AAH
fere, qmrwn prîmus ego sum. (i Ad Timoth.y 1, 15). Si cette lumière ne vient pas vous éclairer, toutes vos misères s'évanouiront à vos yeux, et quelque soin que vous preniez, vous ne pourrez point vous dépeindre à vous-même la profonde misère de votre néant, telle que Dieu la connaît. JMais pour obtenir la faveur de cette lumière, quel moyen faut-il prendre? Il n'en est pas d'autre que celui d'une prière animée par la confiance et soutenue par l'espérance, et ime telle prière n'essuie jamais de refus. Le directeur doit donc rappeler souvent à ses pénitents, qui désirent acquérir la vertu d'humilité, l'obligation où ils sont de demander à Dieu cette lumière d'humble connaissance d'euxmêmes, et il doit en même temps leur en imposer le devoir. Cette lumière céleste, accompagnée de tous les soins qu'ils prendront de se bien connaître, leur inspirera des sentiments d'abaissement intérieur et d'anéantissement à la vue de leur misère.
5G5. — J'ai dit que le directeur doit maintenir les âmes dans cet exercice de connaissance d'elles-mêmes jusqu'à la mort, parce qu'il n'est absolument personne qui puisse s'en exempter. Il n'est aucune âme dans laquelle commence à s'allumer l'amour parfait, qui puisse se dispenser de certaines méditations propres à nourrir une crainte salutaire, telles que les méditations sur la mort, sur l'enfer, sur le jugement, etc., car la charité parfaite chasse la crainte ; perfecta caritas foras mittit timorem, comme dit saint Jean, (i Jo. A, 48). Mais de la connaissance de soi-même, nul ne peut se dispenser, et même les âmes les plus élevées en ont encore plus de besoin que les autres. Ainsi, quand votre pénitent serait parvenu à posséder une union mystique et parfaite d'amour, à éprouver des extases, des ravissements, et peut-être même, comme le grand Apôtre, jusqu'à être enlevé au troisième ciel, alors plus que jamais, cette âme aurait besoin de tenir les yeux fixés sur son néant , sur ses péchés et sur sa faiblesse naturelle, parce que celui que Dieu a ravi dans de sublimes hauteurs est, par cela même, plus exposé à des vertiges causés par des pensées de vanité , et à faire une chute plus déplorable. C'est pourquoi une âme de cette sorte doit se tenir dans un état continuel d'abaissement.
^GG. — Deuxième avertissi:ment. A la suite de l'humilité de connaissance doit marcher l'humilité d'ahection , qui est la substance, et comme le suc de cette vertu. Néanmoins, avant de des-