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CHAPITRE VII

AVERTISSEME^rrS TRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LE PRÉSENT ARTICLE.

383. — Premer avertissement. Si le directeur souhaite que les âmes affligées de tribulations les supportent avec la patience qu'on doit y déployer, il doit les exhorter à l'oraison pour y demander coustamment à Dieu la grâce d'endurer ces maux avec résignation, jusqu'à ce que la paix soit rentrée dans leur intérieur. Nous avons déjà vu que l'eôet produit par les afflictions est une tristesse et un abattement dont notre âme est afiectée quand elles nous surviennent. Or, l'apôtre saint Jacques nous ofire un remède contre ce mal : Tristaturaliquis vestrum ? Oret. Quelqu'un de vous se trouve-t-il dans un état de malaise î Qu'il ait recours à la prière. Le Seigneur chassera de son cœur toute tristesse, radoucira sa douleur, mitigera sa peine. L'efficacité de ce remède est tondée sur les promesses que Dieu a faites aux âmes affligées de venir à leur secours, pourvu qu'elles

recourent à lui. Invoca me in die tribulationis, eruam te, et hoiwrificubis me. {Psalm. 49, 15). Au temps de vos tribulations, dit le Seigneur, recourez à moi, et je vous délivrerai, et vous m'honorerez. <jlamabit ad me, et ego exaudiam eum:cum ipso sum 171 tribulatione^i eripiam eum et glorificabo eum. {Psalm, 90, 15). Au milieu des tribulations, je suis avec celui qui le endure; s'il recourt à moi, je le délivrerai et je le glorifiera Clamaverunt ad Dominum eum tribularentur , et de necessit tibus eorum liberavit eos. {Psalm. 106, 1 3). Ils firent mon leurs cris vers le Seigneur, au milieu de leurs tribulations. Dieu les délivra de leurs angoisses. C'est pourquoi Dieu ne peu pas manquer d'exaucer les prières de ces personnes affligées, quand elles lui demandent la vertu de patience. Il peut sans doute arriver que Dieu ne les exauce pas quand elles demandent la délivrance de leurs maux, parce que cette grâce ne serait pas toujours utile à leur salut et à sa propre gloire. Mais qu'il ne leur accorde pas la patience , si elles la sollicitent selon les conditions voulues, cela n'est pas possible J parce que celle-ci est une grâce sans nul doute conforme à sa volonté et sur laquelle s'étendent ses divines promesses. Tel fut le moyen qu'employa Anne, épouse d'Elcana, pour obtenir de Dieu la patience dans les peines qui l'accablaient. Elle était stérile et à l'affliction de son infécondité venait se joindre ce qu'elle avait à soufî"rir de son émule Phénenna, qui, au lieu de compatir à sa peine, ne cessait de la railler et de lui faire des reproches. Cette pauvre femme, accablée de tristesse, ne prenait plus de nourriture ni de boisson, et sa figure était empreinte du plus noir chagrin. Au milieu de ses tribulations, elle prit parti de recourir à la prière, et de se recommander à Dieu. C'est ce qu'elle fit en allant au temple du Seigneur. Quand sa prière fut terminée, toute affliction s'évanouit de son cœur, son front reprit toute sa sérénité et sa figure cessa de paraître altérée, comme nous l'apprend le texte sacré. Et abiit mulier in viam suam, et comedit, vultusque illius non sunt atnplius in diversamutati. (1 Reg. 1, 18). Déplus, elle obtint de Dieu la fécondité qu'elle désirait et eut un enfant qui fut Samuel. C'est encore la ressource à laquelle eut recours la chaste Susanne, quand elle se vit sur le point de perdre l'honneur et la vie par l'effet des calomnies qui lui étaient intentées par deux impudiques vieillards. Cette femme affligée éleva vers ie ciel ses yeux

inondc^s do larmes et sou cœur rempli d'une vive confiance en Dit'u. Qttœ flens suspexil in cœlum : erat cnim cor ejus jiduciam hiibens in Deo. lùisuite elle lit cette prière : Tu scis quo- \ niain fnlsuin testimonium tulcrunt contra me, et ecce ?norior, ciun nihil liorum fecerim, quœ isli malitiose cotnposuerunt advertum me. Seigneur, veuez à mou aide ; vous connaissez toute la fausseté du témoii^nage que ces perfides vieillards ont porté contre moi, et pourtant me voici sur le point d être immolée, sans avoir commis le crime dont ils m'ont si malicieusement accusée. Exaudivit autem Dominus vocem ejus. {Daniel. 13). Le texte sacré ajoute que la prière de Susanne fut aussitôt exaucée et que sur le champ le Seigneiu" lui sauva la réputation et la vie. Tel est encore le moyen qu'employa le roi Josaphat au milieu des dangers imminents où il se trouvait , étant assailli d'une armée nombreuse et sur le point de tomber entre les mains de ses ennemis. Il éleva les yeux vers Dieu et réclama son assistance. Cum, ignoremus quid ageredebeamus, hoc solum habemusresidui, ut oculos nostros dirigamus ad te. {Paralip. 2, cap. '20, 12). Tel est le baume avec lequel le directeur pourra adoucir les douleurs de ses pénitents affligés ; il leur recommandera souvent d'avoir fréquemment recoiu's à Dieu du fond de leur cœur, de demander d'abord à Dieu la patience, et ensuite la délivranee de leurs maux. S'ils n'obtiennent pas la dernière grâce, parce que peut-être elle ne leur serait pas avantageuse, ils obtiendront très-certainement la première qui leur importe bien mieux. ]\Iais le directeur doit avertir ces âmes affligées qu'à l'oraison il faut joindre leur propre coopération, en s'appliquaut à peser les motifs les plus propres à procurer le calme à leur cœur, en s'eSorçant indépendamment de ceux-ci à embrasser avec un saint courage leur propre croix.

384.. — Deuxième avertissement. Pour l'acquisition de la patience on trouve beaucoup d'aide dans la prévision des maux qui peuvent survenir et dans une généreuse disposition à les supporter avec intrépidité. Sans cela, quand ces maux fondent sur nous à l'improviste, de légers qu'ils étaient, ils s'accroissent par le chagrin, ils plongent notre âme dans l'amertume, sans que nous puissions nous y soustraire. Tel est le moyen qu'employa Jésus-Christ à l'égard de ses Apôtres pour les armer de patience contre les tribulations qui les menaçaient. Il leur annonça sou départ de ce monde en leur disant que le monde S9

réjouirait, taudis qu'eux seraient plongés dans les gémissements, dans les afflictions, dans les larmes et un profond abattement. Il finit en leur disant : « Je vous ai prédit tout cela, afin qu'en vous prévenant vous trouviez la paix dans moi au milieu des maux que le monde vous fera soufTrir et qui déjà vous menacent. » Hœc locutus sum vobis, vt in me pacem habeatis. In mundo pressurant habebitis ; sed confidite, ego vici mundum. [Joann. 16, 33). C'est pour cela que saint Grégoire nous dit que la prévision des maux qui peuvent survenir est un lort bouclier sur lequel viemient s'amortir tous les coups des fàclieux événements, afin qu'ils ne puissent pas percer notre cœur et l'accabler par une tristesse humaine. Jacula prœvisa minus jeriiint, et nos iolerabilius mundi mata suscipimus, si conti'a hœc per prœscientiœ chjpeum munimur. {Homtl. 35, in Evcmgel.). Que faut-il de plus ? Sénèque lui-même est parvenu à comprendre cette vérité et l'a enseignée, en disant que pour les personnes livrées à de rudes travaux les maux deviennent légers par l'habitude, mais que pour les sages ils ne deviennent tels que par une longue méditation Quœ alii diu patiendo levia faciunt, vir sapiens levia facit diu cogitando. {Epis t. 77). Le directeur doit donc apprendre à son disciple qui désire acquérir la patience, à prévoir dans ses méditations tout ce qui peut lui arriver de fâcheux, de dur, de désagréable, à se mettre d'avance devant les yeux cette funeste perspective, et puis, à l'aide des motifs que nous avons plus haut fait connaître, affronter tous ces revers et les accepter avec courage , après avoir foulé aux pieds toutes les répugnances de la nature. Eu renouvelant très-souvent cet exercice , il aura le bonheur d'être en mesure de recevoir les croix que Dieu lui enverra, sans qu'elles lui fassent perdre la tranquillité de son âme, et le courage qu'il puisera dans cette chrétienne prévoyance le préservera de succomber sous ce lourd fardeau.

385. — Troisième avertissement. Le directeur doit cependant observer que si la prévision des mau>: ^i^ui peuvent survenir peut être d'un grand secours pour acquérir la vertu de patience, néanmoins il résulterait de très-graves inconvénients d'une réflexion trop soutenue, trop fixe sur ces maux, quand ils sont déjà arrivés. Penser à un mal dont ou n'éprouve pas encore les fâcheux eflets, peut nous être d'un grand secours pour Qous encourager aie supporter, mais eu sonder la gravité, quand

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<?o mal mms est arrivé, o'rst le rfinlrc encore plus nccahlant, le laiio tli'vi'iiir pn'sinuMiiloltTaldo et soiimeltre la patience à uuG rude épreuve, [tarce qu'en réalité le plus grand de tous nos maux e^tl'it'.ée ipie nous nous on formons en y réfléchissant. Si une personne (pii a requ un affront se met à considérer les circonstances qui l'ai^L^ravent, la bassesse derofienseurmise en parallèle avec la supériorité de celui qui a reçu Toutrage; si elle envisage le déshoiuicur, le discrédit, les dommages qui peuvent résulter pour elle de cette offense, assurément tout cela ne fl'ra qu'augmenter sa peine et contribuer à la plonger dans une noire mélancolie. De la tristesse elle passera à la rancune et puis à la vengeance. Au contraire, si l'on n'y pense pas, toute amertume disparaît avec la pensée. Ceci peut s'appliquer à toute autre sorte de tribulations qu'il est possible d'éprouver. C'est donc faire un acte de sagesse dans le temps où l'on a quelque épreuve à subir, d'écarter de son esprit toute pensée qui nous y rappelle, et de faire usage, en pareU cas, d'une certaine supériorité de caractère, en ne s'en occupant que pour offrir à Dieu ces mêmes peines. En agissant de la sorte, on parvient à souffrir tous les revers qui peuvent survenir avec une âme calme et paisible.

3S6. — Quatrième avertissement. Le directeur doit admettre à une plus fréquente participation aux sacrements ses pénitents éprouvés par de grandes tribulations. Il n'est rien qui puisse contribuer autant que cela à leur procurer la iorce nécessaire pour souffrir avec patience , et c'est ce que disait le Prophète royal : Parasti in conspectu meo mensam adversus eos qui iribulant me. {Psalm. 22 , 5). Vous m'avez admis à votre banquet (eucharistique) pour me fortifier contre ceux qui me persécutent. Nous avons dans l'ancien testament deux fîgiu'es qui expriment admirablement cette vérité : l'une dans Elle, et "autre dans Daniel. Elle s'échappait des poursuites de l'impie Jésabel qui le recherchait pour le mettre à mort, et après avoir parcouru un grand espace de chemin, abattu enfin par la fatigue et par la crainte, il se reposa sous l'ombre d'un genévrier, désirant d'en finir par la mort avec de si terribles anxiétés: Pctivit animœ suce utmoreretur. (3. Reg. 19, A). Mais l'ange du Seigneur compatissant à cette grande affliction, accourut pour reconiorter son àmc et restaura son corps par un pain cuit sous ia cendre qu'il lui offrit à manger. Ce pain mystique procura ï. m. 20

tant do vigp.our à ses mouiLres laligués et un si grand courage à son âniu abattue, qu'il lut possible à ce prophète de marcher pendant (piaraute jours et quarante nuits , jusqu'à la cime àvi mont lloreb. Ce fut un symbole de la force que nous puisons dans l'eucharistie contre les afflictions et les peines de cette vie. un doit en dire de même de ce pain placé dans une corbeille que le prophète Habacuc, porté par un ange à Babylone, présenta à Daniel quand il était dans la fosse aux lions environné de ces bêtes féroces. {Daniel 14, 32). Ce pain est encore une figure de notre pain eucharistique par lequel les pauvres mortels entourés de misères sont iortifiés , corroborés et dans lequel ils puisent toute l'énergie qui leur est nécessaire pour souffrir avec patience les traverses qui les assiègent. En effet, les chrétiens de la primitive Église se nourrissaient de ce pain descendu du ciel pour se fortifier dans le martyre qui est la plus ardue des tribulations et l'épreuve la plus difficile par laquelle puisse passer la fidélité d'un disciple du Sauveur. Si donc le directeur désire d'augmenter la patience dans les personnes qui sont sous le poids des plus graves et des plus nombreuses tribulations , il doit leur permettre un plus fréq\ient usage des sacrements , et si elles ont le bonheur de les recevoir avec de bonnes dispositions, ils produiront en elle? l'effet qu'il a le droit d'en attendre.

387. — Cinquième avertissement. Par dessus tout, le directeur doit se comporter à l'égard des personnes affligées avec beaucoup de bonté et de discrétion. Il doit tolérer leur accès dïndignation passagère , leurs emportements momentanés , leurs douleurs , unir ses gémissements, s'il le peut, à leurs gémissements, enfin pratiquer avec elles cette même vertu de patience dont il leur doime le conseil. Il doit avoir pour ces mêmes personnes la même compassion dont il voudrait qu'elles fussent pénétrées, s'il se trouvait dans le même cas. Celte commisération , cette affabilité et cette charitable sympathie seront lui baume pour leurs blessures et contribueront beaucoup à tempérer les douleurs qui les accablent.

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