‹ Guide ascétiqueChapitre 36 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

OR T MOimtE QVB PAIVMI LES VERTUS MORALES l'oBÉISSANCE TIENT LE PREMIER RANG.

277. — No ronfoni^ons point dosledéhut de ce chapitre. Je h', dis pasijnf» robéis<:ance est, de toutes les vertus inoralo?, la plu< noble par son origine. On saitdéjàj comme je l'ai démontré ailleurs, que les vertus cardinales sont comme les raciues d'où germent les vertus morales. A celle-ci donc on doit accordtT l'autorité d'origine lorsqu'on traite d'un sujet quelconque en morale. Je dis seulement que l'obéissance est la plus noble à cause d'un éclat qui lui est inné et qui la fait briller d'une manière plus spéciale au-dessus des autres vertus. Le Docteur angolique nous l'affirme et il en donne des [treuves qui ne laissent rien à désirer. Ils sont nombreux les biens dont la miséricorde divine a daigné nous enrichir. Tels sont les biens de la . lortune qtiiau dehors concourent à notre bonheur sur la terre; ce sont les possessions temporelles et les honneurs. Il est d'autres biens naturels qui, au-dedans de nous, entretiennent un sentiment de satisfaction; ce sont, pour ce qui regarde le corps, la santé, la ^^gueur, la beauté, les plaisirs sensibles; et, pour ce qui regarde l'âme, ce sont la mémoire, l'intelhgence et la volonté tenues en état de nous faire agir d'une manière complètement conforme à la raison. Parmi tous ces biens dont Dieu nous a comblés en cette vie, ceux du corps ne méritent pas une grande estime, ceux de la fortune en méritent moins encore. Mais les biens de l'âme sont d'un prix supérieur, parce ■qu'ils sont, à proprement parler, ceux qui conviennent pardessus tout à l'homme, et, parmi ces biens spirituels, le libre usage de la volonté est celui qui occupe la première place, car la volonté est la reine de ce petit monde qui existe au dedans de nous, et c'est par elle que nous usons et jouissons de tous les autres biens dont nous sommes susceptibles en ce monde. Or, c'est cette volonté, le plus précieux des biens que nous possédions, dont nous faisons hommage à Dieu, quand, par amour pour lui, nous nous soumettons à faire la volonté d'un supérieur ; et l'on peut dire avec toute raison ipic, dans ce

eas, nous sacrifions à Dieu tout ce qu'il y a dans nous de plus excellent pour lui témoigner la plus parfaite soumission qui nous soit possible. Par la pratique des autres vertus nous sacrifious au Seigneur des biens d'im ordre inférieur, tandis que par l'obéissance nous nous dépouillons du plus grand de nos biens. Tria sunt gênera bonorum humanorum, quœ homo potest contemnere propter Deum, quorum infimum sunt exteriora bona; médium autem sunt bona corporis, supremum au* tem sunt bona animœ, inter quœ quodamjnodo prœcipuum est volunias, in quantum scilieet per voluntatem homo omnibus aliis bonis utilur. Et ideo per se laudabilior est obedientice vir» tus, quœ propter Deum contemnit propriam voluntatem, quant aliœ virtutes morales, quœ propter Deum aliqua alia bona cotitonnunt. (2, 2, Quœst. 104, art. 3). Le saint Docteur, dans un autre endroit, revient à dire la même chose en affirmant que Dieu ne peut recevoir de l'homme un sacrifice plus méritoire que celui de la volonté quand on la subordonne à la volonté des autres : Nihil majus potest homo dare Deo, quam quod propriam voluntatem propter ipsum voluntati alterius sîibjiciat. (2, 2, Quœst. 186, art. 5, ad 5). En ce cas, l'homme fait à Dieu mie offrande à laquelle rien ne saurait être égal.

278. — Mais il faut reconnaître encore, dans l'obéissance, un mérite qui la revêt d'une splendeur toute spéciale. C'est qu'en pénétrant dans une âme, l'obéissance y introduit toutes les vertus; en y établissant sa demeure, elle les y maintient toutes; en y régnant, elle change tout en vertu, même les choses qui, par leur nature, n'ont rien de commun avec la vertu. Je ne suis pas le premier qui attribue à l'obéissance des mérites aussi éminents. Saint Augustin l'avait fait longtemps avant moi, puisqu'il appelle cette vertu la mère et la ga> dieiine fidèle de toutes les vertus. Virtus, dit le Saint, en parlant de l'obéissance, quœ in natura rationali mater quodammodo est omnium, custosque virtutum. {De civit. Dei lib. xiv, eap. 12), et saint Grégoire ajoute qu'elle est la mère des vertus, car elle les fait naître toutes dans les âmes; elle en est encore, dit-il, la gardienne, parce qu'elle les y maintient et lesy conserve. So/a virtus est obedientia, quœ virtutes cœteras menti inscrit, insertasqiie cuslodit. [Moral, lib. xxxv, cap. 10). Il n'est pas difficile de découvrir la raison pour laquelle l'obéissance produit tant d'actes vertueux, puisque de même que tout p6-

ch(^qne l'on coniini^t nVst qu'un mauvais usage de la volontf^ de même aussi tout acte de vertu doit tiier son origine du bon risat^e de la volonté^. Or, il est indubitable que quiconque obéit, en subordonnant sa volonté à colle des autres, soit [)0ur exécuter des commandements, soit pour suivi-e des conseils, fait un excellent usage de sa volonté, et c'est ce qui fait qu'il agit toujours d'une manière vertueuse et se maintient dans un exerfice continuel de toutes les vertus. Qu'y a-t-il donc qui ait lieu de surprendre quand on dit que Tobéissanee est l'origine de toutes les vertus et qu'elle eu est la conservatrice quand elle a enrichi une âme ? L'Apôtre a donc bien raison de dire que delà désol)éissanee est sorti tout le mal qui est au monde, et que de l'obéissance doit procéder tout le bien. Il lait en cela allusion à la désobéissance d'Adam qui a doté ses descendants de la malédiction, et à Jésus-Christ qui, par sou obéissance, nous a procuré le salut et la perfection : Sicut enim per inobedientiam unius hominis peccatores constituli siinl mvlli, ita per uniîis obeditiunem justi constitue ntur multi, {Ad liomaii. 5, 19).

279. — Nous inférons de ce qui vient d'être exposé, que si robéissance tire sou origine des vertus cardinales, comme il a été dit, elle en est pourtant aussi en quelque sorte la source, et que l'on peut dire, avec justice, qu'elle en est tout à la lois la fille et la mère. Je m'explique. L'obéissance dépend de la prudence, parce qu'on ne peut pas, raisonnablement, obéir sans user de prudence pour discerner si hic et nunc il convient d'accomplir ce qui est commandé en s'enquéraut si c'est une chose permise, ou bien, pour repousser ce commandement, si la chose n'est pas permise et si elle est criminelle, Mais la sainte obéissance est encore, à son tour, la mère de cette même prudence, car il ne peut exister de plus parfaite prudence que celle qui nous inspire de la défiance pour nous-mêmes, et nous porte à agir conformément aux conseils de ceux que Dieu a établis au-dessus de nous et auxquels Dieu fait part de ses lumières pour nous dicter des règles de conduite. L'obéissance est subordonnée à la justice, puisqu'elle rend aux supérieurs ce qui leur revient à bon droit, je veux dire la prompte exécution de leurs ordres ; et pourtant l'obéissance est encore à son tour la })rotectriee de cette vertu, car celui qui obéit avec rectitude ue fait jamais tort au prochain et ne porte aucun préjudice à

ses droits. J'en dis autant de la tempérance et de la force qui fomentent l'obéissance en lui donnant Ténergie dont elle a besoin pour accomplir ce qui lui est ordonné ; mais, en même temps, c'est la parfaite obéissance qui nourrit ces vertus, puisque c'est elle qui, par l'exercice des actes qui lui sont propres, modère, et, en quelque sorte, tempère le penchant naturel de l'homme à suivre son jugement individuel et sa volonté, et le rend prompt à entreprendre les choses ardues et pénibles. Je veux donc tirer cette conclusion que l'obéissance fait naître dans l'âme toutes les vertus, qu'elles les y nourrit toutes, et qu'elle les conduit à la perfection, selon le sentiment des saints Docteurs, en y comprenant également toutes les vertus dont elle dépend elle-même et auxquelles l'obéissance est subordonnée.

280. — Nous pouvons en fournir une preuve dans la vierge sainte Euphrosine {Surim, Januarii 1 die). Cette jeune personne, enflammée du désir de mener une vie pénitente et austère, s'en alla déguisée en homme dans un de ces monastères qui s'élevaient autour de la ville d'Alexandrie, et dans lequel régnait la plus grande sainteté. Elle se prosterna aux pieds de l'abbé et le conjura avec instance de daigner l'admettre au nombre des moines fervents qui habitaient cette sainte maison. L'abbé la prit réellement pour un homme, comme l'indiquaient les habits dont elle était revêtue, sa demande lut acceptée. On la revêtit de l'habit monacal et on lui donna le nom de frère Smaralde ou Esméralde. Mais comme la nature l'avait douée d'une rare beauté, et que dans tous ses mouvements on remarquait une grâce toute particulière , elle attira les regards de tous les moines, et sans qu'il y eût de sa iaute, elle était pour eux un objet de tentations importunes. L'abbé ayant été histruil de cela , lui enjoignit de ne plus sortir de sot» étroite et pauvre cellule, et d'y vaquer à de pieux exercices. Euphrosine obéit à l'ordre de son supérieur et persévéra dans cette constante obéissance pendant trente-huit ans entiers, et durant tout ce temps, elle ne mit jamais les pieds liors de sa (.elhile. Enfin, le moment de sa mort arriva, et alors on découvrit ce ([u'elle avait caché pendant toute sa vie, et l'on appela son pèrt", qui, affligé d'avoir perdu sa fille cpi'il n'avait pas cessé d(^ chiTchcr depuis qu'ellti avait quitté la maison paternelle, reconnut que c'était bien sa fiiie Euphrosine, sur la déclaration qu'il en reçut, et à l'iustant

môme , elle ivmlit le dernier soupir. Or, pendant que les moines se leiiaieut auloiir de la pieuse défunte plongés dans l'adiniration pour la rareté du l'ait, et surtout pour l'héroupie obtiissance avec laquelle elle s'était soumise à une réclusion de tant d'années dans sa cellule , un moine privé d'un œil se prosterna devant ces restes inanimés, et les baisa dévotement. Chose merveilleuse! au simple contact de ces membres glacés par la mort, il recouvra à l'instant même l'usage de cet œil, au grand élonnemcnt des assistants. Dieu voulut donner ainsi une preuve authentique de la sainteté de sa servante, qui répandit ainsi après sa mort un lustre d'autant plus grand sur ce monastère et sur le monde entier , qu'elle avait vécu cachée pendant toute sa vie aux yeux de ce monastère et du monde. Mais de notre côté , réfléchissons sur le moyen qu'employa Euphrosine pour parvenir à une sainteté si éminente, en ne suivant pas la règle qui était commune à tous les autres moines, en ne partageant pas avec eux les fatigues, les exercices conventuels, les austérités de l'institut. Ce moyen ne fut autre qu'une obéissance continuelle , pratiquée dans une étroite et pauvre cellule. En ne faisant pas , en un mot, par obéissance tout ce que les autres faisaient dévotement, elle acquit mieux que les autres la plénitude des vertus, et s'éleva plus rapidement aux plus hauts degrés de la perfection.

281. — Mais voici un autre fait qui pourra mieux nous convaincre de cette vérité très-importante, et qui nous est raconté par saint Dorothée, au sujet de son disciple Dosithée( £"0; doctr.l. Dorothei.). Celui-ci ne pouvait pas facilement s'habituer aux rigueurs de la vie monastique parce qu'il avait un caractère élevé, son éducation avait été faite au milieu des aises d'une maison riche, sa eomplexion était délicate, sa santé peu vigoureuse ne pouvait s'habituer aux austérités de cette nouvelle existence. Néanmoins, dès les premiers ^ours de son entrée au monastère, il prit la résolution de se consacrer entièrement à la sainte obéissance , parce qu'il lui sembla que cette vertu était pàis que toute autre en harmonie avec sa fail)le eomplexion, puisqu'elle n'exige pas un corps robuste, mais seulement une volonté très-soumise. C'est pourquoi il se mit sans réserve à la disposition de son maître Dorothée, se dépouillant de toute sa volonté absolument , comme lorsqu'il était entant, il s'était abandonné à la conduite de sa mère. D

ge conduisit selon les conseils, les volontés, et même les moindres signes de son maître. Il subordonna à celles de son maître ses volontés, même dans le détail le plus minutieux de ses actions. C'est par cette voie qu'il arriva à acquérir dans une si grande perfection toutes les vertus d'un religieux , à tel point ju'aprês sa mort , on le vit resplendissant d'une gloire aussi éclatante dont pouvaient briller les moines qui avaient vécu ians la pratique des plus rudes austérités. Tant est vrai ce que dit saint Augustin, que l'obéissance est la mère qui enfante toutes les vertus, qu'elle en est la gardienne, et qu'elle les maintient toutes dans la vigueur qui leur est propre.

282. — J'ajoute que l'obéissance sait encore donner du lustre aux actions, qui de leur nature, n'ont aucun espèce de rapport avec la vertu. Manger, boire, dormir, marcher, travailler, se divertir, sont des opérations indifférentes qui n'ont aucun éclat de vertu. Toutefois , si l'on s'y livre par obéissance , elles deviennent vertueuses , surnaturelles , méritoires et dignes d'une récompense éternelle. Il s'ensuit, que l'obéissance est une sorte de Midas véritable, qui change tout ce qu'elle touche en l'or des précieuses vertus , et que non-seulement elle change avantageusement le cuivre, si je puis le dire, des actions indifférentes , mais encore même l'étain des plus basses qui n'ont aucune valeur par elles-mêmes , et qui sont au contraire sans aucune espèce de prix et d'utilité. Qui n'admire les fatigues auxquelles s'assujettit l'abbC' Jean, en arrosant un bâton sec pendant une année entière. i.'?-s efforts qu'il prodigua vainement pour changer de place à îûi seul, un rocher d'un énorme grosseur? Et tout cela, pour obéir aux commandements qu'il avait reçus d'un supérieur? {Cassian. Imlit., lib. iv, caj). 2o). Qui ne regarderait pas cela comme des actes très-vertueux ? Qui n'en relèverait pas le mérite? Et pourtant, si on les considère eu eux-mêmes, ce ne sont que des fatigues inutiles, des efforts en pure perte. Qui improuverait la fatigue d'un Paul le Simple, quand pour obéira son supérieur il se remettait à coudre et à découdre les mêmes vêlements, tirait l'eau d'un puits pour la répandre à terre, et qu'il se livrait à des fatigues de même gem-e tout aussi huililes? {Ex vilis P P. in vita Pauli Simpticis). Et pourtant si l'on considère ces actes tels qu'ils soûl en eux-mêmes, on devrait les taxer d'actions oiseuses, plutôt que d'y attacher un uieiite île vertu.

283. — Je trouve encore plus conformo nn sujet qiie je traite en ce nionu'iit le trait que raconte Sévèrc-Sulpice. {/n dia/uy. de vit. saint Martini , cap. 13). Uu jeuue hunmie désireux de se consacrer tout entier au service de Dieu entra dans un de ces saints niona?tt^rcs d'itjrypte si noml)reux dans les premiers siècles. L'abbé lui demanda s'il était disposé à faire abnéyalion de sa volonté et à remplir exactement tous les ordres qu'on pourrait lui donner. Il répondit qu'il était prêt à tout. Alors l'abbé planta en terre uu bâton desséché de styrax qu'il avait à la main et ordonna au jeuue homme d'aller sur les bords du Nil qni était à deux milles de distance , d'y puiser de l'eau du fleuve pour arroser ce bâton jusqu'à ce qu'il eût poussé dans le sol de profondes racines et qu'il eût commencé à pousser des feuilles. Celui-ci baissa la tète, se mit en devoir de remplir cette tâche fatigante et pendant un an il ne cessa point d'aller au Nil et d'en revenir chargé d'une quantité d'eau qui le faisait ployer sous le poids, se soumettant à ce travail comme une bête de somme. Mais comme le bâton ne semblait pas encore prêt de s'enraciner, il continua cette fatigue pendant une autre année, puis durant une autre année encore, en parcourant pour aller et pour revenir, à chaque voyage, quatre milles de chemin. INIais avant de poursuivre, je veux que le lecteur s'imagine voir de ses propres yeux les allées et les venues de ce jeune homme charriant tous les jours sur ses épaules et sans interruption cette charge d'eau, marchant à grands pas et baigné de sueur, et puis versant cette eau transportée avec tant de peine au pied d'un bâton sec et aride. Quelle idée se formera-t-il de lui? Ne le croira- t-il pas privé de bon sens? Ne regardera-t-il pas cette fatigue comme un acte d'extravagance ? Ne se moquera-t-il pas de lui comme d'un insensé? Certes son jugement ne sera pas mal fondé s'il considère la chose en ellemême. Mais comme elle fut entreprise et continuée avec persévérance par un pur motif d'obéissance , ce ne fut point une action vaine , une action insensée, mais au contraire ce fut im acte de sagesse et de vertu, un acte de sainteté ; et Dieu voulut par un éclatant miracle montrer au monde combien la conduite de ce jeune novice avait eu de prix à ses yeux, puisque au bout de la troisième année le bâton de styrax poussa de profondes racines et se mit à reverdir; ensuite il devint peu â peu un véritable tronc d'arbre, ses branches s'épanouirent et enchau-

t'Tent tons les regards par leur verdure luxuriante, au grand otonnement de tous ceux qui en furent témoins. C'était là une preuve irrécusable de cette grande vérité qu'il n'y a pas d'action si humble , si frivole , si vaine , si inutile qui ne devienne, en vertu de la sainte obéissance un acte de vertu, un acte saint, un acte enfin digne des regards de Dieu et riche de mérites. L'auteur précité nous atteste en efifet qu'il a vu de se» propres yeux, dans le préau de ce monastère, cet arbre tout vert et paré de fleurs, en témoignage de la vérité du fait : Eyo ipsam ex illa virg^ila arbusculam , quœ hodieque inira atrium monasterii est, ramis viridantibus vidi, quœ quasi in tcstimonium manet, quantum obedientia meruit, et quantum fides possit, ostcndit.

281. — Se fondant sur cette solide base, les moines d'Egypte, dit Cassien, exécutaient avec un rare empressement les ordres de leurs supérieurs, comme s'ils eussent imtendu la voix du ciel même, sans se livrer à aucune discussion pour examiner si telle chose était possible ou impossible. 11 ne leur venait pas même à l'esprit de réfléchir un seul instant sur l'impossibilité du commandement qui leur était fait. Sic universa complerequœcumque fuerint ab eo {nempe superioré) jprœcepta, tanquam a Deo sint vœlUiis édita, sine ulla discussione festinant , ut nonnumquam etiam impossibilia sibimet imperata, ex (ide ac devotione sicscipiant, ut tota virtute , ac sine ulla cordis hœsitatione ea perficere , et consumere nitantur : et nec j^ossibilitaton quidem prœcepti prœ senioris reverentia metiantur. {Instit. lib. iv, cap. 40). C'est donc, s'il es* permis d'employer ce langage, c'est donc une haute alchimie que l'obéissance, car elle change en un or pur de la véritable et solide vertu la paiUe de certaines actions viles ou inutiles. Le lecteur peut maintenant juger si parmi les vertus morales il y en a une autre qui soit aussi capable d'enrichir l'âme de toutes les vertus, de les maintenir toutes dans l'éclat qui leur est propre , de perfectionner l'âme par des actes qui sont en eux-mêmes iudifierents et même vils, et puis qu'il se laisse enchanter par les charmes dont est parée la sainte obéissance, si cela lui est possible, quoique nous n'ayons point encore achevé de révéler tout ce qu'il y a d'estimable et d'aimable dans cette vertu.

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