‹ Guide ascétiqueChapitre 80 sur 89 · AV · texte numérisé non relu

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cendre à la pratique d'une afîection si importante pour le salut, le dirootour doit être prévenu qu'il doit user d'une grande prudence et d'un tact particulier pour discerner l'afieetion vraie de riuimilité, et pour ne pas la confondre avec une affection fausse, décevante et pernicieuse. Il rencontrera des personnes spirituelles qui désirent beaucoup d'avancer, et qui, tombant dans quelques péchés ou certiiines imperfections, malgré le bon propos qu'elles avaient formé de s'en préserver, se laissent subjuguer par des inquiétudes et des troubles jusqu'à perdre totalement leur paix intérieure. A la suite de ces perturbations vient une certaine défiance de pouvoir jamais se corriger. Je vois bien, dit une personne qui se trouve dans un cas pareil, je vois bien que la perfection n'est pas pour moi. Je me recommande à Dieu, mais je ne mérite pas d'être exaucée, parce que mes péchés en sont la cause. Puis ces personnes se refroidissent, elles contractent une certaine nonchalance qui leur fait négliger la pratique du bien. Tout cela leur paraît im résultat de leur humilité, car cela semble fondé sur une connaissance de leur propre faiblesse , et c'est pourquoi elles n'en ont aucun souci. En réalité , tout cela n'est que de la pusillanimité , un abattement spirituel , un découragement de cœur qui est basé sur un orgueil raflSné. Savez-vous pourquoi ces personnes, après avoir commis un péché, tombent dans l'inquiétude? Parce que s'étant antérieurement fait une idée exagérée de leur force, et ayant cru qu'il ne leur serait point possible de prévariquer, et, par conséquent, se voyant frustrées de l'estime et de la bonne opinion qu'elles avaient d'elles-mêmes, il n'est pas étonnant qu'elles se troublent, et que leur cœur s'abreuve d'amertume. Savezvous pourquoi ces personnes entrent en défiance ? C'est parce que leur confiance en elles était grande, et qu'elles se figuraient qu'avec leurs propres forces et par des moyens dont elles se croyaient sûres, il leur serait possible de se corriger de ces défauts. Puis leur propre expérience leur faisant voir combien était faible l'appui sur lequel elles comptaient avec une assurance vaine , il n'est pas surprenant que la défiance et la pusillanimité aient envahi leur cœur. Le directeur doit donc voir combien s'écartent de la bonne voie ces âmes égarées par une fausse humilité, et il doit sentir en même temps combien son zèle et sa vigilance leur sont nécessaires.

567. — L'homme véritablement humble, qui est tombé dans T. III. 29

le péché, ne s'étonne ni ne s'inquiète, parce que. ayant acquig une connaissance profonde de sa faiblesse, il sait que son cœur n'est point capable, non plus qu'une mauvaise terre, de produire des rejetons meilleurs. Il en éprouve du repentir, non pas tant pour le mal qu'il s'est fait à lui-même que pour l'ofïensfi qu'il a commise envers Dieu, et en même temps il s'humilie en paix en disant, à l'exemple de sainte Catherine de Gènes: Ce sont là des fruits de mon jardiu. Seigneur, si vous ne me dirigez pas de votre bras tout-puissant, je n'agirai pas mieux; il n'est point de crime où je ne sois capable de tomber. D ne se laisse pas dominer par un sentiment de défiance, mais il se jette dans les bras de la bonté divine, et redit, avec une parfaite sincérité de cœur : J'espère fermement que, moyennant votre sainte grâce, je ferai ce que je ne puis faire dans mon état de faiblesse. C'est ainsi que sa propre chute devient pour lui im encouragement à marcher plus rapidement dans le chemin de la perfection. Écoutons ce que nous dit à ce sujet sainte Thérèse, si profondément versée dans la science de la spirituaUté. {Vita cap. 36). La véritable humiUté, bien que l'âme se reconnaisse perverse, et qu'on soit peiné de voir ce que nous sommes, n'excite pas cependant un déplaisir excessif; elle ne jette pas le cœur dans l'inquiétude, l'esprit dans l'aveuglement, et ne les frappe point d'une désolante aridité, mais, au contraire, eUe procure une certaine consolation. D'un côté, l'âme sent une vive douleur d'avoir offensé Dieu , et de l'autre , le cœur se dilate dans l'espoir d'obtenir grâce devant lui. Cette humilité éclaire l'âme pour se confondre elle-même et pour louer le Seigneur, qui a bien voulu nous supporter malgré notre misère. Mais cette autre humilité d'un autre genre que le démon fait naître en nous, n'éclaire aucunement pour le bien; elle nous montre Dieu comme mettant tout à feu et à sang. Elle est une invention du démon, et c'est même de toutes ses infernales ruses la plus pénible et en même temps la plus subtile et la plus perfide que je connaisse. Le directeur devra donc méditer ces paroles pour procurer l'amendement de ces aûections d'humilité fausse qui ont leur origine dans l'orgueil, ou que le démon suggère , ou bien encore qui naissent de ces deux causes réunies . Son zèle devra s'exercer à corriger ces défectueuses alx^ctions dans ses disciples.

668. — Troisièaie ayebtissement. L'afleclion d'humilité véri*

table que Ditni donne est par conséquent un mépris que la personne conçoit d'elle-même à la vue de son néant , de ses péchés, et de ses misères. Ce mépris surnaturel l'assu jetlit paisiblement et sans trouble d'abord , à Dieu , ensuite aux autres hommes , ainsi «ju'il a été dit dans les chapitres précédents. Voyons maintenant comment on doit pratiqu(;r cet assujettissement, ef d'abord par rapport à Dieu. Lorsque l'àme s'est mise en la présence de Dieu , elle doit jeter im regard sur cette majesté infinie et puis un autre regard sur ses misères personnelles, et à la vue de son profond néant comparé à cette souveraine grandeur, elle doit s'abaisser, s'anéantir tlevant sou Dieu, selon la mesure des lumières surnaturelles qu'elle en aura reçues. Saint Ignace veut que devant Dieu nous nous considérions comme un apostème dégoûtant d"où coule en abondance une sanie inlecte. Saint Vincent Ferrier veut à son tour que nous n'ayons pas plus d'estime pour nous que pour un cadavre hideux et en putréiaction, à la vue des péchés qui nous souillent. Après avoir conçu un si proiond mépris de nous-mêmes , nous faisons succéder à ce sentiment une surprise non moins fondée de ce que Dieu ait pu aimer ime chose si abominable que l'homme. En second lieu, conlessons avec les sentiments les plus intimes d'affection de notre cœur , que tout le bien qui est en notre pouvoir ne nous appartient pas , mais que tout cela est à Dieu et que nous devons nous en ser\Tr pour sa gloire, son honneur et sa louange , sans en retenir absolument rien pour nous. Puis reconnaissons que ce qui est à nous en toute propriété n'est autre que le néant et ce qui est encore pire , le péché. Troisièmement, réjouissons-nous intérieurement de ce que noua ne sommes que néant, afin que Dieu seul soit tout; de ce que nous ne pouvons rien afin que Dieu seul soit connu de nous comme pouvant tout ; d'être dénués de tout bien, afin que Dieu soit le seul bien , l'unique bien , le souverain bien. Quatrièmement, ayons regret d'avoir dérobé à Dieu par un vol insigne la chose la plus précieuse qu'il possède hors de lui-même, je veux dire sa gloire , quand nous avons nourri des pensées de vanité en songeant à nos qualités, à nos prérogatives, en acceptant les louanges qui n'étaient dues qu'à lui et non à nous. En même temps, restituons-lui l'honneur que nous lui avons ravi en disant avec une pleine sincérité de cœur : Iibi soli honor et gloria, A vous seul, ô mon Dieu, honneur et gloire. Cinquième-

meut, restituons lui encore toute la gloire que lu; ont ravie les hommes enflés d'orgueil et de vanité, en protestant qu'à lui seul doit en être fait l'hommage comme au premier principe d'où découle tout bien, et comme à la dernière fin à la quelle nous devons avec justice retourner. Sixièmement, nous devons éprouver un grand sentiment de surprise quand nous voyons les Anges et les Saints dans le ciel s'anéantir devant Dieu , à la vue de leur extrême petitesse, tandis que nous seuls avons l'audace de nous enorgueillir. Septièmement, nous devons craindre que Dieu ne nous enlève les dons qu'il a bien voulu nous octroyer, ou qu'il permette que nous en abusions en les faisant contribuer ànotre perte. Huitièmement, par dessus tout nous devons prendre une ferme et constante résolution de ne jamais plus rechercher notre propre gloire, l'estime de nous-mêmes , et les louanges, et d'employer tous nos soins à éviter autant qu'il est possible tout ce qui peut nous attirer quelque considération, comme les dignités, les postes et les emplois qui procurent des honneurs et des hommages ; parce que , dit saint Bernard , c'est une présomption détestable de chercher une gloire qui s'attache à des biens dont nous ne sommes pas les possesseurs et de vouloir ravir l'honneur qui appartient à d'autres, quand nous savons avec certitude que de nous-mêmes nous ne possédons rien. Declinanda , et execranda illa prœsumptio est, qua sciens et prudens forte, audeas de bonis non tuis qiiœrere gloriam , et quod certus es a te non esse, inde tamen al tenus rapere non verearis honorent . Un peu après il ajoute qu'il y a une insigne malice dans cet orgueil avec lequel nous usons des biens qui nous ont été donnés, comme s'ils étaient notre propriété innée et naturelle, et dans ce même orgueil qui nous porte à usurper la gloire des bienfaits qui était exclusivement due au bienfaiteur. Est quippe superbia, et delictum maximum uti datis tamquam innatis , et in acceptis beneficiis gloriam usurpare beneficii. {De dilig. Deo.).

569. — Quatrième avertissemment. L'humilité d'affection à regard du prochain contient les trois degrés signalés dans le chapitre cinquième et je vais en ce moment en développer la pratique d'une manière succincte. Le premier consiste à se mépriser de telle sorte qu'on se reconnaisse et qu'on s'estime inférieur à son prochain, quel qu'il soit. Cette soumisson doit être un acte de l'intelligence par lequel nous faisons un plus grand cas des opinions d'autrui que des nôtres, et que nous leur don-

nons la prôfi'^rcnce. En co cas on ne s'obstine point à défendre son propre avis , mais après avoir exposé ses raisons ou cède et on se soumet. On recherche toujours dans le même cas les conaeils et les avis des autres en les considérant comme meUeurs que les siens propres, et l'on s'y accommode. Mais surtout ou ne se lâche pas quand les avis des autres sont préférés aux nôtres que nous devons estimer moins bons que ceux d'aulrui. Pour ce qui regarde la volonté , cet assujettissement doit consister à la soumettre à celle de Dieu, à celle des supérieurs et des autres personnes , car la raison veut que la volonté des autres, qui doit nous sembler préférable à la nôtre, ait sur celle-ci que nous jugeons moins estimable une digne supériorité. En ce qui touche les œuvres extérieures, nous devons être satisfaits de voir qu'elles sont moins estimées et qu'on leur préière les œuvres de nos semblables.

570. — Le second degré d'humilité d'afiection envers le prochain, consiste à se mépriser de telle sorte que nous soul- Irions avec calme le mépris qu'on a pour nous. En ce cas, n'ayant pour nous-mêmes aucun sentiment de préférence, nous devons dire au lond du cœur en parlant de celui qui nous mésestime : Il a raison , il me rend justice , il me traite comme je le mérite, il est en cela d'accord avec Dieu et tous les habitants du ciel devant lesquels je ne suis qu'un être vil par mon néant, et abominable par mes péchés. Dans ce deuxième degré , on sent l'amertume du mépris, mais on la surmonte par le moyen de cet autre mépris personnel qu'on a conçu de soi-même, et on élève son cœur à Dieu en disant : Seigneur, je vous remercie de ce qu'enfin il y a quelqu'un qui me connaît et qui me traite avec l'indignité que je mérite. Et ensuite on s'efiorce de prier pour la personne qui nous a outragés. Nous devons faire tout ce qui est possible pour arriver à ce degré ; sans cela , dit saint Grégoire, le mépris que nous pensions avoir conçu de nousmêmes lorsque nous nous reconnaissions et nous nous déclarions pécheurs , ne constituerait pas une humilité véritable , ni un sincère mépris , ainsi que nous l'avons tait observer dans le chapitre cinquième. Multos novimus qui arguente nullo, peccor tores se esse confiteniur , cum vero de culpa sua fuerint fartasse correpti , defensionis patrocinium quœrunt, ne peccatores esse videantur. Qui si tune, cum id sponte dicunt, 'peccatores se esse veraci humilitate cognoscerent , cum arguuntur ah aliis, esse $e

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