‹ Guide ascétiqueChapitre 5 sur 89 · AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR CETTE VERTU · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR CETTE VERTU

37. — Premier avertissement. Le directeur doit bien se convaincre que la prudence doit être sa vertu spéciale. Arislote a dit en effet que les autres vertus sont communes à ceux qui sont soumis à l'autorité et à ceux qui l'exercent, mais que la prudence appartient surtout à ceux qui gouvernent. Prudentia propria virtus est prœsidentis. Aarn cœterœ quidem vir tûtes

vîdentur communpn tam eorion, (pti jifceutnit . qunm eorum, gui. Sîtbsmt; at pnidenlia non est virius ejm , qui siibsit. [Et hic. art. 3, cap. 3). Afin quo vos pénitents ou vos disciples agissent avec prudence, il suffit qu'ils obéissent exactemenl à vosconscils; et il n'est pas nécessaire qu'ils examinent les raisons qui les obligent d'agir selon ce qui leur est prescrit : mais ils se conduisent d'autant mieux avec prudence qu'ils discutent moins les raisons d'opérer de la sorte; car leur di'voir n'est pas de sonder, mais d'obéir et d'exécuter. Tel est l'enseignement que donne saint Jérôme à Rustique : Credas tibi saJutare quidquid prœpositus monasterii prccceperit, nec de majorum senienlia judiccs eu jus offlcii est obedire et implere quœ jussa sunt, dicente Moyse : Audi Israël et face. Mais ceci ne saurait être assez pour nous, puisque le directeur doit peser et examiner si telle n^-uvre ou telle autre convient à son disei{>le, s'il faut exécuter le le chose, de telle manière, eu tel temps, avec telle restriction (Ml avec quelle latitude. Ainsi donc, tout le poids de la prudence repose sur les épaules du directeur.

3B. — Si donc cette vertu appartient au direcïeur beaucoup plus qu'à toute autre personne, il doit donc plus que tout autre pratiquer les moyens dont il a été parlé dans le chapitre précédent, à cause du soin particulier qu'il doit avoir de se la procurer. Il doit s'occuper sérieusement de l'étude de ces matières qui regardent son saint ministère, de tout ce qui se réfère aiix sujets moraux, ascétiques, mystiques qui concernent la direction de toutes les personnes, selon les diverses tendances de leur esprit; afin d'avoir continuellement à sa disposition les principes régulateurs de tonte âme dont il est chargé de soigner les intérêts spirituels. 11 doit, après avoir donné quelque conseil, réfléchir pour s'assurer s'il a suivi les bons principes et les enseii^ni-ments qu'il a reçus; et si dans la pratique , il a commis quf'lqne rrreur, il devra prendre soin de la rectifier. En agissant de la sorte, il acquerra l'esprit de pratique, de rectitude,depruileiice pour conduire sûrement les ànies à Dieu, En outre, il ne doit point se mettre en devoir d'entendii! ses pénitents, sans avoir préalablement demandé au Seigneur avec de profonds siutimenls d'humilité les lumières dont il a besoin. Q r"il diso au Seigneur : Da mihi sedium tuarum assistricem sapientiam.. Qtuiiiiaiii scrvus iuussum cyn, et /iiitts uncilla' tu.i , cl homu in- /ciinus, et exiyai teutjjoris, et minor uU mlclkciumjudicii, et

IpQum {Sap. 0, 4. 5) Dans ies cas douteux, qu'il ôlùvc encore son ôme à Dieu pour lui douiamler im rayon Je sa lumière. Dans des cas dillioiles et embarrassants, qu'il prenne un peu de temps polir prier, et prosterné en la présence dr> Dieu qu'il lui diso avec. Judith: l/i corde mco , Domine, consilium corrobora (Judith, 9, IS). Aui;meutez en moi, ô mon Dieu, le don de conseil éclairez uKm espvt , afin que ie puif«i-:(> délier la couscieuce de mon disciple, sans relâcher la mienne.

30. — Le directeur doit avoir soin, en second lieu, de se mettre à l'abri de toutes les passions. Il ne doit s'aôeclionner outre mesure à aucun de ses pénitents des deux sexes ni éprouver de la répugnance pour aucun, parce que ces aûections déréglées corrompent le jugement et empêchent de donner des conseils conformes à l'équité. Il doit par dessus tout se garantir de tout respect humain, car il n'est rien qui nuise autant à l'équité du jugement à porter et qui rende l'homme plus timide quand il faut dire la vérité. Il est vrai que le conseil est un acte de rintelligence par lequel on juge ce qui doit être fait pour agir droitement, mais il arrive souvent que l'intellect marche à la suite de la volonté, et si cette dernière est devenue esclave de quelque petite passion , on juge plutôt sous l'influence de l'aÛ'ection que sous celle de la raison. On rapporte dans les histoires de l'ordre de Giteaux {Spec. exempl. dist. 3, excom. 43), qu'un abbé étant à l'article de la mort, les moines commencèrent à s'occuper de l'élection de son successeur, mais comme ils n'étaient pas d'accord, ils convinrent d'un consentement unanime de s'en rapporter à l'abbé moribond, car ils n'ignoraient pas que c'était un homme d'une grande prudence et d'une probité consommée. Cet abbé fit tomber son choix sur son neveu qu'il avait élevé dans ce monastère, et quelques moments après , il rendit le dernier soupir. Or, un jour que ce neveu se trouvait au jardin près d'une source d'eau hmpide, il entendit sortu- du iond de cette source une voix étoufiée par les larmes. 11 s'approcha de la source et se mit à dire : Qui ètesvous qui vous plaignez au fond de ces eaux limpides ? Je suL=, répondit cette voix , l'abbé, votre prédécesseur et votre oncle, qui soufire et me désole dans les peines qui m'accablent en ce lieu. Mais pourquoi, reprit le neveu, puisque vous avez mené une vie si religieuse et si iéconde en mérites , plus digne de récompenses que de châtiments? C'est à cause de vous, repr^

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