II. Archives d'Avignon
Les papes de Rome ont eu pendant longtemps au 14me siècle leur résidence à Avignon : c'était la « captivité d'Avignon » (1305-1376). Après cette période, c'est-à-dire pendant le grand schisme d'Occident, les antipapes restèrent encore fixés à Avignon. Le dernier d'entr'eux fut Benoît XIII, destitué en 1416. Ainsi les archives des papes d'Avignon, restées encore longtemps après dans cette ville, embrassent un espace de temps de plus d'un siècle, pour autant qu'elles se rapportent au gouvernement de l'Église universelle. Ces archives furent transportées en partie au Vatican dans la première moitié du 17me siècle, et définitivement en 1783. On en possède encore deux anciens inventaires, faits d'après leur état primitif, soit l'index 146, fait en 1594, et l'index 145, rédigé en 1671, Les « Introitus et Exitus », qui alors en faisaient partie, sont devenus plus tard les Arm. 65—74 de l'« Archivio segreto », quoiqu'ils appartinssent de droit, de même que les « Obligationes et Solutiones » et les « Collectoriœ », aux archives de la Chambre apostolique1.
En outre, Avignon avec le Venaissin limitrophe a été, jusqu'à la révolution française, un fief des papes, administré par un légat ou un vice-légat. On rangea la correspondance de ce fonctionnaire avec la Curie parmi les nonciatures; mais la copieuse collection de pièces concernant l'administration civile de la ville d'Avignon et de ses environs demeura dans cette section. Elle est inventoriée dans l'index 136, f. 147v -163v . Maurice Prou en a tiré 1' « Inventaire des meubles du cardinal Geoffroi d'Alatri (1287) », Mélanges d'archéologie et d'histoire, V (1885), pages 382-411. De cette collection Carolus Bondacea a fait en 1780 un inventaire alphabétique (index 232-233), qui fut calligraphiquement recopié (index 234-236). Il y a aussi dans l'index 146 un inventaire systématique des manuscrits et chartes qui existaient en 1594, se rapportant aux années 1296-1530.
1 Comp. ci-dessus, page 15.
Nous envisageons ici les archives d'Avignon surtout au point de vue strictement ecclésiastique, pour autant qu'elles se rapportent aux papes d'Avignon et au gouvernement spirituel exercé par eux. Pour ce qui concerne ces archives il ne nous reste donc à parler que des :
Registres d'A vignon.
Cette collection porte ce nom, non seulement parce qu'elle renferme exclusivement des copies de bulles délivrées par les papes d'Avignon, mais aussi à cause de l'endroit où elle a été primitivement conservée. Elle est restée déposée jusqu'en 1783 dans le palais pontifical d'Avignon, et alors seulement elle a été transportée au Vatican.
Tous les registres d'Avignon sont écrits sur papier, et pour ce motif ils sont médiocrement conservés et parfois incomplets. On peut au fond les considérer comme contenant les copies des minutes d'après lesquelles la chancellerie avait à rédiger les bulles ; ces bulles (ou peut-être les minutes) étaient ensuite copiées au net dans les Regesta du Vatican, dont le parchemin leur assurait une conservation plus durable '. Mais l'exactitude de ces dernières copies laisse parfois à désirer, surtout en ce qui regarde les noms propres.
Les registres d'Avignon commencent avec le pape Jean XXII (1316-1334) et finissent avec l'antipape Benoît XIII (1394-1416;; ils forment ainsi une série continue de 394 volumes in-folio et se rapportent, soit aux papes légitimes qui ont résidé à Avignon avant 1378, soit aux antipapes qui réussirent à se maintenir contre les papes de Rome durant le grand schisme d'Occident. Mais leur continuation n'est pas parfaitement régulière. En effet, dans leur état actuel les registres d'Avignon sont formés de cahiers de cinquante folios réunis dans une relieure du 18rae siècle; or il y a eu de la négligence dans la manière dont on a fait ces reliures, de sorte que tous les cahiers ne sont pas à leur place. C'est surtout le cas pour les premiers papes de cette époque, si bien que l'on retrouve des fragments de leurs registres dans les registres
1 H. Bresslau, Handbuch der Vrkundenlehre (Leipzig 1889), I, page 100; comp. ci-dessus, page 17.
des années correspondantes de leurs successeurs.1 A la suite dune étude minutieuse, M. le professeur Emile Goeller est parvenu à dresser la liste des fragments de registres de Clément V, de Jean XXII et de Benoît XII, dispersés dans les volumes des papes suivants"-.
Au 17:-le et au 18me siècles les fonctionnaires des archives pontificales à Avignon, n'ayant probablement rien de mieux à faire, dressèrent un double index des Regesta Avenionensia, dont l'un est encore plus volumineux que l'autre3. Le premier, en 28 volumes in-quarto, est chronologique et a été commencé en 1611 sous la direction de Josèphe de Martin. Actuellement ces 28 volumes se trouvent désignés dans la série des index par les numéros 642-669. Cet index chronologique, qui suit fidèlement la pagination primitive, donne de chaque document contenu dans les registres d'Avignon un résumé assez exact, souvent même en transcrivant littéralement les passages les plus importants. L'index commence déjà avec Clément V (parce que ce pape a aussi résidé à Avignon, sans toutefois laisser de « Regesta Avenionensia ») et se termine après la première année du pontificat de l'antipape Clément VII (1379). Il existe quelques lacunes considérables dans cet index volumineux; ainsi les registres de Grégoire XI (1370-1378; font complètement défaut. Cependant malgré tout, cet index peut d'ailleurs être considéré en général comme assez complet. L'usage en est grandement facilité, parce qu'une note marginale désigne l'évêché auquel chaque extrait se rapporte.
Après avoir terminé ce grand travail, on en vint naturellement à dresser aussi un index alphabétique. Il fut rédigé de 1718 à 1732 par le custode Pierre de Montroy 4; il ne remplit pas moins de 84 gros in-folios, numérotés 557-641, et donne un sommaire de chaque
1 A. Fayen, Lettres de Jean XXII, Introd., page 2. - Voir aussi E. Werunsky. „ Bemerkungen iiber die im Vat. Archiv befindlichen Register Clemens VI. ", Mittheilungen des Instituts fur ôsterreichische Geschichtsforschung, VI (1**5), pages 14U-155, et H. J. Tomaseth, „ Die Register und Secretâre Urbans V. und Gregors XI ", Mittheilungen, XIX (1893), pages 417- 470.
2 Mittheilungen und Untersuchungen etc. (Rom. 1904), page 88 et suiv.
y Palmieri, Manuductio, Praef., pages 9 - 10. — Guérard, Introduction, pages 14-16.
* Annales de St-Louis-des-Français, I (1*96), page 51. On y trouve pages 51-131 un: " Sommaire des bulles de Jean XXII concernant les diocèses de Rodez et celui de Vabres „, que l'abbé P. Calmet a tiré de l'index de Montroy, et VI (1902), pages 201—248, 283—335, et VII (1903), pages 492-526»
document avec indication de la date. L'arrangement est assez incommode. On n'a pas purement et simplement pris pour base l'ordre alphabétique, mais on a, d'accord avec les usages de la chancellerie pontificale, divisé l'index en 24 séries distinctes d'après les lettres de l'alphabet. Cela fait que tous les évêchés dont le nom commence par la même lettre sont placés pêle-mêle dans une même série suivante l'ordre des Regesta; à chaque année d'un pontificat recommence une série semblable. C'est ainsi que les documents relatifs à 1 evêché d'Utrecht se trouvent sous la lettre T (Trajectensis), pêle-mêle avec les autres évêchés dont le nom commence aussi par un T.
Lorsque Garampi a rédigé ses réportoires, il n'a pas eu à sa disposition les Regesta Avenionensia, qui n'avaient pas encore été transférés dans les archives du Vatican. C'est aussi pourquoi ces registres ont été en général beaucoup moins mis en réquisition pour les recherches historiques que les Regesta Vaticana. Cependant on ne doit pas les négliger; les deux séries, parallèles se complètent mutuellement: « les registres de parchemin, mieux conservés, donneront plus de documents, mais les registres de papier fourniront un texte plus complet et plus sûr »*. Ceux-ci on été utilisés pour un petit nombre de publications, que j'ai mentionnées plus haut (pages 22-25) et dont quelques-unes ont exploité plus ou moins systématiquement les registres d'Avignon. C'est le cas surtout pour Conrad Eubel, qui a continué le grand Bullarium Franciscanum par les volumes V-VII (Romae 1898-1904), pour les années 1302-1430; et pour le second volume des Papstliche Urkunden and Regesten (Halle 1889), dans lequel M. Kehr a également utilisé les registres d'Avignon pour l'histoire de Saxe. Le Dr. F. Wagner fit de même en vue de l'histoire de l'archevêché de Hambourg-Brème, pour les années 1316-1378; toutefois les matériaux qu'il a réunis n'ont pas été imprimés". L'Institut historique belge, après avoir terminé les registres de Jean XXII, prépare une publication des registres de Clément VI et d'Urbain V; ceux de Benoît XII sont déjà sous presse.
un : " Sommaire des bulles de Clément VI concernant le diocèse de Rodez „, composé de la rm'ine façon.
1 A Fayen, Lettres de Jean XXII. Introd. page III. — Voir aussi Riezler, Vatikanische Akten, Introd., page 9, et P. Kehr, Nachrichten (1902), page 398.
2 Rômische Quartalschrift, VII (1893). page 217.