‹ Guide ascétiqueChapitre 74 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ON y EXPLIQUE CE QUE C'EST QUE l'hUMILITÉ D'aFFECTION ENVERS LES HOMMES.

527. — L'humilité d'affection par rapport à nos semblables, consiste dans un mépris qu'on a de soi-même et par lequel en s'estimant inférieur à eux on fait à leur égard acte de soumission. C'est ce qu'enseigne le Docteur augélique (2. 2. Quœst. 161. art. 3). Il résulte de cela que l'homme en possession de cette vertu souôVe en paix les mépris, les injures, les outrages, et même s'en réjouit, Cette humble soumission d'afiection envers le prochain nait de l'humihté de connaissance vivement sentie de son propre néant, de ia multitude de ses péchés, de ses faiblesses, de sa Iragilité, de sa misère ; et l'homme qui est pénétré de ces pensées n'éprouve aucune difficulté à s'estimer pire que les autres.

528. — Saint Jean Chrysostôme ajoute que cet assujettissement à tout le monde, ne doit pas être exclusivement pratiqué par des personnes plongées dans la fange de nombreux péchés mortels, mais encore par les personnes vertueuses, car sans cela les bonnes œuvres de ces dernières leur deviendraient inutiles. Non est enim humilitas , quod facere debes necessiiate : hccc , inquam , non est modestiœ sed debiti. Vera auteni modestia est, quando cedimus his, qui nobis videntur esse minores, et eos veneramur , qui nobis videntur esse inagis indigni , quam nos. Quod si recte sapimus, nullos etiam nobis esse minores arbitrabimur; sed nos excelli ab omnibus hominibus dicemus. Et hoc dico non de nobis , qui innumeris immersi sumus pecca/is; sed etiam si quis sibi plurimorum bene gestorum conscius sit. Nisi apud se sentiat, quod oynnium sit posiremus , nulla et futura utilitas est %ti omnibus suis bonis operibus. {iiomil. 3. in Genesim,). Saint

— ilO —

Chrysostômo dit : La vcritablt' humilité n'est pas celle qne vous pratiquez par iiéi-issilé, quand vous voyez clairement qne votre prochain est e( nt lois meilk'ur qne vous. La vcl^'Hlable humilité consiste à se croire inférieur à ceux qui semblent être au dessous de nous. Si nous avions des sentiments iustes et droits, et si la lumière de Diou éclairait notre ànie, nous ne regarderions personne comme étant au-dessous de nous, mais nous croirions être inférieurs à tout le monde en ce qui regarde une conduite vertueuse. Je ne dis pas cela seulement de nous qui sommes plongés dans un océan d'injustices, mais encore de quiconque a la conscience du bien qu'il opère. N'oublions pas que si nous ne regardons pas tout le monde comme nous étant supérieur, toutes les bonnes œuvres que nous pourrons faire ne nous serviront de rien. Le saint Docteur ne pouvait certainement pas exposer son opinion d'une manière plus explicite et avec plus de clarté, pour nous taire comprendre qu'il ne peut exister de véritable humilité d'afîection, sans cet assujettissement sincère à notre prochain quel qu'il soit.

529. — Mais saint Bernard va plus loin encore, et en termes plus énergiques, il arrive jusqu'à dire queThumilité éprouve de très-grands dommages si, en s'estimant inférieur à tout le monde, on excepte ime seule personne. Est grande mahim horrendumquepericuhim, si modice plus vero te exfolias, si vel uni videlicetf in tua cognitione te prœ feras, quem Jorte parem tibi veritas indicat, aut etiam inferiorem. {In cant. Serm. 37). Pour autant que vous soyez humble , dit le Saint , pour autant que vous vous estimiez inférieur en réalité à qui que ce soit , il n'y a pas là le moindre danger. JNIais si vous vous élevez plus qu'il ne faut, si dans votre cœur vous vous préférez à un seul homme qui vous semble égal ou inférieur , c'est là un grand mal et un danger considérable. Le Saint explique ce qu'il dit par un exemple pris dans une comparaison familière il est vrai, mais qui est employée fort à propos pour bien luire comprendre son sentiment. Figurez-vous, dit-il, que vous ayez à passer par une porte basse qui ne soit point proportionnée à votre taille. Si en pareil cas vous vous courbez de quelques pouces de plus qu'il n'est besoin, il n'y a pas de mal à cela et même vous y gagnez en sécurité, mais si vous vous courbez de l'épaisseur d'un doigt de moins, vous heurtez de la tète contre le linteau et vous vous blessez. U ^2 est de même de ce rabaissement intérieur à l'égard du

prochain ; il ne saurait vous être nuisible^ et qui plus est il vous sera utile , mais si vous vous tenez droit plus qu'il ne faut , quoique ce ne soit qu'infiniment peu, cela peut amener votre ruine. Quamobrem, conclut-il, noli te, homo, comparare majo' ribus, noli minoribus , noli aliquibus , noli uni. Aussi donc, ô homme, gardez-vous, qui que vous soyez, de vous comparera ceux qui sont au-dessus de vous , ni à quelques-uns, ni à un seul , mais soumettez-vous à tous et estimez-vous moins que tous.

530. — Il ne faut pourtant pas dissimuler une objection qui naturellement se présente à l'esprit de quiconque lit ces passages où les SS. Pères expriment leur doctrine. Il est certain, d'une part, que l'humilité étant une des plus nobles vertus morales, est fondée sur la vérité même, et qu'elle n'a point à demander au mensonge son lustre et sa splendeur. D'autre part, il n'est pas moins certain que tous les hommes ne sont point d'un mérite égal, mais que l'un vaut mieux que l'autre, et réciproquement. Comment donc chacun peut-il, sans craindre de se tromper et sans danger d'erreur, se croire moins bon que tous les autres? Saint Thomas répond à cette difficulté, que chacun peut envisager en lui-même ce qu'il possède, c'est-à-dire le néant et le péché, et son attention peut se porter sur ce point, parce que c'est la seule chose qu'il possède comme lui appartenant. Ensuite chacun peut considérer dans le prochain ce que celui-ci tient de Dieu, c'est-à-dire les vertus et les dons de la nature et de la grâce. C'est en eSet sur cela que doit se fixer son attention, car ]a charité lui en impose le devoir. En faisant cette comparaison , il n'est pas d'esprit si siiperlje qui ne doive fléchir, et qui puisse s'empêcher de reconnaître qu'il est de beaucoup inférieur à son prochain. Il n'y a ici pour lui aucun danger de se tromper, car, dans une confrontation de cette espèce se trouve tout le caractère de la vérité. Dicendum quod si prœferimus id quod est Dei in proximo, ei quod est propriiim in nobis, non possumus incurrere (alsitatem. (Qu. citart. 3, ad secundum). Le Saint fait encore une autre réponse en disant que, s'il y a dans nous quelqn.u qualité qui nous rende supérieur aux autres, nous devons croire que, dans ceux-ci, existe une qualité occulte supérieure à celle que nous possédons, et, de celte manière, il nous sera possible d'accomplir en toute sincérité le précepte de l'Apôtre^ d'awrès lequel nous devons.

par un luiinMe tVhange, estimer que les autres sont supérieurs à nous. In humilitate superiores sibi invicem arbitrantes. Dicit Glossa : IS'on hoc ita dcbemiis existimare, ut nos œstimare fingatnus; sed vere œstimemus esse aliquid occtilfum in alio, qno nobis superior sit, etiamsi bonum nostrum, quo illo videmur superiores esse, non sit occultum. Le saint Docteur, réunissant les doux réponses, dit, dans un autre endroit, que, sans craindre de tomber dans une erreur, nous pouvons nous croire et nous déclarer plus vils que tous les autres , à cause de nos fautes cachées, dont nous avons la connaissance, et ensuite à cause des dons particuliers de Dieu, que nous ne voyons pas dans les autres. Dicendum , quod aliquis absque falsitate potest se credere et pronunliare omnibus viliorem secunduni defectus occultos, quos in se recognoscit , et dona Dei, quœ in aliis latent. (Ead. Qiiœst. a. 5, ad. 1).

531 . — Saint Bernard répond à cette difficulté d'une manière diflérente, et il veut , pour une autre raison , que nous nous estimions inférieurs, au fond de notre âme, à tout homme, pour aussi criminel qu'il se représente à nos yeux. Savez-vous, nous dit-il , si celui que vous regardez comme le plus vil et le plus méprisable des hommes , comme un être dont la conduite vous inspire de l'horreur, comme un homme au plus haut point souillé de mille scélératesses, et que vous croyez non-seulement très-inférieur à vous, dont la conduite est régulière, mais encore à tous les autres hommes , aussi scélérats que lui ; savezvous, dis-je, si, Dieu l'aidant de sa grâce toute-puissante, il ne deviendra pas meilleur que vous, et que même déjà il ne soit supérieur à vous devant le Seigneur? Vous devez donc céder le pas à un homme aussi criminel , et vous croire inférieur à lui ; puisque le divin Sauveur, en nous ordonnant de choisir toujours la dernière place, veut nous dire par cela même que nous ne devons nous préférer à personne, ni même nous comparer à qui que ce soit, mais nous estimer inférieurs à tout le monde, avec un sentiment d'humilité sincère. Quis soit , ô homo , nous dit saint Bernard, {In, cit. Serin. 37) si unus ille^ quem forte omnium vilissimum, atque miserrimum revutas , cujus vitam sceleratissimam , et singulariter tœdissimamhorres , et provterea illum putas spernendinn , non modo prœ te, qui forte famsobrie, pj juste, et pie vivere te confldis , sed etiam prœ cœteris omnibus iceleratis, tanquam omnium sceleratissimum : quis scit , inquam.

si melior et te et illis , mutatione dexterce Excelsi in se guîdem fuiîirus sit, in Deo vero jam sit? Et propterea non mediocrem, non vel penultimum, non ipsum saltem inter novissimos eligere locum nos voluit, sed: Recumbe, inquit, in novissimo loco, ut solus videlicet omnium novissimus sedeas , teque nemini, non dico jjrœponas , sed nec comparare prœsumas. Supposez qu'aux premiers temps de l'Église naissante, un chrétien véritablement digne de ce nom par la sainteté de sa vie, en voyant Saul déployer tant de rage contre Jésus-Christ et ses fidèles disciples , ne respirant que prisons, persécutions et meurtres contre les chrétiens pour anéantir la sainte foi; supposez, dis-je, que ce bon serviteur du Christ se fût préféré à Saul en disant au fond de son cœur : SU est vrai que je ne sers pas fidèlement mon aimable Rédempteur, du moins je ne le persécute pas, du moins je ne cherche pas à entraîner les autres à leur perle avec moi, il est bien certain que ce fidèle se serait trompé, car celui auquel il se serait de beaucoup préféré par ce raisonnement était déjà un grand Apôtre, un vase d'élection et l'un des plus grands Saints du ciel, et avec lequel il ne lui aurait pas été permis de se comparer. Saint Bernard veut que l'on se fasse une supposition de ce genre quand on voit devant soi un homme chargé de mille iniquités, afin qu'on s'estime encore inférieur à lui, et qu'on se tienne constamment à la dernière place, conformément au précepte de Jésus-Christ.

532. — Pour se maintenir dans cette soumission sans aucun danger de se tromper et de passer les bornes, le grand patriarche saint François d'Assise nous fournit un excellent conseil. (Chr. S. Franc, 1, parte, lib, i, cap. 68). Son compagnon lui ayant demandé comment il pouvait, en toute vérité, s'appeler le plus grand pécheur du monde, lui qui n'était jamais tombé dans les crimes que commettaient tant d'autres , saint François lui répondit : Je suis persuadé et intimement convaincu que si Dieu avait fait au plus exécrable scélérat les grâces miséricordieuses dont j'ai été comblé , ce criminel le servirait plus fidèlement et serait plus agréable à ses yeux que moi. Je suis encore convaincu que si Dieu me retirait ses faveurs et ne me soutenait pas de sa main puissante, je tomberais dans les plus abominables désordres dont aucun mortel ait jamais pu se rendre coupable. Voilà une maxime solidement appuyée sur la vérité, et que l'on peut très-justement s'appUquer à soi-même, pour so

placer nu-dcssous du pins taraud i.cchonr; parce que, si nous voulons nous replier eu nous-mêmes pour connaître ce que no\is sommes , nous serons obligés de coutesscr que nous serions encore pires que les autres, et c'est pouniuoi nous devons nous estimer infiniment au-dessous d'eux. Eu résume, il ne manque pas de moyens à employer pour que nous puissions , sans erreur et sans illusion , nous persuader que nous valons moins que qui que ce soit sans rien exagérer, pour nous placer à un degré inférieur une fois que nous aurons acquis une connaissance exacte de nous-mêmes; et c'est de cette connaissance, comme je l'ai déjà dit, que doit naître un assujettissement d'affection envers notre prochain.

533. — Je veux maintenant que saint Antoine nous fasse comprendre par un événement qui lui arriva , combien cette humilité d'affection est agréable à Dieu, et combien elle est utile à nos progrès dans la pcriection. {Ex lib. sentent. PP. § 121). Ce grand patriarche des anachorètes se tenait un jour tout absorbé en Dieu, pendant son oraison dans sa cellule, lorsqu'il entendit une voix du ciel qui lui disait : Antoine vous n'êtes pas encore parvenu à la perfection d'un certain corroyeur qui demeure à Alexandrie, et cette voix lui en dit le nom. A ces paroles, Antoine se lève, interrompt son oraison , prend son bcàton et chemine à grands pas vers la ville , tout étonné qu'un homme qui vivait au milieu du tumulte du siècle et au milieu de ses travaux manuels, pût l'avoir dépassé lui-même dans la voie de la perfection, lui qui n'avait d'autre sollicitude dans son désert paisible que celle de servir Dieu. Arrivé à Alexandrie il va à la recherche de cet artisan, le trouve enfin, se prosterne à ses pieds et le prie de lui faire connaître les bonnes œuvres qu'il pratiquait. Le corroyeur, três-surpris de cette demande, lui répondit : Saint père, je n'ai jamais, que je sache, fait quelque bien dans ma vie. Seulement le matin quand je me lève je me recueille en moi-même, je me reconnais comme le plus grand pécheur qui soit dans la ville, et avec une afiection sincère ie dis au Seigneur : Mon Dieu î tous ceux qui demeurent danJ Alexandrie iront jouir du bonheur éternel en récompense de leurs bonnes œuvres, et moi seul peut-être je serai précipité dans les abîmes de l'enfer. Le soir avant de me mettre au lit, je me remets à dire la môme chose. ÎNlon père, je ne fais pas autre chose que cela. Je vous dis eu vérité , reprit saint Antoine ,

qu'en menant une vie solitaire dans le désert , je ne suis pa§ encore arrivé à C3 degré d'humilité et de perfection auquel vous êtes parvei u en restant dans votre maison. Tant il est vrai que l'humilité profonde d'aûection à s'estimer moins que les autres est la r^ute la plus courte pour arriver promptement à un très-haut degré de perfection.

534. — Il faut toutefois bien remarquer ici ce que nous dit l'Esprit-Saint : Est qui nequiter humiliât se, et interiora ejus plena sunt dolo. {Eccli. 19, 23). Il y est dit que plusieurs s'humihent, se méprisent , se donnent le titre de pécheurs indignes , pires que tout autre, mais que c'est uniquement chez eux une humilité fausse , car leur intérieur est rempli d'astuce. Et pourquoi cela? Parce que si les autres les méprisent, les tournent en dérision, les injurient, les outragent, ils s'émeuvent, s'irritent, se fâchent et ne souffrent pas tout cela en paix. Ceux-là font connaître que leur humilité n'est pas solidement fondée, (ju'elle n'est point sincère, mais que c'est une humilité fausse et trompeuse, car celui qui en toute vérité s'estime plus vil que les autres et plus digne de mépris que qui que ce soit, soufïre qu'on n'ait pour lui aucun égard et prouve par ses œuvres la sincérité des sentiments qui l'animent. Quand on a fait beaucoup de progrès dans cette vertu, on se réjouit des outrages et de la confusion qui nous arrivent , mieux encore que les autres ne le font des louanges et des applaudissements qu'ils reçoivent. C'est l'exemple qui fut donné par saint Constant, chapelain de l'église de saint Laurent à Ancone. Saint Grégoire raconte à son sujet, que la réputation de ce bon serviteur de Dieu s'étant répandue dans tout le pays , les peuples accouraient de toutes parts pour le voir et se recommander à ses prières. Un villageois vint un jour pour le visiter, et au moment où il entrait dans l'église le Saint était sur un escabeau de bois occupé d'allumer les lampes devant les saints autels. Constant était d'une taille assez petite, d'un aspect peu distingué ; c'est pourquoi ce campagnard, mesurant la grandeur spirituelle sur la.taille du corps, se mit à se moquer de lui et à le railler en disant : Voilà donc cet homme que l'on vante partout comme un personnage bien grand, mais à la vérité cela ne me semble qu'une moitié d'homme ! Le serviteur de Dieu, en entendant ces mots, «Icsecndit de sou escabeau, embrassa le paysan et le remercia en disant : Vous seul vous m'avez connu pour ce que je suis. Qua i/i re, dit le sahiL Docteur, ve?isandum

est, cit/its apud se hiimilitatis fucrit , qui Jespicinitem se rusti' eum amplius amavit. {Diul. lib i, cap. 5). Il convit'ut do considérer ilaiis ce trait, dit saint Grép^oirc, combien était solide l'humilité tlo Constant, qui non-seulement ne se fAclia point, mais témoigna tant d'amour à ce villaiçeois qui riiisiiltait si c^rossi(\ rement. Il conclut en disant : Qualis cnim qwxrjue apud se lateat, contumelia illum probat. Les affronts, les moqueries, les dérisions sont la pierre de touche qui fait connaître le degré d'humilité que chacun tient caché dans son cœur.

535. — Mais pour arrfver à ce degré d'humilité qui puisse triompher de toute sorte d'épreuves, il faut, outre la connaissance qu'on doit avoir de soi-même , ne pas perdre de vue notre si aimable Rédempteur dont la vie a été si cruellement éprouvée par amour pour nous , comme le dit saint Pierre : Subjecd estoteomnihumancecreaturœpropter Dcum. (i Petr.'2, 13). Soumettez-vous à tout homme, non-seulement à cause des indignités que vous reconnaissez au fond de votre cœur, mais encore pour l'amour de ce Dieu qui s'est tant humilié pour vous, propter Deinn. Souvenez-vous, dit l'Apôtre, que ce Dieu si grand s'est anéanti pour vous : Semetipsum exi?ianivit {Ad Philip. 2, 1, 8). Souvenez-vous qu'il s'est humilié jusqu'à la mort infâme et ignominieuse de la croix : Humiliavit semetipsum factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Souvenez-vous, dit le Prophète royal, que ce Dieu fait homme est devenu volontairement l'opprobre des hommes , l'objet des dérisions d'un vil peuple , qu'il s'est laissé fouler aux pieds comme un ver, comme s'il n'était pas même un homme. {Psalm. 21, 7). Souvenez-vous, et c'est ici lui-même qui parle, souvenez-vous que j'ai enduré tant d'ignominies avec joie, afin que vous marchiez sur mes traces : Exemplum dedi vobis , ut quemadmodum ego feci , ita et vos faciatis. {Joann. 13, 15). Est-il donc étonnant que les Apôtres fussent animés d'une si vive joie au milieu des affronts? Ibant apostoH gaiidentes a conspectu concilii. {Act. 5, 41 ). Voilà la raison qui en est donnée : Quia digni habiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati. C'est parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir de mauvais traitenituts pour le nom de Jésus. De même, si dans nos cœurs, outre le peu d'estime que nous devons avoir pour nous , et ce mépris qui doit nous placer au-dessous de tout ce qu'il y a de plus vil, l'amour de Jésus-Christ était bien ardent, et si

nous étions enflammés du désir de l'imiter dans ses ignominies, il nous serait aisé, aussi bien qu'aux Apôtres, d'accepter volontiers toute raillerie, tout mépris, toute dérision, toute injure et tout outrage.

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