‹ Guide ascétiqueChapitre 8 sur 89 · CHAPITRE ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE ir

0?l T MONTHE L\ NÉCESSITÉ DE POSSÉDEB LA VEIITU DE JUSTICE.

50. — Quiconque n'a point do souci pour la paix et la tranquillité de sou ànio, n'est point ami de lui-même. A un cœur qui ne iouit pas de la paix que servent toutes les richesses de Crésns, tout l'or du Pérou et toutes les perles de la mer Rouge ou Erythrée? Qu'importent pour lui toutes les délices, les parterres Jleuris, les chasses, les tournois , les ioûtes, les dignités, les honneurs, les royaumes, et les empires eux-mêmes? Rien absolument, car tous ces avantage s extérieurs sans la paix, ne rendent pas notre cœur ioyeux et content. C'est ce qui a lait dii'e par saint Augustin: {De civit. Dei, lib. xix, cap. 11). Tantum est pacis bonum, ut etiam in rébus terrenis, atquemort'ilibvs nihil soient gratius aucliri, nihil dcsiderabilius conçupisci, nihil postremo mssit melius inveniri. Le bien de la paix, dit ce Saint, est mie jouissance si douce que, même humainement parlant, il n'est rien de plus agréable, il n'est rien de plus digue de nos désirs, et qu'on ne saurait trouver rien de plus précieux, puisqu'en réalité c'est dans cette paix que se trouve tout notre bonheur d'ioi-bas.

57. — Or, de cette heureuse paix, la iustice est la compagne inséparable et l'amie toujours fidèle; car si la justice disparait, la paix s'évanouit, et avec la paix qne l'on perd s'évanouit pareillement toute iélicité temporelle. Cela s'exphque en disant que tous nos troubles, toutes nos inquiétudes naissent de ce que l'on a lésé quelque droit que nous avions à la lortune, aux honneurs et à notre sécurité personnelle, ce qui revient à dire que tout cela a sa source dans quelque violation de la justice. ^'oulez-vous acquérir une pleine conviction sur cette vérité? Parcourez la ville que vous habitez, et appliquez-vous à écouter les plaintes qu'exhale celui-ci ou celui-là sur les peines qui déchirent son cœur; vous en entendrez qui se lamenteront de ce qu'on leur a ravi la possession de leur demeure ; d'autres s'attristeront de ce qu'on leur a lurtivement soustrait leur argent et leurs propriétés ; cet autre se plaint de ce qu'un procès Ta privé injustement de sa iortuae. Vous en trouverez qui se

plai II (Iron [qu'on n'a pas gardé la loi d'un contrat, qu'on no leur a point payé ce qui Itur élait dû, qu^on les empêche frauduleusenieut de gagner leur vie. Cela vous fera compremlre que toutes ces personnes ont perdu la paix, parce qu'on n'a pas lespecté leurs droits selon les règles de la justice. Poursuivez vos interrogations, en écoulant leurs plaintes. Vous en trouverez qui, transportés par la fureur de leur colère, méditent de ?g venger contre un médisant qui a blessé leur honneur ou dénigré la réputation d'une de leurs filles, de leur épouse ou de leur famille. Vous en renconirerez d'autres enflammés de haine contre un ennemi qui les a insultés et a fait des outrages à leur personne. Remarquez bien que tous ces plaignants ont perdu les douccuis de la paix, parce qu'on a violé leurs (Iroits à obtenir satisfaction de la justice pour les biens, l'iionneur et les réparations qu'on leur devait. Puis, si vous en trouvez d'autres qui ne jouissent d'aucune paix, d'aucune tranquillité, vous découvrirez que toute l'infortune dans laquelle ils sont plongés ne provient que de quelque violation de la justice. C'est parce qu'en effet la paix et la justice sont deux amies tendrement liées, et que les liens qui les unissent ne peuvent point se rompre. L'une ne peut entrer sans l'autre dans nos cœurs, et si l'on offense la seconde, sa compagne , qui est la paix , tombe aussitôt dans un trouble fâcheux.

58. — Écoulez comment saint Augustin explique tout cela parfaitement en commentant ces paroles du royal Prophète : Justitia et pax osculatœ sunt. Fac, ait, justitiam, et habebis pacem, ut osculentur se ju.stUiaetpax. Si autem non amaveris ^usiiliam, pacem non habebis. Amant enim se duo ista, Jusdlia -"4 pax, et osculanlur se; ut qui fecerit jusiitiam, inveniat pacem osculantem jusiitiam. Duo amicœ sunt; tu forte unam vis et altejam non fucis. IScnio enim est, qui non vult paceîn, sed non Dmnes volunt operari justiliam. Interroga omneshomines : Vultis •pacem ? Uno ore tibi respondet omne genus hominum: opto, cupio, volo, amo. Ama et juslilium quia duœ amicœ sunt justitia et pax. Si amicam pacis non amaveris, nec aniabit te ipsa pax, nec véniel ad te. [In psalm. 84.) Pratiquez la justice, dit le saint Docteur, et vous aurez la paix, et vous verrez, dans votre cœur, comme vous l'assure le pro[)hètcroyal, s'embrasser tendrement la justice et la paix. Mais s'il en est une que vous n'aimiez pas, vous ue pourrez posséder l'autre. Elles s'uimeut teilemeii

entre elles, ces deux vertus, et elles s'emhraspent si nmîeai»nient, <iui' quieoiujue lu'atitjne la justi('(> trouve la paix daus lu justice. Mais vous voudriez posséder l'une et ne pas i»rati(iii('r l'autre. Miioi qu'il en soit^ vous ne rencontrerez en ce monde personne qui ne désire jouir de la paix, mais malheureusement tous ne veulent point pratiquer la justice. Interrogez tous les hommes, n'importe en quel endroit de la terre. \'oulczvous la paix? Vous (Mitendrez tout le genre humain qui vous répondra à l'unanimité; Je la désire, je soupire après elle, je la veux, je l'aimo. Aimez donc la justice. Rappelez- vous que la justice et la paix sont deux amies inséparables. Si vous n'aimez pas l'amie de la paix, la paix ne vous aimera pas et ne viendra pas visiter le sanctuaire de votre cœur. Ce sont là toutes des paroles qui expriment éloquemment l'intime alliance qui unit la paix avec la justice, et alternativement. Le prophète Isaie nous révèle la raison de cette alliance en nous disant que la paix est un fruit qui naît de la justice : et erit opus justifiée imx. (Iso.ïœ S'S, 17). La paix est un rameau qui pousse de cet arbre, c'est un baume qui coule de celte plante, un ruisseau qui sort de cette source. Si le ruisseau se dessèche, si la plante et r'arbre de la justice périssent, la paix doit égalemet périr.

59. — Je me souviens avoir lu {Sjjcct. cxempl. dist. 5, exemp. 55), qu'un curé, dont la vie était exemplaire, célébrant le saint Sacrifice de la messe, un de ses paroissiens, qui lui était inférieur en dignité, mais non pas en mérites, vit dans la sainte hostie, sous ime ressemblance dont la beauté ravissait ses regards, Notre-Seigneur enfant, et, pendant qu'on donnait la paix au peuple, ce bon serviteur de Dieu observait que le divin Enfant, étendant ses bras autour du cou du prêtre, lui donnait le baiser de paix. Il arriva cependant que ce curé, rempli de colère contre un certain animal qui entrait furtivement dans son jardin, et y causait du dégât, prit un bâton et le tua. Il en était résulté un dommage injuste à un pauvre voisin auquel cet animal était d'un grand secours pour sa subsistance. Le prèire. Haut monté à l'autel, eut au nombre de ses assistants le même )aroissien: mais, au moment où ce prêtre donnait au peuple le )aiser de paix, il ne vit plus l'enfant Jésus le lui douu' r lui même, comme les autres fois. A un fait aussi imprévu le paroi-sien fut frappé d'étonnemcnt, car il n'en savait pas le motif j mais Bioi, qui connais bien la raison de cet événement, je n'en sui^ T. in. i

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