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MUSÉE DES DESSINS

Ce n'est pas le lieu de discuter ici, comme on Ta fait ailleurs, si notre collection de dessins renferme plus ou moins de richesses que tel musée célèbre d'Allemagne ou d'Italie. Les éléments de comparaison manquent absolument. La collection du Louvre se divise en deux parties : celle des dessins qui sont exposés aux regards du public; celle peut-être plus importante encore, au moins par le nombre, qui est restée enfermée dans des cartons, et qui se trouve, par conséquent, dérobée aux regards des visiteurs. Nous ne nous occuperons que de la première partie. Comme elle n'est pas classée , qu'il n'y a pas de catalogue et que les pièces sont pour ainsi dire innombrables, nous n'avons d'autre prétention que de donner un aperçu rapide et sommaire dos oeuvres lés plus remarquables. En les cherchant sur nos indications, .le visiteur rencontrera plus d'un chef*d'œuvre, sans contredit; mais tous portent le nonv des artistes qui en sont les auteurs ou à qui ils sont attribués, et il nous semble que nous avons rempli notre tâche, en fournissant au public l'occasion de faire de semblables découvertes.

hzssms BrrÉcoLE nAUEiniE.

Deux esquisses douteuses et fort effacées de Taddeo Gaddi et de fra Angelico commencent la série des

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maîtres primitifs de l'école italienne. Viennent ensuite des dessins de FiUppo Lippi, qui ont toute Télégance et la beauté de sa peinture ; d'autres, d'une exécution savante, d'Un grand caractère et d'un ferme dessin, du Mantegna; un carton colorié, très-précieux, d'Andréa de Castagno, qui passe pour avoir appris, de son ami Domenico de. Venise,. le procédé de la peinture à l'huile, que celui-ci tenait d'Antonello de Messine, à qui Van-l£yck avait confié son secret. La tradition ajoute qu'Andréa tua Domenico, pour jouir seul de cette importante découverte, mni& que, bourrelé de remords dans la suite, il ne crut mieux faire, pour expier son crjjnc, que de faire connaître aux artistes contemporains l'invention nouvelle.

Nous rencontrons plus loin des dessins, fermes jusqu'à la dureté, d'Andréa Verocchio, et un beau lavis" de Lorenzo Ghibcrti, l'illustre sculpteur des portes du Baptistère de Florence.

Des dessins de Lorenzo Credi, aussi finis et terminés que sa peinture, contrastent avec ceux de fra Bartolommeo, pleins de grâce et de délicatesse à la fois, d'un style et d'une exécution large et fine. Le Vinci, qui vivait dans le même temps, n'a que deux petites tètes de femmes trèà-finies, à la pierre noire; une autre à la sanguine, une tète d'enfant, et des études de draperie. Son imitateur, B. Luihi, se montre à côté de lui avec une tète de femme.

De Michel-Ange (mais les dessins de Michel-Ange sont rares partout) nous ne possédons que des études de torse à la sanguine , des études de femme et d'enfant, et l'esquisse d'un Calvaire, en fort mauvais état. On lui attribue aussi une étude de main colossale, k la plume, d'un grand jet et d'une grande éneï*gie d'exécution.

Son rival indigne, Baccio Bandinelli, a une plus belle part que ce grand génie, et, avec de remarquables dessins, le portrait de sa femme, un Neptune et des études d'animaux.

Le dernier des grands Florentins, Andréa del Sarto, est parfait-emont représenté au Louvre. Ses dessins sont

des merveilles, lorsm^me qu'il ne s*agil que d*uiie étude, par la grandeur, Télégance et la largeur de Texécution et du style. On admire toutes ces qualités dans un Christ mort, d'un sentiment pathétique saisissant.

Le Pérugin a aussi de beaux dessins, naïfs et purs comme sa peinture, dont ils ont d'ailleurs le sentiment et le charme. Le Pinturicchio , son élève et son imita» teur, vient après lui, avec des esquisses très-terminéos, très-fines et très-précieuses.

De Rapha^il nous possédons trois études un crayon rouge fort précieuses, faites avec une conscience et une recherche de la vérité qui peut sembler de la timidité au premier coup d'oeil : Adam et Eve devant le Seigneur^ composée pour les Loges; une étude de Vierge agenouillée, reproduite, avec des modifications, dans la Sainte Famille du salon carré, et une O/frande de Psyché à Vénus, composée probablement pour la diV coration de la Farnésine, mais qui n'a Jamais été exécutée.

L'élèvxî de Raphaël, J. Romain, couvre les murs dos salles des dessins avec des cartons représentant des triomphes romains, des combats, et qui ont servi de modèle à des tapisseries. Ces cartons ont toutes les qualités et les dé'*auts du peintre : un abus de l'anatomic, un dessin rond, mais de la grandeur et de la pompe.

Un dessin du Spasimo, dont l'auteur est resté inconnu ; des projets de décorations par Polidore de Caravage ; des études de Daniel de Volterre, du Josépin, etc.; des dessins de Carie Maratte ; des esquisses, en grand nombre, de F. Vanni; un petit portrait parle cavalier Remin, sont encore à citer dans les œuvres de l'école romaine.

Le Corrége est le fondateur et le plus grand représentant de l'école de Parme. R a, au Louvre, des dessins qui sont des merveilles, comme ses tableaux, par l'originalité, la grftce et la largeur de l'exécution, et ce sentiment exquis de poésie qu'il apportait dans ses moindres productions. Parmi les études et dessins,

qous citerons des études de têtes colossales, destinées à ùtre reproduites par la peinture à la fresque ; des études à la sanguine de femmes et d'enCants, et une' esquisse, également à la sanguine, d*un martyr. Mais nous citerons surtout deux merveilles : la Vertu héroique et V Homme voluptueux, cartons coloriés à la gouache, et qui ont toutes les qualités de la peinture du maître.

Son élève, Federico Zucchari, a au Louvre un dessin de TAntiope. Après lui, nous citerons des études de têtes,^ des cartons, et Tesquisse très-remarquable d*un Ensevelissement du Christ-, de Federico Barocci.. Les dessins de Barocci valent mieux que sa peinture^ par une manière plus simple, une exécution plus souple, plus fine et plus vivante.

On attribue aux deux Bellini deux études de têtes qui sont évidemment de leur école. Les dessins trèsauthentiques du Titien sont plus honorables pour Técole Ce Venise. Nous citerons deux études de têtes de vieillard, énergiques et flèrcs d'exécution, et des dessins de paysages à la plume. Après lui nous mentionnerons les deux Pal ma, et une composition admirable d'expression, de style et d'effet, de Sébastien del Piombo, représentant une Nativité.

Paul Yéronèsc ne fait pas une moins grande figure avec ses lavis au bistre, exécutés en quelques coups de pinceau, et auxquels pourtant rien ne manque pour être expressifs, fiers et animés. Un des plus beaux, au moins le plus important, c'est un Concert d*anges autour d'une madone.

Des trois Garrache, un seul, le plus illustre à vrai dire, Annibal, représente l'école bolonaise; mais sa part est très-remarquable, et par le nombre et par la beauté des dessins. Après lui, nous trouvons, parmi les dessins des peintres de la même école, des œuvres du Guide et du Guerchin.

Noos avons eu occasion de parler déjà de l'école de Fontainebleau., cette fille de l'école florentine, qui eut tant d'influence sur l'école française. Le Musée du Louvre contient presque tous les dessins que Primatice

faisait exécuter à ses élèves. Cette cotleetion précieuse à tant de titres, l'est d'autant plus aujourd'hui, que le plus grand nombre des peintures qui ont été exécutées d'api^ ces derniers, sont maintenant détruites ou re»« taurées.

L'école espagnole est encore plus mal représentée au Louvre par ses dessins que par sa peinture. Sa part se borne , sauf erreur et omission , à une étude de cheval de Velasquez, et à un lavis de Murillo, dont il faudrait nier l'authenticité à cause de sa faible valeur, si on ne savait que Murillo n'est pas toujours égal à lui-même.

En revanche, Fécole allemande a au Louvre des dessins de maîtres dont les œuvres manquent dans les galeries de peinture. Voici cinq Albrecht Durer incon* testables et très-beaux, et une esquisse de Martin Schœn, puis Lucas Kfanach et le grand Holbein.

L'écx)le des Pays-Bas est nombivuse; malheureuse» ment nous manquons des maîtres primitifs ^ le. premier nom que nous rencontrons , aussi le plus célèiire , est celui de Rubens. Sa part est des prai importantes : nous citerons seulement des études aussi admiraWes que la peinture du maître pour l'énergie, la soaplesae et la verve du dessin ; un Portrait de Marie de Médicia aux deux crayons ; un dessin très-terminé d'un Gea^ tilhomme à cheval, dont Van-Dyck s'est inspiré dans la composition du portrait de François de Moncade ; et des esquisses très^chevées de plusieurs tableaux, entre autres le Baptême du Christ, le Christ mort, la Mise en croix, le Départ de Mars pour la guerre. Tous ces dos» sins ne sont peut-être pas de la main de Rubens ; plusieurs ont été certainement exécutés par ses élèves « dans son atelier et sous sa direction, pour être gravés»

Le plus illustre élève de Rubens, Van-Dyck, a des études au Louvre. De Joardens, nous possédons de grands cartons, modèles de tapisserie. £n revanche , Philippe de Champaigne, Van«deivMeulen, Rembrandt lui-même, et cela est à Jamais regrettable, ne sont plus représentés d'une façon digne d'eux par les œuvres qu'on a mises sous leur nont

L'école des petits maîtres flamands et hoUandaîs

est plus complète. Nous n'avons qu'une tête de G. Dow, un prodige de fini et de patience ; mais en revanche, nous pondons de charmants dessins de Guillaume Miéris, et une vraie collection de Téniers, marquée au coin de cette manière facile et spirituelle qui fait le charme de sa peinture ; parmi ces dessins , nous citerons une Ronde de paysans qui est un chef-d'œuvre. Un autre chef-d'œuvre , et ravissant , c'est rescjuisse à l'aquarelLe du Maître d'école, de A. Van-Ostade, lumineuse et colorée comme un tableau.

Viennent ensuite la plupart des paysagistes : à leur tête le grand Salomon Ruysdaël ; puis Paul Potter, avec deux Etades de porcs; Guillaume Van de Velde, avec des Etudes de marine, d'une exécution fine, élégante et très-large à la fois, et d'une grande vérité d'aspect; des Etudes de A. V&n de Velde, de A. Cuyp, et des dessins dhine exécution aussi habile que sa pemture, de Nicolas Berghem, le Flamand-Italien.

L'école française commence par des dessins-portraits des Clouet, très-fins, trèsrnaîfs, très-vivants, et des frères Daniel et Pierre de.Moustier, dessins tous précieux au point de vue de l'art, et dont quelques-uns •offrent en outre un véritable intérêt historique, notamment ceux de Renée de France et du fils aîné de François I*', mort avant son père. Puis viennent un grand Calvaire de Dubrueil, un des décorateurs de Fontainebleau , contemporain de Dubois et de Freminet, et des -études de Vouet. Des dessins lavis au bistre, contournés à la plume, forment le lot du Poussin. Ces dessins, esquisses de tableaux, pour la plupart, montrent les .phases successives de l'enfanteme-nt de la composition chez le grand artiste. Ils sont presque tous d'une exécution superbe dans sa noble et large simplicité.

De Claude Lorrain, nous avons quelques lavis faits de rien, et pourtant aussi prestigieux d'effet et de lumière que les tableaux les plus achevés. De le Sueur, une inappréciable collection de dessins, et notamment une centaine d'esquisses et d'études pour la Vie de saint Bruno, qui peuvent se comparer aux dessins des plus grands maîtres.

Viennent ensuite des dessins sans grand intérêt de Lebrun ; des esquisses de portraits, de H. Bigaud ; un grand nombre d'originaux, lavis ou dessins aux deux crayons et à la pierre noire, de portraits destinés à la gravure par Robert Nanteuil ; une collection très-intéressante de dessins et d'études de Watteau aux deux crayons et à la sanguine, d'une exécution spirituelle, élégante, verveuse et large, mais sincère et savante, qui montre quel respect le maitre avait pour la nature, et comme il la comprenait avec intelligence. Ces dessins forment un véritable contraste, malgi-é une certaine affinité apparente de goût et de style, avec les crayons très-spirituels et très-verveux de Boucher et de son école, qui semblent presque tous exécutés de pratique, même quand ils sont traités d'après le mor dèle vivant.

Puisque nous voilà au dix-huitième siècle, arrOtonsnous aux pastels. Les pastels sont une des gloires de l'école française. En première ligne viennent ceux de François Latour^ un grand peintre, un grand dessinateur, un portraitiste qu'on peut mettre à côté des plus illustres. N'est-ce pas un chef-d'œuvre en effet que ce portrait de M*"* de Pompadour, aussi lumineux, aussi vivant qu'une peinture à l'huile, et d'une élégance suprême? Le portrait du maître lui-même est admirable, et il faut en dire autant de tous ceux de lui que nous avons au Louvre. Nous y possédons trois autres chefs-d'oeuyre de Chardin, aussi réels et plus vigoureux que beaueoop de tableaux ; des portraits de Rosalba Carriera, qu'on a Touhi mettre k côté de Latour, mais dont la réputation a été surfaite ; et enfin des œuvres de Greuze, de Vien, de Perronneau, etc.

Après ou avant les pastels, il nous faut mentionner les émaux de Petitot, le Van-Dyck du genre, et qui n'a pas de rival. Cette collection des émaux de Petitot a, en outre, un grand intérêt historique.

Nous rentrons dans la collection des dessins proprement dit en mentionnant les dessins de Greuze, et deux ou trois dessins de Fragonard, à la sépia, qui semblent faits d'un souffle; des dessins de Moreau Jeune; une

esquisse par Cafte Vernet, pour le tableau de la Rerue du premier consul exécuté par ce maître en collaboration d*Isabey.

Nous voici maintenant à Tempire. Les dessins n'ont plus cette spontanéité, cette grâce, cet esprit, cette habileté et cette verve d'exécution que nous avons rencontrés dans ceux des maîtres antérieurs. Ils sont pour la plupart, malgré la renommée légitime de leurs auteurs, d'une exécution lourde et médiocrement savante, pédante presque toujours, parfois d'une simplicité prétentieuse qui touche à la niaiserie. Nous cit^^ns en première ligne un grand carton du Serment du jeu de {>aume, de David, curieux morceau et par le nom de 'auteur et par là fa^^n dont il est exécuté. Dans ce carton, qui n'a jamais été terminé, les nus des personnages qui doivent être revêtus du costume du temps, sont dessinés avec tous les détails d'une académie. Le peintre se réservait de les habiller en finissait, et il en a di^jà habillé plusieurs. Il y a, du même maître, une esquisse de son tableau de Léonidas. Girodet a aussi un assez grand nombre de dessins ; puis Gérard ; puis Pierre Guérin, dont nous citerons une Cassandre prophétisant pendant la prise de Troie, composition d'une grande et magistrale allure, malgré le goût du dessin.

N'oublions pas le Char de Vénus, un prodige d'élégance, de goût et de style, et le Crime traîné par la Vengeance divine devant la Justice humaine, le plus beau des dessins de Prud'hon, l'un des plus beaux dessins que nous ayons jamais vus.

Gros nous montre aussi des dessins d'une exécution parfois un peu lourde, mais énergique et fière. Géricault vient après lui ; puis Granet, dont les esquisses faites d'après nature ont une puissance et une allure magistrales dignes des plus grands peintres;

Après Granet viennent des aquarelles de Bonington exécutées avec cette touche facile et spirituelle, cette couleur d'un éclat séduisant, qui lui assurent, malgré le petit nombre de ses œuvres, une place importante dans l'histoire de la peinture du dix-neuvième siècle.

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