraison , la faire avec attention et modestie ^ Exercer les lacultés spirituelles à méditer les objets surnaturels, It pratiquer les autres méthodes spéciales que prescrivent les maîtres de la vie spirituelle ; mais principalement il faut écarter les autres empêchements qui s'opposent à cette dévotion et dont nous aurons à nous occuper dans le chapitre suivant. Les moyens indiscrets sont de se violenter, de faire des contorsions et de se livrer à des mouvements afiectés qui sont nuisibles à la santé et ne servent pas du tout au but qu'on se propose. Si ensuite Dieu ne veut pas accorder les faveurs qu'on recherche, il faut se résigner paisiblement et par une humble soumission se conformer à sa sainte volonté. Ce sont là les moyens que propose Denys le Chartreiix comme étant les plus convenables. Pro hac actuali {nempe consolatione) actualiterque perceptibiti laborandum est, non vero tanquam pure necessaria ad salutem; sed veluti pro quodam adminiculo ad facilius vincendum adversa, et delectabilia conternnenda ; et conditione, et indiffei^entia quadam, videlicet committendo hoc voluntati divinœ, dicendo : I\on sieut ego volo , sed sicut tu vis , Deus Pater. {Lib. 2. de yaudio spirituali, art. 21). Il faut, dit-il, faire des efiorts discrets pour obtenir cette consolation actuelle et sensible , mais on ne doit pas se mettre en peine de l'obtenir comme si elle était nécessaire au salut; on doit seulement la considérer comme un moyen de vaincre plus facilement les obstacles, et pour mépriser les plaisirs ; et tout cela doit se faire avec une indiûérence complète , en se résignant à la volonté de Dieu , qu'il veuille ou ne veuille pas exaucer notre demande.

241. — Pour ce qui est du second doute, je dis qu'il n'est pas illicite de demander à Dieu la dévotion sensible et accidentelle, pourvu que cela ne se fasse point par amour de soi et par trop d'attache à ces faveurs spirituelles, mais uniquement par désir d'un plus grand avancement et pour marcher avec plus de céiorité dans la voie du Seigneur. liogo , dit saint licrnaM

(Servt. '3 de Circumcis), dari tibi devotionis lumen ^ diem sere* nissimuni et suhbatum mentis , in quo tanquam emeritus miles in laboribus universis , vivas absque labore , dilatato nimirum, corde currens viam mandatorum Dei, ut quod prius cum amaritudine, et coactione tui spiritus faciebas, de cetera jam cum summa dulcedinc periujas, et delectatione. Je demande à Dieu, dit saint Bernard , qu'il vous donne la claire lumière de la dévotion, un jour de la plus charmante sérénité, un iour de fête pour vo!re àme,dans lequel, semblable à un soldat vieilli dans les combats, vous puissiez goûter un doux repos et courir à cœur ouvert dans la voie des commandements du Seigneur , en sorte que vous commenciez à faire avec plaisir et douceur ce qu'auparavant vous ne faisiez qu'avec amertume et en vous faisant violence. Il faut savoir à qui s'adresse le saint et suave Docteur. Il s'entretient avec des vétérans qui ont pendant longtemps combattu sous la bannière du Rédempteur, qui ont essuyé beaucoup de fatigues pour sa gloire et qui ont remporté d'éclatantes victoires et c'est ce qui leur fait donner le nom de soldats émérites. Saint Bernard croit que ces pieux vétérans peuvent à juste titre demander à Dieu pour récompense quelques consolations sensibles et quelques jours de doux repos. Je ne sais pas pourtant si Dieu ferait la même concession à ceux qui, depuis quelques années et peut-être depuis quelques mois seulement , se sont enrôlés sous sa bannière , et n'ont presque rien fait pour lui.

242. — Ainsi, généralement parlant, je dis qu'il est plus sûr de demander continuellement et du fond du cœur à Dieu la dévotion substantielle qui est absolument nécessaire pour arriver à la perfection, et Dieu ne peut pas nous la refuser si nous la demandons en observant les conditions requises. Quant à la dévotion accidentelle, nous devons y être indifiërent, nous remettre pour cela dans les mains de Dieu, puisque nous ne pouvons pas savoir si elle nous convient. En procédant de la sorte on agit d'une manière plus parfaite, parce qu'elle concorde davantage avec la sainte humilité. Il n'y a pas beaucoup d'humilité à se considérer comme un soldat émérite sous les drapeaux de la milice chrétienne, et de se croire digue de repos et de, récompense. Cette vertu exige que l'on se considère toujours comme dans la catégorie des commençants et comme des combattants novices qui n'ont droit à aucune récompense. Sainte

Thérèse, cette grande héroïne qui essuya tant de fatigues pour Thonneur de Jésus-Christ et qui lui conquit une multitude innombrable d'àmes, dit en parlant d'elle-même, qu'elle n'osa jamais demander à Dieu une dévotion sensible parce que, quoiqu'elle sût bien que cela était permis, elle s'en considérait néanmoins comme indigne. Et une fois que, succombant sous le poids d'une sécheresse extraordinaire elle se décida à demander cette grâce; quand elle eut réfléchi sur cette action, elle eut tellement honte d'elle-même, que cette confusion intérieure, pleine de douceur et de calme qu'elle en éiirouva, produisit dans son cœur la consolation même qu'elle regrettait si fort d'avoir sollicitée. Jamais, dit la Sainte, je n'ai osé prier Dieu qu'il voulût bien me donner ce goût sensible de la piété et les tendresses de la dévotion. Je me bornais à lui demander qu'ii m'accordât la grâce et la force de ne point l'oftenser, et qu'il daignât me pardonner les fautes graves qui me semblaient si considérables, que je n'avais pas la hardiesse de désirer des consolations et des faveurs. La miséricorde du Seigneur me semblait avoir assez éclaté à mon égard en me permettant de me tenir en sa présence après m'avoir attirée à lui, et je voyais bien que je n'aurais pas eu la force de m'approcher de lui si sa Majesté ne fut pas venue à mon aide. Je me rappelle seulement qu'une fois dans ma vie je lui ai demandé des consolations sensibles, parce que je me trouvais dans ilm triste état de sécheresse; dès que je fis attention à la demand.> que j'adressaisauSeigneur, je tombai dans une telle confusion, p-;e le regret seul de reconnaître en moi si peu d'humilité me fit obtenir justement la faveur que je sollicitais. Je savais bien qu'il était permis de faire une pareille demande, mais, à mon avis, il me semblait (]ue cela n'appartenait qu'aux personnes bien disposées et qui, auparavant, ont employé toutes leurs forces à se procurer la véritable dévotion, laquelle consiste à ne pas offenser Dieu et à se trouver constamment résolus à faire tout ce qui est bien. Que k pieux lecteur réfléchisse attentivement sur ces paroles de sainte Thérèse, et il y reconnaîtra toute la doctrine que j'ai exposée en répondant à la deuxième question.

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