III. Archives de la Chambre apostolique
Sous le nom de « Reverenda Caméra apostolica » (R. C. A.) il ne faut pas seulement entendre le trésor pontifical, tant de l'Eglise centrale que des Etats de l'Eglise, mais en même temps le corps des fonctionnaires auxquel est confiée l'administration de ce trésor. Ce corps a anciennement possédé, en vue du plein exercice de ses importantes fonctions, un pouvoir judiciaire considérable in ut roque foro. Il existait à proprement parler trois hautes juridictions papales, la S. Rota, la R. C. A. et le Tribunal de la Signature, qui avaient chacune à examiner des cas relevant d'elles et à les trancher. Mars comme Pie IV le déclara par sa bulle du 1er novembre 1564, le premier rang entre ces trois appartenait positivement à la R. C. A.: « sive jurisdictionis antiquitate et auctoritate sive rerum gerendarum excellentia sive virorum amplitudine »*. Par la Constitution toute récente Sapienti consilio (29 juin 1908), la Chambre apostolique vient d'être rangée sous les « Officia » de la Curie romaine: « Huic officio cura est atque administratio bonorum ac jurium temporalium Sanctae Sedis quo tempore hsec prœsertim vacua habeatur ».
A la tête de la Caméra se trouve le cardinal-Camerarius ou Camerlingue, comme qui dirait le « vicarius papas in temporalibus », son ministre des finances, son conseiller suprême dans tout ce qui se présente, et en outre, Sede vacante, le gardien des clefs des palais pontificaux et le président tout désigné du conclave. Il est assisté par un vice-Camerarius. Suivent en rang le thesaurarius ou trésorier, l'« auditor generalis », qui prononce en droit au nom de la Caméra, le « depositarius », d'ordinaire pris parmi les banquiers de Rome, chargé d' administrer les intérêts financiers de la Curie. Les fonctionnaires, appelés « clerici Camerae », sont aussi des personnages plus importants que leur simple titre de « clerici » ne le ferait supposer. Ils ne sont rien de moins que: « procuratores patrimonii b. Pétri rerumque omnium totius ecclesice Romanae hujusmodi custodes et prsesides ».'
1 Ph. Ciabatta, De Reverenda Caméra apostolica et S. Pontificum principatu civili monumenta (Romas), pages 8 et 53.
2 Ciabatta, 1. c. page 55.
Quant au développement historique et à l'organisation intérieure de la Caméra, nous nous contenterons ici de renvoyer à quelques auteurs.1 Seulement, afin de donner quelque idée de sa grande importance surtout au moyen-âge, je relèverai ce qu'en a dit un juge compétent: « De toutes les autorités de la cour papale la Chambre apostolique excite le plus d'ambitions et d'intrigues, et elle est la plus haïe et la plus redoutée. Son action s'étend sur toute la surface du globe. Surtout vers la fin du moyen-âge elle a dépassé par l'étendue et l'importance de son activité toutes les autres institutions, même les organisations financières des Etats ».2
Il faut distinguer soigneusement la Chambre apostolique, appelée aussi « Caméra pontificia », de la « Caméra S. Collegii Cardinalium,3 dirigée d'une manière indépendante par son propre Camerarius et possédant anciennement ses propres archives,'* réunies cependant plus tard à celles de la Caméra apostolica. Depuis les dernières années du 13rae siècle les revenus du Saint-Siège se partageaient par moitié entre ces deux collèges. Du reste on ne connait pas trop bien leurs rapports réciproques, « La position des deux Chambres à l'égard l'une de l'autre, l'activité d'ensemble de leurs deux Camerarii . . . ainsi que bien d'autres choses encore, n'ont pour ainsi dire pas encore été mises au jour », a pu dire avec justesse Mgr Baumgarten," qui s'est donné beaucoup de peine pour démêler de quelle manière les fonds perçus par la Curie étaient administrés et répartis. Toujours est-il vrai que l'on peut recueillir bien des
1 J. H. Bangen, Die rômische Carie (Munster 1854), page 346. — A. Gottlob, Aus der Caméra apostolica (Innsbruck 1889), page 71 et suiv. — Voyez les données bibliographiques dans D. Ursmer Berbère, Inventaire analytique des Libri obligationum et solutionum (Rome 1904), Introduction, page 3, à laquelle il faut joindre: Ch. Samaran et G. Mollat, La fiscalité pontificale en France avu XlV>"e siècle (Paris 1905). — Les auteurs plus anciens sont mentionnés par Emil Goeller, Die Einnahmen der Apostolischen Kammer unter Johann XXII. (Paderborn 1910), pages 3* 5*.
3 Gottlob, Aus der Caméra apostolica, page 177.
3 Comp J. P. Kirsch, Die Finanzverwaltung des Kardinalkollegiums im XIII. und XIV. Jahrh. (Munster 1895). — P. M. Baumgarten, Untersuchungen und Urkunden ùber die Caméra Collegii Cardinalium von 1294 bis 1478 (Leipzig 1898).
4 La série des « Obligationes et Solutiones » en a fait originairement partie;
comp. Arnold, Repert. germ., Introd. page 49.
5 Untersuchungen, Préface, pages 3 et 10.
données, quoique dispersées, pour l'histoire de la Curie et pour l'histoire spéciale d'un pays, dans les si riches archives de la Caméra. C'était surtout à ce dernier point de vue que nous nous placerons en examinant ces archives.
Il y a donc quatre sections principales qui entrent maintenant en considération. Ce sont:
A. Introitus et Exitus.
B. Obligation.es et Solutiones.