‹ Guide ascétiqueChapitre 71 sur 89 · DE CE QUE NOUS SOMMES DANS L'ORDRE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

DE CE QUE NOUS SOMMES DANS L'ORDRE DE LA NATURE

505. — Il est une maxime qui, bien approfondie dans notre exercice habituel de l'oraison et profondément gravée dans notre cœur, en expulse toute vaine estime de soi-même, et nous pénètre d'un sentiment de mépris bien fondé à la vue de notre misère. Cette maxime est de Wiligise, archevêque de Mayence, et je l'ai rappelée ailleurs : Memineris quid sis, et quid olim fueris. Souvenez-vous toujours de ce que vous êtes et de ce que vous fûtes. Oui, ne perdons jamais de vue ce que nous avons été et ce que nous sommes dans l'ordre de la nature, et puis, dans l'ordre de la grâce. En commençant par l'ordre de la nature réfléchissons sur ce que nous fùincs^ ou pour mieux dire, sur ce que nous ne fûmes point dans le temps passé. Rendons présents à notre pensée les siècles écoulés où nous n'étions pas encore au monde et en nous représentant ces époques recalées

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ailrossons-nons à nous-môiucs celte question : Qu'élais-.je en ce tpini>s-là? Un pur néant. Alors existait cette vaste organisation de l'iuiivers avoelc nièiuo ordre et la même symétrie de parties dont le speclarle enchante aujouid'hui mes yeux. Alors, au ciel brillaient les étoiles, élinc(daiont les planètes, se mouvaient les spht'res célestes, et le soleil parcourait sa route. Qu elais-je alors ? Un pur néant. Alors existait ce globe terrestre d'autant plus admirable de beauté ipie sa surface est diversifiée par les mers orageuses, par les plaines verdoyantes, par les collines agréables, par les montagnes qu'ombragent les forêts. Il y avait des cités où les uns s'occupaient de commerce, les autres de diverses afiaires, ceux-ci d'études, ceux-là de travaux manuels. D'autres passaient \cnv vie dans les divertissements et les plaisirs, tandis (jue d'autres se livraient aux fatigues du travail, et moi qu'étais-je alors? Un pur néant; moins qu'une fourmi, moins qu'un grain de sable, moins qu'un atome de poussière, moins que quoi que ce soit. Voilà, certes, une grande maxime qui est bien propre à humilier et rabaisser toutes nos pensées, à nous donner de nous-mêmes une idée bien minime !

503. — L'Ecclésiastique énonce une bien haute vérité, quand il s'écrie : Quid superbis terra et cinis ? {Eccli. 10, 9.) De quoi t'enorgueillis-tu, toi qui n'es que poussière et que cendre ? Et pourtant ce n'est pas assez, car la vile potissière et la cendre sont encore quelque chose. Il aurait mieux parlé en disant : Quid superbis tu qui nihil es ? Entre la poussière et le néant, entre la cendre et rien, il y a la même distance qu'entre l'être et le non-être, ce qui est à coup sûr une distance immense. Je dois donc me cacher au-dessotis de la poussière, me mettre beaucoup plus bas que la cendre dans ma pensée, car pendant toute l'éternité i'ai été moins que ces vils objets et je suis encore moins qu'eux en ce moment.

504 — Je n'ai pas trop avancé en disant que même en ce moment nous ne sommes que néant et mohis qu'un grain de poussière, parce que ceci est une conséquence qui en découle légitimement. Si nous ne fûmes rien pendant tous les siècles, nous ne pouvions pas, sans nul doute, précéder notre existence et sortir de notre être pour venir au monde. Il fallait donc une main puissante qui nous tirât de ce protond abîme du néant où nous étions inconnus à nous-mêmes, aussi bien qu'à tous les êtres. Il fallut donc une maiii toute -puissante pour nous T. m. 2G

donner l'cM-o et toutes les propriétés (rni Ir> onstltnnnt, a!nsi que les qualités et les prérogatives qui rornent. Doue cette existence dont je jouis n'est pas de moi, je ne la tieu.s pas de moi, mais de Dieu; cette santé que je possède n'est pas ûe moi, mais de Dieu ; ce génie dont je me glorifie, cette naissance dont je m'enorgueillis, cette éloquence, cette vivacité d'esprit, cette forme extérieure, cette beauté qui me rendent si vain, tout cela n'est pas de moi, mais de Dieu. Si donc je veux considérer ce qui, dans moi, est de Dieu et ce qui est de moi, il me restera prouvé que tout est de Dieu et que le néant seul est de moi. Dire qu'il y a dans moi quelque chose qui ne me vienne pas da Dieu, ce serait une impiété, parce que ce serait prétendre qu'il y a dans ce monde quelque chose qui n'a pas Dieu pour auteur. Dire qu'il y a dans moi quelque chose qui vient de moi, est une impie témérité, parce que ce serait vouloir me rendre en quelque chose indépendant de Dieu et me faire moi-même un dieu. Donc, si la foi n'a point disparu de mon âme, je dois confesser qu'il ne reste en moi, qui soit de moi, que le néant et que même encore en ce moment je ne suis que néant.

505. — Je joins une autre considération à ce qui vient d'être dit, c'est que nous ne sommes pas à l'égard de Dieu dans les mêmes conditions qu'un ouvrage par rapport à l'ouvrier. Quand le sculpteur à terminé sa statue, celle-ci repose sur ses pieds et n'a nul besoin de sa savante main ni de son bras guidé par l'art. Il n'en n'est pas ainsi de nous, qui, après avoir été créés de Dieu, avons absolument besoin d'être soutenus et conservés par sa main puissante, car sans cela nous retomberions tout à coup dans notre premier néant. Si le ciel voilait à la terre son disque lumineux et ne lui faisait plus part de ses fécondes influences, on verrait aussitôt se dessécher les plantes et les fleurs, toute la végétation dépérirait, tout ce qui a vie mourrait, et la terre tomberait dans une aflreuse désolation. De même, si Dieu ne nous gouvernait à chaque instant de son bras tout-puissant, à chaque instant aussi nous retomberions dans le néant. Ainsi donc, tout ce que nous avons, non-seulement nous vient de Dieu parce qu'il nous l'a donné, mais encore parce qu'il nous le donne à chaque instant en nous le conservant par l'eflet d'une puissance égale à celle dont il usa d'abord pour nous créer. Je dirai donc avec l'Apôtre: Quid habes quod non accepisti ? Qu'y a-t-il en vous que vous n'ayez reçu et que

von<« ne roccvioz à tout instant de la main lilidrale et Itîcufaisanlt» (lo Dieu? Ahl vous u'avez cerlaiuemeut pas autre chuio ijno le noaut.

[',{){). — Je me suis cepcnJant trompé, car nous avons qucLiue chose de nous qne nous n'avons pas reçu de Dieu; c'est une clio'îe qui nous plonge dans uu état encore plus vil d'abjecliuu, et nous met môme au-dessous du néant. Cette seule chose est le péché dont Dieu n'est pas l'auteur, car c'est bien notre souveraine malice et notre volonté perverse qui le produisent. C'est par le péché que nous sommes encore plus digues de mépris, car il vient exclusivement de nous, et le néant qui nous est propre aussi ne nous rend pas aussi vils. C'est ce que notre divin Sauveur dit à Judas^, en déclarant qu'il aurait mieux valu pour cet homme de n'être pas né. Bonum. 'at ei, si natus non fuisset homo ille. {}faf(h. 56, 2i). La raivjn en est évidente, parce que, ne pas exister est bien une chose vile, mais u'est pas un grand mal, et même n'est pas un mal. ^lais, après qu'on a péché, devenir l'ennemi de Dieu, être l'objet de sa haine, être réservé aux feux de rélernel abîme, c'est non-seulement un mal , mais un grand mal, un mal suprême, uu mal qui tient de Tinfîni. Et certes, si le néant qui nous appartient doit nous inspirer une si basse opinion de nous-mêmes, le péché, dont la maUce dérive exclusivement de nous , doit bien nous faire concevoir de nous une idée encore plus basse. Et si nos péchés sont nombreux et de diverses espèces, à plus forte raison devonsnous plonger notre esprit dans la pensée la plus abjecte à notre égard ; parce que, foncièrement, chaque péché que nous commettons nous met dans un état plus vil que le néant ; c'est ce qui tait que nous nous plaçons d'autant plus souvent dans un état plus vil que le néant, que nous péchons plus fréquemment.

507. — Y a-t-il au monde quelqu'un qui n'aimât mieux être un néant qu'un démon, puisque cet état est le plus horrible et le plus exécrable qui soit sur la terre et dans l'univers entier? Et pourtant celui-là se résigne à se faire démon qui pèche grièvement! Car enfin tout ce qu'il y a d'abominable dans les esprits iniiTuaux ne consiste point dans leur nature, qui est très-noble, et ne diffère en rien de celle des esprits célestes, mais c'est le péché qui les rend difformes, affreux, et plus horribles que quoi que ce soit dans le domaine de la création. Il suit de là que, quand l'homme pèche, il prend sur lui tout ce q'ie les démons

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ont tîa l'ilas clclGSlablo, et se rciKl encore pins méprisable qu'eux; parce que, dans une nature moins noble que la leur, il se revêt de tout ce qu'il y a en eux d'abominable.

508. — Dieu a voulu nous donner une preuve sensible de ce qui vient d'èlre dit dans la personne d'un militaire sur la figure duquel il fit paraître une ombre de cette diabolique difiorniité qu'il avait contractée dans son âme par un péché grave. Cest Thomas de Catimpré qui raconte ce fait dans son curieux livre qui a pour titre : Bonum universale de apibiis. {Lib. w, cap. 30^ part. 4). Ce militaire étant, après son crime, rentré dans sa irai^^on, sa femme, qui l'aperçut sous une forme horrible, jeta. \\n grand cri d'épouvante; tous les domestiques accoururent aussitôt, et, eSrayés à l'aspect d'un monstre si aflVenx, poussèrent à leur tour des cris d'eflroi.. Alors ce militaire s'apeiçuL que l'horreur du crime qu'il venait de commettre se manifestait sur sa figure et tout son extérieur par une permission diy lîieu. Ainsi , pénétré de componction, il prit le chemin de l'église, qui était peu éloignée de sa maison de campagne, pour se confesser et pour procurer de nouveau à son càuie La vie de la grâce, en même temps que pour rendre à son corps sa iorme naturelle. Chemin faisant il fit la rencontre de divers tioupeaux de bœufs et de moutons qui allaient au pâturage. Ces animaux , à la vue du malheureux pécheur, furent saisis d'épouvante,. comme si la foudre était tombée au milieu d'eux, et ils se dispersèrent de côté et d'autre; les bergers, eux aussi, prirent la fuite, abandonnant leurs troupeaux. Quand il fut arrivé à l'église, le prêtre, qui se tenait sur le seuil de la porte en récitant ses heures canoniales, crut voir un véritable démon de l'enfer, et se mit à faire plusieurs signes de croix sur sa poitrine, et comme le militaire continuait de s'avancer vers l'église,. ce prêtre, effrayé y rentra et ferma la porte. Riais l'inlorluné, se prosternant sur le seuil et versant d'abondantes larmes, fit entendre ces paroles: Mon père, ayez pitié Se moi, miséral)le pécheur qui, quoique changé en démon, à cause de mon péché, suis cependant, par ma nature, im homme semblable à vous. Mon père, ayez pitié de moi, car me voici parfaitement di.sposé à accomplir toute pénitence qu'il vous plaira de m'imposur pour mon péché, après (pie vous en aurez entendu la confession. Le prêtre, en entendant ces paroles, ouvrit la porte ^ eutcudit ce pcnilent et lui donna l'absolution. Saint Jean Chry-

•ostôme a donc bien raison de dire que le péché est un grand *t véiitahlc démon, pniscjn'il revêt de sa forme diaboUipu; ce- Ini qni Ini donne aceès dans son âme, (jn'il soit nn ani^e au eiel ou un liomme sur la terre. Qiiid dixit Canann'a? Miserere mei Domine, quia fi/ia mca maie a dœmonio vexatur. Dicito et tu: miserere tnei. Domine, quia anima mca maie a di/i/umio vexatur ; grandis eiiim dannon peccatum est. {lîx variis loris in 31a(th. Homil. 17). El voilà bien nn autre motil très-puissant pour diminuer beaucoup l'estime qu'on a de soi-même , et [lonr se croire au-dessous du néant, car, en péchant grièvement, surtout s'il y a eu plusieurs rechutes, on se rend parlaifement semblable à un vrai démon , et Ton se réduit à un état plus vil et beaucoup moins acceptable que le néant lui-même.

509. — Il ne saurait servir à rien de dire, qu'à la vérité cela vous est arrivé autrelois, mais que, pour le moment, vous n'en êtes i^lns là, car vous n'avez aucune certitude sur ce point important, et vous ne pouvez l'acquérir que si Dieu daigne vous en faire la révélation. Vous savez, dites-vous, que vous avez péché , à ne pas en douter, mais vous ne pouvez pas savoir si cette horrible souillure a disparu complètement de votre âme. Nescit homo utrum amore, an odio diynus sit. {Eccli 9, I). L'homme ne sait pas si , aux yeux de Dieu, il est digne d'amour ou de haine. Et si l'apôtre ne pouvait pas lui-même avoir la certitude d"ètre en état de grâce, bien qu'il eût été ravi jusqu'au troisième ciel pour y contempler la gloire de Dieu, quelle certitude peut donc exister sur ce point dans notre conscience? A/A// mihi conscius sum, sed non in hoc justificatus swn. {\ad iiorinlh. A, i.)

5!0. — Mais encore, quoique nous fussions assurés du pardon de nos péchés, une telle certitude ne devrait pas diminuer le mépris que nous devons avoir de nous-mêmes et de notre indignité, à cause d'un seul et unique péché que nous aurions pu commettre. Il est toujours vrai, en eâet, que le pardon est un pur eiiet de la clémence infinie et de l'ineffable miséricorde de Dieu, et que le péché est le fruit de notre malice, dont nous ■ne pourrions jamais, par nos efforts si faibles, faire disparaître totalement la noire injustice. Nous devons donc attribuer à Dieu seul la rémission de l'iniquité, et garder pour nous tout le reste. Et lie même qu'ini s^jet ijui niu'ait ;iltcntê à la vie de sou prijioo. Dieu qu'il eût oLlciiu j^iàcc [luur ce loriait, n'oserait pas uéau-

moins pnrnîlrp on la pit'Si'iu'C de son souverain, sans se rappeli'v, en rougissant, cet acic di.'. criminelle iîlonie, et la généreuse clémence doutlft prince a usé à sua égard, ne servirait qu'à lui faire mieux comprendre l'excès de sa méchanceté et à redoubler sa honte; de même aussi, la miséricordieuse bonté dou. le Seigneur a bien voulu user à notre égard, en nous pardonnant les outrages par nous commis contre lui, doit nous pénétrer encore plus proiondément de l'excès de notre témérité à l'ohenser quand sa généreuse indulgence éclate si fort er> notre laveur, et nous taire sentir vivement notre grande indignité.

511. — Joignez à cela que nous devons nous mépriser nousmêmes, non-seulement pour les péchés que nous avons laits, mais encore pour ceux que nous n'avons pas commis. En voici le motif, si à chaque instant nous ne tombons pas dans quelque laute grave ou même dans un énorme crime, c'est un bientait de Dieu qui nous soutient de son bras puissant. Pour ce qui est du reste et de la vigilance dont nous usons, nous nous plongerions en toute sécurité dans des injustices de toute espèce. Le prophète Jérémie nous en donne l'explication, quand il dit que notre cœur est comme un abîme de malice sans fond et dont il est impossible de sonder la prolondeur. Piavuni est cor hominum y^ et inscrutabile, guis cognoscet illud ? {Jerem. 17, 9). Tantôt notre misérable cœur est enflammé de colère, tantôt il est combattu par des désirs impurs , tantôt agité par la haine,, tantôt enflé d'orgueil, tantôt abattu par la crainte, tantôt subjugué par la pusillanimité , tantôt emporté par la hardiesse , tantôt dominé par l'amour, tantôt entraîné par la cupidité, tantôt assailli par un orage de tentations, tantôt exposé à l'épreuve des grandes et périlleuses occasions. Si pourtant à de si rudes secousses du dedans et du dehors nous ne succombons pas et si nous ne nous laissons pas aller à mille iniquités , nous devons y admirer un prodige delà miséricorde divine qui nous soutient. Si cette miséricorde nous était ravie, nous tomberions infailliblement dans les plus nombr(.uses prévarications. Si donc nous voulons considérer tout ce qui est de nous, nous ne pouvons nous empêcher d'être vils à nos yeux, même pour les prchés dont nous sommes innocents; car livrés à nous-mêmes nous y serions très-certainement tombés.

512. — Pour nous faire une idée très-peu favorable de nousmêmes, il n'est pas nécessaire de réfléchir sur les innombrables

péchés mortels clans lesquels nous serions tombés , par le seul l<>u<ls corrompu de uotre nature. II suffit de penser souvent à tant de {téchés que nous commettons actuellement par les pensées de notre esprit, par les aû« étions de notre cœur, parles écarts de notre langue , par les regards de nos yeux et par les actes auxiiuels nous nous livrons. Que de manquements envers Dieu, envers notre iirochain , envers nous-mêmes ! Ce sont, il est vrai, des fautes vénielles, mais elles sont continuelles, nomlireuses, souvent volontaires , et elles enlaidissent notre âme , bien qu'elles ne soient pas monstrueuses et diaboli(jucs , comme celles qui par leur gravité fout de cette pauvre âme un objet si hideux. Sainte Catherine de Gênes, au seul aspect de la laideur du péché véniel que Dieu lui révéla dans une vision, lut sur le point de mourir d'efiroi, et elle assure que si ce spectacle ne s'était pas promplemeiit évanoui de ses yeux, son corps se serait brisé sous l'étreinte de cette horreur, quand même il eût été aussi dur que le diamant. De même encore une sainte lemme nommée Sancia Cariglia, dont parle Thomas A — Kempis, en voyant la difiarmité dont les fautes vénielles avaient aflreusemeut déparé son âme, sous la forme d'une jeune fille pâle, maigre, laide et couverte de dégoûtants insectes, en éprouva une telle répugnance qu'il lui sembla] t que ses os se disloquaient d'hofreur. {Auct.cit. lib. i, cap. 21. tit. decontemp. cordis). Quiconque désire donc acquérir l'humilité de connaissance dont il a été parlé, doit se mettre devant les yeux cette diflormité qu'il contracte par des l'autes légères commises chaque jour, et cette considération maintiendra toutes ses pensées dans mi proiond sentiment d'humilité.

513. — Pour résumer en peu de mots ce que je viens de dire avec un détail si dihas, je me borne à établir que pendant toute l'éternité nous n'avons été que néant, que présentement encore nous ne sommes par nous-mêmes que néant, moins encore que néant par les péchés que nous avons commis et pour ceux dont nous nous serions rendus coupables , si Dieu ne nous en eût préservés par l'efficacité de sa grâce , et puis encore par les péchés que nous commettons iournellement. Que le lecteur se pénètre bien de cette idée pleine de justesse et de vérité, qu'il la fixe bien proiondément dans son esprit et qu'il lève ensuite la tète s'il en a la hardiesse, pour concevoir de lui-même quelque estime. Il ne le pouri-a certainement pas^ car il ne trouvera

en lui rien qui soit digne d'estime. 11 se verra forcé de se mcpri=or, de s'humilier au plus bas possible. Car il se verra plongé dcns un goufro de misères qui l'environne de toutes parts. Ces paroles sont de saint Bernard. Rrjjlcfur multis miseriis ; innUir* et multiplicibus inquum miseriis corporis, miseriis cor dis y miseriis cum dormit , miseriis mm vigilat , miseriis quaquaver&wn us vertat. {Serm. in fer. iv, Hebd. pœnos.).

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