SALLE D£S BRONZES
mais dont la composition extérieure laisse à désirer ; car le spectateur ne peut trouver aucun point, duquel les lignes de cette statue forment un ensemble harmonieux. Un jeune garçon s'efforce de se tirer une épine du pied. L'attention soutenue, avec laquelle il procède, est surtout exprimée dans la bouche entr'ouverte et dans ia lèvre inférieure qui s'avance légèrement. Les longs cheveux de l'enfant, au lieu de tomber sur les joues, comme ils devraient le faire puisque la tête est penchée en avant^ restent appliqués contre le crâne; il est probable que l'artiste les a ainsi représentés pour ne pas cacher com- ■ plètement le visage, qui déjà n'est que peu visible par le fait même de la pose donnée à la tête.
Cette statue appartient à une époque très voisine du libre développement de l'art, mais qui n'avait pas encore complètement abandonné les traditions du style archaïque. Ces traditions , on les retrouve dans la facture sévère des cheveux, dans l'aspect massif du menton, dans la maigreur du corps; au contraire le modelé très fouillé du nu témoigpae déjà d'un grand progrès naturaliste. La tête du tireur d'épine ressemble à celle du soi-disant Apollon du fronton occidental du temple de Jupiter (Zens) à 01yni})ie; la vérité, avec laquelle l'artiste li représenté un motii emprunté à la vie journalière, trouve également quelque analogie dans les sculptures de ce temple; aussi est-il probable que notre statue se rattache à cette école du Péloponnèse, qui travailla à la décoration de ce sanctuaire; mais elle date d'une période postérieure» et Ton peut se demander si elle a été créée dans le Péloponnèse même ou dans un autre pays, dont l'art avait subi l'influence de récole du Péloponnèse. A l'hypothèse, d'après laquelle le Tireur d'épine remonterait au V® siècle av. J.-C, l'on a fait deux objections principales: d'abord l'on a prétendu que la disposition des cheveux était con*> traire à l'esprit même de l'art grec avant sa pleine liberté ; car alors il se préoccupait avant tout de reproduire fidèlement la nature. Mais nous rencontrons quelquefois, sur les vases peints de l'époque archaïque, des figures pen-
PAliAlS DES CONSERVATEURS.
chées eu avant, dont les cheveux «out arruugés comme ceux da Tireur d^épine, précisément pour laisser le visage à découvert. En second lieu Ton s'est fondé sur le caractère du sujet, en déclarant que c'était une sculpture de genre. Comme les statues de cette catégorie, au sens propre du mot, ne font leur apparition dans Part qu'à répoq^ue d'Alexandre le Graiid, un en a conclu que le Tireur d'épine ne pouvait pas être antérieur à cette épo(|ue. Mais rien ne nous empêche de croire que le sujet de cette statue ait été inspiré soit par un événement précis, soit par une tradition légendaire ou historique. Si nous admettons cette hypothèse, le Tireur d'épine n'est plus une figure de genre au sens strict du mot, et la statue peut facilement trouver sa place dans le développement de l'art grec du V® siècle. Les savants qui ont fait des rechcrclues dans ce sens ont rappelé avec raison une légende des Locriens Ozoles: leur ancêtre Lokros, s'étant enfoncé une épine dans le pied, reconnut dans cet accident Vaccomplissement d'un oracle dont il avait été l'objet, et il fonda les villes des Locriens dans le pays où cette blessure l'avait forcé de s'arrêter. D'autres hypothèses sont encore possibles; on peut supposer par exemple que cette statue représente un enfant, qui s'est enfoncé une épine dans le pied pendant la course et qui a néanmoins triomphé; elle serait alors un ex-voto oiiert par le vainqueur en souvenir de sa victoire.
Une statue en marbre, trouvée récemment sur l'Esquilin, et qui à tous les points de vue donne l'impression d'un original hellénistique, représente le même motif que le Tireur d'épine du Capitole, mais avec des formes vulgaires et dans un style tout à fait naturaliste. Elle nuns prouve que l'art hellénistique, qui a maintes fois transformé des types idéaux en iigures naturalistes et particulièrement en figures rustiques, a procédé de même avec le Tireur d'épine. L'ancien type, inventé au Y® siècle, devint alors un motif de genre au véritable sens du mot; ce fut un jeune paysan ou un jeune gamin se tirant une épine du pied.
SALLE DES BEONZES.
Le plus aucleu croquis de cette statue se trouve dans: De Hossif Raocolta T. 28 ; la meilleure reprodaotion est celle de Kayet, Homunents de Vart antique I pl. 35. Pour tout le reste voir Arch. Zeitung XLI (1883) p. 230 et suiv., et Friederiehs -Wolters, Bausteine n. *216. Cf. Romisclie mttheilungen II (1887) p. 102. Abhandlun;^f n des arch. p])i;j:r. Souiiiiars in Wien VT[r (lH9i<i p. 4«. Atiieuisi lie Mittlieiluugen XV^ (1890) p. 38, p. 3til loù la création de ce type est attribuée à Part béotien). En ce qui concerne la disposition des cheveux, comparer par exemple avec les femmes ancronpieR de la coupe de Hiinée, trouvée à Yulci (Hou. dell* lust. X, 8).
618 Louve eu bronze.
Les deux jumeaux sont modernes. La tradition les attribue à Guglielmo délia Porta (t 1577); mais ou a récemment mis en doute ce renseignement (Rom. Mitth. VI p. la— 14).
La chronique du moine de Soiacte, Benoît, nous appi eiid que oettt' louve se trouvait dt's le X® siècle devant le palais du Latran. De là elle fut transportée au ('apitoie en 1471 , d'après un document des archives poutiiicales. A première vue elle produit une impression étrange et ne paraît pas antique ; mais cela tient à ce qu'elle a été gâtée de la façon la plus barbare par un restaurateur maladroit. Il est absolument certain que la queue, qui est rapportée et dont les poils sont traités d'une manière flou, ainsi que le morceau de bronze, inluibilement ajouté à la partie antérieure du ventre, n'ont pas été travaillés par 1 artiste qui a modelé la tête et le cou. D'autre part les jambes ne se trouvent plus dans l'état primitif. Leur exécution banale forme le contraste le plus violent avec le style particulièrement sévère du corps. En effet rauteur de rœuvre originale ne s'est préoccupé que des formes essentielles ; mais il leh a rendues avec une fjrande vigueur: on sent au contraire dans les saillies que I on voit sur les jambes de derrière, et qui évidemment représentent les muscles, un effoH malheureux pour reproduire le détail anatomique. La transition des jambes au corps est tout à fait maladroite. En plusieurs endroits on remarque des raccords, produits évidemment par des soudures ; mais il est impossible d*en suivre tous les contours, parce que le restaurateur a fait agir le feu très énergiquement, puis h poli avecla
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lime toutes les parties qu'il a ainsi traitées. Dans ces conditions il est très difficile de se faire un jugement net sur l'authenticité des difïereutes parties des jambes. Il est fort vraisemblable par exemple que la plaque de bronze insérée au côté Àtérieur de la jambe droite de devant est due au restaurateur. Pour d'autres parties, il semble qu'elles appartiexment bien à l'œuvre primitive, mais que, ayant été tordues ou brisées, elles ont été mal redressées ou inexactement replacées par l'artiste moderne. Le feu, auquel la statue a été exposée, a de même fortement endommagé le dessous du corps et tout l'arrière -train. C'est la tête et le cou qui ont le moins souffert, parce que c'étaient les points les plus éloignés des endroits qui ont été resoudés. Or, si nous examinons surtout ces parties,
dans lesquelles l'œuvre a le mieux conservé son aspect original, nous retrouvons une figure dont la sévérité caractéristique produit un effet vraiment imposant. La louve romaine a été conçue de deux façons différentes par les artistes Vîg, 99. antiques. D'habitude on la représentait allaitant les deux jumeaux et retournant la tête pour les regarder ; plus rarement elle était seule, sans Remus et Romulus, dans une attitude menaçante; c'est ainsi qu'elle nous apparaît sur les deniers de Publius Satrienus (Fig. 29) et sur des bronzes petit module de Trajan. La louve du Capitole reproduit ce dernier motif. L'œil enflammé, grinçant des dents, «Ue menace un ennemi qui s'approche d'elle. L'expression furieuse de la téîe était encore augmentée par l'éclat de l'émail, enoh&ssé dans les pupilles profondément creusées et dont un débris s'est conservé dans l'œil droit. Si nous admettons que l'art primitif de Rome s'est développé suivant une marche parallèle à celle de l'art étrusque, nous devions attribuer l'exécution de <^tte louve au Y® siècle av. J.-C. En tout cas l'on ne ■saurait accepter l'hypothèse d'après laquelle cette statue serait précisément la louve qu'en 296 av. J.-C. les édiles