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Non seulement toute action impure extérieuremenï

est contraire à la vertu de chasteté , mais encore toute pensée , tout désir, toute complaisance en opposition avec elle lui porte atteinte. Ces afïections sont eu efîet des résultats d'une concupiscence déréglée que la raison doit neutraliser. Ainsi, en parlant de la virginité , le Docteur augéligue dit qu'elle consiste formellement dans l'acte intérieur d'une volonté ferme, résolue, constante de ne consentir à rien qui soit contraire à l'intégrité virginale, et que l'intégrité réelle appartient seule au matériel de cette noble vertu. On ne cesserait point d'être vierge aux yeux de Dieu si l'on se trouvait contraint par une force invincible à subir un téméraire attentat, si l'on persistait dans la ferme volonté de ne pas consentir à ce que la violence oblige de supporter. Tant il est vrai que cette vertu tire son principal iustre des actes intérieurs, je veux dire de la vigilance qu'on exerce sur son âme et sur son cœur, et qu'il suffît de consentir à une pensée ou à une affection impure pour que la candeur virginale soit ternie. Dicenduni , quoi sicut supra dictum est , in virginitate est, sicut formate, et completivum propositum abstU nendi a delectatione venerea : quod quidem propositum laudabile redditur exfinejn quantum scilicet hoc fit ad vacandum rébus divi' nis. Materiale autem in virginitate est integritas carnis, absqtte omni expérimenta venereŒdelectaiionis{^. 2. Quœst. 152. a, 3). 390. — Nous pouvons citer, à propos de ce qui vient d'être dit, saint François Xavier, qui, durant son séjour à Lisbonne, en attendant un temps favorable pour son voyage aux Indes Orientales, s'éveilla subitement pendant la nuit, en vomissant une grande quantité de sang. {Horat. Tursell. lib. vi, de vlta S. Francisci cap. 6). Le père Simon Rodriguez, qui était couché dans la même chambre, le questionna sur la cause de cette impétueuse éruption de sang. Mais François, éludant adroitement cette question , ne voulut pas tout de suite l'instruire du fait. Le jour étant enfin arrivé où il allait s'embarquer pour les Indes, François prit Rodriguez à part, et lui dit confidemment : Mon cher ami, nous ne nous verrons plus en ce monde, puisque je pars pour une autre partie du globe; mais, avant de vous quitter, j'ai voulu vous satisfaire au sujet des questions que vous m'aviez faites sur cette éruption sanguine, et je vais vous le dire : c'est que, pendant la nuit où je rendis tant de sang par la bouche, j'avais été assailli d'une imagination impure qui, dans mon sommeil, s'était présentée à mon esprit. Je m'armai d'une telle force contre celle illusion malhonnête, qu'un vais-

geau do la tête ou de la poitrine s'étant rompu, je dus rendre cette (luantité de sang. Mais pourquoi saint François, dirai-je maintenant, iil-il une si violente résistance à une ])ensée impure, qu'on ne pourrait en faire une plus grande pour se défendre d'une action quelconque, pour aussi abominable qu'on la suppose? C'est que saint François Xavier n'ignorait pas qu'une seule pensée impure, autant qu'une acti ju mauvaise, suffisait pour souiller le lis de sa chasteté. Nous devons donc conclure que la chasteté est une vertu morale qui a pour but de réfréner l'appétit concupiscible de toute espèce de délectation impure, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

391. — Les Saints distinguent diverses espèces de chasteté: Tune est la chasteté virginale, l'autre est celle des personnes mariées, et enfin l'autre est celle des personnes veuves. La première convient aux personnes qui ont constamment conservé sans tache l'innocence et la pureté du premier jour de leur existence. La seconde est le partage des persormes qui, dans l'état de mariage, se sont abstenues de tout plaisir illicite. Enfin, la troisième est celui des personnes qui ont vécu dans l'état conjugal, mais qui, après avoir vu leurs liens rompus, n'ont point convolé à de nouvelles noces , mais se sont comportées dans leiu* nouvel état avec une pureté consommée. A cette dernière catégorie viennent se joindre les personnes qui, n'appartenant à aucun des trois premiers états, gardent la continence, soit par un vœu , soit par une résolution prise de ne pas se marier.

392. — Toutes ces espèces de chasteté ont le lustre qui leur est propre. Elles brillent de l'éclat qui leur est propre dans le champ de la sainte Église, selon l'expression de saint Arabroise. Ici, dit le Saint, vous voyez les hs de la virginité qui ornent de leur blancheur ce champ sacré. Là, vous admirez ces plantes, il est vrai, stériles, de la viduité, mais qui se distinguent paileur port grave, et procurent à ce champ l'embellissement qui leur est propre. Sur un autre point de ce parterre, vous avez sous les yeux ces moissons abondantes qui remplissent les greniers de la sainte Église d'un froment pur, et ces vignes mariées à l'ormeau qui les soutient, produisant des fruits en grande quantité pour le service de Dieu. Tous enfin concourent, par la pureté qui leur est propre, à jeter sui* ce champ noble un éclat de parure unie à la richesse. Est Ecclesiœ campus diversis fœcundus copiis. Hic cernas germina vlrginitatis fore vernantia f

illic tangiiam m campis sijlvœ viduitatem gravitate pollentem ; alibi tcuiqiiam uberi fruge covjugii Ecclesiœ segetem replentem mundi horreu} ac veluti maritatcB vineœ fœtibus torcularia Jesu Christi red'undantia ^ in quibus fidei conjugalis fructus exuberat. {De Virg. lib. m).

393. — Mais saint Jérôme, creusant plus profondément ce sujet, assigne à chaque espèce de chasteté les prérogatives qui lui sont dues, et expliquant la parabole du champ et de la semence que répand l'agriculteur de l'Évangile, il préfère la chasteté des personnes veuves et des continents à la chasteté conjugale , mais par dessus tout il exalte la chasteté virginale comme la plus pure et entièrement intacte. Notre Seigneur dit que le semeur répandit dans le champ sa semence, mais une partie tomba sur la voie publique, une partie sur des pierres, et une autre partie sur des épines. Elle y fut foulée aux pieds ou dévorée par les oiseaux, ou étouffée sous les épines. Enfin, une autre, partie tomba sur une bonne terre, et y produisit trente, soixante, et même cent pour un. Cette bonne terre, dit le saint Docteur, est le cœur d'une personne vertueuse, qui produit des fruits de chasteté, avec cette difïérence pourtant, que le trentième figure le cœur des personnes mariées, le soixantième celui des continents très-sévères dans leurs mœurs , et le centième, enfin, celui des vierges, comme étant le plus pur de tous. Centesimum fructum virginibus ^ sexagesinmm viduis , trifiesimum aisto niairimonio deputamus. [In cap. 15, Matth.).

394. — Saint Cyprien dit la même chose, et il veut qu'à chaque degré de chasteté on applique le mérite qui lui convient, en sorte que la virginité ait la première place , comme étant la plus estimable ; qu'aux continents soit assignée la seconde , et qu'enfin la troisième le soit aux personnes mariées qui gardent à leur conjoint la fidélité qui lui est due. Pudicitia primum locum in virginibus ienet, secundu?n in continentibus , tertium in matrimoniis. Verum omnibus gloriosa est cum gradibus suis. Nain et matrimoniorum fidem tenere laus est inter tôt corporis bella, et matrimonio de continentia modum statuisse, majoris virtutis est, dum etiam licita rejiciuntur. {De bono pudicitiœ). Enfin saint Ambroise conclut qu'il faut donner des éloges à la chasteté des vierges , mais de telle sorte qu'il n'en résulte aucun préjudice pour celle des veuves, et il veut qu'à celle-ci on accorde les louanges dont elle est digue , et toujours encore eu ne

prôjiitlioiant aueuiicment à la chasteté conjugale, qni mérite à son tour iint' hante estime, parce que réellement, toutes ces espaces (le chasteté ont chacune le mérite qui leur convient et qui les distingue. Jta igitur virginilatem prœdicamus , ut viduas non rejicinmus : if a viduas honoramus , ut suus honor covjugio consmrtur. {De viduis). Oiie chacun garde donc avec un soin jaloux, et tel qu'mie précieuse perle, le degré de chasteté qu'il possède, afin que, par sa négligence, il n'ait point à le perdre en s'abandonnaut aux impures exigences des sens.

3'J5. — Nous trouverons une puissante excitation à cette vigilance assi<lue et jalouse, dont nous venons de parler, non point dans un vieillard décrépit, non point dans un homme mùr, mais dans un adolescent doué d'une figure non moins distinguée par sa beauté que d'une âme admirablement pure. Je veux parler de saint Pelage qui avait alors à peine treize ans. {Rar/uel Scripior vitœ S. Pelagii, Baronius annal, anno 925. î^um. 13). Cet adolescent conduit devant le tribunal du tyran pour être interrogé sur sa foi, déclara, sans la moindre hésitation, qu'il était disciple de Jésus-Christ. Ce barbare persécuteur, voulant non-seulement lui ravir le précieux trésor de la loi, mais encore celui de sa pureté virginale, lui livra un terrible assaut. L'innocent euiant se tournant vers lui, avec un courage supéiieur à son âge, lui dit : Jollere, canis. ISumquid me similem tuis effeminatwn existimas? Loin de moi, chien puant. Crois-tu que je suis eixéminé comme tes pareils? Penses-tu que je suis impudique autant que tes courtisans et tes vassaux. A ces mots, il quitte ses habits avec une sainte indignation, et tel qu'un athlète intrépide il se prépare à soutenir un combat pour détendre son trésor, prêt à perdre la vie plutôt que de souiller sa virginale pureté. Le cruel tyran se voyant vaincu par un adolescent si ienne, confia le soin de pervertir Pelage aux ministres qui l'environnaient et de iaire briller à ses yeux les avantages que son obéissance pourrait lui procurer, afin de triompher de sa constante fermeté. Mais enfin voyant qu'à chaque assaut qu'on lui livrait le jeune athlète de Jésus-Christ se montrait aussi inébranlable qu'un rocher, il ordonna qu'on lui déchirât le corps avec des ciseaux jusqu'à ce qu'on lui eût mis toutes ses chairs en lambeaux. C'est ainsi que mourut ce généreux adolescent, comme une victime autant agréable aux yeux de Dieu par sa constance que par son inviolable chasteté, 11 savait par-

faitement apprécier le mérite de la chasteté, ce jeune martyr, que ni les caresses^ ni les menaces ne furent point capables d'ébranler. Sans crainte et sans terreur, avec une intrépidité rare, il souffrit pour défendre ce précieux trésor, les tourment» les plus affreux et la mort la plus barbare.

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