‹ Guide ascétiqueChapitre 67 sur 89 · Le saint Docteur dont nous venons de citer les pa · texte numérisé non relu

Le saint Docteur dont nous venons de citer les pa

rolos n'était point ilu UDiiilirc ils ces prédicateurs dont Jésns- Clirist a dit qu'ils prêchent, mais (pi'ils ne pratiquent [)as , dicunt vt non [uciiint, car cette même doctrine qu'il annonçait au peuple dans ses discours, il la leur enseignait par soa exemple. Soidirone, évêipie de Jérusalem, raconte (in prat. spirit. cap. "210) que ce Saint, ayant appris qu'un évèqne était irrité contre lui et plusieurs de ses clercs, il alla le trouver à la tète de son clergé. Arrivé en sa présence, il se .jeta à ses pieds, et tous les autres ecclésiastiques et les prêtres se conlormant à ce noble exemple, se prosternèrent également devant cet évêque. Alors saint Jean Chrysostomc lui adressa ces paroles : Ljnosce, Domine , nobis ; servi tui sumus. Pardoimez-nous, vénéré prélat, si nous avons pu vou.- offenser, car nous sommes tous ici vos serviteurs. L'évèque tut d'ahord stupéfait à un semblable spectacle; mais ensuite, pénétré de confusion, il se prosterna à son tour aux pieds de saint Jean Cbrysostome, et, en versant un torrent de larmes, il lui dit : Tu meus Dominus et pater es. Vous serez dorénavant non-seulement mon père, mais encore mou maître. Ensuite, le saint Docteur étant rentré dans sa demeure, dit à sou clergé : Numquid per Christi gratiam vicimus ? El vos ergo cum habetis inimicum^ itu facite, et victores eritis. Par la grâce de Dieu, nous avons vaincu notre ennemi. Si donc vous avez encore quelque ennemi, faites-en de même, et soyez certains que vous serez également victorieux.

475. — La raison pour laquelle il convient d'en user ainsi arec douceur vis-à-\is des personnes irritées contre nous , est exposée par le même saint Docteur, et il dit qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour faire rentrer la paix dans notre cœur troublé par la méchanceté de notre prochain. Si vous trouvez mauvais que votre prochain se conduise à votre égard avec colère, il trouve tout aussi mauvais que vous teniez une pareille conduite à son égard. Si ses procédés irritants troublent votre cœur, les vôtres, tout aussi violents, troublent le sien. Si vous voulez donc trouver un tranquille repos au port de la paix, prenez une autre route. Il vous traite avec emportement, traitez-le avec douceur; il vient à vous l'injure à la bouche, accucillez-le avec lionté; il veut vous accabler sous ses procédés hautains, soumettez-vous avec une douce humihté. Cherchez tant qu'il vous plaira toute autre voie, vous ne découvrirez que celle-là pour rendre à voire cœur le calme et la paix.

Quid enim , die mihi : num repi'ehendis fratrem tuum , 4 accusas indignaiionem , quod hostiliter se gerit contra te? Cut igitur diversa via non studes incedere ; sed ipse magis irasceris ? rfon potest igné ignis extingui. Ceci est d'autant mieux fondé, qu'en agissant de cette manière, vous vous élevez au plus haut degré de vertu que puisse atteindre un chrétien. Rendre amoui pour amour, c'est la chose la plus facile ; les païens ne fout pas autrement, nous dit Jésus-Christ : Etiam Ethnici hoc faciunt. L'héroïsme de la douceur chrétienne consiste à traiter avec une humble douceur et avec amour celui qui nous hait et qui nous outrage, à nous venger par des bienfaits de ceux qui nous persécutent. C'est ainsi que s'exprime le même saint Jean Chrysostôme : Hoc vere summœ virtutis est , ut non solum eos gui bene nobis afficiuntur, magno studio diligamus, et eis omnibus modis serviamus ; sed ut etiam eos qui nobis infesti esse volunt , assiduitate officiorum nobis conciliemus amicos. {Cit. Hoinil.),

476. — Mais ceci, me direz-vous, est un degi'é de perfection non-seulement élevé, mais même inabordable, et nos faibles forces ne sont point capables d'y atteindre. Je réponds, qu'avec les secours de la grâce divine, et moyennant l'exercice infatigable de la vertu, on peut y parvenir. Il n'existe pas de tour aussi élevée dont on ne puisse pas atteindre le sommet en montant tous les degrés. Commencez d'abord par réprimer avec courage tout mouvement de colère, en vous appuyant sur les motifs plus haut proposés, et peu à peu vous arriverez à un état de calme et d'impassibiUté au milieu des torts et des injures que vous recevrez ; bien mieux encore , vous en viendrez jusqu'à y trouver des jouissances, et alors il vous sera bien facile de vous montrer doux et plein de sérénité à quiconque voCd ofiensera. C'est ainsi qu'agit ce jeune homme dont l'abbé Jeai i avait coutume de raconter l'histoire à ses religieux pour les ex ■ citer à la perfection de la vertu de douceur. {Vitœ PP. lib. y, eap. 70, juxta edit. Colonice). Le jeune homme dont nous parlons vivait sous la conduite d'un philosophe sévère, qui lui enioignit de se Uvrer pendant trois ans à un service très-bas et ignominieux. Au bout de ces trois ans , il lui ordonna non-seuiement d'endurer pendant un même espace de temps toutes les injures qu'on lui ferait , mais encore de récompenser l'auteur de ces méfaits. Noire jeune homme se conforma exactement aux ordres de sou maitre , et alors le philosophe lui dit : Main-

tenant, je crois que vous voilà devenu apte à apprendre la philosophie, venez donc avec moi à Athènes. Sur la porte de la ville se tenait un philosophe déjà vieux, qui avait pour mission dV'iirouver ceux qui venaient s'instruire tur la sagesse, et cette (épreuve consistait à couvrir d aftrouts et d'injures le nouveau venu. Lors donc que le jeune homme s'approcha de cette porte, le vieillaj-d vint à sa rencontre pour lui faire toutes sortes d'avanies. Mais celui-ci ne se déconcerta pas, et se mit à sourire avec beaucoup de douceur, comme s'il avait reçu des caresses au lieu d'être chargé d'outrages.Le vieux philosophe voyant une tranquillité d'àme si peu ordinaire, lui hvra un autre assaut en l'accablant de plus graves insultes et de plus indignes mépris. Le jeune homme y répondit par un rire plus agréable et une physionomie plus joviale. Le philosophe, étonné de plus en plus, lui dit : Mais pourquoi donc ris-tu quand je t'injurie ? Le jeune homme répondit: Pendant trois ans, j'ai donné une récompense à toute personne qui m'insultait comme vous, et maintenant, que vous m'injuriez gratuitement, vous ne voulez pas que "e rie? Voilà sans contredit un exemple de douceur qui ne le cède pas certainement à ce que nous Hsons de plus élevé et de plus panait parmi les conseils que nous ont donnés les Saints. Or, si ce jeune homme est parvenu à acquérir une si grande mansuétude pour arriver à la sagesse humaine, ne pourrions-nous pas le faire par amour pour la sagesse divine, par amour pour notre perfection, par amour pour la gloire étcrneUe, par amour enfin pour Jésus-Christ, à qui cette vertu est si agréable et si chère ?

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