‹ Guide ascétiqueChapitre 47 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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3i8. — Christus passas est pro nohis, vobis rdinquens exemplinn, vt se(jua}?iini vesiiyia ejtis. (i Pétri, 2, 21). .Ji'sus-Cliiist, dit le prince des Apôtres, a souftert pour nous donner un grand exemple de patience ; il a suivi mie route entièrement jonchée d'épines, af.u que nous marchions après lui, en suivant ses traces. Ce doit être pour nous un puissant aiguillon pour nous exciter à souffrir toute sorte de maux avec une âme calme et tranquille; et en vérité, quelles tribulations peuvent fondre sur vous, supérieures à celles que votre si aimable Rédempteur a daigné souffrir pour vous ? Etes-vous accablés de douleurs et de pénibles infirmités ? Mais combien plus acerbes furent les douleurs, combien plus atroces furent les peines dont votre Sauveur fut accablé pour vous? Êtes-vous pauvres? Mais Jésus- Christ fut plus pauvre que vous, et il voulut se réduire ainsi à l'indigence par amour pour vous. Avez-vous perdu un procès? vous a-t-on dépouillés des biens de la fortune? Mais on ôta au divin Sauveur tous ses vêtements et on l'attacha tout nu sur une ^roix. Vos amis vous ont-ils délaissés? Mais Jésus fat abandonné de ses disciples. Vous a-t-on insultés et a-t-on porté atteinte à votre honneur par ces outrages? Mais vous n'avez pas été un objet de dérision pour une vile populace; vous n'avez pas été foulés aux pieds comme on écrase un ver de terre. Vous a-t-on persécutés ? ]Mais ce n'a pas été autant que lui, on n'a pas demandé votre mort avec autant d'injustice. Avez-vous été trahis ? Mais non pas comme Jésus par un disciple comblé de ses bienfaits. Que peut-il donc vous arriver dans le cours de votre vie en fait de tribulations, même les plus pénibles, que vous ne soyez invité à supporter avec une égalité d'âme pareille à celle dont votre divin Sauveur vous a offert le modèle? Toute la vie de Jésus-Christ , dit saint Cyprien, ne fat qu'un exercice continuel de patience, il n'y eut pas en lui un seul acte qui n'eût pour compagne la patience. Actus ejus ah ipso statim adventu patientia comité signaniur, {Lib. de Bono patientiœ). èi T. III. 18

donc Jésus-Christ a souffert tant de cruelles afflictions pour vous, comment pourriez-vous ne pas souffrir la moindre chose avec patience, par amour pour lui? Il est le créateur et vous la créature; il est le prince et vous le sujet; il est le maitre et vous le serviteur; il est Dieu et vous un ver de terre; il est tout et vous rien.

349. — Lorsque Abimélech eut miné la ville de Sichem, et qu'il y eut semé du sel, il résolut de s'emparer de la forteresse par le moyen du feu; et comme pour arriver à ce but il fallait accumuler au pied des murs des forêts entières de troncs et de branches d'arbres, il conduisit son armée sur la montagne de Salmon où s'élevait une vaste et épaisse forêt; là, prenant en main une hache, il détacha une forte branche, se la mit sur les épaules, et se tournant vers la citadelle de Sichem, il s'écria à haute voix : Quod me videtis facere, cito facile. Faites tous ce que vous me voyez faire. A un si noble exemple, vous eussiez vu les capitaines, les cavaliers, les officiers et les soldats prendre le fer en main, couper les branches et les troncs d'arbres, les charger sur leurs épaules, s'estimant plus dignes d'éloges à proportion de la plus grande charge qu'ils portaient, et tous, pleins d'ardeur et de joie, suivirent l'exemple de leur chef. Igitur certatim ramos de arboribus prcBcidentes , sequebantur ducem. {Judic, 9, 49).

350. — Voilà une belle et frappante figure de ce qne notre divin Rédempteur a fait pour nous. Il savait que cette misérable terre où nous vivons est toute jonchée de peines et de croix; il savait qu'il est impossible de vivre dans cette vallée de larmes, dans ce douloureux exil, sans afflictions, sans tribulations, sans amertume. Que fit donc notre généieux chef poar nous inspirer du courage dans les souffrances? Il prit sur ses épaules divines la croix la plus pesante, la plus douloureuse , et se tournant vers nous qui sommes ses soldats em'ôlés sous ses drapeaux, il nous dit comme Abimélech à ses troupes : Quod me videtis facere, faàte. Faites ce que je fais. Ue voici accablé sous le poids d'une croix, et c'est sur elle que je soufîre et que je meurs. Qui vult venire post me abneget semetipsum , et tollat crucem suam, et sequatur me. {Maith. 16, ii). Quiconque se fait gloire d'être mon disciple, doit prendre sa croix, venir après moi, suivre de très-près les traces de mes pas, se faire mon imitateur. Quiconque ue porte pas sur ses épaules ce signe de la ré-

aîgnation aux souflrances, je no le regarderai pas comme iin des luioiis. Sorait-il doue vrai qu'en voyant sous nos yeux le noble exemple ([ue nous a donné notre chef, nous eussions la lâcheté de reluser toute espèce de croix pour aussi pesante, ignominieuse, pleine de douleurs et d'abandon qu'elle puisse être, et de quelques avantages terrestres qu'elle puisse nous dé pouiller? Serait-il possible qu'un modèle aussi illustre fît i peu d'impression qu'on se livrât encore à la tristesse, aut plaintes, aux soupirs, aux sanglots sous le fardeau des croit qu'on est obligé de porter? Verrait-on encore des chrétiens quij au lieu de porter ces croix avec patience et avec amour, les trak nasseut par force ? Serait-il vrai que l'exemple d'un Abimélecli lût plus efficace pour animer des soldats aux rudes fatigues et aux dangers de la guerre, que ne le serait pour nous l'exemple de notre divin Rédempteur?

351. — Ah! qu'on ne puisse pas dire que nous faisons si peu de cas de notre auguste chef, que nous estimons si peu les nobles exemples qu'il nous a laissés, que nous lui donnons si peu de preuves de notre amour ! Pensons souvent à ce que sa tendresse lui a fait endurer pour nous, et à la patience invincible avec laquelle il a souffert, surtout dans les circonstances où les tribulations nous circonviennent, et ayons soin de reproduire dans notre conduite les traits de son admirable patience. Et, de même que les peintres placent sous leurs yeux les objets qu'ils veulent retracer, les écrivains, les exemplaires qu'ils veulent transcrire, de même aussi tenons toujours fixés les yeux de notre esprit sur notre divin Sauveur, tantôt gémissant 80US le poids de sa croix, tantôt attaché à ce bois infâme, et y rendant le dernier soupir, tantôt couronné d'épines, tantôt déchiré par les coups de fouet, tantôt injustement poursuivi, tantôt condamné quoique innocent, tantôt outragé par des coups et par des injures. De semblables considérations feront naître dans notre cœur un certain désir de l'imiter, et nous rendront plus douces, ou du moins diminueront nos soufiiances. Tel était le conseil que l'Apôtre donnait aux Hébreux, quand il leur écrivait : Recogitate eum , qui talem sustinuit a neccatoribiis adversumsemefipsum contradictionem , ut ne fatigemini, animis vestris déficientes. {Ad Hehr. 12, 3). Souvenez-vous, mes chers irères, des persécutions qu'eut à supporter Jésus-Christ de la part des hommes impies et scélérats , pour ne pas vous laisser

abattre et dcoonrager dans les persécutions qui vous assaillent. 35i>. — Un ieune homme élevé dans la délicatesse, au milieu des aises et au sein de la mollesse dans sa maison paternelle, se fit religieux dans un monastère dont la règle était tort rigide. Mais en peu de temps sa ferveur s'étant relroidie, il commença à trouver dur le pain, aigre le vin, rude le vêtement, étroite la cellule, lourde l'obéissance, les moines ses couirères insupportables, et la règle insoutenable. Vaincu enfin par l'ennui, il pria le supérieur de lui accorder la permission de rentrer sous le toit paternel. Mon fils, lui répondit celui-ci, il n'est plus temps de reculer, puisque, par la profession solennelle que vous avez faite, vous avez pris l'engagement de rester dans cette communauté. Il vaut mieux vous recommander au Seigneur, afin qu'il vous donne la iorce qu'il a daigné accorder à tant d'autres , de souflrir avec patience les austérités de la vie régulière. Le jeune homme, reconiorté par ces paroles, cessa de nourrir le dessein qu'il avait formé. Mais bientôt tenté par sa propre fragilité ou par le démon , et sans faire part de sa résolution à personne, il quitta l'habit religieux, et, s'habillant en séculier, il s'enfuit. Sur le chemin Jésus-Christ lui apparut sous la forme d'un beau jeune homme, qui, venant derrière lui, s'écriait : Arrêtez, attendez moi, ne fuyez pas, car ie veux cheminer avec vous. Mais le religieux dés rteur, craignant d'ètie découvert, allongeait davantage le pas. Mais enfin, importuné par la voix et les prières du beau jeune homme, il s'arrêta. Le divin Rédempteur lui dit alors : Oîi allez-vous en marchant avec une telle vitesse? Il répondit avec un air de hauteur: Est-ce que vous êtes mon père, pour que je sois obligé de vous dire ce qui me regarde? Que vous importe de savoir où je vais? Mais le Seigneur, }irciiaut insensiblement un air plus doux, et employant des paroles plus amicales dans les questions pressantes qu'il lui faisait, le détermina enfiu à confesser qu'il s'enfuyait du cloître, et qu'il rentrait dans le monde. Alors Jésus-Christ ouvrit son vêtement sur le devant de sa poitrine, et, lui montrant son côté ouvert par un coup de lance et ruisselant de sang, lui dit ces paroles : Retournez au monastère, mon fils, et si, à l'avenir, le pain vous semble dur, trempez-le dans ce flanc ensanglanté par amour pour vous, et il vous paraîtra délicieux et frais ; si le vin qu'on vous servira vous paraît aigre , mèl<*z-le avec ce sang, et il semblera doux; si votre vêtement est ruac^

il vous seoiLlera soyeux. Dans ce côté sai^aut de l'amour le plus tendre pour vous, l'obéissauce, la tristesse, la règle monacale, l'austérité de la vie seront pleines de charme. A celle vue et à ces paroles, le religieux apostat, pénétré de componction, revint sur ses pas, et faisant désormais sa demeure dans le sacré côté de son Rédempteur il souffrit avec une grande patience toutes les épreuves du monastère, et il mena, pendant tout le reste de sa vie, une conduite saintement exemplaire. {Spe' cul. exempt, dist. 6, Exempt. 156).

353. — Plût au Ciel que nous eussions pareillement, sinon toujours, du mouis très-souvent sous les yeux les plaies, les douleurs, les opprobres, la pauvreté, les injures et les outrages que notre Rédempteur a soufferts ! Oh 1 combien nous paraîtraient douces les injures, douces les persécutions, douces les maladies, douces les douleurs, douces les misères, douces les perles de la iortune , des dignités, des enfants et des parents les plus chers ! C'est cette inaltérable patience de Jésus-Christ au milieu de si énormes tribulations, qui a donné la iorce aux martyrs dans leurs tortures, aux apôtres dans leurs persécutions, aux anachorètes dans leurs macérations , aux saints confesseurs dans leurs afflictions. C'est elle qui a donné à tous les Saints cette trempe d'acier pour résister à mille funestes atteintes. Saint Cyprien a pu dire que TÉglise de Dieu n'aurait pas eu à honorer dans saint Paul un invincible héros dans les soulfrances, si Dieu ne l'avait soutenu par sa grande patience, lalis est Christus , et tanta patientia, quœ nisi tanta , et talis existeret, Paulum quoque apostotum Ecdesia non haberet. Or, cette même patience de Jésus-Christ, si nous l'avons continuellement sous les yeux , peut aussi produire en nous la patience.

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