CHAPITRE VI
ON Y MONTRE l»AH L'aUTORITÉ DES SAINTS PËBES QUE LA PRUDENCl DONT ON VIENT DE PARLER EST SPÉCIALEMENT NÉCESSAIRE AUX PERSONNES QUI SE SONT CONSACRÉES A DIEU PAR UN VOEU DB CHASTETÉ.
422. — Après avoir recommandé à tout le monde , comme on vient de le voir, de s'éloigner des conversations et des ma< nicrcs familières avec les personnes d'un sexe diflerent, saint Augustin prédit avec beaucoup d'assurance aux ecclésiastiques et aux personnes engagées dans quelque ordre religieux, les chutes les plus déplorables; si de sages précautions ne viennent
pas les snnstraîre an <lani:^er, il leur annonce môme une mine totale. Voici ses propres paroles. Undr, fratres carissimi, ab Oi/niibtis christianis , prctcijme tamen clericis et monachis, indiijna , et inhonesta familiaritas fugienda est', quia sine ulla dubitatione, qui familiaritatem non vult vitare suspect am, cito labitur in ruinam. {Serm. de temp. 250, cap. \). Saint Grégoire ajoute de plus , que quiconque s'est voué à la chasteté par une promesse irrévocable, ne doit pas avoir la présomption de rester dans inie inème maison avec des femmes, à cause du grand danger qu'il y a de faire quelque malheureuse chute et de se laisser tout d'un coup séduire par quelque objet agréable. Qui corpus suum continentiœ dedicant , habitare cum feminis non prœsutnant: Ne ruina mentem tanto repentina subripiat, guanto ad hoc, quod maie concupiscitur , etiam prœsentia concupita formes famulatur. {Dial. lib. m, cap. 7). Le lecteur ne doit donc pas s'étonner que saint Jérôme parle avec véhémence et horreiu" de rcd3us dont se rendent coupables certains ecclésiastiques qui bourdonnent sans cesse autour des personnes du sexe, qui s'entretiennent avec elles, mangent en leur compagnie, habitent sous le même toit et qui les emploient comme domestiques , et cela à tel point , qu'il semble ne manquer à ces personnes que le titre d'épouses et à eux-mêmes la qualité de maris. Videas nonnvi Ins uccinctis renibus, pulchra tunica, barba prolixa , a mulieribus non passe discedere, sub eodem manere tecio;simul inire concivia; ancillas juvenes habere in ministerio ; et prœter vocabulum nvptiarum omnia esse matrimonii. {Epist. ad Rustic.) Le Saint voit en cela la ruine de ces personnes, et c'est pour cela qu'il parle de cet abus avec tant de force et avec des expressions si vivement improbatrices.
423. — Mais ce qui doit faire encore une impression plus profonde, c'est ce qne nous dit saint Cyprien dans le livre qui a pour titre ; De sinfjularitate clericorum, que Baronius reconnaît comme étant émané de ce grand Docteur. En s'adressant à son clergé , il di t , qu'à cause de l'abus qui règne chez certains ecclésiastiqu s <|ni habitent avec des femmes, il se voit forcé de leur ra pp]er un commandement rigoureux qui vient de Dieu mêmi^, savoir que les clercs ne doivent pas rester avec des personnes du sexe dans la même maison. Quia nunc de fœminaru ? commoratione vulgariter inter vos quidam ignominioie d 'o/uli sunty etiam de hac re specialiter
vobis Donn'ni correctionem scribere compidsus sum, guimisernm me pro vestra negligentia cum severitate conveniens, mandare prcecepit , ne clerici cum Jœminis commorentur. Le saint Docteur dit ensuite que, quoique son autorité pût sufïire pour que chacun fût persuadé de la vérité de cette défense émanée de Dieu, cependant, comme il s'en trouverait qui pourraient ne pas tenir compte de cette révélation, de même que les songes de Joseph étaient un objet de raillerie pour ses frères, il veut appuyer ce qu'il a dit sur l'autorité des divines Écritures où l'on voit que Dieu, longtemps auparavant, avait ordonné dans les livres saints ce qu'il a daigné lui recommander par une révélation. Et licet hœc admonitio sola Utterarum mearum auctoritate sufficeret: tamen ne somniatorem irrideat quisquam, sicut Joseph fratres irriserunt, scripturarum addinius firmitatem; ut omnes sciant hoc etiam modo per revelationem Dominv.m juhere, quod litteris cog7ioscitur ante jussisse. Ensuite il reproduit un passage de Salomon, où Dieu défend de se trouver fréquemment avec des femmes. Combien devons-nous considérer comme un grand mal, celui qui a son origine dans cette liberté de fréquentation chez des personnes consacrées au culte divin, quand nous voyons que Dieu, contre l'ordre habituel de sa providence, enjoignit à ce saint évèque, de iaire à son clergé cette rigoureuse défense !
424. — Voilà pourquoi saint Augustin , comme le rapporte Possidius, non-seulement ne permettait à aucune femme étrangère l'accès de sa maison , mais ne l'accordait même pas à sa propre sœur quoique veuve menant une vie très-pieuse, et gouvernant en qualité de supérieure une communauté de jeunes filles consacrées à Dieu. Il n'accordait pas cette permission même à ses nièces et à ses cousines, quoique ces personnes ne fussent pas comprises dans les déienses portées par les saints canons des conciles. Il donnait pour raison que, quoique ces personnes ne fussent point suspectes à cause de la parenté, elles pouvaient être encore de quelque danger, à cause des femmes qui étaient à leur service ou d'autres étrangères, et qu^ ces personnes se trouvant liées d'amitié ou d'aûaires avec le(\ parentes, pouvaient être une cause de danger ou de mauvais exemple. Il ajoutait que dans la maison de l'évêque ou de quelque clerc que ce fût , aucune femme ne devait Iaire son séjour ni même y venir, parce que quand même il n'y aurait au fond
av.cun (langer, ciîs ftMnmes pouvaient être ponr leurs serviteurs une cause de perdition , ou du moins pouvaient fournir aux m<^ohants quelque occasion de nnWlisance ou de suspicion. Illos gui ciim cpiscopu, vet quolibet c/crico forte manerenl , ex illis OMiiibus /<ei/ii/utruiH nersonis una commornntibus , mit advcntau/ibus, tentationibus huuianis posse oerire ; aut certe iiialis hominum suspicionibus vessime difj'amari : ob hoc ergo dicebat nuyiqunm debrre fœuufuis eu») servis Dei etiam casiissii/iis in una domo manere. {Possidius in vita sanct. Awjust.). C'est ainsi qiie parlent, qu'agissent, que craignent les Saints, parce qu'ils étaient assistés d'une gi"àce extraordinaire de Dieu. Et pourtant il arrive trop souvent que des personnes consacrées au Soigneur, comme l'étaient ceux dont nous parlons, conversent librement et sans gêne avec des personnes d'un autre sexe, et que, non contentes d'en avoir dans leur propre maison, elles vont chercher des occasions dans les maisons d'autrui, et ne sont arrêtées par aucune appréhension. Est-il donc étonnant qu'ils cachent dans un cœur voué au Seigneur, une flamme impure ? Car elle n'est que trop vraie cette maxime que nous hsons dans le livre de l'Eoclésiaôtique : Qui amat periculum, in illo peribit. {Eccli. 3, 27).
425. — Ce que j'ai dit des hommes relativement aux femmes doit s'entendre à plus forte raison d^s femmes par rapport aux hommes, parce que leur sexe exige plus de solitude et de retenue, et que leur nature étant plus faible, leurs passions doivent être plus vives, et leur caractère plus accessible aux séductions, et il résulte de cela qu'elles tombent plus aisément dans le mal. Les vœux les phis saints , les exercices les plus pieux de la vie spirituelle ne les mettent pas davantage à l'abri, parce que malgré toutes leurs précautions, elles s'enflamment au premier choc des mauvaises occasions , se rendent facilement , comme le prouve l'expérience , et par conséquent la retraite doit leur plaire d'autant plus qu'elles tiennent davantage à leur pureté et à la candeur virginale de leur chasteté.
426. — Elle comprenait parfaitement cette vérité la Sainte fille dont parle Sévère Sulpice qui l'a exaltée par tant d'éloges. Après qu'elle eut ofîert à Dieu le lis de sa virginité , elle se tint renfermée continuellement dans sa cellule, comme une colombe dans son nid , se préservant de la vue des hommes de même que la colombe iuit les regards de l'épervier. Le saint