‹ Guide canonique pour les Constitutions des soeurs `a voeux simples avec les modifications pour les instituts d'hommesChapitre 19 sur 80 · TITRE DES INSTITUTS · texte numérisé non relu

TITRE DES INSTITUTS

33. Tant que les Congrégations à vœux simples ont été relativement peu nombreuses, il a été facile de leur trouver une dénomination. Il n'en a pas été de même après la première moitié de ce siècle, où leur multiplication rapide, et au delà de ce qui se pouvait prévoir, a créé une difficulté réelle.

Ou a vite épuisé les différents qualificatifs sous lesquels on désigne Notre-Seigneur et la Très Sainte Vierge. Un institut qui s'intitule « Filles du Christ Roi », un autre « les tertiaires capucines de la Divine Bergère » montrent que l'on est allé aussi loin que possible dans cette recherche. On a eu à sa disposition les mystères de la vie et de la mort de Notre-Seigneur. L'Annonciation, la Nativité, la Présentation, les Sept-Douleurs, la Passion ont été tour à tour mis à contribution. Souvent même, des instituts portant ces noms ont dû se différencier par l'adjonction du lieu d'origine. On a encore désigné les instituts d'après leur but secondaire, et nous avons les Petites Sœurs des Pauvres, les Sœurs des pauvres vieux abandonnés, les Sœurs de la Doctrine chrétienne, des écoles pauvres, les Sœurs hospitalières, agricoles etc.

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On s'est ensuite attaché à différencier les instituts en remplaçant le mot de sœur par celui de servantes, de filles, d'oblates, de missionnaires, et pour exemple on peut citer les Servantes du cœur immaculé de Marie, les Filles des Douleurs, les Oblates de l'Assomption, les Missionnaires de Marie, etc. La couleur de l'habit a désigné les Sœurs grises, les Frères gris, les Annonciades bleues, etc., mais bientôt tous ces différents qualificatifs et leurs variantes ont été épuisés, au point que la recherche d'un nom nouveau est aujourd'hui un vrai problème.

Il ne faut pas en effet s'écarter des usages ecclésiastiques et donner une dénomination qui ne convient, ni à la saine théologie, ni aux. usages reçus ; il ne faut pas encore usurper un nom qui est déjà la propriété d'un antre institut. Ce dernier inconvénient est très grave, car il peut susciter des difficultés sérieuses quand il s'agit d'un legs fait à un institut, et on en a eu à la S. Congrégation des exemple récents.

.">4. Le nom de l'institut ne doit point comporter un qualificatif qui soit en désaccord avec la saine théologie. Ainsi, à Lerida en Espagne, une communauté s'appelait les Esclaves du Cœur immaculé de Marie. La S. Congrégation (13 août 1887, ad 1) leur refuse ce titre.

Par le même motif on changea à Rome le titre qu'avaient pris les Sœurs augustines de Montrouge. Elles s'appelaient Sœurs de l'Intérieur de Marie. La S. Congrégation demanda au Saint-Office s'il fallait accepter ce titre, et si on pouvait conserver, dans la liste des fêtes de cet institut, celle de l'Intérieur de la Très Sainte Vierge. Le Saint-Office a répondu, le 1er déc. 1803, « Ad utrumijui négative » et en suite de cette décision la S. Congrégation a modifié le titre, donnant à cet institut celui du Très pur cœur de Marie.

C'est encore pour un motif analogue que la S. Congrégation n'a pas voulu admettre le titre de Sœurs apostolines du Saint- Sacrement, et l'a changé en celui de Sœurs de Ste-Julienne mars 1875, ad 5), comme aussi elle a obligé les sœurs de S.-Aignan à reprendre leur ancien nom qu'elles avaient quitté pour celui de Gardiennes de l'Eucharistie, parce que,

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disaient-elles, elles faisaient l'adoration perpétuelle. (25 janv.

Et sur ce sujet délicat, il est bon de rappeler le décret du Saint- Office, du 13 janv. 1875 : «... mandavit... monendos esse... scriptores qui ingénia sua acuunt super... argumentis quae novitatem sapiunt ac, sub pietatis specie, insuetos cidtus titulos, etiam per ephemerides pronwvere student, ut ab eorum proposito désistant, ac perpcndant periculum quod subest pertrahendi Jideles in errorem etiam circa Fidei dogmata et ansam pracbendi Religion is osorïbus ad detrahendum puritati Fidei, doctrinae cathoUeae ac verae pietati. » Et ce décret était cité à l'occasion de certaines associations qui se réclamaient du vocable : « Cœur de Jésus pénitent ; Cœur de Jésus pénitent pour nous; Jésus pénitent; Jésus pénitent pour nous. » « Praecipit vero Ordinariis locorum, ubi socictates sub huiusmodi titulis sunt ereetac, ut damnato titulo alium substituant in. Ecelesia probatum, nequeeas consistere patiantur nisi ornnia adjuris régulas exacta fuerint » (Saint-Office, 15 juill. 1893).

C'est en vertu de ces principes que la S. Congrégation a refusé d'approuver une congrégation sous le vocable de la Sainte Face. « Dub. IL Utrum ad propagandum stabiliendumve cultum (de la Sainte Face) Eeclesiam aut publicwm Oratorium dedicari, sodalitates ac etiam religiosam congregationem rel institutum sub titulo Sancti Vultus fundari conveni'at » a répondu « Négative et ad mentem ». Et le mens explique dans quelles limites le culte de la Sainte Face avait été jadis approuvé dans des brefs donnés par Rome à une confrérie érigée à Tours. (Saint-Office, 4 mai 1892.)

Pour le même motif on ne pourrait fonder un institut sons le titre de S. Joseph ami du Sacré-Cœur, le Saint- Office ayant répondu, le 4. mai 1892 : « circa rem propositam non esse interloquendùm ». De même, du moment que la Congrégation Suprême a déclaré : « Nova emblemata Sacratissimi Cordis Jesu in Euckaristia non, esse ab Apostolica Sede approbanda » (Saint-Office, 3 juin 1891), il s'ensuit qu'un institut ne pourrait prendre le titre ce Cœur de Jésus eucharistique » comme caractère distiuctif de sa fondation, «... quia cultus

Titre des Instituts.

erga SS. Cor Jesu in Eucharistia non est perfectior cultu erga ipsam TZucharistiam, neque ali"s a cultu erga Sanctissimum Cor Jesu. (Saint-Office, 3 juin 1891.)

35. Quand on choisit un nom de saint comme titre, on peut s'en appeler les sœurs, les servantes, les oblates, les filles, etc., mais si on adopte une de ces dénominations déjà prises par un autre institut, il faut y ajouter celui de la ville de fondation pour éviter une confusion à tous points regrettable. C'est ce qui est arrivé pour des sœurs de S. Joseph établies à Turin. « Opportunum cidetur titulo Congregationis « S. Joseph adjîtnctum addere civitatis Taurinensis, quia et ibi initium kabuit congregatio et ita inter congregationes homonymas distinguetur. » (Sœurs de S. Joseph de Turin, 2 mai 1890, ad 1.)

36. Ces quelques exemples montrent la réelle difficulté de trouver, pour une fondation nouvelle, un nom qui ne soit point pris par une autre congrégation et ne s'écarte pas des règles de l'Eglise. Si les congrégations qui se fondent, laissant de côté les noms sacrés de Xotre-Seigneur, ceux de la Sainte Vierge et de Saint Joseph où il semble que la moisson soit faite, s'adressaient aux saints de l'Eglise pour leur demander leur nom et leur protection, comme l'ont fait les sœurs de S. Aignan, les Oblats de S. François de Sales, etc., elles trouveraient sans aucune difficulté ce qu'elles chercheront longtemps, et parfois infructueusement, en s'obstinant à suivre les sentiers déjà battus. Et d'ailleurs, on peut dire du titre d'un institut ce que S. Jérôme disait des lieux consacrés par la vie et la mort du Sauveur. Ce ne sont pas eux qui sanctifient, et la bénédiction de Dieu ne s'attache pas au vocable d'un institut, mais à la perfection avec laquelle ses membres suivent les conseils évangéliques.

36 Préambule.

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