LA GRANDE-CHARTREUSE
« Perinvias rttpes^fera perjaga, Clivosque prœruptos, sonanles Inter aquat^ nemorumqne noctetn. »
a II y a telles scènes dans la nature qui forcent l'athée k la croyance. Quant k mol, }e suis convaincu que saint Bruno était un génie Inspiré , en choisissant une telle solitude pour résidence. »
Lettres de Gray (1).
Dès qu'on a franchi la porte extérieure du couvent, on entre dans une vaste enceinte ; alors se présente la &çade principale,
(I) M. Bourgeois, peintre distininié, a publié, sous le titre de Voyage pittoresque à ta Grande ' Chartreuse , une suite de vues litbographlées qui font parfaitement connaître les sites les plus remarquables de
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d une architetcture simple et noble ; elle est construite en pierres de taille, recouverte en ardoises, et ressemble plutôt au séjour d'un prince qu*à Thabitation d'hommes voués à la prière et à la pénitence.
Ce célèbro monastère se compose de deux grands corps de bâtiments en forme de parallélogramme, dont Tun est dirigé obliquement contre l'autre, et forme avec lui un angle aigu : le premier a environ 500 mètres de longueur sur 100 mètres de largeur Une longue galerie conduit d'un côté aux maisons de chacun des grands officiers de Tordre ; celle du général occupe Textrémité de cette galerie. Â gauche sont les cuisines et le réfectoire. L'église est placée au centre de Tédifice. Au premier étage se trouvent la chambre capitulaire, les chambres des frères, et des logements pour les prieurs qui étaient appelés au chapitre général.
Le second corps de logis peut avoir iOO mètres de long sur 100 de large : cetto partie des bâtiments forme le doitre, contre lequel sont rangées lescellules des religieux, au nombre de 54. Ce cloître est composé de trois cours parallèles ; le cimetière occupe celle du milieu ; une multitude de petites arcades â vitres plombées éclairent ces longs corridors , qu on ne peut parcourir sans une vive émotion. Quatre fontaines d'une eau aussi froide que la glace, destinées à Tusage des religieux, interrompent seules le silence qui règne sous ces voûtes Tous ces bâtimenls sont entourés de jardins et de cours assez vastes, et fermés par un mur d'environ 800 m. de longueur sur 700 de largeur. L'église n'offre rien de remarquable; les belles stalles qui la décoraient en ftircnt enlevées après la dispersion des religieux, ainsi que le bel autel on marbre blanc, qui , transporté dans la cathédrale de Grenoble, a été remplacé en 18i5 par un autre en bois doré. Il existe dans l'intérieur du couvent trois chapelles : «relie des Morts, celle dite Domestique, et relie de Saint-Louis : cette dernière est surmontée d'un joli dôme , et assez bien ornée.
La cellule de chaque religieux se com pose d'une chambre à coucher , d'un petit
oratoire, et d'un atelier destiné ï l'exercice d'un art mécanique. Chaque ceUule a un petit jardin séparé et indépendant (1).
La salle du chapitre a la forme d'un car< Ki long; sa longueur est de 14 à 15 m., et sa largeur de 9 à 10 m. Dans le fond est une chaire destinée pour les généraux de l'ordre, quand ils haranguaient le chapitre assemblé ; dans la partie supérieure , immédiatement sous le plafond et tout antour de cette salle, sont placés , par rang d'ancienneté, les portraits des généraux de l'ordre.
Les cuisines méritent d'être vues : on y remarque de longues tables de marbre, destinées k préparer les aliments pour les religieux ; à côté de la cheminée, et tout près d'un foyer brûlant, jaillit une onde limpide à flots glacés.
Chaque religieux est servi dans sa cellule; il ne fait qu'un seul repas, et le soir une légère collation. Les jours de dimanche ou de fête, qui dans l'ordre sont très nombreux, ces religieux mangent au réfectoire. Pendant le repas, l'un d'eux fait la leetare sur le ton des leçons.
L'habillement des chartreux consiste en une robe de drap blanc, serrée d'une ceinture de cuir blanc ou d'une corde de chanvre, avec un petit cucuUe auquel est attaché un capuce, aussi de drap blanc. Us ont la tête rasée : l'usage du linge leur est interdit ; ils n'ont pour chemise que des tuniques de serge. Ils couchent sur des paillasses, et n'ont que des linceuls de laine.
La chapelle de St-Bruno est à un kil.
delà Chartreuse. On gravit un chemin escarpé et sombre, aùhdelk duquel s*ouvre un petit vallon. Vera la droite on aperçoit la jolie chapelle de Notre-Dame de Casalibus : la voûte est peinte en bleu d'azur et semée d'étoiles d'or ; sur les murs sont placés des cartouches dans lesqud»
on a inscrit les litanies de la sainte Vierge. Non loin de U, à l'entrée d'une forêt majestueuse , se présente la chapelle de St- Bruno ^ assise sur un roc élevé, au pied dii-
(I) Une table, un fauteuil, un cmclflx , quelques chaises, un sablier, image du temps qui sVnvole, voilà en quoi consiste le mobilier d*on chartreux. •
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ifaA coule , arec un doux mnnnure, une
soorce d'eau \Î¥e.
Les Toyagmrasont fort bieD reçus aucon-
vent Od irar sert des œii!s,du poisson sMIs
en deoaDdeot, des fruits, des confitures.
Le lit est bon.
Lft cooimne est de donner , en quittant
le coavcBi, i fr. par chaque jour qu'on y est resté.
L'allMm cà. chaque voyageur inscrivait son wm, quelque souvenir en vers ou prose, l'existé plus depuis 1833. Beaucoup ée voyageurs s*amusaient à y tracer des dessins libertins, d'immorales de-
A h biblioaièque de Grenoble ont été tiansCfés les curieux manuscrits que possédât astrefots le couvent, entre autres les chartes de donation du fondateur.
Ol-vbmes a consulter. — Bourgeois, Fofage pittoresque à la Grande-ChartretatfMnc des lithographies.
Vcftçe à la Grande-Chartreuu, imprimé à Vaienee; Exeunion à la Chariremge, belle publication de 36 vues, 1/2 Jésus ; le Guide à la Chartreuse^ etc., à GrtwBble , cbex Vellot et comp. On trouven chez ces libraires, et choz M. Rey- Gimid. tons les Itinéraires de Suisse, d*Itaiie; l'Album du Dauphiné , bel ou- \T^,etc.
Afant de quitter cet asile de la solitude e( de h prière , nous allons jeter un coup d'flnl rétrospectif sur cette pieuse demeure ; ce monastère fiit fondé par nainl Bruno, en 1084.
Voici ee qu'un légendaire nous rapporte : • H y a en Dauphiné. au voisinage de
• GiemMe, un lien affreux , froid, monta- » gneox, couvert de neiges, environné de « précipices et de sapins, habité seulement
• par des bétes, et inconnu des hommes
• par râpfcié de son accès ; il y a des ro
• chers hauts et élevés, des arinres sylves-
• très et infructueux, et sa terre est si sté-
> rile et inféconde, que l'on n'y peut rien » planter ni semer. En ce lieu, Bruno dé-
• «gna sa demeure, et n'ayant là aucunes
• cellules, il demeurait dans le pertuis des
> Rochers.* Saint Rmno s'établit alors dans cette!