CHAPITRE II
LA CHASTETÉ, PLUS QUE TOUTES LES AUTRES VERTUS MORALES, NOUS SANCTIFIE ET NOUS REND SEMBLABLES AUX ESPRITS BIENHEU* REUX.
396. — Hœc est voluntas Dei sanctificatîo vesfra. C'est la volonté de Dieu, nous r^'t l'Apôtre, que vous parveniez à la sainteté. Et afin qu'il ne reste aucun doute sur l'essence constituante de cette sanctification à laquelle Dieu veut que nous appliquions nos soins, le même Apôtre nous déclare, en termes formels, par quelle voie on y parvient en ajoutant aussitôt : Vt abstineatis vos a fornicatione, ut sciât unusquisque vestrum vas suum possidere in sanctiflcatione, et honore, non in passione desiderii. {Ad Thessal., i. 4, 3). Votre sanctification, ditj saint Paul, consiste à vous abstenir de toute impureté et de toute passion de désir immonde. Mais quoi? est-ce que la prudence ne sanctifie pas nos âmes? Est-ce qu'il n'en est pas de même de la justice, de la patience, de la religion, de l'humilité et des autres vertus morales? Sans doute, répond Cassien, mais l'Apôtre, veut que la sanctification soit le propre de la chasteté, qu'à cette vertu spéciale noire âme et notre coi"ps soient spécialement consacrés pour en être sanctifiés. Hcec est, inquit Apostolus, voluntas Dei sanctiflcatio vestra. Et ne forte dubium nobis relinqueret, vel obscurum quidnam sanctificationem voluerit appellare, utrum jusiitiam, an caritatem, an humilitalem, an patienliam, (in omnibus enim istis virtutibus creditur acquiri sanctiflcatio) infert et manifeste désignât quid proprie sn,nctificationem voluerit appellare. HcBcest voluntas Dei sanctiflcatio vestra^ ut abstineatis vos, inquit, a fornicatione, ut sciât unusquisque vas suum pos' sidère in sanctiflcatione, et honore, non in passione desiderii, sicutet génies, quœ ignorant Deum. Vides quibus eam laudibus
proscqiiatur , honorcm vasis, id est corporis nostri, et snnctificationiin appitlans eam. {De fornic., lib. Vf, cap. i5). Et pru a[>iès, l'Aiiùinj tloinie encore à cette vertu le nom glorieux de sanctification. ISon enivi Deus vocavitnos in immundU tiuni, srd in sdnclifiealionein. [Eod., cap. 7). Eu écrivant aux Hébreux, il dit la uiènie chose: Pacem scctaminl cum omnibus, et sanctimoïiiam sine qua nemo videbit Deinn. Gardez la paix avec tout le monde, ainsi que la sainteté, sans laquelle on ne pourra jamais [larvenir à voir Dieu. Ensuite, en expliquant en quoi consiste celte sainteté qui purifie les yeux de l'esprit et les rend clairvoyants pour les beautés divines, il dit que c'est dans une abstinence totale de la fornication et de toute profane etimpiire action, comme Esaïi : ISe guis fornicator et profanus, ut Esaû. (Ad Hebr. 12, 16). Ailleurs, le même Apôtre exhortant les veuves à garder le célibat et les jeunes personnes à conserver intact le lis de leur virginité, il leur en donne pour raison ce qui vient d'être dit, car il leur assure qu'en se maintenant dans la chasteté elles arriveront à la sainteté du corps et de l'esprit : Mu- ■'ier innupta, et virgo cogitât quœ Domini sunt,ut sit saneta corpore et spiritu. (i ad Corinth., 7, 34). Il n'y a en ceci rien d'étonnant, parce que la chasteté est une vertu qui, plus elle éloigne l'homme de toute souillure, plus aussi elle purifie son esprit, l'illumine, l'orne et le sanctifie.
397. — Et ici je ne puis me dispenser de faire observer avec saint Jean Chrysostôme que saint Paul ne parle d'aucune autre chose avec autant de feu et d'énergie, que quand il traite de cette belle vertu. Il en parle dans toutes ses épîtres, soit en écrivant à une personne privée, telle que saint Timothée, soit en s'adressant aux Églises en général comme celles des Héli'eux, des Romains, des Thessaloniciens et des Corinthiens, Et sans qnomodo nusquam de alia quapiam re adeo vehementerj obscure el latenier loquilur, atquedeista. Quemadmodum et alibi scribens, dicit: Pacem sectamini cum omnibus, et sanctificationem sine qua nemo Dominum videbit. Etquid miraris, quodubique discipulis de hac re scribit? Quando et Timotheo scribens dixerit : Te ipsum castum custodi : et in secunda ad Corinthios epistola: in multa tolerantia, injejuniis, in castitate, et puritate: et in multis lacis hoc invenire licet , et in ea quœ ad Romanos est, etpassim in omnibus iibique epistolis. Ensuite le saint Docteur expliquant la raison pour laquelle l'Apôtre des nations
parle si fréquemment et avec autant de zèle de cette noble vertu, soutient quele vice contraire est généralement la cause principale de la perte des âmes, puisque ce vice les tient comme plongées dans la fange de mille souillures, comme des animaux immondes, et parce que c'est un mal dont on guérit difficilement. Rêvera namqiie, continue le saint Docteur, quosvis hoc malum corrumpit ac perdit. Et quemadmodum porcus in cœno volutatus, quo- €umqne ingressus fuerit, omnia Jœtore replet, ac sensus graveo^ lenii fœtore irrthuit; ita et scortatio malum est, quod difficile abluitur. {HomiL, 5, in Thessal.). Si donc, dirai-je à mou tour, l'impudicité est la ruine universelle des âmes, et si en tombant dans ce mallieureux vice on se perd, l'Apôtre a donc bien raison de dire et de répéter, que la chasteté opposée à ce vice est la véritable sanctification des âmes.
398. — Mais si la chasteté est un trésor de sanctification, faut-il donc être surpris que pour ne pas la perdre, samt Benoit se roulât dans un buisson en rougissant les épines de son sang? Que l'abbé Macaire marchât pieds nus sur des ronces et déchirât sur ces pointes aiguës la plante de ses pieds? Que saint François roulât son corps sur la neige , au milieu d'une nuit glaciale? Que saint Bernard se jetât tout nu dans un étang gelé et y restât jusqu'à perdre tout se,itiment de vie? Qu'un solitaire de l'Egypte se brûlât tous les doigts des deux mains à la flamme d'une lampe, avec une douleur d'autant plus vive qu'elle était plus lente? Et que le célèbre Martinien entrât pieds nus dans un brasier ardent et y souffrît intrépidement les plus cuisantes tortures ? Qu'y a-t-il donc d'étonnant que ces invincibles héros, ainsi que tant d'autres aient abandonné leurs corps aux plus violentes douleurs pour défendre ce trésor qui enrichit de sainteté quiconque a le bonheur de le posséder, pendant que nous voyons les gens du monde qui, pour acquérir les biens fragiles et périssables, s'exposent chaque jour à mille désastres et quelquefois au danger imminent de perdre la vie ?
399. — Mais ce qui m'édifie encore davantage, c'est l'héroïque résolution que prit une jeune fille d'Alexandrie, âgée de douze ans, pour conserver le lis de sa virginité. {Egnat., lib. v, cap.l'y FiiUj., lib. IV, c. 5). Cette jeune personne était un objet de poursuilede la part d'un jeune débauché qui voulait la séduire par toute sorte de caresses. Plus l'innocente vierge l'évitait, et plus la poursuite s'animait; plus elle le méprisait, plus elle se voyait entourée
des séductions du libertin. Ccpiiidant, jalouse de préserver le prtHiiMix joyau di; sa viri,^init('', «lie prituu [)arti extrême, tellemeut étrange qu'on ne saurait se l'imaginer. Elle alla se cacher dans un vieux tombeau, espèce de grotte obscure où elle déroba à tous les ri'gards sa beauté |)endant l'espace de douze ans, cette beauté qui avait entlamuit' d'amour ce 'eune libertin. Là, elle recevait de temps en temps, par les soins de quelques amies, la nourriture qui lui était nécessaire pour soutenir son existence. Ses confidentes lui ayant demandé pourquoi elle s'était recluse dans ce tombeau avant l'heure de sa mort, elle répondit ; C'est pour ne pas exposer au danger l'inestimable trésor de ma pureté. Semblable à un avare (jui, voyant sa maison observée par certaines personnes qu'il soupçonne d'eu vouloir à son bien et convoitent ses richesses, va les mettre à l'abri en les cachant sous terre ; notre jeune héroïne alla se cacher elle-même sous terre pour s'assurer la possession de l'inappréciable trésor de sa virginité, en la sauvant des pièges que lui tendait ce jeune débauché.
400. — Il est encore un trait plus étonnant que rapporte Pallade, et dont Baronius accepte le récit. Il est relatif à une jeune fille douée d'une rare pureté, nommée Potaménie, et qui habitait la ville d'Alexandrie. {Pallad. in Laus. hist., cap. 1; apud Baron, iom. 3, anno 310). Cette jeune personne était d'une beauté merveilleuse et son àme était ornée d'une angélique pureté; elle tomba dans les mains d'un maître idolâtre qui, semblable à un oiseau de proie, se mit à convoiter la candeur virgmale de cette innocente colombe, et lui tendit des embûches pour la corrompre. Mais au bout de quelque temps, s'apercevant que toutes les ruses infernales dont il usait n'aboutissaient à rien pour la séduire et la faire tomber dans les pièges qu'il ^li tendait, il prit la résolution la plus barbare que puisse inspirer une passion aveugle. Il l'accusa auprès du gouverneur idolâtre de pratiquer la religion chrétienne et de professer du mépris pour l'empereur et les dieux du paganisme, mais en même temps il promit une grande somme d'argent à ce gouverneur, s'il réussissait à déterminer la jeune fille à condescendre à ses désirs, et si elle résistait à ces propositions iniques, ce gouverneur devait la faire mourir dans les supplices, afin que par sa mort on parvînt à faire tomber dans l'oubli toutes ses infâmes machinations. La jeune fille fut donc conduite devant le
tribunal du perfide juge. Ou employa successivement les menaces et les caresses, sans oublier non plus les tortures, mais rien ne put ébranler le cœur virginal de cette héroïne. Alors le juge fît allumer un grand feu autour d'une grande chaudière pleine de poix, et, pendant que cette substance était en ébullition, il lui dit : Ça, voyons, es-tu disposée à obéir à ton maître, ou bien auras-tu le courage d'entrer dans cette chaudière bouillante? L'intrépide vierge répondit : Dieu me préserve d'obéir à un juge qui, au lieu de punir les crimes, ordonne qu'on les commette. Celui-ci, frémissant de rage de se voir insulté par cette jeune fille, ordonna qu'on lui ôtàt sur-le-champ ses vêtements et qu'on la jetât dans la chaudière. A cet ordre inhumain, la vierge, sans s'efïrayer, lui dit: J'y entrerai, mais je vous demande en grâce, par le salut de votre empereur que vous honorez, de ne pas me plonger d'un seul trait dans cette chaudière, mais seulement peu à peu, afin qu'il me soit permis de savourer les douceurs de ces tourments, auxquels je me soumets par amour pour ma pureté et afin que vous soyez témoin de la patience que Jésus-Christ accorde â quiconque veut conserver sans tache sa virginité. Per caput, inquit, imperatoris tuif quod tu vereris, obtestor, ut si apud te, statutum est, lus me tormentis necare, non simul totam, sed paulalim me in ferventem mita jubeas piccm, ut possis videre , quantam mihi dédit ignotus tibi patientiam Christus. Après qu'elle eut ainsi parlé, on la mit dans la chaudière , mais la poix bouillante , au simple contact de ce coi^^is virginal, perdit toute sa chaleur et ne put causer le moindre dommage à ces membres que les flammes impures n'avaient jamais atteints. C'est ainsi que Potaménie sortit intacte de cet incendie pour être un vivant trophée de la victoire que son invincible constance avait remportée sur le vice contraire à la chasteté. Apprenons de cette vierge, aussi forte que pure, à professer une haute estime pour ce trésor de sainteté que renferme cette éminente vertu, selon ce que l'Apôtre nous enseigne, et à nous tenir constamment disposés à souffrir toute sorte de maux plutôt que d'en être dépossédés, tandis que Potaménie, pour la conserver, se montra si résolument prête à sacrifier sa vie. Saint Bernard, trois fois tenté dans une hôtellerie par une femme de mauvaise vie, se mit à crier * Au voleur, au voleur, et cette malheureuse s'empressa de prendre la fuite. Le Saint ne pouvait pas s'exprimer avec plus de jus-
tesse, car comme» il n'est rien qui mortifie davantage nno ftme et la riMule atijréaljlc aux yeux du Soigneur que la chaste lé, de moine aussi on ne peut lui faire un tort plus considérable que de la lui ravir.
401. — Mais poursuivons, afin de découvrir quel(iucs autres prérogatives de cette belle vertu , qui , non-seulement nous égale aux Saints, mais encore nous rend semblables aux anges, comme dit saint Bernard, et comme nous le disons ailleurs. Quià castitate dccorius, quœ munclum de immundo conceptum sc7nine, de honte domestieum, angelum denique de homine jacit ? Qu'y at-il, nous dit ce Docteur plein de suavité, qu'y a-t-il de plus aimable (jue la chasteté qui purifie l'homme impur de sa nature, et de la condition humaine, le fait passer à la condition angélique ! Il y a cependant, poursuit-il, une grande diÛérence entre la chasteté des mortels et celle des anges, c'est que chez les anges c'est une qualité inhérente à leur nature, tandis que chez les hommes la pureté est le résultat de leurs héroïques efforts. Differunt quidem iiiter se homo piidicus et angélus] sed felicitate non virtute ; sed etsi ilUus castitas felicior, hujus tamen fortior esse cognoscitur. [Ejnst. 42).
402. — Saint Jean Chrysostôme pèse encore plus exactement les raisons pour lesquelles la chasteté des mortels est plus estimable que celle des anges, parce que, dit-il, les anges ne sont point composés de chair et de sang comme nous, et sont incapables de mariage , ils ne vivent pas comme nous dans ce limon terrestre, ils ne sont point assujettis à ce qui enflamme les passions, ils n'ont besoin ni de nourriture, ni de boisson qui bien souvent allument le feu de la concupiscence ; leur nature n'est pas telle qu'un doux son de voix , un chant efféminé et une beauté séduisante puissent aiguillonner et induire à la prévarication. Faut-il donc s'étonner que les anges soient chastes? Mais qu'un mortel si inférieur par sa nature à ces esprits bienheureux, et sous le coup de tant d'instigations, s'efforce néanmoins de se rendre semblable aux anges en imitant leur pureté, c'est là une vertu digne d'une profonde admiration. Et en vérité, en quoi difléraient des anges un Élie, un Elysée, un Jean Baptiste , fidèles amants de la virginité ? Il n'y avait d'autre différence que celle de la nature corporelle et mortelle de ceuxci, et de la nature incorporelle et immortelle de ceux-là. Pour le reste, ils étaient tout à fait égaux. Mais, précisément parce
que ces illustres personnag-t ••! aient inférieurs aux anges paF leur nature, el pourtant se trouvaient au même niveau que ces esprits bienheureux par leur rhasteté, cela doit être pour eux le sujet des plus brillants élc. l's. Ce sont là les sentiments que professe eu totalité le saint itocteur. Neque nuhunt angeli^ nequeuxorem ducunt^ non etio.ni carne, et sanguine coagmentati sunt; in terris prœterea non Imbitant; non cupiditatum, aut libidinum perturbaUonibus s^,,j obnoxii; non cibi indigent aut potus ; non sunt hujus modi, w/ ' os dnlcissimus aut mollis cantuSy aut prœclara species possit al ;<-''re; nulla denique ejus generis illecebra capientur . At hiunui.nn genus cumnatura beatisillii mentibus inferius sit , omni vi . studioque contendit; ut quo ad
ejus fieri potest , illos asseqxiatur Videsne virginitatis
prœstantiam ; quomodo terrarum incolas sic afficiat , ut qui corpore vestiti sunt, eos incorporeis mentibus exœquet? Qua enim, quœso, re differebant ab angelis Elias, EUscbus, Joannes veri virginitatis amatores? ÎSulla, nisi quod mortali natura constabant. Nam cœtera si quis diiigenter inquirat, M nihilO' minus affecti reperientur, quam beatœ illœ mentes; et idipsum quod inferiore conditione videntur esse , in magna est eorum laude ponendum {Lib. de Viryinit.).
403. — Le lecteur peut maintenant comprendre pourquoi de grands serviteurs de Dieu n'ont pas craint de rendre leur visage difîorme pour conser\ cr intact le lis de leur pureté virginale. Ils savaient bien que la beauté du corps fait la guerre à la beauté angélique, dont la chasteté embelht notre âme; c'est pourquoi ils n'ont pas hésité de s'enlaidir le corps, pour se conserver dans leur âme aussi rayonnants de beauté que les anges. C'est ainsi qu'agit sainte Angradisie (ou plutôt Angadrème), issue d'une noble faïuille de France, douée d'une rare beauté et d'une pureté angéluiue {Vincent. Bellovac. in Spec^ hist. lib. XXiii, cap. 99). Ses ,>areuts voulant l'unir en mariage avec un jeune gentilhomme, m aussi bonne maison, elle se mit à prier instamment le Scigacin-, de la rendre si difforme, que, devenant un objet de répulsi m pour les hommes, elle pût se maintenir dans la pureté vu - i aie qu'elle avait promis à Dieu de conserver. Le Seigneur »-: auça une prière qui lui était si agréable, et tout d'un coup n: lèpre horrible couvrit sa figure, à tel point que son époux tci - te eu ayant clé singulièrement lebuté, elle put se donner sai.;- partage à son époux céleste, eu
embrassant la vio rclij^icusc. Et pour qu'on ne dout.M pas que celte dilljrmité lui avait été aciordée afm qu'elle pût conserver le lis de sa virginité , Dieu voulut qu'à peine elle eut fait son vœu solennel «le reliy ion , son ancienne beauté vînt encore la parer de: tous ses charmes. Telle lut aussi la vierge sainte Énimie, fille du roi Clotaire II [Breviar. Mimati. Q octobre). Son royal père voulait l'unir à mi prince qui avait été préféré à un grand nombre d'autres prétendants. Ëuimie conjura le Seigneur de lui envoyer un mal qui fit disparaître la beauté dont elle était pourvue. Ses vœux, comme ceux d'Angadrome furent exaucés. Une lèpre horrible la rendit méconnaissable. Mais un ange du Seigneur lui apparut pour lui indiquer dans le pays de Gabalum (diocèse de Meude), la fontaine de Burle, où elle devait se baigner pour obtenir la guérison. Énimie se conforma à cet avis céleste, sa lèpre disparut, et en cet endroit même elle érigea une communauté de vierges imitatrices de son amour pour la sainte pureté. Une petite ville qui s'élève encore en ce même lieu sur les rives du Tarn porte le nom de sainte Énimie , et transmet depuis plusieurs siècles à la postérité le souvenir du sacrifice fait par la pieuse princesse à son ardent amour pour la virginité. Tel encore fut ce jeune homme si chaste et si pur, dont saint Ambroise a chanté les louanges, qui, s'apercevant que certaines dames, plus nobles de naissance que de bonnes mœurs, le considéraient avec des yeux trop libres, prit résolument un rasoir et se mit à taillader toute sa figure. Ainsi couvert de cicatrices et complètement défiguré, il devint un objet d'horreur pour tout le monde, mais en même temps aussi un objet de complaisance et d'amour pour les anges du ciel et pour Dieu. Telles aussi furent ces courageuses vierges de Plolémaide, qui, se voyant dans leur saint asile exposées à des assauts encore plus formidables que ceux par lesquels les Sarrazins avaient vaincu leur cité , se coupèrent le nez toutes cnscml)le avec leur abbesse. Les Sarrazins les voyant ainsi ensanglantées et défigurées en furent saisis de dégoût et massacrèrent sans pitié toutes ces victimes de leur pudeur.
40i. — C'est un bien grand sujet de contusion pour certaines personnes et pour de jeunes gens, les uns et les autres si fiers de la beauté méprisable de leur corps de boue qui ne prennent aucun soin d'ai-quérir labeauté surhumaine delà sainte chasteté. Ces imjprudculcà personnes s'cnorgueilliseut et se pavanent d*
ces charmes, et les étalent pompeusement sur les places publiques. Elles les entretiennent avec une attention scrupuleuse, elles y prodiguent les parfums, les pâtes odorantes, les poudres balsamiques , et font si peu de cas des attraits angéliques de leur chasteté qu'elles la prostituent à ini regard, à im sourire, à un mot flatteur, à quelque présent, Oli ! infortunées cr.éatures, qui dans peu de temps se verront privées de l'une et de l'autre beauté ; de la beauté du corps qui deviendra la proie des vers , et de la beauté de Tâme qu'elles ont laissée se flétrir par le contact du vice !