BRONZES
l'œuvre, ne connaissait qu'imparfaitement le corps humain, et qu'il fut assez embarrassé pour en représenter tous les détails ; il n'osa pas pousser son travail à fond. Cette réserve étonne beaucoup, si l'on se rappelle la routine, dont faisaient preuve les praticiens de l'époque impériale eux-mêmes. Autant que notre connaissance des monuments nous permet de le savoir, cette statue est très proche parente des figurines et des bas-reliefs en terre cuite, qui ont été modelés en Campanie pendant le IIP siècle avant J.-C, et qu'imitèrent aussi, avec le temps, d'autres fabriques italiques. On peut donc se demander s'il ne faut pas voir dans ce bronze une œuvre créée en Campanie ou à Rome sous l'influence de l'art campanien au IIIe ou au IIe siècle avant l'ère chrétienne. Cette statue nous donne une idée fort nette de la variété avec laquelle les sculpteurs antiques, qui travaillaient le métal, savaient introduire dans la teinte fondamentale du bronze d'autres couleurs qui la nuançaient. Les ornements , en forme de rayons, qui décorent le diadème, sont les uns en argent, les autres en cuivre; les yeux sont en marbre blanc; nous devons admettre que l'iris, aujourd'hui perdue , était faite d'une matière plus sombre ; les lèvres sont recouvertes de cuivre rouge; c'est aussi sans doute en cuivre rouge qu'étaient travaillées les extrémités des mamelons sculptées à part. Sur la face extérieure du mollet gauche on remarque l'empreinte d'une monnaie qui avait été imprimée sur le modèle en terre cuite ou en cire, monnaie dont le diamètre (m. 0,022) convient plutôt à un didrachme grec qu'à un aureus ou à un denier romain. Ce détail très particulier nous rappelle lui aussi la Campanie; car la céramique de ce pays employait souvent des empreintes de didrachmes grecs comme motifs de décoration et comme marques de fabrique.
Lanciani, Ancient Rome planche de la p. 308. Cf. Notizie degli scavi 1885 p. 342—343. Rômisclie Mittlieilungen VI (1891) p. 238.
967 Statue en marbre de Bacchus (Dionysos).
Trouvée en 1881 dans la partie nord de la villa d'Hadrien près de Tivoli (Notizie degli scavi 1881 p. 105 — 106). Restau-
rations: le devant du nez, un morceau du menton, les parties des griffes de la nebris qui ne font pas corps avec la statue, le pouce, l'index et quelques fragments des autres doigts de la main gauche, le bas de la jambe gauche, le tronc d'arbre sauf l'extrémité supérieure qui touche la jambe, les morceaux de la plinthe qui supportent la jambe gauche et le tronc d'arbre.
Ce qui prouve que cette statue représente Bacchus (Dionysos), c'est d'abord la nebris qui couvre la poitrine, puis, en outre, l'aspect du corps, dont la constitution est vigoureuse, mais dans lequel l'épiderme est délicat, et qui rappelle par le modelé du cou, du dos et des fesses les formes féminines. De sa main droite, aujourd'hui brisée, le dieu tenait sans doute une grande coupe à deux anses (kantharos); c'est de cet attribut que doit provenir la trace d'amorce visible à l'extrémité supérieure de la cuisse droite. D'après le caractère de l'exécution , cette œuvre date du premier siècle de l'empire. Elle n'a pas été complètement terminée dans toutes ses parties; on voit encore sur la tête cinq petits points de copie, que le sculpteur y a laissés. L'original de ce marbre était en bronze; c'est ce qu'attestent, d'une part la profondeur considérable à laquelle le sculpteur a creusé les parties de la nebris qui se détachent du corps, d'autre part la facture des cheveux de Bacchus et des poils de la nebris, qui rappelle la technique des ciseleurs. Si l'on suppose un original en bronze, on s'explique alors facilement pourquoi le sculpteur a employé, pour reproduire les yeux, un procédé différent de celui qui était en usage dans la statuaire en marbre de son temps ; l'iris est représentée par un sillon circulaire bien marqué, et les pupilles par un trou rond fort profond. Evidemment le praticien a voulu rendre le plus fidèlement possible les yeux composés de diverses matières d'une statue en bronze (cf. n. 966). Il va de soi que dans l'original en bronze n'existait pas le tronc d'arbre sur lequel s'appuie la jambe droite de la copie en marbre; si l'on regarde notre statue de profil, en se plaçant à sa droite, cet appui fait le plus mauvais effet, et nuit à l'ensemble des lignes.