‹ Guide ascétiqueChapitre 35 sur 89 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Oy T MONTRE LA NÉ< ESSITÉ DE L'OBÉISSANCE, NON-SEULEMENT POCH LA VIE MORALE ET PARFAITE, MAIS E.\CU1\E POUR LA VIE HUMAINE ET CIVILE.

272. — Si l'on considère avec attention le système qui régit ce vaste univers , on reconnaîtra facilement qu'il se maintient et se conserve par la supériorité et la subordination d'un corps à un autre. Les cieux dépendent du premier mobile qui leur •j:\iprime le mouvement. Les planètes le reçoivent du soleil qui leur communique sa lumière et ses influences, les corps sublunaires dépendent des planètes d'où découlent sur eux à leur tour des influences bonnes ou mauvaises, puis tous les corps inférieurs à la lune, tels que notre terre, ont entre eux une suljordinatiou proportionnée, semblable à l'efl'et que produit la cause. Otez de ce monde cette supériorité et cette dépendance réciproques, le monde ne sera plus cette œuvre magnifique qui enchante les yeux, et ravit l'esprit qui la conlemi>le; ce ne sera plus qu'une Tuasse intorme , et on n'y verra plus qu'une aûreuse confusion de toutes choses qui oflrira un spectacle horrible ; en un mol l*:*, monde n'en méritera plus le nom,

273. — Or, cette supériorité et cette subordination de choses qui est si importante pour la conservation de ce monde matériel, n'est pas moins indispensable, dit saint Tliomas, pour maintenir le monde civil de la république terrestre. Afin que cette société humaine puisse subsister, il faut qu'il y ait des hommes qui règlent les actions des autres , en qualité de supérieurs, et que les inférieurs se laissent régler; que les premiers commandent, et que les seconds obéissent, que les uns dominent et que les autres soient dépendants ; il n'y a pas dautre moyen de faire marcher selon les règles de l'équité les afîaires de ce monde. C'est ainsi seulement que les villes, les royaumes et les empires peuvent subsister au seiu du bon ordre et de la bonne harmonie qui doit régner dans une société d'hommes doués de raison. Si cette subordination d'un homme à un autre disparaît du monde civil , il n'en résultera qu'une, agrégation d'animaux indomptés, puisque, si chacun peut vivre selon ses caprices, bientôt on ne verra régner dans les cités que l'injustice, la cruauté, le désordre, l'esprit de contention, la plus honteuse brutalité. 11 arrivera ce qui se passe dans les contrées les plus reculées de l'Am'rique^ où les hommes, répandus dans ces immenses déserts , vivent à leur fantaisie. Il est donc aussi nécessaire qu'il y ait dans le monde une supériorité qui g'out vcrnc bien, et une subordination fidèle à l'obéissance, qu'il est nécessaire aux hommes de vivre en hommes, et non en brutes. Saint Thomas dit tout cela substantiellement, quoiqu'en employant d'autres termes. Oportuit autem in rébus naturalibus , ut superiora moveant inferiora ad suas aciiones j^er excel- /-eniiam naturalis virtutis coliatœ dhinitus. Inde etiam oportet in rébus hiimanis , quod superiorcs moveant inferiores per suam voluntatem ex vi voluntatis divinitus ordinatœ. Movere autem per ralionem, et voluntatem est prœcipere ; et ideo sicui ex ipso ordine naiurali, divinitus instituto, inferiora necessc habent subdi motioni superiorum ; ita etiam in rébus humants ex ordine jurit naturalis , et divini tenentur inferiores suis superioribus obedire. {2, 2. Quœst. 104., art. 1, in Corp.).

274. — Saint Jean Chrysoslôme nous fait comprendre par une comparaison fort juste et bien appliquée pour nous convaincre di; ces vérités, combien serait afîreux l'état d'une réunion d'homuii's où l'autorilé n'existerait pas, et d'où, par conséquent, lobcioiaucii serait bannie: Supprimez, nous dit ie

Saint, (Vun chœur Ho miisk-iciis h', «lu'l, qui rèj^lo l'exc^ciition ; iusr^Kôt 11* concert iléj^cn^TO on une barbaro cacuphoiiii;. Sn[)primez dans une année le chef qui la commande, tout tomtte dans le chaos; on ne peut pas dire que ce soit une rchmion de soldats rang»»s pour livrer bataille, mais une masse d'hoiumes destinés au massacre. Privez un navire de son pilote, et voilà que le vaisseau devient le jouet des vents et des flots. Enlevez le pasteur au troupeau, celui-ci se disperse. La même chose a lieu dans la société civile , et beaucoup plus encore dans la vie spirituelle et religieuse. Si vous enlevez à une ville le chef qui y commande, vous y verrez tout de suite régner la violence, l'ojipression , la cruauté, l'injustice et toute sorte d'abominations. Si vous enlevez à la famille son chef, tout y toralje dam la confusion et le désordre. Le supérieur ne régit-il plus son monastère ? aussitôt l'observance est négligée et l'édification dispanût. Qu'une personne dévote n'ait plus de directeur et de guide, vous la voyez quitter le droit sentier de la perfection. 275. — jMais si dans tous les actes civils, moraux, surnaturels , il faut nécessairement un supérieur qui, par son autorité, y établisse un ordre convenable, à combien plus forte raison sera nécessaire en toutes choses l'obéissance des inférieiirs a leur supérieur, puisque, si cette obéissance n'a pas lieu, il ijnportc fort peu qu'il y ait des hommes investis du droit de commander, et même il y aurait eu ce cas plus de désordre que si les supérieurs n'existaient pas. Reprenons les diverses compa« raisons que nous avons faites, et nous jetterons le plus grand jour sur cette vérité. Supposez que, dans un chœur musical, se trouve un chef d'orchestre , mais que les exécutants n'obéissent pas à la mesure qu'il bat; que, dans l'armée, se trouve un vaillant général , mais que les soldats ne se soumettent pas à ses ordres; que le navire ait un habile pilote, mais que les matelots transgressent les ordres de la manœuvre; qu'à la tête du troupeau se trouve un pasteur vigilant, mais que les brebis n'écoutent pas &a voix; il est constant que, dans tous ces cas da musique, de bataille, de navigation, de pacage, existera un désordre plus grand que s'il n'y avait eu personne pour diriger et pour régler ces diflérentes opérations. De même encore, si, dans une ville, dans une maison, dans une communauté, dans le tribunal de la pénitence, existent des supérieurs qui règlent ce qui es? de leur compéteufl^- , et si ensuite on n'obéit aucune-

ment à ce qirî est prescrit, il en résullcra de plus graves peiw turbatioBS que s'il n'y avait absolument personne pour commander, car ces ordres, foulés aux pieds, n'auront d'autre eÛet que de plus grands bouleversements, qui seront d'autant plus ' onsidérables que les subordonnés les auront provoqués plus librement.

276. — Tout ce qu'on vient d'exposer n'est autre chose quft ..j reproduction de ce qu'en dit le saint Docteur précité. iiomil. 34, in epist. ad Hehrceos). Malum quidem est, ubi nul-' lus est principatus , et multarum cladium hœc res exista occasion it est confusionis, turbationisque principium. Sicut enim si ex chojo ipsum principem auferas, nequaquam modulaius chorus exista ; et mUaum phalanx, si ducem non habeat , nulle modo acics or dinata procéda ; et navis si gubernatore privetur , pessum eat est nccesse ; et si gregi pastorem abstuleris , cunctus dispergitur. Malum autem non minus est inobedientia eorum, qui rcguntur a principe. Populvs enim, si non obsequitur principi, similis est populo principem non habenti ; immo etiam deterior ; illi qjiidem saltem veniam habent pro eo quod indisposite , et inordinate versantiir, siquidem ordinatore privati sunt; hi autem veniam non merentur. Le lecteur verra donc combien l'obéissance est nécessaire pour arriver à la perfection, puisque sans elle il ne saurait y avoir non-seulement de vie spirituelle, mais encore même de société civile. Aussi saint Augustin dit-il avec raison qu'il n'est rien qui convienne mieux à une âme que d'obéir à Dieu, le souverain Seigneur, et puis aux hommes, soit aux maîtres, aux pères, aux maris, soit à tous autres cUeis qui ont reçu de Dieu le droit de commander. ISihil enim tant, expedit animœ quam obedire. Et si expedit animœ obedire in scrvo ut obediat domino, in filio ut obediat patri, in uxoreut obcdiat vira ; quanta mugis in homiue ut obediat Deo? {,!» à'iulm. 79, Conc. 2).

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