‹ Guide aux Archives du VaticanChapitre 8 sur 23 · C. Collectoriœ · texte numérisé non relu

C. Collectoriœ

D. Diversa Cameralia.

Outre ces quatre séries conservées depuis 1614 au Vatican,1 un grand nombre de pièces des archives de la Caméra se trouvent encore dispersées arbitrairement dans les registres d' Avignon. Josèphe de Loye a publié une liste des Regesta Avenionensia qui renferment pour les années 1308- 1417 des pièces de la Caméra.2 Toutefois cette liste, de même que l'Inventaire entier, n'est pas d'une exactitude aussi parfaite qu'on ne puisse la considérer comme digne d'une entière confiance.

Il ne faut pas oublier en outre que ce ne sont que les parties principales des archives de la Caméra qui sont restées au Vatican, et que ces parties ne sont même pas complètes. Ainsi, pour citer un exemple, les archives de l'Etat à Rome possèdent une série considérable des « Libri annatarum »,:i qui commence au pape Martin V (1417-1431). D'autres parties1 des archives de la Caméra se trouvent dispersées dans divers endroits.

1 [/inventaire des archives de la Caméra, telies qu'elles existaient en 1614, lorsqu'elles furent transportées du Château St-Ange au Vatican, est publié par Fr. Gasparolo, Studi e documenti ai stor/'a e diritto, VIII (1887), pages 44-48 et 60-62. - Voir aussi E. von Ottenthal, « Bemerkungen iiber pâpstiche Cameral-register des 15. Jahrhunderts », Mittheilungen des Instituts fur ôsterreichische Geschichtsforschung, VI (1885), pages 615-626.

1 Les archives de ta Chambre apostolique au XIV"U siècle, l,e partie. Inventaire (Paris 1899), pages 197-250.

:i Les livres de caisse, dans lesquels on enregistrait ce qui était dû pour l'annata; comp. Arnold, Rcpert. germ., Introd., page 36.

4 Relativement aux « Libri formatarum », dont 14 volumes (1425-1524 se trouvent dans les archives de l'Etat à Rome, voy. Cauchie, Création d'une école belge, pag. 18, et Schmitz. " Die Libri formatarum der Caméra apostolica „, Rômische Quartalschrift, VIII (1894i, pages 451-472.

Nous nous en tenons ici strictement aux matériaux de la Chambre apostolique, qui se trouvent au Vatican et dont nous distinguons quatre séries dans l'ordre indiqué plus haut.

A. Introitus et Exitus.

Cette série est actuellement comprise dans les Arm. 65-74 de Y « Archivio segreto », mais elle appartient par son origine et dans l'ordre organique aux archives de la Caméra. En une suite continue de 608 volumes in-quarto, en papier, elle commence en 1279 et se termine en 1528. Il existe un inventaire imprimé des 380 premiers volumes, qui vont jusqu'en 1425. ' Pour les volumes suivants on pourra consulter le grand inventaire de De Pretis (index 133). En outre il y a dans l'index 194 une Concordance des anciens et des nouveaux numéros, composée par feu Mgr. Wenzel.

Comme le titre l'indique, les « Introitus et Exitus Camerse apostolicae » sont les livres de caisse officiels de toutes ses recettes et dépenses. - Chacun de ces livres de caisse s'étend sur un espace de temps, un an ou plus, inscrit au dos. La plupart sont systématiques, disposés en rubriques; d'autres sont simplement chronologiques, de sorte que les entrées de différentes natures y sont mêlées; d'autres enfin sont en même temps systématiques et chronologiques. 3 Naturellement ces livres constituent une source des plus précieuses pour la connaissance des finances et du train de vie des papes; aussi y a-ton plus d'une fois puisé, quoique elle n'ait pas encore été explorée suffisamment. Déjà le texte le plus ancien des « Introitus et Exitus », écrit en italien, a été publié par D. Gregorio Palmieri : Introiti et Esiti di papa Niccolo III 1279-1280. (Roma, typogr. Vatic. 1889). Sous les auspices de la « Leo-Gesellschaft » de Vienne, le père Cistercien Dr Watzl, prépare une publication complète des livres de la Chambre apostolique

1 J. de Loye, Les archives de la Chambre apostolique au XIV»>c siècle (Paris 1S99) le partie. Inventaire, pages M18.

3 Comp. Arnold, Repert. germ., Introd., page XLII. -- Sur l'administration des finances pontificales sous Jean XXII nous sommes mieux renseignés par le Dr. E. Goeller, Rômische Quartalschrift, XV (1901), pages 251 -302.

3 Sur la tenue de iivres, voy. Gottlob, Aus der Caméra apost., page 129 et suiv.

avant Jean XXII, tandis que la publication des autres volumes jusqu'à Martin V fait partie du programme de la « Goerres-Gesellschaft ». Le Dr. Emil Goeller vient de faire paraître dans cette matière une publication systématique concernant le pontificat de Jean XXII (1316-1334): Die Einnahmen der Apostolischen Kammer tinter Johann XXII. (Paderborn 1910). C'est aussi à ce fonds que les illustres savants feu le père Denifle 0. P. et le père Fr. EhrleS.J. ont puisé de riches matériaux pour quelques études très intéressantes, qui ont paru dans leur Archiv fur Litteraiur and Kirchengeschichte des Mittelalters, I-VII (Berlin-Freiburg, 1885-1900). Le père K. Eubel fit de même pour son étude bien documentée:,, Aus den Tagebuchern der Schisma-PàpsteKlemens VII. und Benedikt XIII", Rômische Quartalsc/irift,XVm (1904), pages 174-189 et 337-357; le Dr A. Gottlob, pour son étude: „Zur Geschichte desFlorentinums", Historischesjahrbuch, XIV (1893), pages 39-66; et M. Eugène Deprez, pour son étude sur « Les funérailles de Clément VI et d'Innocent VI », Mélanges d'archéologie et d'histoire, XX (1900), pages 235-250.

Outre les services que cette source doit rendre à l'histoire générale de l'Eglise et de la civilisation médiévale \ elle peut en rendre aussi pour l'histoire locale, du moins en ce qui concerne la partie « Introitus ». En effet, dans mainte entrée l'origine personelle et réelle de l'argent versé est notée. C'est ainsi que l'on trouve souvent mentionnés les évêques pour le paiement de leurs « servitia »; les abbés pour l'acquittement de leurs redevances annuelles; d'autres ecclésiastiques pour les annates dont ils étaient restés redevables. Néanmoins la plupart de ces annotations se retrouvent, plus complètement spécifiées, dans les « Obligationes et Solutiones ».

B. Obligationes et Solutiones.

Nous avons peut être ici la section la plus importante des archives de la Chambre apostolique, quoiqu'à parler rigoureusement, une partie de cette section provienne aussi des archives du S. Collège. La série actuelle des « Obligationes et Solutiones » est composée de 83 volumes (in-quarto, sur papier) et de 10 numéros

1 Voir H. Pogatscher, „Die Herausgabe der Rechnungsbiicher der ap. Kammer", Die Kultur II (Wien 1901). pages 464-477.

doubles, allant de 1295 à 1509, auxquels on peut joindre deux volumes supplémentaires, l'un relatif aux années 1490-1675, l'autre aux années 1549-1553. ] De Loye a inventorié les 60 premiers volumes, avec indication de l'ancienne et de la nouvelle numérotation.2 Baumgarten 3 a donné un inventaire complet, avec indication de la triple numérotation, toujours inscrite au dos, ainsi que des années auxquelles chaque volume se rapporte suivant la référence placée sur le dos. La concordance des anciens et des nouveaux numéros que donne Baumgarten est très utile pour dissiper une confusion inévitable.

En effet, cette série a une triple numérotation : la première conforme à l'ancien catalogue de 1671 (index 145); une seconde établie lorsque les « Obligationes et Solutiones » furent incorporées aux « Collectons », en partie même aux « Introitus et Exitus », et qu'on leur donna des numéros dans la série d'une de ces deux collections; enfin une troisième, datant de notre époque et fondée sur l'idée juste que les « Obligationes et Solutiones » doivent être numérotées à part. C'est cette dernière qu'il faut suivre maintenant.

Quant au contenu de cette série, il se divise naturellement, en conformité avec son titre, en reconnaissances de dettes (« obligationes»), délivrées à la Caméra en vertu dune obligation de droit canonique quelconque par des évêques, des abbés et d'autres ecclésiastiques haut placés, et en quittances (« solutiones »), délivrées par la Caméra, une fois la dette acquittée. Les archives de la Caméra possèdent aussi un grand nombre d'originaux des deux catégories de pièces, quoiqu'elles soient en majeure partie formées de registres officiels de copies faites à l'époque même.

Les principaux motifs de droit, en vertu desquels des ecclésiastiques haut placés avaient à se reconnaître redevables envers la Caméra, sont les suivants:

1° Le « commune servitium » et les « minuta servitia », qui depuis Alexandre IV (1254-1261) [étaient fixés d'après une certaine taxe 4 et que les évêques et les abbés avaient à acquitter à

1 Comp. Wirz, Bullen und Breven, Introd., page 31.

2 Les archives etc., Inventaire, pages 181-195.

3 Untersuchungen und Urkunden, Introd., pages 17-22.

4 Voir A. Gottlob, Die Servitientaxe im 13. Jahrhundert (Stuttgart 1903), page 69 et suiv. — J. Haller, „Die Verteilung der Servitia minuta und die Obli-

l'occasion de leur nomination. La bulle de nomination ne se délivrait que lorsque le nouveau titulaire s'était engagé envers la Caméra à payer ses « servitia «, ce dont on dressait et enregistrait un acte formel. a De beaucoup la majeure partie de la série « Obligationes et Solutiones » se rapporte à ces « servitia ».

2° La « Visitatio ad Limina », à laquelle pendant le moyenâge les évêques et les abbés étaient d'ordinaire tenus tous les deux ans, parfois tous les ans 2.

3° La redevance annuelle (« census »), due par certains monastères exemptés de la juridiction des évêques et soumis directement à celle du Saint-Siège 3. Parfois on payait cette redevance pour plusieurs années en une fois.

4° Les annates, à prendre ici au sens strict, et probablement instituées comme telles par Jean XXII pour rétablir les finances chancelantes du Saint-Siège. On entend par annates au sens strict des redevances dues pour des bénéfices conférés directement par le pape, non pas en Consistoire, lorsque ces bénéfices n'étaient pas assez considérables pour obliger au paiement des « servitia », mais n'avaient cependant pas une valeur moindre de 24 ducats l'an 4. Les annates étaient donc pour les bénéfices secondaires ce qu'étaient les « servitia » pour les grands. On en établissait autant que possible le montant d'après l'ancienne taxation 5 des dîmes, et

gation der Prâlaten im 13. und 14. Jahrhundert", Quellen und Forschungen, I (1S9S), page 2S1 et suiv. — K. H. Kaiieson, „Die Berechnung der Minuta Servitia", Mtttheilungen des Instituts fur ôsterreichische Geschichtsforschung, XVIII (1897), pages 512-517.

1 Comp. Repertorium germanicum, Introd., page 34.

2 L. Kônig. Die pàpstliche Kammer unter Clemens V. und Johann XXII. (Wien 1894), page 21 et suiv.

5 Voir Paul Fabre, Le Liber censuwn (Paris 1895), et son Etude sur le Liber censuwn (Paris 1892). — O. Jensen, Der englische Peterspfennig und die Lehenssteuer aus England und Irland an den Papststuhl im Mittelalter (Heidelberg 1903).

4 J. P. Kirsch, Die papstlichen Annaten in Deutschland wdhrend des XIV. Jahrh. (Paderborn 1893'. Introd., page 9 et suiv.

5 Voir E. Goeller, „Der Liber Taxarum der papstlichen Kammer", Quellen und Forschungen, VIII (1905), pages 113-173 et 305-343. — M. Tangl. Das Taxwesen der papstlichen Kanzlei vont 13. bis zur Mitte des 15. Jahrhunderts (Innsbriick 1892). Tirage-à-part des Mittheilungen fur ôsterreichische Geschichtsforschung, XIII (1892), pages 1-106.

d'ordinaire il s'élevait à la moitié de la première année des revenus du bénéfice.

5° Le « jus spolii », pour autant que ceci signifie les droits du Saint-Siège sur les « fructus indebite percepti » de quelque bénéfice. S'il arrivait au pape de conférer au possesseur de fait un bénéfice jusqu'alors illégalement détenu par ce dernier, on tenait généralement le bénéficiaire quitte des revenus qu'il avait déjà touchés, quoiqu'ils appartinssent de droit au Saint-Siège, à la condition toutefois qu'il en versât une partie à là Caméra, pour combattre, disait-on, les Turcs ou d'autres infidèles ou rebelles *.

Tels sont les principaux points de droit - en vertu desquels la Caméra avait droit aux paiements de la part de personnages ou d'institutions ecclésiastiques. Ces paiements étaient souvent fort difficiles à faire rentrer, et maintes fois ils donnaient lieu à des procès et à l'application de peines disciplinaires.

On trouve aussi dans les « Obligationes et Solutiones » beaucoup de pièces qui ne manquent pas d'intérêt sur la nomination d'évêques et d'abbés; facilement on s'en pourra convaincre dans mes Archivalia n. 1047-1209; et dans les Rômische Quellen zur Konstanzer Bistwnsgeschichte (Innsbruck 1908), de M. Karl Rieder, qui surtout dans cette série a fait la récolte de presque 220 pièces empruntées aux archives de la Chambre apostolique. En général cette série renferme un bon nombre de données pour la chronologie des dignitaires ecclésiastiques aux 14me et 15me siècles, de même que sur les procureurs par lesquels les hauts dignitaires étaient représentés à la Curie, et sur les banquiers romains avec lesquels ils étaient en relation.

Les « Obligationes et Solutiones > ont été mises systématiquement à contribution, non seulement pour les ouvrages spéciaux de Baumgarten, de Goeller et de Berlière, que nous avons cités (par ce dernier pour les quatre évêchés des Pays-Bas méridionaux), mais aussi pour le Repertorium germanicum, durant la première

1 Comp. Kirsch, 1. c. page 19.

2 Pour ceux-ci et encore des autres, voir Berlière, Inventaire analytique (1904), Introd., page 5 et suiv. — Goeller, Die Einnahmen der ap. Kammer, pages 20*-122*.

année du pontificat d'Eugène IV (1431-1432), et pour le grand ouvrage du père Conrad Eubel : Hierarchia catholica medii aevi I— II (Monasterii 1898-1901). Nous nous abstenons de mentionner les publications éparses de moindre étendue, qui ont trouvé place dans des périodiques historiques locaux. Pourtant il sera bon de mentionner spécialement la note, publiée par M. Arnold Fayen * sur un registre des annates de la province de Reims sous Eugène IV (1431-1441), registre qui fut retrouvé dans les archives Borghèse, mais appartenant en réalité aux « Obligationes et Solutiones » sous la cote Vol. 65 A.

C Collectoriae.

Cette section comprend 509 volumes, dont le premier se rapporte à l'année 1337 et le dernier se termine à l'an 1410. Quelques volumes cependant remontent jusqu'à la fin du 13me siècle, à commencer par 1274. Il s'est égaré ici divers volumes des « Obligationes et Solutiones », que l'on fait rentrer petit à petit à la place qui leur revient. C'est aussi le cas des registres des « Litterae camerales » et des « Diversa cameralia », dont on forme peu à peu une série spéciale. La série entière a été inventoriée par De Loye -, qui spécifie pour chaque volume l'espace de temps qu'il embrasse, le titre, l'ancienne numérotation et la numérotation actuelle.

Par « Collectoriae » il faut entendre au sens restreint du mot les rapports des collecteurs envoyés dans une contrée déterminée, rapports dans lesquels ils rendaient compte des sommes recueillies par eux. Dans un sens plus large, on entend aussi par ce mot les registres des sommes payées directement à la Caméra par les nouveaux titulaires à qui des bénéfices avaient été accordés. Il va donc sans dire qu'en général c'est une source importante pour la connaissance des finances pontificales et de l'économie sociale au moyen-âge 3. Pour mettre en lumière le profit que l'on peut en tirer pour

1 Analectes pour servir à l'histoire eccl. de la Belgique, XXXV (Louvain 1909), pages 261-284.

2 Les archives de la Chambre apost, pages 119-179.

:i Comp. J. P. Kirsch, Die' papstlichen Kollektorien in Deutschland wàhrend des XIV. Jahrh. (Paderborn 1894), Préface, pages 7-8.

l'histoire économique et ecclésiastique de chaque pays, il sera bon d'indiquer à grands traits, en quoi consistaient les fonctions et quelle était l'importance des collecteurs apostoliques.

Les collecteurs, nommés directement par le pape sur la proposition du Camerlingue, pour un pays déterminé, une province ecclésiastique spéciale' ou un certain nombre d'évêchés, souvent pour un espace de temps illimité, pouvaient s'adjoindre des souscollecteurs et avaient à veiller dans la circonscription qui leur était assignée à la rentrée des sommes dues à la Caméra, mais qui ne se payaient pas directement à la Curie. Au besoin ils pouvaient appliquer aux récalcitrants les censures ecclésiastiques et avoir contre eux recours au bras séculier. Ils devaient à époques fixes rendre compte de leur administration, soit directement à la Curie, auquel cas ils recevaient une convocation, soit par devant un visiteur ou reviseur nommé à cet effet \ Le rôle du collecteur, fonction qui date du commencement du 13rae siècle et dont l'institution est due surtout aux croisades, consistait ainsi à sommer officiellement les débiteurs du trésor pontifical. Ses fonctions sans doute n'étaient pas sans lui procurer honneur et profit, mais elles étaient ardues et dangereuses; il se heurtait souvent à des résistances opiniâtres, et maintes fois il avait à mettre la main dans un nid de guêpes.

De quelle nature étaient donc les sommes que les collecteurs avaient à faire rentrer ? Naturellement leur intervention n'était pas nécessaire pour les redevances qui se payaient directement à la Curie ; par exemple les « servitia » des évêques ou des abbés nouvellement élus, la taxe du pallium pour les archevêques, les contributions en argent qui se versaient, plus ou moins volontairement, lors de la « Visitatio ad limina », et les taxes de la Chancellerie pontificale. Les autres sommes réclamées par la Caméra rentraient, si ce n'est toujours et régulièrement, du moins fréquemment, par l'entremise des collecteurs 2. C'étaient surtout :

1° Le tribut annuel (« census ») des monastères exemptés.

1 A. Gottlob, Aus der Caméra apostolica, pages 76 et suiv., 104 et suiv. et 152. — Kirsch, 1. c, page XXX et suiv. — Samaran Mollat, La fiscalité pontificale, page 76 et suiv.

3 Comp. Kirsch, 1. c. page XIII et suiv. — Samaran Mollat, 1. c, page 12 et suiv.

2° Les dîmes ou « decimae » de tous les revenus ecclésiastiques, primitivement perçues pour un temps limité en faveur des croisades, mais réclamées plus tard afin de subvenir à d'autres besoins du Saint-Siège 1.

3° Les « subsidia charitativa » ou contributions volontaires du clergé, que l'on demandait assez souvent pour le trésor du pape, surtout pour combattre les rebelles en Italie 2, quelquefois pour le métropolitain ou pour l'évêque, de même quelquefois pour des princes séculiers, lorsqu'ils entreprenaient une « guerre sainte ».

4° Les revenus d'un bénéfice, que le pape s'était réservés durant la première année après la nomination. Il est vrai que depuis Clément VI (1352-1362) la coutume s'établit de ne pas délivrer la bulle par laquelle le pape en personne conférait un bénéfice, avant que le bénéficiaire ne se fût engagé formellement à payer les annates, de la même manière que cela avait lieu pour les « servitia »; la conséquence était que les annates se payaient plus souvent directement à la Caméra que par l'intermédiaire des collecteurs'5. Cela n'empêche pas que, même au 14me siècle, les annates ne donnassent suffisamment de besogne aux collecteurs. On peut le voir par les extraits des « Collectoriae » (Vol. 4-9 et Vol. 280-292) qui ont été publiés relativement aux évêchés de l'Allemagne 4 et qui renferment un grand nombre de détails sur le régime des bénéfices à cette époque. Une étude spéciale des annates jetterait beaucoup de lumière sur la valeur financière de chaque bénéfice et sur la position de fortune de ceux qui les ont successivement possédés. Mais il faudra pour cela que l'on examine aussi les « Libri annatarum », dont une grande partie se trouva ailleurs qu'au Vatican 5.

5° Les « spolia », sommes que sous le titre de « jus spolii » le Saint-Siège séquestrait sur la succession d'un ecclésiastique,

A. Gottlob, Die papstlichen Krcuzzugssteuern des XlII.Jahrh. (Heiligenstadt 1892), page 2 et suiv. — Hennig, Die papstlichen Zehnten aus Deutschland (Halle 1902).

2 Comp. Kirsch, 1. c., page XXII.

8 Kirsch, „Die Verwaltung der Annaten unter Clemens VI", Rômische Quartalschrift, VI (1902), page 137.

4 Kirsch, Die papstlichen Annaten in Deutschland wdhrend des XlV.Jahrhunderts (Paderborn 1903).

s Par exemple dans les archives de l'Etat à Rome, comp. ci-dessus, page 42.

dont celui-ci n'avait pas disposé testamentairement pour des usages pieux et dont le pape pour un motif quelconque s'était réservé la

disposition *.

6° Les dons pieux et legs spécialement en faveur de la Terre- Sainte, offerts par des ecclésiastiques ou des fidèles. Souvent pour faciliter le recouvrement de ces sommes, on autorisait les collecteurs à accorder des indulgences spéciales -.

Telle était, largement esquisssée, la tâche des collecteurs pontificaux. Leur titre officiel était, du moins au 15me siècle, « collecter et nuntius « ; mais ici il ne faut pas prendre le terme de nuntius dans le sens qu'il a pris plus tard. Anciennement on l'a appliqué à tous ceux que le pape chargeait d'une mission quelconque, tandis que plus tard on a désigné exclusivement par là le représentant officiel du pape auprès d'une cour étrangère'5.

Pour finir, quelques mots au sujet des publications empruntées aux « Collectoriœ ». Il n'y en a relativement pas beaucoup. J'ai déjà cité les solides monographies de Gottlob et de Hennig, et les deux ouvrages de Kirsch, les Kollectorien et les Annaten au 14me siècle, pour autant qu'ils concernent l'empire allemand. A côté de ces ouvrages se place un article de Kasimir Hayn dans les Annalen des histor. Vereins fur den Niederrhein, livr. 56, pages 144 et suiv., et livr. 61 (1893), pages 129 et suiv., intitulé: » Aus den Annaten- Registern der Pàpste Martin V., Eugen IV., Pius IL, Paul IL, und Sixtus IV. ». Dans leur ouvrage cité plus haut Samaran et Mollat ont donné (page 174 et suiv.), avec plusieurs annexes, une liste des noms des collecteurs en France. M. l'abbé Fraikin a publié « Les comptes du diocèse de Bordeaux de 1316-1458 », dans les Annales de Saint-Louis des Français, III (1899), pages 527-604, V (1900), pages 5-74, et VIII (1903), pages 47-88. Les « Collectoriae « pour la Hongrie (1281 à 1375) ont été imprimées dans les Monumenta Vaticana Hungariœ, tom. I (Budapest 1886). D. Ursmer Berlière a l'intention de les publier pour la Belgique '.

1 Comp. Kirsch, Kollektorien, page XXIX.

2 Voir A. Gottlob, Kreuzablass und Almosenablass (Stuttgart 1906), page 183 et suiv.

3 Dr. Aloys Meister dans la Rômische Quartalschrift, VIII (1893), page

449, note 2.

4 Comp. Inventaire analytique, page I.

D. Divcrsa Caméra lia.

Cette section est actuellement incorporée à l'« Archivio segreto », où elle occupe les Arm. 29 et 30. Cependant elle appartient originairement aux archives de la Caméra apostolica, ce qui fait que, nous basant sur le « principe de la provenance », nous la plaçons ici.

La série « Diversa Cameralia » se compose en tout de 253 volumes petit in-folio, tous écrits sur papier. Il y a dans l'Arm. 29 161 volumes, allant de 1389 à 1550, et l'Arm. 30 renferme les 92 autres volumes, allant de 1550 h 1572. La numérotation se continue néanmoins d'une armoire à l'autre, de sorte que la série des volumes, qui se suivent régulièrement selon l'ordre chronologique, forme ensemble un tout.

Que faut-il entendre par » Diversa Cameralia » ? Comme le titre l'indique, on a enregistré dans cette série divers documents ressortissant à la Caméra (« diversa negotia »), pour lesquels on ne trouvait pas dans les registres des autres séries de place convenable. En effet on rencontre ici des documents de toute nature : des lettres du Camerarius à ses subordonnés ; des quittances de sommes dues à la Caméra par des évêques et des abbés, spécialelement pour leur « Visitatio ad limina »; des lettres d'abandon total ou partiel de sommes dues ; des pièces relatives aux fonctions des collecteurs ; des pièces de procès ; des dispenses ; quelquefois aussi les copies de bulles promulguées motu proprio ; et enfin, à maintes reprises au 16mc siècle, la déclaration officielle d'évêques et d'abbés, qn'ils ont été consacrés canoniquement et ont prêté le serment de fidélité prescrit.

Le terme de « Diversa Cameralia » a donc un sens si élastique, qu'il pouvait arriver (et l'on constate en effet que tel fut souvent le cas) que par suite d'un manque d'attention de la part des employés quelque pièce a été enregistrée dans cette série, quoique sa vraie place fût ailleurs. Il faut pour cela s'attendre à des surprises. Les employés de la Caméra chargés de l'enregistrement simplifiaient la besogne encore d'une autre manière : ils avaient l'habitude, en faisant leur copies, d'abréger moins scrupuleusement que les copistes des Regesta pontificaux, les formules qui revenaient souvent.

Comme Wirz en fait la juste remarque, l'étude des « Diversa Cameralia » n'offre point un champ d'exploration attrayant1. Ce n'est pas non plus ce que les archives du Vatican présentent de plus important, quoique ce ne soit pas encore un fonds à dédaigner. On peut en extraire bon nombre de détails utiles, non seulement pour l'histoire de la Curie, surtout en ce qui concerne son administration et son train de vie, mais aussi pour l'histoire des divers évêchés.

La. récolte de Wirz pour l'histoire ecclésiastique de la Suisse a été fort maigre; il l'avoue lui-même : « J'ai exploré environ 90 volumes, et sur ce nombre j'ai trouvé dans 12 seulement 16 documents pour la Suisse ». Ce savant a donc été beaucoup moins heureux que D. Ursmer Berlière, qui a pu recueillir pour la Belgique dans cette série la matière d'un ouvrage spécial : Inventaire analytique des Diversa Cameralia des archives vaticanes (Rome 1906;. Il y donne des extraits, allant de 1389 à 1500, de 813 numéros, qui tous se rapportent aux anciens évêchés de la Belgique : Liège, Cambrai, Thérouanne et Tournai. On trouve dans le Repertorium germanicum- environ 34 numéros empruntés à cette série, tous de la première année du pontificat d'Eugène IV. J'ai recueilli dans mes Archivalia, page 435 et suiv., 56 documents de cette source, à laquelle Emil Goeller a puisé amplement pour ses Einnahmen der ap. Kammer tinter Johann XXII. (Paderborn 1910;.

1 " Fur den Verfasser kein erquickliches Feld „. (Bullen und Breven, Introd., page 23).

3 Comp. Introd., page 48 et suiv.

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