PREMIÈRE CHAMBRE
nous avons devant nous non pas une mourante ou une morte, mais une femme endormie. Ce n'est pas Méduse, comme on le supposait encore récemment. Le type diffère considérablement des types authentiques de la Gorgone. Il n'a ni les serpents ni les ailes frontales qui toujours dans l'art antique caractérisent la tête de Méduse, lorsqu'elle est représentée de profil. Au contraire toutes les formes essentielles rappellent un type que plusieurs monuments donnent aux Erinnyes. Les cheveux sont emmêlés par le vent ; les boucles qui tombent sur la joue paraissent trempées de sueur; ces détails nous montrent avec quelle ardeur la Furie vient de poursuivre un criminel. Maintenant elle est endormie; mais dans le sommeil elle conserve encore son expression sévère et son ressentiment contre le scélérat. Latête,semblet-il, faisait partie d'un
groupe colossal qui représentait deux Erinnyes endormies. Nous pouvons nous faire une idée de ce groupe par la peinture d'un vase de la Grande Grèce (Fig. 35). Une des déesses dort, la tête appuyée contre la poitrine d'une autre Furie également endormie. Si l'on examine la chevelure de notre marbre, on remarquera qu'une partie de cette chevelure, qui se trouve sur le derrière de la tête immédiatement au-dessus du fond moderne , n'est pas traitée comme le reste. De plus en cet endroit l'épiderme du marbre ne porte aucune trace de corrosion. On peut donc supposer qu'il y avait là une
Fig. 35.
amorce que le restaurateur moderne a cru nécessaire de détruire; il Ta enlevée jusqu'au niveau de la tête et a sculpté des cheveux dans la surface ainsi arrangée. Suivant toute apparence, cette amorce provenait de la poitrine, sur laquelle notre tête était appuyée. L'artiste hellénistique qui créa ce groupe colossal de Furies endormies a pu s'inspirer, soit de la scène par laquelle commencent les Euménides d'Eschyle, soit de deux tableaux célèbres, dont l'un représentait précisément le même sujet, et l'autre les Erinnyes endormies auprès du tombeau d'Agamemnon.
Mon. deir Inst. VIII 35, Ann. 1871 Tav. d'agg. ST, p. 212 et suiv. Baumeister, Denkmàler des kl. Altertums II, p. 911 Fig. 986. Roscher, Lexikon der griech. und rôm. Mythologie I p. 1726. Sch. n. 110. Cf. Friederichs-Wolters, Bausteine n. 1419. Six, De Gorgone p. 65. Verhandlungen der 37. Philologenversammlung in Dessau p. 72 et suiv. ( = Brunn , Griechische Gôtterideale pi. V p. 54 — 67). Journal of hellenic Studies XI (1890) p. 197 — 198, p. 200 — 201. Rendiconti délia r. Accademia dei Lincei, classe di scienze morali, vol. VI (1890) p. 342 — 350. Rômische Mittheilungen VII (1892) p. 106—107.
867 (83) Statue d'Antonin le Pieux.
Restaurations: la moitié inférieure du visage depuis la base du nez, l'oreille droite, quelques boucles des cheveux, presque tout le bras droit, l'avant-bras gauche. La tête a été rapportée, mais elle semble bien appartenir au corps.
Cette statue représente l'empereur adressant un discours aux troupes. D'habitude dans l'art gréco -romain les chefs d'armée, auxquels l'artiste donne cette pose, sont revêtus de leurs armes comme dans la réalité (cf. nrs. 5 , 649) ; mais ici Àntonin le Pieux , à la façon des héros grecs, ne porte que la chlamyde (cf. n. 637). Les armes de l'empereur forment les détails accessoires de l'œuvre : un casque corinthien est placé sur la plinthe, et sur le tronc d'arbre, qui sert d'appui à la jambe droite, se trouve une cuirasse, en cuir semble-t-il, garnie d'une ceinture de lambrequins.
Sch. n. 87. Bernoulli, Rom. Ikonographie II 2 p. 141 n. 3, p. 150.
Près de la fenêtre :
868 (74) Hermès d'athlète.
La poitrine vigoureuse, fortement bombée et dont les