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CHAPITRE V

PREMIER MOYEN POUR CONSERVER LA CHASTETÉ, QUI CONSISTE A SE GARDER DES FAMILIARITÉS ET DES ENTRETIENS AVEC LES PERSONNES d'un SEXE DIFFÉRENT.

4 14-. — Pour que les lis et les jonquilles ou narcisses conservent leur blancheur et se maintiennent dans leur vigoureuse fraîcheur, il faut que le parterre soit environné d'une épaisse haie. Si vous enlevez cette palissade protectrice, non-seulement ces fleurs délicates seront cueillies par ks mains des passants, mais encore foulées aux pieds des animaux. Il en est ainsi des fleurs de la chasteté; on doit les mettre à l'abri des atteintes des regards des hommes pour les persormes de l'autre sexe, et, à leur tour, de celles-ci pour les hommes, en les entourant de la haie d'une vigilance attentive. Propter speciem mulieris alienœ , dit l'Ecclésiastique {cap. ^, v. H), multi perierunt; et ex hoe

concupiscentia quasi ignis ardescit Speciem mulieris alienœ

multi admirait reprobi facti sunt: eolloquium enim illiiis quasi ignis e.rardosdf.Cum muliere aliéna ne sedeas omnino. Ne vous exposez pas, dit l'Esprit- Saint, à vous asseoir auprès de la femme étrangère et à converser avec elle, car plusieurs, en agissant de la sorte, se sont perdus; que cela ne vous paraisse pas étrange, parce que ses paroles sont du fou, ainsi que ses mouvements, ses regards, et tout cela n'aboutit qu'à allumer un incendie d'impuretés. Saint Bernard ioint à ce qui vient d'être dit une observation qui nous fait encore mieux comprendre le danger qui se trouve dans ces entreliens familiers. Converser habituellement avec une personne du sexe, et ne pas

Bouillor ponsidt'raliloniont la caiultnir do la pureté, c'est, nous dit-il, un miracle [ilus giaud «inc celui de ressusciter des morts. Vous ne pouvez pas faire revenir à la vie un mort, ce qui est beaucoup moins dillicile, et vous voulez me persuader qu'eu conversant fréquemment avec une personne du sexe, vous n'êtes pas exposé à tomber dans quelque faute grave , ce qui est beaucoup plus difficile? Cum fctmina semper esse, et non cognoscere feminam, nonne plus est quam mortuum suscitare? Quod minus est non potes , et quod majus est vis credam tibi? {Serm. oO, in C an tic).

415. — Saint Jérôme terrasse ces audacieux, qui, sans crainte de faire une cliute , s'exposent journellement à de pareils dangers, en leur mettant sous les yeux l'exemple de tant de héros dont l'Écriture sainte fait mention, et qui, en conversant fréquemment avec des personnes du sexe, sont tombés dans les plus graves désordres. Samson leone fortior, et saxo durior, qni et unus mille persecutus est armatos , in Dalilœ mollescit awplcxibns. David secundum cor Dei electus , et qui vcntiintm Christian sancto su-pe ore cantaverat , posfquam déambulons super tectum domus suœ JJethsabeœ captus est nuditate, adulterio junxit homicidium. Salomon, per quem se cecinit ipsa sapientia, qni disputavit a cedro Libani usque ad hyssopum, quce exit per parietem, recessit a Domino, quia a?nator mulicnim fuit. Et neqiiis sibi sanguinis propinquitate confiderct, in illicitum Thamar sororis Amon [rater exarsit incendium. {Ad Eustach. de custod. Yirginum). Samson, dit le saint Docteur, Samson, plus iort qu'un lion, plus dur que le rocher, qui^ seul et sans armes, avait combattu contre mille hommes, laissant sur le champ de bataille les uns blessés', les autres morts, se familiarisant ensuite avec une vile femme, perdit toute sa force. David, cet homme selon le cœur de Dieu, choisi comme un héraut prophétique pour annoncer au monde entier la venue du Messie, par l'ctTet d'un simple regard surBethsabée, se précipita dans l'abîme de l'adultère et de l'homicide. Salomon, dont l'esprit sublime a traité de toute la création, depuis le liant cèdre du Liban jusqu'à l'humble liysope, qui perce d'une fente de muraille; lui, par la bouche duquel la divine sagesse a daigné nous parler et nous^donner ses sublimes enseignements, ce fils de David, par son peu de prudence à converser avec les femmes, s'en laissa tellement séduire, qu'il en vint jusqu'à re-

nier le vrai Dieu et à ofiFrir des sacrifices aux divinités fabiu leuses. Et, afin que l'on ne puisse point mettre sa confiance même dans la consanguinité, pensez à la chute d'Amon, qui, voulant avoir auprès de lui sa sœur Thamar, tomba dans un crime qui révolte la nature. Si donc, par ces familiarités incessantes avec les personnes du sexe, les cèdres du Liban sont tombés malgré leur incorruptibilité, si l'on a vu tomber ainsi les colonnes inébranlables de la sainte foi, pourrait-on croire que, dans de pareils dangers, on verra se tenir debout des roseaux fragiles qui fléchissent au moindre choc des tentations

416. — Eloignez-vous donc, dit ailleurs le saint Docteur, éloignez-vous de ces occasions où il faut vaincre ou périr. Qui aurait le courage de se livrer au sommeil auprès d'une vipère, qui, si elle ne lui inculque pas son venin par sa morsure, le tient dans une crainte perpétuelle d'en recevoir ime atteinte mortelle? Et ne vaut-il pas mieux se tenir éloigné du danger que de s'exposer à périr en dormant sur le bord d'un précipice ? Quid iibi necesse est in ea versari domo , in qua necesse habes quotidie aut perire, aut vincere ? Quis unquam mortalium juxta viperaîn securus somnos capit? Qua etsi non percutiat, certe sollicitât. Securius est perire non posse, quam juxta péri" culum non periisse. {Epist. de Vitando suspecta contub.).

417. — Et comme l'hérétique Vigilance objectait à ces conseils de sage précaution qu'il y avait plus de gloire à vaincre en s 'exposant aux occasions que de les éviter en prenant la fuite , le saint Docteur lui répond que, dans la guerre des sens, on peut vaincre de deux manières, ou avec le bouclier, ou avec les pieds; avec le bouclier, en affrontant les dangers; avec les pieds, en prenant la fuite. Or, dans cette espèce de combat, je veux, ajoute-t-il, m'assurer plutôt de la victoire en fuyant qu'en combattant, parce que, si je fuis les personnes et les objets dangereux, je suis certain de vaincre, tandis que si je combats en m'exposant au péril des occasions , la victoire est douteuse. Or, quelle folie n'y aurait-il pas de laisser le certain pour prendre l'incertain ? Et ici il se met à répéter ce qu'il dit ailleurs, qu'il n'y a aucune sécurité à se livrer au sommeil auprès d'un serpent, parce qu'il peut bien arriver qu'il ne vous morde pas, mais il peut se faire aussi qu'il vous morde et vous inlecte de son venin. Le saint Docteur veut nous apprendre ainsi que, comme ou ne se laisse pas bercer de vaines espérances pour

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exposer t\u jK^ril la vie ilii i(jri>s, ou ne doit pa? non plus se laisser ï-i'diiiie ii;ir un valu espoir pour s'exposer à la perte do rfttne, en vivant fainilièrenient avec des pcTsouncs d'un sexe dinV'reut. Fatcor imbecillitalcm mcam. fiolo spe pugnarc vicloriœ, ne pcrdiim aliqiuuidu ricloriam. Si fugcro, gindium dcclinari ; si stcfero, aut vinccndum mihi est, aut cadendum. Qiiid eniin 7irccssc est certa dimittere, et inccrta scctari? Aut seiito, mit pcdibus mors vitanda est. Tu qui pugnas, et super ari potes, et vinccre. Ego cum fugero, non vinco in eo quod {agio , scd ideo fugioneinncar. Nulla securitas est, vicino serpente dormire. Potest fieri, ut me non mordeat; tamen potest fieri ut aliquando me mordent. {Adversus Vigilantium, Epist. 2).

418. — Saint Augustin partage complètement l'avis de saint Jérôme , car dans un sermon qu'il adresse à son peuple, il lui dit que pour se mettre à l'abri de l'incendie des passions voluptueuses, il faut prendre la fuite si l'on désire de remporter la victoire , et qu'on ne doit pas regarder comme un déshonneur cette fuite dans un combat de ce genre, si l'on désire obtenir la palme glorieuse de la chasteté. Contra libidinis impetum , appréhende fugam, si vis invenire victoriam , ne iibi verecundum sit fugere, si castitatis palmam desideras obtinere. {Serm. de temp. 250, cap. 1). Si quelqu'un peu soucieux de son salut éternel , continue le saint Docteur, avait le front de venir me dire qu'il converse familièrement avec les personnes d'un sexe différent, et qu'il conserve néanmoins dans tout son éclat le lustre delà cliastet-é; je lui répondrais que c'est là une malheureuse présomption, parce qu'il est très-considérable le nombre de ceux qui , au milieu de ces graves dangers , espéraient follement rester victorieux , et qui à la fin ont été honteusement vaincus. Sed forte negligens quisque, et minus de animœ suce salute sollicitus respondet,etdicit : Ecceego familiaritatem habeo mulierum, et externarum^ et tamen castitatis ornamenta custodio. Infelix est, et nimium periculosa ista prœsumptio: multi enim , dum se putabant vincere victi sunt. {Eod. serm., cap., 2).

419. — Les SS. Pères ont parlé d'une manière aussi péremptoire, lorsqu'ils traitent du danger qui se rencontre dans la conversation familière avec les personnes d'un sexe différent, car de même , qu'il n'est pas possible , que la paille s'approche souvent du feu sans finir par s'y brûler , et que l'eau se mêle avec la terre, sans qu'il en résulte de la fange , de même aussi.

il n'est pas possible qu'un lionime soit en communications fréquentes avec des femmes dont le caractère lui plaît, sans qu'il ne s'allume dans son cœur quelque étincelle d'impureté, et que la détestable souillure de quelque péché ne vienne ternir la pureté de sa conscience. Saint Basile en donne la raison. Il dif qu'on parvient plus aisément à surmonter les maux les phiï afiVeux, les plus difficiles à vaincre, tels que les douleurs corporelles, les affronts, les outrages, les pertes de fortune, que certains aTitres maux qui sont accompagnés des attraits du plaisir. Cela est ainsi, parce que les premiers maux 'sont repoussés par la nature humaine , comme étant une cause de peines plus ou moins douloureuses , tandis que l'on embrasse les seconds , comme des objets flatteurs. Malum omne facilius vincitur, quam voluptas : qidaillud, quidqnid est, horrendum est; hoc blandum est. Or, le mal qui a son origine dans les iréquenlations entre des personnnes d'un sexe différent, est une affection pleine de douceur qu'on accueille volontiers, bien loin d'en concevoir du dégoût, parce qu'elle sympathise avec notre incliûation naturelle, et qu'ensuite, lorsqu'elle dégénère en vice , elle entraîne àla mort et à la damnation éternelle. C'est pourquoi^les SS. Pères ont bi-en raison de dire, que contre un mal de cette nature, il n'existe pas d'autre remède que celui d'éviter ces vipères qui vous enchantent par les doux poisons qu'elles infiltrent dans vos âmes.

420. — Voyons maintenant combien les SS. Pères ont eu raison de parler de la sorte, en rapportant un fait qu'un de ces Pères raconte, selon ce que nous dit saint Grégoire , et qui invoque comme garants de la vérité autant de témoins qu'il y avait d'habitants dans l'endroit où il s'est passé. Nec res est dubia, quam narro ; quia i^ene tanti in ea testes sunt quanti ei ejusdemloci habitatores assistunt. [Dial. lib. v, cap. 7). André; évêque de Fondi, n'étant encore que prêtre séculier, avait à son service une vierge qui s'était consacrée à Dieu par un vœu perpétuel de chasteté. Ayant été élevé à l'épiscopat, André ne voulut pas éloigner de sa maison cette jeune personne, parce qu'il avait confiance en sa propre vertu , et dans la pureté et la singulière modestie de cette innocente personne. Or, il arriva qu'un jour un Israélite venant de la province de 'Campanie, était parvenu sur le soir au pied de la colline délicieuse sur laquelle b'élève la cité de Fondi. Riais comme il était tard, et

qrie l'air étuit soinbiv, il iu> vuulul [KÙiitsohasarfler à continuer sa roiilo L't prit Ui résolution de se uitMingcr un abii dans les ruines d'un temple déditi jadis à Apollon. Quoique ce ju'i n'eût pas la moindre foi en Jésus-Christ, néanmoins comme il éprouvait certaine crainte causée par les ténèbres de la nuit cl la solitude où il se trouvait, ainsi que par ces murs profanes d'un temple païen, il se mit à imprimer le signe de la croix sur son front et sur sa poitrine. Mais voici qu'au milieu de la nuit, lorsqu'il était bien éveillé , car la peur Tavait empêché de goûter le sommeil, il vit entrer dans le temple une horde d'esprits infernaux, et à leur suite, un démon dont la haute taille , les manières et tout l'extérieur annonçaient le chef de toute la bande. Quand celui-ci tut entré, on lui prépara au milieu de la nef de ce temple un siège très-somptueusement orné , et sur lequel il s'assit avec beaucoup de dignité. Ensuite tous les démons qui composaient la troupe vinrent aux pieds de ce trône s'incliner avec respect, pour lui rendre compte de tous les maux qu'ils avaient pu causer dans les âmes de divers pécheurs pendant le courant de cette journée , par leurs malignes suggestions. 11 s'en présenta un des plus fourbes qui se mit à raconter, avec beaucoup de jactance, qu'il avait suggéré à l'esprit d'André , évèque de la ville voisine, plusieurs pensées perverses sur une vierge consacrée à Dieu, et que finalement, il l'avait poussé durant la nuit précédente , à poser la main sur les épaules de cette vierge pour la caresser. En entendant ces paroles, le chef de ces esprits infernaux se livra à une grande allégresse , parce que, vu la sainteté du personnage que ce démon avait fait succomber, c'était une belle conquête, et il excita ce rusé démon à poursuivre son entreprise. Ensuite, il se tourna vers le juif qui se tenait tout tremblant de frayeur dans un recoin du temple, et dit aux autres démons : Quel est donc celui-là qui se cache dans ce temple ? Les démons s'approchèrent , et montrant les signes delà sainte croix, dont cet homme s'était muni, ils se mirent tous à crier en donnant des marques de la plus grande surprise : Vœf Vœf vas malum et signatum. Malheur! malheur! celui-ci est un vase vide de la précieuse liqueur de la grâce divine , et pourtant il s'est signé de la sainte croix. A ces mots, tous les démons disparurent , et le malheureux se trouva tout seul rempli d'épouvante. Dès que parurent les premières lueurs du jour, le juif se rendit auprès de l'évèque et lui Ht uu

récit exact de tout ce qu'il avait vu dans la nuit précédente. Le prélat voulait d'abord cacher sa honte et ne pas révéler sa jhute , mais voyant enfin que tout ce récit était d'une fidélité irrécusable dans toutes les circonstances qui n'étaient connues 4ue de lui seul, il coniessa humblement son imprudence, en 1);manda pardon à Dieu, et baptisa l'hébreu, qui, atterré de cette vision, voulut embrasser le christianisme.

421. — Que le lecteur ne se figure pas que cet évêque était un libertin et un homme imprudent; car, saint Grégoire assure que c'était un personnage très-vertueux et plein de vigilance sur ses mœurs. Hic venerabilis vir, cum vitam multis plenam rirtutibus duceret , seque sub sacerdotali custodia in coniinentiœ arce contineret. Malgré tout cela, comme il traitait fréquemment avec une lemme toute honnête qu'elle était, il avait déjà commencé à se Uvrer à quelques écarts, et si Dieu, par im secours extraordinaire de sa grâce n'était venu à temps à son aide , il serait probablement tombé dans les fautes les plus graves et peut-être irréparables. Qui donc pourra se flatter d'être en sûreté au miheu de tels dangers, et se, livrer en toute liberté à des fréquentations de personnes suspectes , quand on voit que des saints eux-mêmes, exposés à de semblables dangers, ont pu tomber, quoique leur vertu fût profondément établie dans leur cœur? Personne assurément, si ce n'est celui qui, comptant sur une confiance vaine et aveugle, aura commis de pareilles témérités.

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